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Musée de la corvette "Esmeralda" (Iquique, Province d'Iquique, Région de Tarapaca, Chili)
28 images disponibles
Heure locale

 

Dimanche 3 mars 2019

 

Que diriez-vous d'embarquer aujourd'hui à bord de la réplique d'une corvette chilienne à trois mâts qui fit autrefois les belles heures de la marine chilienne ? Jean-Sébastien et moi l'avons fait pour vous ce matin. Rendez-vous est donc pris à 10h30 pour une visite guidée du navire en compagnie d'un guide ne parlant qu'espagnol. Cette attraction vit le jour à l'occasion de la célébration du bicentenaire du Chili, sous la forme d'un musée contenu dans ce magnifique voilier qui est une réplique parfaite du navire « Esmeralda » (ci-dessous) qui fut coulé le 21 mai 1879 lors de la bataille navale d'Iquique. Le navire a ainsi été reconstitué tel qu'il était à la veille de son naufrage, afin de nous transporter dans les conditions de vie de l'équipage d'alors, conduit par le Commandant Agustin Arturo Prat Chacon. La visite débute sur le quai, puis se poursuit à bord du navire. On peut alors découvrir les couchettes des officiers, la chambre du commandant (deuxième photo) et les endroits où les marins prenaient leur repas et leur repos, dans les cales du navire.


Vient ensuite la visite du pont avec ses canons (ci-dessous), l'artillerie embarquée, l'ancre et son maniement. Plusieurs instruments sont aussi décrits lors du parcours dont le gouvernail, l'hélice, et le pont de commandement depuis lequel Arturo Prat donnera l'ordre d'aborder le vaisseau « Huascar ».

Il est cependant intéressant de revenir sur l'origine de ce navire qui fut le premier bateau de guerre à être construit par l'armée chilienne au début de la guerre hispano-américaine(1865-1866) et à être propulsé à la fois à la voile et à la vapeur. Les évènements auquel ce bâtiment participera durant ses 23 années de service feront en tous cas de lui un acteur incontournable de l'histoire chilienne : on se souvient du blocus observé vis à vis du marché nord-américain, de l'appui naval apporté par « Esmeralda » durant la Révolution de 1859, et de la capture de la goélette « Covadonga » lors de la guerre hispano-sud américaine...

L'évènement décisif, à savoir la bataille navale d'Iquique qui eut lieu le 21 mai 1879, révèlera un combat de forces inégales et sans quartier entre la corvette « Esmeralda » et le navire « Huascar » : la Guerre du Pacifique vient alors de commencer et l'abnégation et l'audace dont fera preuve l'équipage sous les ordres d'Arturo Prat forcera l'admiration de tous, dans les deux camps, et le sentiment de patriotisme éprouvé par le peuple chilien en ce moment difficile. La bataille d'Iquique mettra en présence le cuirassé péruvien « Huascar » et la corvette chienne en bois « Esmeralda » devant le port d'Iquique (qui était alors péruvien). Près de quatre heures de combat auront raison du navire chilien qui coulera corps et biens, mais le pavillon hissé. Mais comment en est-on arrivé là ? Le 5 avril 1879, Lima (Pérou) avait déclaré la guerre au Chili malgré le fait que ses navires se retrouvaient pourtant désarmés à Callao (ville péruvienne proche de Lima), dont le « Huascar », privé de son artillerie. Seuls quelques petits navires (les corvettes « Union » et « Pilcomayo ») étaient opérationnels. Le Chili et le Pérou s'étaient lancés dans la guerre avant tout pour contrôler l'espace maritime et, pour le Chili, la destruction de la flotte péruvienne revêtait une grande importance, d'ou cette campagne navale planifiée par le gouvernement de Santiago tandis que Lima restait préoccupé par l'état des principaux navires de sa flotte, craignant de voir la flotte chilienne rappliquer durant les tout premiers jours du conflits pour détruire ses navires.

A Iquique, l'armée péruvienne était placée sous les ordres du général de division Juan Buendia pendant que du côté chilien, une partie du gouvernement préconisait de frapper immédiatement le port de Callao, alors que le contre-amiral Juan Williams Rebolledo, lui, préférait bloquer le port d'Iquique qui restait selon lui le deuxième plus grand port de la région. A force de tergiversations, les Péruviens finiront par surprendre la flotte chilienne en la prenant à revers. L'amiral chilien aura beau tenter de faire route vers le sud pour protéger son arrière-garde, alors formée de la corvette « Esmeralda » et de la canonnière-goélette « Covadonga », il sera rattrapé par le cuirassé péruvien « Huascar » et le navire de guerre « Independencia ».

Mais que faisait donc la « Esmeralda » à Iquique le 20 mai 1879, veille de la bataille navale ? Cela faisait un mois que le Chili était en guerre contre le Pérou et la Bolivie lorsque la corvette chilienne appareilla d'Antofagasta avec le reste d'une escadre en direction d'Iquique que le navire atteindra le 5 avril 1879, avec d'importantes fuites sur ses chaudières, rendant inefficaces les pompes des machines. Une fois sur place, l'amiral en charge de l'escadre chilienne, l'amiral Juan William, nomma Arturo Prat Commandant de la corvette, et lui donna pour mission de maintenir le blocus du port péruvien avec le « Esmeralda » et le « Covadonga » pendant que le reste de l'escadre partait vers Callao.

