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Saint Nichiren et le Sutra du Lotus (Ikegami, Tokyo, Japon)
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Jeudi 10 octobre 2013

 

Chaque année, un peu avant la mi-octobre, se déroule à Tokyo une cérémonie bouddhiste appelée Oe-Shiki. Celle-ci a lieu dans le quartier d'Ikegami qui abrite le site de Honmonji, un temple important de l'école bouddhiste du lotus. Cette école est plus connue sous le nom de Nichiren Shu : Cette école est la plus ancienne école du bouddhiste Nichiren et regroupe un ensemble de lignées qui remontent aux six premiers disciples de Nichiren. La Nichiren Shu vénère Nichiren comme un bodhisattva et non comme un bouddha. Nichiren est ainsi placé à une position très élevée et devient le messager du bouddha éternel originel, sans pour autant dépasser Shakyamuni.

Le quartier d'Ikegami (qui signifie littéralement « au-dessus de l'étang ») s'articule autour du temple Honmonji et de son histoire. L'étang est toujours là et fait partie intégrante des bâtiments réservés aux moines. Chaque année, la cérémonie Oeshiki commémore la mort de Nichiren, qui fut le fondateur des écoles du bouddhisme, ce fameux 13 octobre 1282. Au cours de la nuit du 12 octobre, une foule importante se rassemble donc au sein du Temple Honmonji. Puis, la parade de Mando (parade des 10 000 lanternes) commence. Le « Mando » est constitué d'un char de presque cinq mètres de haut, construit sous la forme d'une pagode de cinq étages et offrant sur ses côtés des scènes de la vie de Nichiren et d'Odaimoku. La structure entière est éclairée de l'intérieur et porte en son sommet des branches recouvrant le char tel un saule pleureur. Ces branches portent des fleurs de cerisiers en papier (symbolisant la mort de Nichiren, car la légende veut que lors de la disparition du Saint, les cerisiers se mirent à fleurir). D'autres parades, comme celle de Matoi (les sapeurs-pompiers de la période Edo) se déroulent aussi, accompagnées de flûtistes et de tambourineurs traditionnels. Cette manifestation attire plus de 300 000 fidèles au mémorial de Saint Nichiren.

 

Nichiren était un moine bouddhiste japonais du XIII ème siècle qui fonda le bouddhisme Nichiren. Il naquit le 16 février 1222 à Kominato, un hameau de pêcheurs appartenant au village de Tojo, puis décèdera à l'âge de soixante ans à Tokyo, le 13 octobre 1282. Il ne prit le nom de Nichiren que lorsqu'il créa sa propre école, nom qui veut dire « soleil-lotus » mais cela ne l'empêchera pas d'être controversé au point d'échapper plusieurs fois à la mort : Sa virulence extrême vis à vis des autres écoles bouddhistes concentra sur lui des animosités de la part des moines mais aussi des autorités japonaises. Enfant, notre moine portait le nom de Zen-nichi-maro et une légende prétend qu'à sa naissance, des fleurs de lotus recouvrirent la mer et que des vivaneaux se rassemblèrent sur le rivage, faisant jaillir une source dans la cour de ses parents. On ne dispose que de peu d'informations sur sa famille qui aurait toutefois entretenu des liens avec le clan des Fujiwara. A l'âge de onze ans, l'enfant rejoignit le Seicho-ji («école Tendaï sur le Mont Kiyosumi) et acquit une éducation tout en se posant les premières questions sur le sens de sa vie. Il prit alors le nom de Yaku-o-maro. Elève brillant, il étudia les fondements du bouddhisme sous l'autorité de Dozen-bo, le supérieur du monastère, mais beaucoup de mystères entourent par contre la réussite de ce petit garçon, fils d'un simple pêcheur, qui devint disciple bouddhique (chose rare à l'époque). Lorsqu'il entra au temple, notre élève choisit le bodhisattva Kokuzo, le dieu de la vacuité, divinité de l'ésotérisme japonais, pour devenir la personne la plus sage du pays et comprendre ainsi les enseignements de Shakyamuni. L'origine du culte du bodhisattva Kokuzo remonte au règne de l'empereur Konin et à l'époque du moine Nichiren, le peuple nippon tentait de survivre tant bien que mal entre guerres civiles, fléaux naturels, famines et épidémies. Et il cherchait alors son salut en priant Amida Nembutsu.

