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Les Géoglyphes de Pintados (Réserve nationale de Pampa du Tamarugal, Région de Tarapaca, Chili)
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Lundi 4 mars 2019

 

M'étant récemment arrêté du côté de la Réserve nationale Pampa del Tamarugal pour observer les géoglyphes de Los Pintados, je vous avais promis que je reviendrais sur le sujet. Un géoglyphe est tout d'abord un grand dessin, ou motif de grande taille, tracé à même le sol. On en distingue deux types : ceux qui sont réalisés en positif, par entassement de pierres, de gravier ou de terre, et ceux qui sont réalisés en négatif, par enlèvement de pierres, de végétation ou de terre. Vous avez certainement entendu parler de ceux de Nazca au Pérou, ou du plus grand géoglyphe jamais découvert sur terre, l'homme de Marree en Australie-Méridionale, qui mesure 4,2 km de long et qui fait 15,3 km de circonférence.

Plus modestement, le Chili possède le Géant d'Atacama (en photo ci-dessous), un géoglyphe anthropomorphe ancien de 85 mètres de long et de 3000 m2 de superficie. Celui-ci est situé sur le flanc du Cerro Unita (1245 m) à quatorze km de Huara, sur la route CH 15 en direction de Cochrane. Contrairement à ceux de Nazca, ce géoglyphe là est visible du sol et se trouve sur le passage du Chemin de l'Inca qui est régulièrement utilisé pour les transhumances. On ne connait pas son origine mais on pense que cette figure représentait un chamane ou yatiri, ou encore la divinité andine Tunupa-Tarapaca, un dieu civilisateur qui fit le voyage du lac Titicaca à l'océan Pacifique, tout en enseignant sur son chemin les rudiments de l'agriculture aux communautés qu'il rencontraient. Venu mourir dans l'océan, celui-ci est appelé à revivre lors des périodes difficiles. Les alentours offrent aussi des géoglyphes formés de lignes et de cercles, au nombre de 21, des géoglyphes tracés par l'homme en l'an 1000-1400 après JC. Pour rendre hommage aux divinités de l'époque.

Sur la route 5 (c'est ainsi qu'on appelle la route panaméricaine au Chili), plus haut que Huara, nos recherches de ces figures géométriques resteront infructueuses à Tiviliche. A environ 127 km d'Iquique, du côté nord-ouest de la Quebrada de Tiviliche, on annonce pourtant des géoglyphes représentant un groupe de chameaux. En poursuivant votre route jusqu'à la Quebrada de Suca, plus au nord, vous apercevrez huit zones comprenant 120 dessins de condors, serpents, soleils et êtres humains. Le géoglyphe de Chiza, lui, se trouve à 34 km au nord de la Quebrada de Tiviliche toujours le long de la ruta 5. On nous précise que celui-ci est situé du pont de Chiza près d'un chemin.

 

Plus aisés à observer, les géoglyphes des Cerros Pintados, un peu en retrait de la ruta 5, et au niveau de l'intersection pour Matilla, offrent plus de 450 figures sur une soixantaine de panneaux et une distance d'environ trois kilomètres. La moitié de ces formes correspondent à des motifs géométriques, tandis que le reste (25%) représente des motifs anthropomorphes ou zoomorphes. Un centre d'interprétation offre aux visiteurs une information détaillée sur ces figures. On y apprend que ces géoglyphes sont des représentations artistiques reflétant la pensée et les sentiments des différentes communautés ayant vécu dans la région à l'époque pré-hispanique, à savoir des agriculteurs, des éleveurs de bétail, des pêcheurs ou des caravaniers qui habitèrent sur le versant occidental des Andes, entre 700 et 1500 après JC. Ces communautés pré-hispaniques de Pica-Tarapaca se spécialisaient en effet dans différentes tâches en fonction de l'endroit qu'elles occupaient. Certains étaient des spécialistes de la circulation, chargés d'informer les caravaniers sur l'état des chemins utilisés pour acheminer les cargaisons de marchandises à dos de lamas, mais aussi sur l'existence de points d'eau, de fourrage et sur leurs localisations. Dans ce secteur furent aussi identifiés d'anciens campements munis d'enceintes circulaires ainsi qu'un chemin qui traversait les géoglyphes tout en reliant l'oasis de Pica à la côte, ce qui explique sans doute que la région soit considérée comme un lieu archéologique d'importance qui forme une partie de la réserve nationale de la Pampa du Tamarugal.

Plusieurs hypothèses sont avancées pour expliquer la signification de ces dessins : ces formes auraient pu être tracées à des fins purement utilitaires pour indiquer les chemins des ressources hydriques ou bien des lieux de pâturage. Il est également possible que nous nous trouvions en face de repères commémoratifs ou de scènes de la vie quotidienne (chasse, pêche,guerre ou fêtes...), à moins qu'il ne s'agisse de manifestations magico-religieuses (êtres mythologiques, détenteurs de bétail ou de récoltes...)


 

Les géoglyphes de Pintados se trouvent sur le côté sud du Salar de Pintados, à l'intérieur de la réserve nationale. Cet art rupestre est présent au Chili depuis quelques 30000 ans et s'exprime sur les parois des grottes ou sur les flancs de collines. Un moyen comme un autre de communiquer pour ces peuplades anciennes. A côté des géoglyphes cohabitaient deux autres formes d'expression : les pictographies (écriture idéographique sur pierre utilisant la peinture) et les pétroglyphes (même style d'écriture sur pierre, mais en utilisant la sculpture).

