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Week-end au Japon (Tokyo, Japon)
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Lundi 14 janvier 2019

 

De retour à Tokyo (Japon), je suis cette fois accompagné de Kevin, l'informaticien du site Leglobeflyer.com. Pour son premier séjour nippon, j'ai choisi de l'emmener à Nikko, une petite ville de la préfecture de Tochigi nichée au sein d'un parc national garni de forêts de cryptomerias, de cèdres et de pins. Nikko est certes connue pour ses sources d'eau chaude et ses nombreux onsen, mais c'est pour ses sanctuaires et ses temples qui figurent sur la liste des monuments de l'UNESCO que nous nous rendons sur place aujourd'hui.

Après une courte nuit de sommeil, nous embarquons à bord d'un shinkansen en gare de Tokyo. Et d'effectuer ce premier trajet de 50 minutes, de Tokyo à Utsunomiya, en première classe, avant d'emprunter un autre train, omnibus celui-ci, entre Utsunomiya et Nikko pour la demi-heure restante.


 

A notre arrivée à Nikko, nous nous rendrons au bureau du tourisme local qui ne nous sera pas d'un grand secours puisque l'agent me renvoie instantanément vers un présentoir contenant des prospectus. Comme il y a cinq ans, lors de ma première visite sur le site, je ne pourrai que déplorer le manque d'informations destinées aux touristes dans une ville pourtant si touristique.

L'histoire de la ville en tant que centre religieux remonte au VIII è siècle. C'est effectivement en 766, durant la période Nara, que Shodo Shonin, moine bouddhiste exceptionnel, se dirige vers le Mont Nantai, franchit la rivière Daiya et fonde le premier temple de Nikko. Des siècles plus tard, l'endroit devient un centre bouddhique, puis shintoïste très renommé que le seigneur Tokugawa Ieyasu choisira pour son mausolée. Ce shogun sera le premier d'une grande lignée. Après avoir unifié le pays, lui et ses descendants conserveront le pouvoir pendant 250 ans. C'est son petit-fils, Iemitsu, qui érigera le sanctuaire Toshogu, en 1634, pour son aïeul, voulant ainsi illustrer richesse et puissance du clan Tokugawa.

Dès la sortie de la gare de Nikko, je reconnais l'endroit et tourne à droite, pour remonter vers le centre ville. Nous marcherons, Kevin et moi, sur près de deux kilomètres avant d'atteindre le Shinkyo (ci-dessous), pont sacré, laqué de couleur rouge, qui franchit la rivière Daiya. Il était aussi surnommé « Yamasugé no Jabashi », d'après la légende: lorsque Shodo Shonin et dix de ses disciples voulurent explorer la montagne de Nikko, en 767, ils trouvèrent sur leur passage la rivière Daiya. Il y avait un fort courant et pas de pont pour se rendre d'une rive à l'autre. Shodo Shonin se mit à prier avec ferveur et le dieu Jinja Daio (qui apparut avec deux serpents rouge et bleu) lui répondit bientôt en jetant ces deux serpents (yamasugé) en travers de la rivière pour en faire un pont et permettre à Shodo Shonin et ses disciples de se rendre sur l'autre rive. D'où son nom originel. Ce pont existe dans sa forme actuelle depuis 1636 et fut appelé Shinkyo à cause de sa beauté. Ce pont n'est franchissable que lors de certaines occasions spéciales, comme par exemple la visite de membres de la famille impériale.

 

De l'autre côté de la route, une série de marches nous attend pour nous mener aux sanctuaires et temples. Notre première visite a lieu au temple Rinnoji, et tout particulièrement au Sanbutsu-doh (en photo ci-dessous), surnommé « Hall des trois Bouddhas », le plus vaste édifice de l'endroit célèbre pour ses trois grandes statues de Bouddha en bois doré hautes de huit mètres, dont la statue centrale qui porte le nom d'Amida Nyorai, celle de gauche étant Batoh-Kannon et celle de droite, Senju-Kannon. La construction de ce temple débuta en 766, conformément au souhait du moine Shodo Shonin. Puis sera par la suite régulièrement agrandi au début de la période Edo. En 1653, le mausolée du shogun Iemitsu Tokugawa y trouvera sa place. Plus tard, en 1999, le bâtiment sera inscrit au patrimoine mondial de l'humanité en tant que partie des sanctuaires et temples de Nikko. Le site est composé de quinze temple mais également d'un onsen. Ce sont, au total, 37 sites qui sont ainsi classés comme biens culturels importants dans cette ville.