En voulant bloquer le port d'Iquique, l'amiral Juan William pensait bloquer les exportations péruviennes de nitrate, principale ressource de ce pays. Et d'imaginer ainsi contraindre la marine péruvienne à envoyer ses navires depuis Callao pour combattre à Iquique. Finalement, les bateaux péruviens resteront à Callao et laisseront l'initiative de la bataille au Chili. La corvette « Esmeralda », vu son état, était de toute façon incapable de poursuivre son voyage jusqu'à Callao. A son arrivée à Callao avec le reste de l'escadre, l'amiral chilien découvrit un port vide. Dans cette histoire, les protagonistes n'avaient en rien observé leur adversaire : le « Huascar » et le « Independencia » péruviens avaient pris la mer vers le sud alors que la flotte chilienne se dirigeait vers Callao. Puis, le capitaine péruvien Miguel Grau décida d'attaquer les deux bâtiments chiliens qui bloquaient le port d'Iquique avec ses deux bâtiments lourdement armés, dont le « Huascar ». Nous sommes alors le 21 mai 1879.

La corvette « Esmeralda » disposait alors de presque 200 hommes, autant que le « Huascar ». Construit en bois, le bâtiment pesait 850 tonnes et avait une double système de propulsion, à voile et à vapeur (développant une puissance mécanique de 200 chevaux). Il était aussi équipé de canons de 40 kg. Face à lui, le « Huascar » pesait 1130 tonnes, et était équipé de deux canons de calibre 254 mm placés dans une tourelle mobile.

La première demi-heure de combat fut menée par le navire péruvien qui manoeuvra contre les deux bâtiments chiliens. Puis, de courser ensuite la « Covadonga » qui tentait de s'échapper. Et la corvette « Esmeralda » de bientôt se retrouver seule et sans échappatoire face au « Huascar » qui la poursuivait entre les rades d'Iquique et d'El Colorado. Le capitaine péruvien tira d'abord un coup de semonce en l'air pour réclamer la reddition de l'adversaire. En vain. Le « Huascar » évitera de se livrer à des tirs d'artillerie de peur de blesser la population d'Iquique, tout proche, et ce furent les soldats péruviens qui commencèrent à tirer sur la corvette « Esmeralda » depuis la côte. Le combat entre les deux vaisseaux se poursuivra ainsi trois heures durant, jusqu'à ce que le « Huascar » tente sans succès et à plusieurs reprises d'éperonner le « Esmeralda » (qui ne se rendait toujours pas malgré les tirs d'artillerie péruviens). Lors d'une première passe d'armes, et alors que les deux navires se trouvaient côte à côte, le capitaine Arturo Prat, conscient que son navire ne faisait pas le poids face au « Huascar », aborda le bâtiment péruvien dans un acte singulier d’héroïsme. Et de tenter d'atteindre le poste de commandement du bâtiment péruvien avant d'être finalement tué par une décharge de fusil. La deuxième passe d'armes donnera lieu à une seconde tentative d'abordage de la part de douze autres membre d'équipage chiliens, tentative vaine qui se soldera par la mort des marins. Le troisième impact à coup d'éperon, et deux coups de canon suffiront ensuite à briser la corvette chilienne qui coulera, ne laissant apparaître au-dessus de l'eau le pavillon fièrement hissé. Et ce combat naval de s'achever à 12h10 locales, laissant 135 morts côté chilien et huit morts péruviens. Et le capitaine Miguel Grau, dans un geste humanitaire, de repêcher les 62 survivants (dont le lieutenant Luis Uribe Orrego) de la corvette « Esmeralda » avant d'avancer vers la « Covadonga ».

 

INFOS PRATIQUES :

  • Musée de la corvette Esmeralda, Avenida Arturo Prat S/N, Paseo Almirante Lynch à Iquique. Réservations au 57 2530812 (du lundi au vendredi, de 9h30 à 12h30 et de 14h00 à 17h15) Site internet : http://www.museoesmeralda.cl . Visites : le lundi sans réservation, entre 10h00 et 12h00 et de 14h00 à 17h00. Départ des visites toutes les 10 minutes (maximum de douze personnes). Durée de la visite : 45 mn à une heure. Cette visite a uniquement lieu en espagnol (brochures explicatives en anglais et en espagnol). Du mardi au samedi : visite sur réservation et sans réservation, de 9h50 à 19h00. Le dimanche, visite aux mêmes horaires et sans réservation. Entrée adulte : 3500 pesos (pour les étrangers) et 2500 pesos (pour les Chiliens). Prise de photos autorisée durant la visite, sans flash. Déposer ses sacs dans une consigne gratuite avant la visite (prévoir une pièce de 100 pesos, récupérable).
  • Un bateau-école « Esmeralda » navigue aux couleurs du Chili : http://www.esmeralda.cl









 



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