 

A l'âge de 15 ans, Nichiren fut ordonné prêtre par le maitre Dozen-bo, et reçut à ce moment-là le nom de Zesho-bo Rencho. En 1239, il prit la route de Kamakura, alors capitale du shogunat afin d'y poursuivre ses études. Il y restera jusqu'en 1242. Durant ses études, Nichiren voyagera beaucoup à travers le pays et visitera temples et monastères de l'époque tout en expérimentant toutes les formes du bouddhisme pratiquées au Japon. Il séjournera un temps (de 1242 à 1253) au temple Enryaku-ji, temple situé sur le Mont Hiei (au nord-est de Kyoto) et fondé par le grand maitre Tendaï Saicho. Au terme de ces longues années d'étude, il en viendra à la conclusion que le sutra de la Fleur de Lotus blanc du merveilleux Dharma (aussi connu sous le nom de Sutra du Lotus) était le sommet des enseignements du bouddha Shakyamuni.

A 31 ans, Nichiren regagna le Seicho-ji à Kamogawa. Là, commenca le début de sa mission de propagation du Dharma merveilleux et c'est à cet instant qu'il adopta le nom de Nichiren, en référence à la lumière qui dissipe l'obscurité. Il prononça aussi son premier sermont devant son maitre Dozen-bo, sermon au cours duquel il choqua l'auditoire par ses critiques envers le bouddhisme populaire et lui valut ses premiers ennemis. Se sentant en danger, Nichiren se réfugia à Kamakura, se mettant à prêcher dans les rues à destination des simples gens.

 

