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Exposition "Dans les Armoires de l'Impératrice Joséphine"
(Musée National du Château de Malmaison, Rueil-Malmaison, Hauts-de-Seine, France)
Heure locale

 

 

Mercredi 1er février 2017

 

Le sujet d'aujourd'hui nous emmène cette fois au Château de Malmaison où se tient jusqu'au 6 mars prochain une exposition exceptionnelle consacrée aux vêtements de l'impératrice Joséphine, certainement l'une des femmes les mieux vêtues de son temps. L'évènement se déroule dans un lieu historique, le château de Malmaison, qui est situé sur la commune de Rueil-Malmaison et qui tire son nom de mala domus, c'est à dire une mauvaise maison, nommée ainsi car la demeure fut jadis fréquentée par des brigands et des envahisseurs normands qui avaient remonté la Seine non loin de là, durant le Moyen Âge. L'édifice ne fut pas toujours un château et le deviendra au cours du XVIII ème siècle, lorsque la prénommée Joséphine de Beauharnais, épouse de Napoléon Bonaparte, en fera l'acquisition le 21 avril 1799, pour la somme de 325 000 francs de l'époque auprès de Jacques-Jean Le Couteulx du Molay, un riche banquier, qui en était alors propriétaire. Napoléon Ier demanda ensuite à ses architectes, Percier et Fontaine, de rénover la bâtisse et de la redécorer. Pierre Fontaine conçoit donc un projet ambitieux de reconstruction de l'endroit, ambition freinée par l'empereur qui préférera une simple rénovation. Et le château de devenir bientôt le cœur du gouvernement français (avec les Tuileries) sous le Consulat. Napoléon y séjournera régulièrement jusqu'en 1804 avant de choisir le château de Saint-Cloud qui correspondra davantage à son rang.

Le château deviendra la principale demeure de Joséphine, qui y mènera, après son divorce de Bonaparte, une vie désoeuvrée. Et d'y accueillir le tsar Alexandre 1er de Russie le 28 mai 1814, la veille de sa disparition. L'impératrice tentera de transformer la grande propriété en plus beau et plus curieux jardin d'Europe, un modèle de bonne culture. L'endroit abritera ainsi une flore et une faune d'une richesse insoupçonnée avec des spécimens rares et exotiques venus du monde entier. En 1800, Joséphine fera construire une orangerie chauffée où elle conservera jusqu'à 300 plants d'ananas. La propriété reste célèbre pour sa roseraie magnifique, roseraie mise en place par l'artiste belge Pierre-Joseph Redouté, qui répertoriera les roses. Oiseaux et animaux erraient alors librement à l'intérieur du parc, parmi lesquels kangourous, émeus, cygnes noirs, zèbres, moutons, gazelles, autruches, antilopes, chamois, lamas...et même un phoque !

Devant l'ampleur des travaux d'aménagement intérieur, les murs du château menaçaient de s'effondrer. Des contreforts devront donc être bâtis afin de soutenir l'ensemble, contreforts garnis de statues et de vases pour égayer la grande maison.


 

Celle qu'on connait sous le nom de Joséphine de Beauharnais naquit le 23 juin 1763, aux Trois-Îlets (Martinique) sous le nom de Marie Josèphe Rose Tascher de la Pagerie. A noter que l'impératrice des Français ne sera jamais appelée Joséphine de Beauharnais de son vivant : du temps de son union avec Alexandre de Beauharnais, elle se prénomme Marie Josèphe Rose, et c'est Napoléon qui l'appellera Joséphine (en déformant Josèphe, le second prénom de l'impératrice). La future impératrice débarquera en métropole, accompagnée de son mari Alexandre de Beauharnais, lequel deviendra une figure de la Révolution française avant d'être exécuté sous la Terreur. Joséphine sera alors emprisonnée pendant quelques mois, puis rencontrera ensuite le général Bonaparte alors qu'elle fréquentait les salons parisiens. Ce second mariage lui permettra de devenir impératrice, malgré l'hostilité de sa belle-famille (due entre autre à son incapacité de donner à l'empereur un héritier). Napoléon divorcera bientôt, laissant Joséphine seule dans son domaine de Malmaison. Notre héroïne restera célèbre pour ses goûts en botanique et pour la mode.