La grande diversité des motifs représentés semble indiquer que ces communautés anciennes communiquaient beaucoup. A côté de la représentation de chameaux et de caravanes, on remarque la présence massive de motifs en forme de losange. Par ailleurs, , les scènes d'action et de faune marine sont légion. Y sont représentés poissons et anthropomorphes sur des radeaux, marquant ainsi la manière dont les habitants de jadis désiraient s'approprier directement ou symboliquement le désert. Les géoglyphes auraient alors servi de marqueurs de territoires dont un ou plusieurs seraient à l'origine. Et ces découvertes archéologiques de nous dire qui étaient ces auteurs de géoglyphes, d'où ils venaient, quelle fonction ils exerçaient au sein de leur communauté et quelle était leur idéologie, leur religion, et pourquoi pas, leur sensibilité et leur perception de leur environnement.

 

Nous devons la première référence bibliographique sur les géoglyphes de Pintados au géographe allemand Albert plagemann avec son ouvrage « Ueber die Chileniscen Pintados » paru en 1906. De son côté, l'Université de Tarapaca ouvrira un cadastre rassemblant tous les géoglyphes existant sur le site, soit 450 figures réparties sur 60 panneaux. Et un plan de sauvegarde de ces géoglyphes d'être mis sur pied en 1983. Une majorité de ces dessins feront l'objet de soins de conservation (61% plus exactement), 16% d'entre eux seront restaurés et 23% resteront en l'état, comme simples témoins de leur époque. On estime ainsi à 50000 m2 la superficie totale concernée par ce plan de sauvegarde.

L'énorme variété des motifs existants témoigne d'une étonnante richesse idéologique et d'une grande capacité à communiquer de ces anciennes peuplades. Certes, on relève une majorité de dessins représentant des chameaux et des caravanes mais à côté de cela, on note également d'autres motifs géométriques qui se démarquent des losanges échelonnés. Les géoglyphes relatent souvent des scènes d'action et des images de la faune marine, un moyen sans doute pour les occupants de cette région désertique de marquer leur territoire.

 

Quant à la réalisation de ces géoglyphes, 95% d'entre eux furent tracés d'après la technique « extractive », à savoir par grattage de la surface du sol, offrant ainsi une différence de ton entre le géoglyphe et le terrain environnant. Les autres 5% correspondent à des figures tracées d'après la technique « additive ou mosaïque » consistant à mettre en évidence le dessin par accumulation de matériaux plus foncés en surface que le sol lui-même. Dans ce dernier pourcentage, on inclut bien sûr les figures confectionnées avec la technique dite « mixte », c'est à dire à par extraction et édition appliquée à une même figure. Quant à l'ensemble des géoglyphes de Pintados, ils ont été tracés sur des pentes oscillant entre 40 et 45°, d'où un nombre plus important de figures réalisés par « extraction ».

Comme je vous le disais plus haut, le site offre enfin d'apercevoir des figures zoomorphes et anthropomorphes : les premières correspondent à des dessins figuratifs faisant référence à des animaux, surtout des camélidés, représentés graphiquement de façon isolée ou en groupe dans une caravane de lamas. L'omniprésence de ces animaux témoigne de l'importance économique liée à la parentalité et à l'usage des caravanes sur de grandes distances. D'autres figures zoomorphes représentent des poissons, des renards, des oiseaux et parfois même des félins. Sauriens, batraciens et serpents sont en revanche absents de ce tableau alors qu'on les retrouve abondamment sur d'autres sites de géoglyphes dans le désert. Quant aux formes anthropomorphes, elles sont un mélange de figures statiques et dynamiques. Parmi les figures statiques, on trouve des corps avec des côtés concaves ressemblant à des visages humains, tandis que les figures dynamiques, elles, représentent des professions telles que chasseurs, pêcheurs ou guides de caravanes. Ce groupe de figures inclut aussi des personnes portant une tenue vestimentaire indiquant une hiérarchie sociale ou ethnique.

Dernier groupes de géoglyphes : les formes géométriques, majoritaires avec 50% des figures et d'où se détachent des losanges représentés sur plus de dix panneaux. Ces « diamants » sont variables en taille et en nombre de marches sur chaque côté. Parfois, on les trouve isolés, et d'autre fois en groupes, mais la constante de ce genre de géoglyphe consiste à toujours disposer d'un appendice supérieur (tête), inférieur (corps) et de deux parties latérales (bras). Les spécialistes y voient la représentation d'un personnage important dans les domaines religieux, politique ou idéologique. Ce genre de figures occupent bien sûr les parties supérieures des collines. On trouve enfin d'autres formes géométriques (carrés, rectangles, cercles et frettes linéaires) similaires à des motifs de tissus datant de 900-1450 avant J.C.

 

INFOS PRATIQUES :

  • Géoglyphes de Pintados : Emprunter la Ruta 5, puis la A700 sur deux kilomètres jusqu'à franchir une ancienne voie ferrée et atteindre le point d'entrée de la Réserve nationale Pampa du Tamarugal. Ouvert du mardi au dimanche de 9h30 à 17h00. Entrée pour les étrangers : 4000 pesos (2000 pesos pour les Chiliens). Une brochure explicative (en espagnol et en anglais) vous est remise sur place. Nombreux panneaux d'explications sur les géoglyphes au centre d'interprétation et exposition thématique. Toilettes (accessibles aux personnes handicapées). Le sentier des géoglyphes, lui, n'est pas praticable (ou très difficilement) en fauteuil roulant. Les informations données à chaque station sont imprécises.



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