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Exposition "Kimonos, Au Bonheur des Dames" (Musée National des Arts Asiatiques-Guimet, Paris, France)
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Samedi 25 mars 2017

 

Le Musée Guimet (Paris 15è) convie les amateurs d'art japonais à une superbe exposition, Kimonos, au Bonheur des Dames », jusqu'au 22 mai prochain. Cette exposition montre l'évolution des kimonos de l'époque d'Edo (1603-1868) et leur influence sur la mode européenne, tout en abordant l'arrière-plan culturel de cette période historique. Le visiteur découvrira sur place quelques 120 œuvres artistiques et artisanales comme les kosode (ancêtres des kimonos modernes), les hinagata bon (recueils de motifs pour les kosode), les ukiyo-e (estampes japonaises) et les paravents et accessoires de coiffure. Autant d'oeuvres constituant une introduction générale au monde des anciens kimonos.

 

L'exposition se décompose en quatre parties : la première montre des paysages, des scènes de la vie quotidienne d'Edo (ancien nom de Tokyo) et retrace aussi l'histoire des magasins et de la collection Matsuzakaya, maison emblématique dans le monde des kimonos. La seconde partie s'intéresse au design des kimonos, dont le style représente la fonction du statut social (tantôt la noblesse militaire appelée buke, tantôt l'aristocratie impériale surnommée kuge, tantôt la bourgeoisie marchande appelée chonin). La troisième partie, elle, présente des kimonos ornés de motifs paysagers ou calligraphiés, et également des kimonos de mariage. La quatrième et dernière partie montre comment l'esthétique des kimonos fut introduite et adoptée à la mode européenne, avec des œuvres de stylistes contemporains japonais et français, comme Junko Koshino.

Les vêtements ont toujours suscité chez les Japonais un certain intérêt et une vraie exigence esthétique. Au temps d'Edo, le kimono était appelée kosode et s'imposait par son décor et sa technique. On utilisa alors de multiples styles décoratifs pour agrémenter sa forme simple, tandis que les vendeurs de kimonos jouaient les intermédiaires en transmettant aux fabricants les désirs des clientes des classes supérieures. Quant aux grands magasins Matsuzakaya (Itoya à l'époque), ils remontent à 1611, il y a donc environ 400 ans. Ranmaru Sukemichi Ito, alors au service de Nobunaga Oda, ouvrira une première boutique de vente en gros de kimonos et d'accessoires à Nagoya. A partir de 1736, la même boutique se spécialisera dans la vente au détail de kimonos en lin et en coton, avant de devenir le fournisseur attitré du daimio d'Owari en 1740. En 1745, apparaît un autre magasin de kimonos, appelé Matsuzakaya dans la ville de Kyoto, alors l'unique région à produire des kimonos de haut de gamme. En 1910, sous l'ère Meiji, la boutique Matsuzakaya deviendra un grand magasin tandis que depuis longtemps déjà, existaient des projets d'évolution destinés à améliorer la conception des kimonos, en créant notamment une section « design » et un concours public de motifs ornementaux. Ainsi l'année 1931 verra t-elle la création d'un centre de référence pour l'art textile au magasin de Kyoto, destiné à constituer une collection de costumes de chaque époque qui puisse contribuer à l'amélioration du design et à la création de kimonos d'excellence. Les vêtements visibles à l'exposition comme les kosode (ancêtres du kimono moderne), les costumes de théâtre nô, les furisode (kimonos à manches longues et pendantes), les katabira (kosode en lin), les jimra ori (vestes portées jadis au-dessus des armures), ainsi que les étoffes de tous âges et de tous pays, proviennent de cette collection acquise auprès d'artisans teinturiers, antiquaires et collectionneurs privés entre 1931 et 1939. Sur place, on admirera également des hinagata bon (recueils de motifs pour les kosode), des masques de nô, des paravents et des armures japonaises. Cette fameuse collection de près de 10000 pièces, d'abord conservée dans trois entrepôts, fut plus tard transférée dans le centre du textile Matsuzakaya de Kyoto, dès 1957. Depuis 2010, la plus grande partie de cette collection est confiée au J.Front Retailing Archives Fondation Inc. et au Musée municipal de Nagoya.

 

La maison de mode féminine Matsuzakaya apparaît à une époque qui voit la fin des guerres intestines, ces cruelles guerres féodales nippones, et la floraison des conditions d'épanouissement d'une civilisation citadine brillante de la période Edo. La paix est de retour et permet enfin le retour de l'essor du commerce et de l'enrichissement de classes urbaines industrieuses. Le Japon d'Edo apparaît ainsi comme un paysage varié, tout animé de splendeurs mobilières. Et des tissus aux techniques complexes et aux motifs somptueux, objets portatifs de laque (inro, peignes et épingles) et netsuke d'ivoire de naitre sous nos yeux en tant que créations raffinées symbolisant le Japon.