A l'intérieur du temple Rinnoji, se trouve donc le Hondo (qui fut bâti en 1646 et abrite les fameux trois bouddhas du temple, le Jogyodo et le Hokkedo). Ces deux derniers bâtiments, de style respectivement japonais et chinois sont connectés par un couloir et datent de l'époque Heian mais furent reconstruits en 1649. Il existe aussi le Sanjunoto, d'abord érigé en 808, puis détruit par les flammes en 1684 avant d'être reconstruit un an plus tard. Enfin, le Kaizando fut, lui, érigé pour rendre hommage à Shodo Shonin, fondateur du temple.

 

Nous marchons ensuite en direction du sanctuaire Toshogu en laissant sur notre gauche une superbe pagode à cinq étages qui fut offerte par Sakai Tadakatsu, lord féodal d'Obama en 1650, pour le 33è anniversaire de la mort de Ieyasu. La pagode originale brûla en 1815. Celle-ci, bâtie trois ans plus tard a une hauteur de 36 mètres et résiste étonnamment aux forts vents et aux tremblements de terre. Cette construction offre une architecture impressionnante et colorée (ci-dessous).

Après nous être munis de tickets d'entrée, Kevin et moi franchissons une grande porte surnommée « Omotemon », principale porte d'accès du sanctuaire Toshogu. Cette porte est protégée par deux statues de quatre mètres de haut représentant les dieux Deva, gardiens des lieux. Une fois franchie cette porte, nous pénétrons dans une enceinte où nous découvrons les trois entrepôts sacrés (deuxième photo ci-dessous). Ce sanctuaire fut bâti en l'honneur de Tokugawa Ieyasu, par son fils Tokugawa Hidetada, qui était shogun en 1617 sous la période Edo. L'endroit sera plus tard agrandi sous le shogunat de Togugawa Iemitsu (le petit-fils). On pénètre dans le sanctuaire en franchissant l'Ishidori, premier torii marquant l'entrée du sanctuaire, qui fut érigé en 1618. Face aux trois entrepôts sacrés, se dresse l'écurie Shinyosha qui abritait les chevaux destinés aux cérémonies. Le sanctuaire possédait deux chevaux sacrés : Kotuku (Héron blanc en langue Maori) et Fukuisami (bravoure et chance). Sur le bâtiment, figurent des sculptures en bois représentant des singes (troisième photo) dans diverses expressions (les singes que l'on peut voir ci-dessous espèrent que leurs progénitures ne rencontrent, ne voient, ni n'entendent jamais les démons). Non loin de là, se trouve aussi l'Omizuya, un bassin couvert permettant de se laver les mains et la bouche pour se purifier avant de rentrer dans certaines parties du sanctuaire.


 

Un peu plus loin,une autre porte s'élève, la Yomeimon, l'un des plus beaux endroits de ce sanctuaire (en photo ci-dessous). L'enceinte située juste à côté de cette porte offre plusieurs sculptures remarquables (deuxième photo). Ce sont ainsi 16 sculptures que l'on peut admirer sur la façade Est et 9 à l'ouest de la porte Yomeimon.


 

Au passage, et juste après avoir franchi la porte Yomeimon, nous nous arrêtons quelques instant pour admirer la porte chinoise (Karamon), en photo ci-dessous, qui marque l'entrée dans la dernière partie du sanctuaire Toshogu. On l'appelle ainsi « porte chinoise » à cause du style particulier des décorations et ornements qui y figurent. Celle-ci n'était franchie jadis que par les visiteurs illustres lors d'évènements exceptionnels. Cette porte est protégée par des animaux sacrés (en photo ci-dessous) dont un dragon de chaque côté de la porte, et des lions et des dragons sur la partie supérieure de l'ouvrage. On peut aussi apercevoir des sculptures de sages chinois exécutées dans une même pièce de bois.


 

Nous empruntons ensuite un long escalier pour grimper vers un autre petit sanctuaire intérieur qui jouxte la tombe de Tokugawa Ieyasu, l'unificateur du Japon, et nous conduit à une autre porte, celle d'Inukimon (en photo ci-dessous), construite en 1650. Daïmio, puis shogun, Tokugawa Ieyasu sera en effet le dernier des trois unificateurs du pays de l’époque Sengoku, après Oda Nobunaga et Toyotomi Hideyoshi. Il est l'héritier du clan Matsudaïra, petit clan de la province de Mikawa. Objet d'une prise d'otage dans sa jeunesse, entre clans rivaux, il retourne sur ses terres de Mikawa en 1556 puis se marie une première fois. Il fera peu de temps après ses premiers pas de tacticien dans une campagne militaire contre les Oda, et remportera ses premières victoires. Peu à peu, il devient célèbre et s'impose définitivement à la suite de la bataille de Sekigahara en 1600, devenant de facto le dirigeant du pays.