A partir de 1257, le Japon connut de nombreux désastres naturels, et ce, deux années durant. Sur la base de prophéties, Nichiren attribua ces malheurs à l'apparition de la période de Mappo, et préconisa la dévotion au Sutra du Lotus, à travers le Rissho Ankoku Ron, traité rédigé par ses soins et qu'il présenta bientôt à Hojo Tokiyori, le chef du shogunat de Kamakura. Dans ce traité, Nichiren mettait en garde le gouvernement de l'époque en lui suggérant de se tourner vers le Sutra du Lotus, faute de quoi le pays connaitrait des guerres civiles et des invasions étrangères. Ce traité critiquait aussi la gestion shogunale des affaires religieuses du pays. Mais le Shogun resta insensible à ces prédictions. Nichiren s'attira aussi les foudres des autorités bouddhistes, qui n’appréciaient guère qu'on critique leurs règles. Dans la nuit du 27 août 1260, une foule en délire mit le feu à sa maison, dans le quartier de Matsubagayatsu à Kamakura. Ce fut sa première persécution, encore célébrée aujourd'hui chaque 27 août. Notre homme put heureusement fuir à temps, dans les collines environnantes. Il revint peu de temps après à Kamakura mais fut arrêté par la police du shogunat. On le condamna directement à l'exil à Ito, dans la Province d'Izu. Cet endroit au climat peu accueillant était sensé être fatal à notre disciple mais celui-ci parvint à convertir l'intendant d'Ito et à le guérir de sa maladie. Ce dernier, pour le remercier, offrira à Nichiren une statue de Shakyamuni. Loin de le démoraliser, ce séjour renforça Nichiren dans sa croyance. Cette seconde persécution, du nom d'Exil d'Izu, est commémorée chaque 12 mai. Le 22 février 1263, Nichiren fut gracié et put revenir à Kamakura. Il reprit alors la propagation du Sutra du Lotus, mais apprit dans le même temps que sa mère était gravement malade. Il se rendit donc dans la Province d'Awa (dont le seigneur était pourtant son ennemi juré), rendit visite à sa mère dont il guérit les maux par ses prières. Sur le chemin du retour, Nichiren subit une embuscade tendue par ce seigneur, mais en réchappa malgré un coup d'épée sur la tête. Cette troisième persécution fut appelée Persécution de Komatsubara et est commémorée le 11 novembre de chaque année. En 1271, le Japon subit une grave sécheresse. Le gouvernement avait alors ordonné au moine Ryokan-bo, du temple Gokuraku-ji de prier pour obtenir la pluie. Et Nichiren de lancer au moine le défi suivant : En cas de succès dans ses prières dans les sept jours, Nichiren deviendrait le disciple de Ryokan-bo. Dans le cas contraire, c'est Ryokan-bo qui deviendrait le disciple de Nichiren. Les prières pour la pluie restèrent vaines et Ryokan-bo, humilié, refusa de tenir sa promesse se mettant à colporter des ragots sur Nichiren. Ce dernier fut à nouveau convoqué par la police en septembre 1271. Nichiren saisit l'occasion de cette rencontre pour faire des remontrances au chef de la police, Hei no Saemon, lui prédisant des luttes internes et des invasions étrangères en cas de punition injuste à son égard. Ce subterfuge fonctionna et Nichiren fut relâché, avant d'être à nouveau arrêté, deux jours plus tard. On l'accusa de trahison et on l'envoya cette fois en exil sur l'île de Sado (Préfecture de Niigata). Cependant, Heo no Saemon avait secrètement décidé de décapiter Nichiren avant que celui-ci n'arrive à destination. Alors que Nichiren s'apprêtait à mourir, un objet lumineux traversa soudainement le ciel, mettant en déroute soldats et samouraïs, renoncèrent ainsi à son exécution. Cette dernière persécution, du nom de persécution de Tatsunokuchi, est célébré le 10 octobre (date de l'arrivée de Nichiren sur l'île de Sado). Les conditions climatiques extrêmes étaient supposées faire mourir de froid notre moine mais c'était sans compter sur la résistance et la foi de Nichiren. Non seulement celui-ci survécut mais il écrivit deux de ses textes majeurs (le Kaimoku Sho et le Kanjin Honzon Sho) durant cet exil qui dura trois années. Après son exil sur l'île de Sado, Nichiren se rendit en retraite au Mont Minobu où il se consacrera essentiellement à la formation de ses disciples et à la correspondance d'encouragement avec ses partisans. Nichiren mit à nouveau et par deux fois en garde le shogunat contre les invasions mongoles qui menaçaient l'archipel. En vain. Ses prédictions se réaliseront toutefois cinquante et un ans après son décès, en 1333, lorsque le shogunat de Kamakura abdiquera. Ironie du sort : Cette chute du shogunat fut en partie provoquée par les subventions exorbitantes attribuées à l'époque aux rituels bouddhiques supposés procurer la sécurité au pays. Nichiren ne fut pas le seul à subir des persécutions. Ses disciples furent aussi pourchassés lorsqu'ils refusaient d'abjurer leur foi dans le Sutra du Lotus. Ses deux derniers écrits (sur les cinq textes principaux) furent rédigés en 1275 (Senji-sho) et en 1276 (Hoon Sho), quelques années avant sa disparition. Le 8 septembre 1282, Nichiren quitta le Mont Minobu pour s'occuper de sa santé déclinante. En route pour les sources d'eau chaude médicinales d'Hitachi, il décéda entouré de ses disciples, dans le quartier d'Ikegami à Tokyo. Selon ses vœux, ses cendres seront transférées par les siens au temple Kuon-ji, sur le Mont Minobu.