 

L'exposition qui nous intéresse aujourd'hui rassemble cinquante costumes et accessoires du vêtement du Premier Empire qui sont rarement présentés à cause de leur grande fragilité. Cette collection exceptionnelle est la seule à réunir autant de pièces textiles qui ont appartenu à l'impératrice Joséphine, et à sa fille Hortense, à l'endroit même où elles vécurent. Ces œuvres furent dispersées par le temps et les circonstances politiques, avant d'être retrouvées et acquises par des collectionneurs et des amateurs. Le résulta constitue un ensemble de pièces somptueuses et de souvenirs émouvants, autant de morceaux de l'histoire de Joséphine Bonaparte. La garde-robe de l'impératrice dépeint les folies de Joséphine en matière de mode, et de son goût pour les innovations du couturier Hippolyte Leroy qui saura si bien comprendre les goûts de sa cliente.

 

Le parcours de l'exposition débute dans la salle des atours, lieu authentique où étaient rangés les vêtements de l'impératrice : cette salle, située au deuxième étage du château permet de remonter le temps. Les placards en chêne de l'impératrice sont toujours en place, et en les ouvrant, on imagine sur les étagères robes, dentelles, soieries, chapeaux, gants, bas et chemises emballés avec soin et mis à l'abri derrière des rideaux. Dans cette même pièce se trouvait une grande table en chêne, qui fut sans doute destinée à déployer les vêtements et à les replier, mais également trois chaises et une grande échelle en chêne. Après le décès de Joséphine, en 1814, un inventaire fut fait, qui nous livre d'impressionnantes listes de robes et d'accessoires à la disposition de la souveraine, pour laquelle la garde des atours et les femmes de chambre emplissaient quotidiennement des corbeilles de vêtements qui rejoignaient l'appartement pour le choix journalier des tenues. L'impératrice se changeait effectivement trois fois par jour. Elle était alors un modèle d'élégance en Europe pour l'époque et portait ce qu'il y avait de plus beau en matière de vêtement.

Parmi les 230 robes, cent châles, 450 chemises, 369 paires de bas et 876 mouchoirs, le château conserve toujours aujourd'hui des éléments somptueux et évocateurs de ce que fut la garde-robe de Joséphine. Certaines pièces de vêtements ont par contre totalement disparu, comme par exemple les 44 chapeaux de l'impératrice, les 32 cartons qui abritaient des garnitures de robes, les coiffures (avec cheveux postiches), les bouquets, et les fourrures qui garnissaient les tenues de l'impératrice (manteaux, redingotes, pèlerines, bottes et manchons) comme l'hermine, la zibeline, le chinchilla, le renard jaune ou blanc, la vigogne ou la marte, autant de noms qui évoquent une garde-robe princière. Conservés par la famille impériale d'une génération à l'autre, mais aussi par les descendants des personnages qui entouraient l'impératrice, ou bien recueillis par des passionnés de l'Empire, c'est grâce à tous ces collectionneurs que cette exposition hors du commun a pu être créée.

 

L'exposition permet d'en apprendre davantage sur Louis-Hippolyte Leroy, qui fut le couturier de l'impératrice. Les fabuleuses sommes d'argent qui lui étaient allouées annuellement par Joséphine laisse penser qu'il fut le principal marchand de mode de la souveraine, bien qu'il existât aussi d'autres fournisseurs. L'impératrice se devait en effet, tout en montrant la richesse de la cour impériale, de soutenir le commerce du luxe en s'adressant à de multiples commerçants qui faisaient d'ailleurs souvent la queue au château de Malmaison pour présenter leurs dernières nouveautés, au grand dam de l'empereur. Toutefois, Joséphine restera fidèle à Madame Germon chez qui, elle et sa fille Hortense s'habillaient déjà sous le Consulat, mais aussi à Madame Raimbaud, associée à Leroy au moment du Sacre, sans oublier Mesdames Despaux et Guérin, marchandes de mode. L'impératrice achetait aussi de nombreux articles chez les marchands de nouveautés, mais accordait également sa clientèle aux marchands de soieries dont le renommé Le Normand, qui avait fourni en son temps la reine Marie-Antoinette.