 

Autre temple, autre lieu : pour la seconde journée de notre voyage, j'emmène Kevin au temple Sensoji (ci-dessous), dans le quartier d'Asakusa (Tokyo). C'est le plus vieux temple de la capitale japonaise et il est dédié à la déesse bodhisattva Kannon. Tout part d'une légende datant de 628, sous le règne de l'impératrice Suiko, lorsque deux frères pêchent sur la rivière Sumida et remontent une statue de la déesse Kannon dans leurs filets. La statue fut aussitôt placée dans un temple provisoire et les deux frères ainsi que le seigneur du village vouèrent le reste de leur existence à prêcher le bouddhisme. Le temple Senso-ji, lui, dont la construction s'achèvera en 645, prospérera tout comme le quartier d'Asakusa et ses nombreuses boutiques de souvenirs.

 

Il nous suffit de franchir la rivière Sumida pour atteindre la SkyTree Tower (ci-dessous) qui culmine à 634 mètres. Inaugurée en 2012, l'ouvrage possède trois pieds afin d'être plus stable et de mieux résister aux séismes. De même, sa forme cylindrique lui offre une meilleure résistance aux vents. Kevin et moi visitons les deux plate formes d'observation, la première à 350 mètres et la seconde à 450 mètres. A cette hauteur, la vue est imprenable et le beau temps d'aujourd'hui nous permet même d'observer le Mont Fuji (deuxième photo)

 

Notre visite s'achève au jardin de Rikugi-en (ci-dessous), un jardin de daïmio (seigneur féodal) de style kaiyushiki-tsukiyama-sensui (jardin promenade avec colline et étang). Le jardin de Rikugi-en, l'un des plus beaux anciens jardins de la capitale japonaise, fut considéré comme l'un des deux splendides jardins de l'époque Edo (le deuxième étant Koshikawa koraku-en) à cause de ses arbres (qui datent de cette époque). On y retrouve l'art japonais avec cette géométrie particulière faite d'îles fantastiques, d'un grand nombre d'arbres et de plusieurs collines dont les plus connues sont celles de l'île centrale: Imo-yama et Se-yama. Ces deux collines se veulent être la représentation allégorique de l'homme et de la femme (Se, voulant dire l'homme en japonais ancien et Imo, la femme). Une pierre, Sekirei-ishi évoque le vieux mythe d'Izanagi et d'Izanami sur l'origine du Japon: Dans la mythologie japonaise, Izanami est à la fois la déesse de la création et de la mort et la première femme du Dieu Izanagi. Les dieux primitifs donnèrent naissance à deux divinités, une divinité masculine, Izanagi, et une divinité féminine baptisée Izanami , pour les charger de créer la première terre. Pour les y aider, on les dota d'une lance décorée de pierres précieuses et appelée « Ame no nuhoko »(la lance céleste). Le jardin Rikugien comprend en son centre un étang surnommé Kaiyuu et est aussi connu pour ses maisons de thé traditionnelles en bois qui offrent aux visiteurs des encas, des sucreries et du thé japonais. On peut au passage admirer le pavillon de thé Tsutsuji-Chaya. Celui-ci, construit en bois d'érable, fut épargné par la guerre, et reste aujourd'hui l'un des rares témoignages architecturaux de l'époque Meiji sublimé en automne lorsque les feuilles d'érables changent de couleur. Le pavillon devient alors le pavillon aux érables rouges (vers novembre) .

Le parc fut construit au XVIII ème siècle, en 1695 plus exactement par le daïmio Yanagisawa Yoshiyasu, fidèle confident du cinquième shogun Tokugawa Tsunayoshi. Durant le shogunat, existait le roju, composé des membres influents du shogunat. Certains shoguns désignaient un soba yonin, un agent de liaison entre le shogun et le roju. Tokugawa Tsunayoshi donnera davantage d'importance à ce poste car il craindra pour sa vie. Il transférera donc le roju dans une aile plus lointaine du château et se servira d'hommes de confiance, parmi lesquels Yanagisawa Yoshiyasu. Ce dernier était amateur de waka, et fera ainsi reproduire des scènes de ses poésies favorites à l'intérieur du jardin Rikugien. La construction du parc s'achèvera en 1702. Après la restauration de Meiji, le parc deviendra la propriété familiale de Iwasaki Yataro (le fondateur du groupe Mitsubishi). Ce dernier l'offrira à la ville de Tokyo le 16 octobre 1938. Iwasaki Yataro appartenait à ce qu'on peut appeler la noblesse japonaise. Lors de la restauration Meiji, le gouvernement instaurera une nouvelle noblesse, ou « kazoku », inspiré d'ailleurs du système français napoléonien. Ses bénéficiaires seront surtout des politiques, des hauts fonctionnaires et des hommes d'affaires (comme le baron Iwasaki Yataro).

Le jardin de Rikugien survécut à un important tremblement de terre ainsi qu'aux bombardements de la seconde guerre mondiale. En 1953, le gouvernement japonais le désigna comme lieu de grande valeur historique et comme endroit d'une beauté très spéciale.

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