 

Un certain mois d'octobre, Saint Nichiren fonda le temple de Honmonji, juste avant sa mort et sur ordre du puissant seigneur Ikegami Munenaka. Le nom officiel de ce lieu est Choeizan, ou encore le Mont Choei (qui signifie longue prospérité). Choei témoigne ainsi de la grande générosité de la seigneurie et du profond respect du maitre d'Ikegami à l'égard de Nichiren. Le 15 avril 1945, le temple fut malheureusement très endommagé à l'exception de la porte principale de la pagode de cinq étages et d'un magasin à torchis épais qui abritait les sutras. L'endroit fut depuis restauré et l'on peut désormais découvrir la statue du célèbre moine dans la salle du fondateur « Soshi-do », une fois qu'on a gravi l'escalier frontal et après le franchissement de la porte Ni o Mon. Derrière la salle Soshi-do, on découvre le hall principal, « Honden », et les statues du bouddha Shakyamuni et des quatre bodhisattvas. On aperçoit un peu plus loin le « Goby o-sho », mausolée de forme octogonale réalisé en bois de cyprès japonais (hinoki) à l'occasion du 700 ème anniversaire de la disparition de Saint Nichiren. Ce mausolée accueille les cendres du moine.

 

En ce début de matinée, je me promène dans le temple Hon Monji pour en admirer les constructions. La pagode à cinq niveau (ci-dessous), qui se trouve à droite de la porte Ni-o-Mon, fut érigée en 1608. Haute de 29,4 mètres, la pagode est octogonale et possède une colonne atypique suspendue depuis le deuxième étage et jusqu'à son sommet, qui lui confère un parfait équilibre lui permettant de résister à des tremblements de terre de 7 sur l'échelle de Richter. C'est la plus ancienne pagode de la capitale nippone. Le « Kyozo », lui, fut construit en 1784. Tous les textes canoniques du bouddhisme y sont conservés sur des étagères octogonales qui tournent sur elles-mêmes. En face du « Shoshi-do » se trouve un escalier de pierres qui conduit à la Tour des trésors (Tahoto), une pagode rouge construite à l'endroit où fut incinéré la dépouille de Nichiren. Cette architecture, unique au Japon, fut refaite en 1830. A eux deux, les temples Kuonji (temple principal de l'ordre de Nichiren Shu) et HonMonji sont les deux temples les plus importants de l'ordre (qui en compte 5000). Une autre pagode, Tahoto, appelée aussi la Pagode rouge ( deuxième photo ci-dessous) fut construite après la mort de Nichiren, et fut rebâtie en 1830. Sa structure et sa forme originales sont uniques au Japon.


 

La porte du temple, Ni O Mon (ci-dessous) contient les deux dieux, gardiens du temple, et conduit au hall principal qui accueille les restes du saint Nichiren. A gauche du hall principal, on aperçoit le Kyozo (deuxième photo ci-dessous). Ce bâtiment fut érigée en 1784 et accueille le canon bouddhiste et les textes précieux qui sont entreposés sur des étagères octogonales. Au cours de ma balade, je rencontre une dame japonaise , accompagnée de ses deux petits chiens qui ont pour l'heure revêtus leurs habits du dimanche. Un clin d'oeil canin, et toc ! Comme quoi, on peut toujours tomber sur de l'inattendu lors d'une simple promenade...comme dans le cimetière du temple où je tombe en arrêt devant une statue de pierre représentant un petit bouddha en train de ...balayer.


 

 

 

INFOS PRATIQUES :

 


  • Nishiren Shu en France : http://www.nichirenshueuropa.com/fr/sommaire

  • Institut des Traditions du Japon : http://institutjapon.canalblog.com/archives/2010/11/21/19659314.html

  • Oe-Shiki (cérémonie commémorant Saint Nichiren) les 12 et 13 octobre de chaque année, dans l'enceinte du Temple d'Ikegami HonMonji, 1-1-1 Ikegami, à Tokyo . Pour vous y rendre, descendre à la station Ikegami (ligne de métro Tokyû Ikegami, à 18 minutes de Gotanda) puis marcher une dizaine de minutes.

  • Notice d'information disponible en anglais auprès du bureau d'information du temple HonMonji.






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