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Sur la route, entre Iquique et Tocopilla (Chili)
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Heure locale

 

Mardi 5 mars 2019

 

Romantique que je suis, j'imaginais que la route côtière qui court d'Iquique à Tocopilla ressemblait à la Riviera italienne. Quelle déception lorsque je ne vis qu'un littoral monotone de plages et de criques entrecoupé par endroits par des petits villages insignifiants. Les vingt premiers kilomètres, nous emprunterons une autoroute moyennant un péage minime. Première halte sur notre parcours, Punta Gruesa où je me souviens qu'après avoir coulé la corvette « Esmeralda », le 21 mai 1879, la marine péruvienne perdit son navire « Independencia » sur les récifs de cette pointe, alors qu'il était en train de courser la canonnière chilienne « Covadonga », quelques heures seulement après la bataille navale d'Iquique. Les Chiliens revinrent alors sur place pour s'occuper du bateau et de ses survivants tandis que l'équipage péruvien se battit tant qu'il put jusqu'à ce qu'arrive le « Huascar » et que la « Covadonga » ne prenne la fuite. Reste que la perte du navire « Independencia » fut un coup rude pour la marine péruvienne qui perdait ainsi son meilleur fleuron au début le la Guerre du Pacifique.

Depuis 1947, l'endroit est équipé d'un phare actif (ci-dessous), géré par le Service hydrographique et océanographique de la marin chilienne. Cet obélisque fut érigé comme un mémorial chilien de la bataille d'Iquique et de sa continuation avec la bataille de Punta Gruesa. Quant à la balise, elle est accrochée côté mer, à dix mètres du sol. Le phare émet à une hauteur focale de 27 mètres un éclat blanc par période de 10 secondes et sa portée est d'environ 26 kilomètres.


 

La ruta 1 sur laquelle nous circulons traverse les régions de Tarapaca et d'Antofagasta et sert d'alternative à la ruta 5 (route panaméricaine) qui lui est parallèle. D'abord en terrain relativement plat, la ruta 1 évoluera de plus en plus en terrain accidenté au fur et à mesure que nous nous rapprocherons de Tocopilla. Avant notre arrivée, nous traverserons même un tunnel, celui de Pedro Galleguillos, inauguré en janvier 1996. L'ouvrage souffrira d'ailleurs du séisme de Tarapaca en 2005.

Quelques kilomètres plus loin, nous atteignons Caleta Los Verdes où se dresse une minuscule chapelle dédiée à San Lorenzo (ci-dessous). Pour rappel, Lorenzo sera l'un des sept diacres régionaux de Rome à être martyrisé le 10 août 258. Plus tard, je noterai la présence d'autres chapelles en hommage à ce saint, sans doute parce qu'il est l'un de ceux qui sont le plus vénéré par l'église catholique. Le Chili possède une localité qui porte son nom, San Lorenzo de Tarapaca. Celle-ci fête chaque année son patron dès le 6 août en présence de dizaines de milliers de pèlerins.


 

A une soixantaine de kilomètres d'Iquique, se trouve Chanavayita et sa plage protégée du vent et des rouleaux, ce qui, parait-il, en fait un endroit idéal pour nager. Ce petit village de pêcheurs offre quelques restaurants de dégustations de poisson et de fruits de mer.

Plus loin, et toujours le long de la ruta 1, je ferai une halte à Punta Patache, localité abritant un terminal maritime d'exportation du sel (deuxième photo). Depuis quelques kilomètres, Jean-Sébastien et moi avions effectivement remarqué un ballet de camions venant de la montagne pour se diriger vers ce terminal. Un employé du port me confie que le sel est prélevé du Salar Grande non loin de là puis est exporté dans le monde entier.


 

Petite halte quelques kilomètres plus loin à Caleta Chavanaya (transcription probable du nom Chinese Baya), où nous trouverions soi-disant des ruines. Petite localité de pêcheurs, qui fut autrefois un important centre d'exploitation de guano où travaillaient des esclaves chinois, l'endroit abrite semble t-il désormais de nombreux oiseaux marins. Le minuscule village est désert mais, d'après un article de presse trouvé lors de mes recherches, ce ne fut pas toujours le cas puisque l'endroit compta jusqu'à 2000 habitants, qui disposaient alors d'une école et de commerces. Malheureusement, un tsunami déferla sur la zone en 1877 et les habitants ne remirent jamais les pieds ici. Seule l'exploitation minière poursuivra son activité jusqu'au milieu des années 1970. De nos jours, on n'y trouve que des pêcheurs, ainsi que des plongeurs à la recherche de crustacées. On y élève également des huitres.