En France, on vit alors sous le Second Empire, celui du Bonheur des Dames, roman d'Emile Zola publié en 1883, du nom du magasin éponyme décrit dans le livre. Dans notre pays , la concurrence commerciale fait également rage, et accompagne des temps de changements sociaux profonds, des renversements de conditions et, pour certains, la ruine succédant aux fastes. Le roman d'Emile Zola décrit l'abaissement social des petits commerçants d'hier, l'émergence du capital et de la puissance des entrepreneurs qui prirent le train d'un changement d'échelle économique. Et l'auteur de brosser une peinture poignante des bouleversements de l'industrie française sur deux décennies à travers l'histoire de la croissance d'une entreprise de la Place Gaillon, futur « Bonheur des Dames ».

L'histoire de la maison Matsuzakaya, elle, se déroule dans un Japon fermé et apparaît comme le déploiement harmonieux d'un de ces somptueux rouleaux de tissus (toujours d'une largeur de 35 centimètres) d''où sont issus les kimonos : ce vêtement mythique, arrivé en Europe avec chrysanthèmes, estampes, netsuke et chimères, n'est aucunement une robe de chambre souple mais est synonyme de raideur, de maintien et de contrainte. Sa fabrication rigoureuse consistera en une suite de rectangles de tissus jamais redécoupés, et pliés à l'occasion pour produire les bordures de l'ouverture (okumi) du vêtement. Les manches, elles aussi, seront formées d'un rectangle replié dans un lé de semblable largeur et séparées du corps du vêtement par une fente (furi).

 

Le kimono conditionne une gestuelle mesurée, celle des pas, et des mouvements de bras. Le corps se trouve ainsi entravé dans sa marche, le buste étant enserré d'une ceinture (obi) aussi rigide qu'un corset. Le vêtement est aussi une architecture impressionnante, tubulaire, sculpturale de tissus superposés et parfois épais. Et cette sculpture d'offrir de somptueux motifs évoquant les saisons, et, pour les kimonos du théâtre de nô, comme les didascalies de l'histoire contée. Le kimono devient alors un procédé scénique, narratif et sémantique. Porteur de force visuelle et de sens, ce vêtement va stimuler une industrie du textile très créative dont les techniques mêleront complexité et patience : étoffes nouées et teintes avec soin à la réserve (shibori), tissus précieux aux armures complexes et fils d'or, kimonos de mariage, kimonos de jeunes filles entrainent ainsi l'apogée décoratif du vêtement avant le milieu du XVIII ème siècle.

Et le kimono de nous surprendre en suscitant un profond engouement chez le créateur Paul Poiret, lequel entendait pourtant libérer la femme européenne du corset. Le couturier retiendra alors du kimono sa taille haute et ses manches larges, bref, son architecture, mais lui donnera la souplesse d'un chiton grec. Et Yves Saint Laurent, John Galliano, Kenzo Takada, Issey Miyake ou Junko Koshino de revisiter plus tard l'inégalable source d'inspiration architecturale et textile de ce vêtement. Ces créations offrent parfois une image éloignée de la gestuelle ritualisée et retenue des femmes de l'époque Edo. Les stylistes japonais contemporains libérèrent ainsi le vêtement de son obi (le kimono se porte alors comme un manteau du soir), tandis qu'Yves Saint Laurent conserva la simplicité des lignes et de la forme du kimono.

Généralement en forme de T, le kimono est le costume traditionnel japonais. Il ne suit pas les courbes du corps, contrairement aux habits occidentaux, ce qui a l'avantage d'offrir une large surface plane sur laquelle peuvent s'étendre des décors à la fois complexes et cohérents tout en économisant le tissu. Par ailleurs, cette construction ne tient pas compte des différences anatomiques entre hommes et femmes. La subtilité des couleurs et des motifs floraux de ce vêtement évoquent deux aspects tr ès importants, comme le vert qui reflète le lien indéfectible des Japonais avec la nature, et le violet, couleur du Dit du Genji, roman de cour écrit par Murasaki Shikibu au XI ème siècle. Ces tenues japonaises sont complétées par des chaussures (geta), en paille ou en bois, et plus ou moins hautes, composées d'un corps (dai), d'une lanière (hanao), et, sous la semelle, de dents. Ces socques se portent pieds nus ou avec des chaussettes japonaises (tabi) caractérisées par l'existence d'une séparation pour le pouce.

 

Le kimono (de kiru: porter et mono: chose) fut toujours l'un des supports privilégiés de l'expression artistique japonaise. Ses décors sont obtenus par tissage, broderie, teinture ou peinture, et rivalisent souvent d’audace avec une incroyable diversité selon les époques, l'évolution des techniques et l'inventivité des artisans. Son ancêtre, le kosode (terme apparu entre le XII è et le XIV ème siècle, et pouvant se traduire par « petites manches »), se caractérise quant à lui par d'étroites ouvertures aux extrémités de ses amples manches. Le terme de kimono se généralisera à partir du XIX ème siècle mais il est difficile de connaître de façon précise la date de son apparition au Japon. Plusieurs sources littéraires suggèrent que les Japonais auraient adopté la robe portée par la dynastie chinoise Tang (618-907) à l'époque de Nara (710-794). Peu adapté au climat de l'archipel nippon, ce vêtement traditionnel ne se répandra au sein de toute la population que vers les XII-XIII ème siècles.

