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Sri Lanka et Guerre civile (1983 à 2009) (Sri Lanka)
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Lundi 3 décembre 2018

 

Après être passé dans la petite ville de Kilinochchi (nord du Sri Lanka) avec Chaminda pour me rendre à Jaffna, j'avais prévu d'écrire quelques lignes sur la guerre civile sri-lankaise qui ravagea ce joli pays de 1983 à 2009. Ce conflit opposa à l'époque le gouvernement sri-lankais à majorité cinghalaise bouddhiste et les LTTE (Tigres de libération de l'Ilam tamoul), une organisation séparatiste qui luttait alors en faveur de la création de Tamil Eelam, un Etat indépendant dans l'Est et le Nord du pays, des territoires majoritairement occupés par les Tamouls de religion hindoue. Il semblerait qu'il faille rechercher les origines de ce conflit au temps de l'Antiquité : déjà à cette époque, les Tamouls clamaient leur présence historique sur l'île tandis que les Cinghalais prétendaient être arrivés ici avant les Tamouls. A ce jour, aucun document historique ne donne clairement raison à l'un ou à l'autre camp. On sait simplement que les premiers écrits historiques relatent de façon mystique l'arrivée sur l'île du Prince Vijayan premier roi cinghalais, en -543. Ce dernier aurait massacré le peuple indigène, et les Tamouls de prétendre alors avoir constitué ce peuple. Quant aux Cinghalais, ils affirment que les Tamouls débarquèrent sur l'île en -100 lors des invasions de la dynastie Chola.

 

Cette île qu'on appellera Ceylan dès le Moyen-Âge sera divisée en plusieurs royaumes locaux, avec, à leur tête des rois cinghalais. Durant cette période, quelques guerres éclateront entre Cinghalais et Tamouls, et des rois tamouls dirigeront par intermittence des royaumes cinghalais entre -100 et -80, et entre 436 et 459. Plus tard, entre 1220 et 1600, les Cinghalais connaitront le déclin pendant qu'à la même époque, le royaume de Jaffna gagnera en puissance vers la fin du 14è siècle. Mais une alliance du royaume cinghalais de Kotte (actuelle capitale sri-lankaise) et le Portugal allait bientôt redistribuer les cartes en faisant disparaître le royaume de Jaffna en 1624. Et ces terres tamouls de passer successivement entre les mains des Portugais, des Hollandais et des Britanniques, ces derniers favorisant les Tamouls. Plusieurs historiens considèrent d'ailleurs que c'est le favoritisme britannique envers la communauté tamoule qui aurait provoqué le conflit entre les deux communautés. Et pour cause, ce furent les colons britanniques qui amenèrent avec eux des ouvriers tamouls indiens pour travailler dans les plantations de thé lors de leur venue au Sri Lanka. Ces ouvriers, après avoir été « apatrides » sous le gouvernement de Don Stephen Senanayake, seront menacés d'expulsion à plusieurs reprises par le pouvoir sri-lankais, en vain. Sous la pression du nationalisme cinghalais, la recolonisation des territoires du nord par les Cinghalais, territoires jusqu'ici occupés par les Tamouls, n'arrangera rien. En 1956, il sera décidé de remplacer l'anglais, la langue officielle sri-lankaise par le cinghalais. Les postes de fonctionnaires seront aussi réservés à des Sri-lankais pratiquant la langue cinghalaise. D'où l'apparition d'échauffourées dans le pays cette année-là. Les évènements de 1958 (émeutes provoquées par des nationalistes cinghalais) marqueront le début de la rupture entre les deux communautés. Vexations et incidents accentueront ensuite les tensions durant les années 1970-1980, jusqu'à ce que naisse l'idée de la création d'une nation indépendante, l'Îlam tamoul (région géographique revendiquée par les LTTE lors de la guerre civile) en 1976. Et les massacres anti-tamouls de 1977, puis l'incendie de la bibliothèque de Jaffna en 1981 de mettre le feu aux poudres.

 

Rejetant les politiques gouvernementales, une partie de la jeunesse forme alors des organisations militantes dont certaines seront financées par l'attaque de banques. Et les LTTE, aussi appelées « Tigres tamouls », de devenir la plus importante de ces organisations. En réponse, l'armée sri-lankaise intensifie sa présence au nord du pays. Mais, un attentat des LTTE perpétré le 23 juillet 1983 contre une unité militaire déclenchera en retour de sanglantes représailles anti-tamoules partout dans le pays. Selon des ONG, 1000 à 3000 Tamouls auraient été tués lors de ces émeutes, et plusieurs centaines de milliers de Tamouls auraient fui en Inde, en Europe, en Australie et au Canada. Plusieurs autres milliers de jeunes de cette communauté s'engageront en revanche chez les LTTE.

Ce pogrom du juillet noir marque le début de la guerre civile sri-lankaise, un conflit qui s'intensifie en 1987 avec une série d'opérations sanglantes lancées par les deux camps. Et l'Inde de Rajiv Gandhi de s'impliquer au même moment dans le conflit suite aux inquiétudes face aux volontés indépendantistes des Tamouls indiens, tout en étant grandement suspectée d'avoir aidé financièrement les LTTE. Ne parachutera t-elle pas des rations alimentaires sur Jaffna en 1987 à destination des LTTE, alors que l'armée sri-lankaise assiégeait cette ville ? Des négociations engagées entre l'Inde et le Sri Lanka aboutiront à la création d'une force d'intervention indienne destinée à aider les insurgés tamouls et à maintenir l'ordre dans le nord et l'est sri-lankais, tout en parvenant à obtenir le désarmement d'unités des LTTE.