 

Prochain arrêt : Caleta Rio Seco, où, du moins l'imaginais-je, nous pourrions visiter le musée du sel, une initiative originale prise par un restaurateur qui a installé l'attraction à côté de son établissement. C'est Luis Covarrubias Ornayo, premier maire de Pozo-Almonte , chercheur et passionné d'histoire locale qui eut jadis l'idée de créer un tel musée alors qu'il venait de se fixer à Rio Seco pour sa retraite. Motivé par son épouse, Luis aménagera un espace semi-ouvert attenant à son restaurant par ailleurs réputé pour la qualité de ses mets. Deux salles retracent l'épopée du sel du Salar Grande, et l'époque dorée de l'exploitation du guano avec l'aide d'esclaves chinois. Au décès de notre homme en 2004, l'épouse et les enfants poursuivront l'oeuvre de Luis, avec 600 objets exposés, dont un énorme filtre à eau fait de roche volcanique, des ustensiles de cuisine, du salpêtre, des roues de charrette, des clefs, des machines à coudre, des outils utilisés par les travailleurs chinois et...un fauteuil en cuir de barbier en parfait état de conservation, bref un vrai bric à brac qui témoigne d'une certaine époque. Dommage que les propriétaires n'affichent aucune information sur les horaires d'ouverture du musée (et du restaurant!). Pas de chance, à notre arrivée, tout était fermé.

 

Un arrêt infructueux à Punta Lobos, pas signalé sur la route, nous fera manquer des colonies de lions de mer qui ont élu domicile dans la région, peut être grâce aux eaux poissonneuses des environs. Nombreux sont en effet les pêcheurs munis de leur canne à pêche, qui s'adonnent à ce passe-temps. C'est un habitant du coin qui nous indiquera l'endroit exact des lions de mer, un lieu difficile d'accès à moins d'être équipé d'un 4X4. Nous rebrousserons chemin et nous arrêterons plus loin pour admirer les nombreuses colonies d'oiseaux marins (dont des pélicans, ci-dessous).

Dernière curiosité avant d'arriver à Tocopilla : le château de Huanillos (deuxième photo). Huanillos fut jadis une petite localité désormais peuplée uniquement par les oiseaux et simple village abandonné. Le « château » aurait pourtant été habité par son propriétaire, alors entouré d'une population d'environ 200 personnes. Celui-ci aurait fait sa fortune grâce à l'exploitation du guano au 19è siècle. La main d'oeuvre était alors chinoise et était corvéable à merci jusqu'à ce que la Guerre du Pacifique ne mette un point final à l'exploitation de cette ressource et à son exportation. Les Chinois, eux, partirent sur d'autres chantiers, au Pérou.


 

Notre balade sur la ruta 1 nous fit découvrir plus que ce nous espérions. Cette route bitumée sur tout le trajet offre de bonnes conditions de circulation. Il est dommage que les curiosités touristiques ne soient pas mieux mises en valeur. Mais cela est vrai dans tout le nord chilien. Nous atteindrons bientôt le poste de douane d'El Loa, au km 266. Les formalités ne prendront que quelques minutes, et nous pourrons ensuite reprendre notre route pour Tocopilla.

INFOS PRATIQUES :

  • Musée du sel, attenant au restaurant à Rio Seco. Entrez dans la localité et vous apercevrez sur le parcours, du côté droit, un panneau indiquant « Museo del Sal » (que vous trouverez facilement sur votre gauche). Par contre, aucune indication de jours et horaires d'ouverture.
  • Péage d' Iquique à l'aéroport : 1050 pesos.

  • Si vous souhaitez visiter cette route côtière de manière plus approfondie, l'agence Turismosoldetarapaca (http://www.turismosoldetarapaca.com) vous propose une excursion d'une journée (avec possibilité d'encas et de déjeuner à base de poisson et de fruits de mer, en option). Départ d'Iquique à 8h30 et retour vers 20h00. Tél : +56 9 4041 7323 ou 57 2 467 910.







 



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