La confection d'un kimono pour les seigneurs féodaux et le pouvoir impérial était très réglementé car les grands tisserands furent longtemps tributaires des commandes officielles. Et n'a jamais changé depuis. Sa fabrication consiste en effet en l'assemblage de sept bandes droites assemblées les unes aux autres. A l'époque Edo, on distinguait six modèles de base de kimonos, dont trois étaient réservés aux samouraïs. Et les kimonos de différer aussi selon l'âge de ceux qui les portent.

Pour fermer un kimono, on rabat le côté gauche sur le côté droit puis on entoure la taille d'une large ceinture décorée, celle des femmes étant plus large que celle des hommes. Il existe d'ailleurs plusieurs centaines de manières de les nouer, et différentes ceintures (obi) selon les saisons et les occasions pour lesquelles les kimonos sont portés. Les prostituées nouaient par exemple leur ceinture sur le devant.

 

La riche exposition aborde, nous l'avons vu, les différents styles de kimonos, dont les kosode créés tout au long de l'époque d'Edo, mais aussi la coiffure qui animera la mode féminine au fil du temps. La manière d'arranger les cheveux au-dessus des épaules s'est en effet beaucoup développée, de façon à donner naissance à des coiffures somptueuses, sans équivalent à d'autres époques. En effet, le style suihatsu, c'est à dire le port des cheveux longs lâchés libres dans le dos, représenta longtemps la coiffure principale des femmes japonaises, toutes classes sociales confondues, du peuple jusqu'à l’aristocratie. Ce style de coiffure perdurera depuis l'époque de Heian (Xème siècle) jusqu'à l'époque médiévale (fin XII-milieu XVIè siècle). Et c'est à l'époque Azuchi Momoyama (1573-1603) que l'on commencera à relever les cheveux, probablement avec l'aide des prostituées qui seraient à l'origine de cette mode.

La coiffure sera alors composée de quatre parties : mae gami (les cheveux au-dessus du front), bin ( les cheveux sur les côtés du visage), tabo (les cheveux dans le cou) et mage (le chignon). Les 300 ans de l'époque Edo verront apparaître de multiples formes de coiffures en changeant l'une ou l'autre de ces parties. Et la seule coiffure d'une femme de permettre de deviner sa classe sociale, si elle était mariée ou non, jeune mariée ou femme d'un âge plus avancé...

Les accessoires comprenaient le peigne (kushi), et l'épingle de décoration (kanzashi) et seront de plus en plus souvent utilisés afin de donner plus d'éclat à la coiffure traditionnelle japonaise. De laque (maki-e), d'or ou d'argent, d'ivoire ou d'écailles, le kushi n'est pas destiné à peigner mais est uniquement utilisé pour décorer la coiffure. Une femme honnête en porte un seul tandis qu'une prostituée en arbore plusieurs, entre le haut de la tête (mae gami) et le chignon (mage). Les épingles de décoration, elles, sont en or, en argent, en ivoire, en écaille ou en verre...et les femmes s'en parent en les piquant dans leur chevelure. Certaines sont insolites comme celle ornée d'une boussole ou celle dotée d'un poisson auquel il est possible d'imprimer un mouvement comme s'il nageait. Un autre type d'accessoire, le kogai, est une barre utilisée pour enrouler les cheveux, souvent employée avec les épingles en l'insérant dans le chignon.

Ces mêmes accessoires de coiffures seront fréquemment ornés de motifs floraux et animaliers, autant de symboles de bon augure. Les Japonais affectionnent par exemple l'association de la bouscarle chanteuse (uguisu, ou fauvette) et de fleurs de prunier (ume) qui évoquent l'arrivée du printemps et leur sont très familières. L'épingle, elle, est composée d'un grand torii (portail traditionnel dressé à l'entrée des temples shintoïstes) et d'un pont de bois en forme d'arche (taiko bashi). Comme pour le kosode, ces accessoires de coiffure décorés de motifs saisonniers ou représentant des lieux célèbres révèlent la sensibilité et la culture des femmes d'alors. Vous l'avez compris, cette exposition transporte le visiteur dans le Japon éternel de la séduction. A ne pas manquer !

 

INFOS PRATIQUES :

  • Exposition « Kimonos, Au Bonheur des Dames », jusqu'au 22 mai 2017, au Musée des arts asiatiques-Guimet, 6, Place d'Iéna, à Paris (16è). Tél : 01 56 52 54 33. Ouvert tous les jours (sauf le mardi) de 10h00 à 18h00. L'introduction de bagages (valises, y compris bagages cabine, et sacs de grande contenance) et casques de moto est interdite dans l'enceinte du musée. Entrée : 7,50€. Site internet : http://www.guimet.fr/fr/expositions/expositions-a-venir/kimono-au-bonheur-des-dames
  • Un grand merci à l'agence Opus 64 pour le dossier de presse et les visuels.

 

 







 



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