 

Le soutien de l'Inde aux indépendantistes sri-lankais sera une fois pour toutes abandonné après l'assassinat de Rajiv Gandhi par une ressortissante tamoule en 1991. Velupillai Prabhakaran, chef des LTTE, en photo ci-dessus, avait en effet décidé d'éliminer l'ex-Premier ministre indien, par crainte que ce dernier ne redéploie la force indienne de maintien de la paix. De 1980 à 1990, des efforts seront pourtant faits par les gouvernants sri-lankais, en reconnaissant par exemple le tamoul comme langue officielle du Sri Lanka, mais le départ définitif de la force de paix indienne des territoires du nord de l'île laissera le champs libre aux LTTE (avec occupation des territoires nord et mise en place d'une administration spécifique). Le gouvernement n'a plus le choix et se lance dans la seconde phase de la guerre d'Eilam II, en plaçant Jaffna sous embargo, tout en interdisant l'entrée des vivres et des médicaments et en bombardant intensivement la zone. Et les LTTE de répliquer en attaquant des villages cinghalais ou maures. C'est en juillet 1991 que se déroule la plus grande bataille alors que la base militaire sri-lankaise de l'Elephant Pass se trouve encerclée par 5000 combattants des LTTE. Un caporal de l'armée, Gamini Kularathne (ci-dessous en photo) monte la garde sur le front sud de l'Elephant Pass lorsqu'il aperçoit un bulldozer suspect fonçant sur le camp militaire (deuxième photo). N'écoutant que son courage, le jeune soldat s'empara de grenades et courut en direction du véhicule kamikaze avant que celui-ci n'atteigne le camp, puis lancera ses grenades, en se faisant exploser avec l'engin. Un mémorial a été érigé en sa mémoire. L'affaire n'en restera pas là puisque l'Etat sri-lankais, qui échouera à nouveau en 1992 dans sa reconquête de Jaffna, verra le président du Sri Lanka assassiné par les LTTE en mai 1993.

 

Les élections législatives de 1994 désavouent le parti cinghalais au pouvoir et mettent le parti pour la Paix du Sri Lanka à la place. Il y aura un premier cessez-le-feu sans lendemain en 1995. Et les LTTE de relancer les hostilités à travers la guerre de l'Eilam III : le gouvernement intensifie encore le blocus de Jaffna et les pilonnages de la ville, jusqu'à prendre enfin le contrôle de la zone en décembre 1995. Les LTTE et plus de 400000 réfugiés s'enfuient alors du côté de Vanni, dans l'intérieur du pays. Nouvelle offensive de l'armée sri-lankaise en août 1996 et reconquête de Kilinochchi fin septembre (cette ville était devenue le centre administratif des LTTE). On assiste ensuite à plusieurs offensives payantes pour les Tigres tamouls en direction du nord. Un cessez-le-feu est appliqué par les LTTE en décembre 2000, puis rompu l'année suivante. Tout au long du conflit, les LTTE perpétreront des attentats-suicides un peu partout dans le pays, créant une peur panique et aboutissant, d'après les ONG, au déplacement de plus d'un million de personnes sur le territoire. L'une des spécificités de cette guerre civile est l'existence d'une marine de guerre chez les Tigres tamouls. Cette force, nommée « Tigres des mers » livrera des batailles navales contre la marine sri-lankaise pour contrôler les voies d'approvisionnement de l'île dans le détroit de Palk (au nord du Sri Lanka). Ce furent ainsi plusieurs centaines de vedettes rapides et légères équipées de mitrailleuses et de lance-roquettes qui permirent le ravitaillement des groupes de combat de la guérilla d'une part tout en harcelant la marine sri-lankaise d'autre part. Et la marine des LTTE de posséder également chantiers navals, submersibles et radars mobiles. Mais la marine nationale sri-lankaise reprendra le dessus de septembre 2006 à octobre 2007 en coulant en haute mer les huit navires-dépôts qui constituait la base arrière logistique du mouvement LTTE. Dès lors, les Tigres tamouls, qui dépendaient de l'approvisionnement maritime compte tenu de leur isolement terrestre, vont assister à l'affaiblissement de leurs forces, par manque de vivres, d'armes et de munitions.

 

L'ultime étape de ce conflit, la guerre de l'Eilam IV se déroule de 2006 à 2009 : afin de reprendre l'offensive, le gouvernement augmente les crédits militaires et les effectifs de son armée, tout en faisant l'acquisition de matériels militaires auprès d'Etats non-occidentaux. En 2007, le Sri Lanka aura généré 460000 déplacés internes à la suite des combats. Dès lors, d'importantes offensives seront organisées par le gouvernement cette même année, qui parviendront à faire reculer la rébellion, jusqu'à ce que l'armée sri-lankaise ne s'empare définitivement de Kilinochchi, le 2 janvier 2009, puis de Mullaitivu le 25. Acculés, les LTTE demanderont un cessez-le-feu en février mais celui-ci sera refusé par le gouvernement. Trois mois plus tard les forces de la guérilla sont retranchées du côté de Puttumatalan, une étroite bande côtière occupée par des dizaines de milliers de civils. Et les LTTE de perdre leur accès à la mer le 16 mai 2009 et de déposer les armes le jour suivant.

Cette guerre civile aura fait plus de 80000 morts (dont 27639 tigres tamouls, 21066 soldats sri-lankais, mille policiers sri-lankais, 1500 soldats indiens et des dizaines de milliers de civils, surtout tamouls), au minimum, car l'ONU avance le chiffre de 100 000 victimes.

 

INFOS PRATIQUES :

  • Mémorial en souvenir des victimes de la guerre civile, à Kilinochchi (sur la route principale et en photo ci-dessus)
  • Mémorial en hommage au caporal sri-lankais sacrifié, à Elephant Pass (route Kandy-Jaffna). Entrée libre. Prise de photos autorisée. Petit musée sur place.

 






 



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