Si Joséphine accordait une confiance sans limites au couturier Louis-Hippolyte Leroy, ce n'était pas le cas de ses proches. Napoléon lui-même ne s’embarrassait pas de manières pour l'éconduire abruptement et Mademoiselle Avrillon, alors femme de chambre de l'impératrice, n'avait pas de mots assez durs pour qualifier l'attitude servile et flatteuse du couturier. Leroy était, dans son genre, un homme effrontément ambitieux, qui voulait s'accaparer toutes les commandes, et fournir à lui seul la cour entière. Plus préoccupé par sa carrière que par la fidélité envers ses clientes, il traitera Joséphine avec énormément d'ingratitude après son divorce, mais ne réussira pas à s'imposer auprès de la nouvelle impératrice.

 

L'exposition se poursuit dans une grande pièce garnie de vitrines accueillant différentes tenues. Parmi les vêtements les plus remarquables de la garde-robe de l'impératrice Joséphine, figure la robe de cour de Joséphine (en photo ci-dessous), inventoriée sous le numéro MM 40.47.3129. Celle-ci vient de faire l'objet d'une restauration complète (de quelques 500 heures) car son mauvais état ne lui permettait plus d'être exposée dans les salles du Musée national du château de Malmaison. Un constat préalable fut d'abord effectué, constat au cours duquel l'analyse de la technique de broderie en lames métalliques sur un support de tulle de soie a montré qu'il s'agissait d'une robe véritablement exceptionnelle. La somptuosité du travail réalisé, mais aussi le jeu entre transparence et brillance font de cette robe l'une des plus précieuses pièces de la collection. Une précédente restauration avait eu lieu en 1983, sans consignation dans un dossier des opérations alors réalisées. Heureusement, un examen minutieux des coutures, et de la doublure de la robe fut riche d'enseignement. Toutefois, le travail de restauration de ce vêtement se concentra notamment sur la réparation des déchirures et le renforcement des parties élimées sans mettre à mal la transparence et la souplesse du tulle de soie. Un vrai travail d'artiste, à l'issue duquel la robe de cour a retrouvé toute sa beauté : taille haute et manches longues très ajustées, traine assortie, en tulle brodé de filé et de lames métalliques sur un fond de satin ivoire, frise d'entrelacs sur le devant et le bas de la robe bordant également la traine. Le fond de la robe est occupé par un semis de boutons floraux et de motifs dits « vermiculé » (ou motif à vermicelle, que l'on retrouve dans des modèles de soieries de la fin du XVIII ème et des premières années du XIX ème). Transmise par l'impératrice Eugénie, cette robe aurait très bien pu être conçue par Louis-Hippolyte Leroy. Sur place, le visiteur pourra regarder une vidéo décrivant avec force détails la restauration de cette robe. D'autres vêtements comme des châles sont visibles sur place, sans oublier chaussons, chaussures et bottines dont le musée possède une collection particulièrement riche. Pour l'anecdote, ces chaussures n'offraient à l'époque ni pied gauche ni pied droit !


 

INFOS PRATIQUES :

  • Exposition « Dans les armoires de l'impératrice Joséphine », Musée national des châteaux de Malmaison et Bois-Préau, jusqu'au 6 mars 2017, au château de Malmaison, Avenue du château de Malmaison à Rueil-Malmaison. Accès par le RER A ou le métro ligne 1 (arrêt Grande Arche de la Défense) puis autobus 258 (arrêt Le château). En voiture, par la RN 13. Stationnement gratuit. Station autolib près du château. Entrée : 6,50€. Musée ouvert tous les jours (sauf le mardi) de 10h00 à 12h30 et de 13h30 à 17h15 (17h45 le weekend). Parc ouvert de 10h00 à 18h00. Site internet : http://musees-nationaux-malmaison.fr/chateau-malmaison/evenement/c-dans-les-armoires-de-limperatrice-josephine
  • Un catalogue de l'exposition est disponible au prix de 19€, et comporte 60 illustrations.

  • Mes remerciements au service Presse pour le prêt des photos.

  • Dépliant ludique pour la visite de cette exposition, à l'intention des enfants.



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