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Exposition "Océanie" (Galerie Jardin, Musée du quai Branly-Jacques Chirac, Paris, France)
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Lundi 8 avril 2019

 

Le premier voyage de James Cook date déjà de 250 ans et le Musée du Quai Branly-Jacques Chirac choisit cette date anniversaire pour nous présenter une imposante exposition sur le continent aux 25000 îles, l'Océanie. Cet événement, inédit en France, est accessible au public jusqu'au 7 juillet 2019 et offre d'admirer près de 200 œuvres anciennes et contemporaines racontant les cultures et les peuples insulaires tout en dressant un panorama de l'art océanien.

C'est à un merveilleux voyage à travers le Pacifique que nous convie l'exposition « Océanie », de la Nouvelle-Guinée à Rapa Nui (Île de Pâques) et d'Hawaii à Aotearoa (Nouvelle-Zélande), et un avant-goût de mon prochain séjour en Nouvelle-Zélande prévu fin avril.

Issus de cet immense territoire constellé d'îles, les arts d'Océanie rassemblent un ensemble de styles associés à de très nombreux groupes culturels et linguistiques et des traditions dynamiques évoluant au gré des changements historiques. Et même si chaque archipel, îlot ou terre, a su conserver ses particularités, les artiste partagent des problématiques et des réflexions communes. Et l'exposition de mettre l'accent sur ce qui lie les peuples et les cultures tout en intégrant une réflexion contemporaine sur le monde océanien. Cela fait plusieurs décennies qu'historiens d'art, anthropologues et artistes se sont penchés attentivement sur les thématiques de rencontres, d'échanges et sur les phénomènes d'hybridation observés dans les arts océaniens, pour finalement se rendre compte que les œuvres emblématiques ne sont plus obligatoirement considérées comme des œuvres « traditionnelles » mais comme des représentations évocatrices de moments historiques dans la culture de tous ces peuples, culture marquée par la commerce, bousculée par la colonisation, l'évangélisation et plus récemment le changement climatique.

L'exposition « Océanie » est divisée en quatre grands thèmes : le voyage, l'ancrage, la rencontre et la mémoire.

Le voyage évoque avant tout l'histoire de la navigation autochtone avec l'exploration du Pacifique par les peuples venus d'Asie du Sud-Est, l'art de la fabrication et de l'ornementation des pirogues mais également le développement du commerce et des échanges, notamment avec les Européens. L'océan, mais aussi les lagons fournissent à ces peuples l'essentiel de leurs ressources tout en enrichissant leur imaginaire. Et l'eau d'être partout omniprésente, depuis le crocodile primordial du Moyen Sepik de Nouvelle-Guinée aux légendes évoquant la naissance des îles sorties des eaux, puis séparées du ciel par les dieux à Hawaii et en Nouvelle-Zélande. Ce liquide salvateur, élément de création, relie également les hommes au royaume des morts, des esprits et des individus à naitre. Et symbolise le vaste marae, espace sacré peuplé de créatures divines et d'ancêtres. Les Maoris de Nouvelle-Zélande ne parlent-ils pas de la mer comme d'u parent, hine-moana, qui a ses propres droits ?

Dans certaines îles, mer et rivières sont perçues comme des chemins parcourus à maintes reprises. Les arts de la navigation laissent entrevoir une connaissance approfondie des courants, des vents, des astres et du mouvement saisonnier des espèces. Maitriser la navigation permettra de sillonner les routes maritimes, comme aux Îles Marshall, où la position des îles, des récifs et la connaissance des phénomènes marins (houle) étaient consignées puis transmises grâce à des cartes faites de fines baguettes et de coquillages. L'océan (moana) tient ainsi une place centrale dans l'exposition, à la fois métaphore de l'histoire et de l'identité de la région et élément qui la relie au reste du monde. Témoins du temps, les pirogues, avec leurs proues, poupes et pagaies, représentent plus que jamais l'identité des peuples océaniens. Hier utilisées lors des guerres, ces embarcations servent aujourd'hui à se déplacer d'île en île, pour les échanges et la pêche. Véhicules des hommes, des défunts voire des dieux, elles évoquent encore le voyage entre les mondes.


 

L'ancrage retrace quant à lui les façons multiples dont les cultures océaniennes créèrent des lieux d'habitation et d'appartenance. Et ces maisons et espaces de raconter des histoires plus riches les unes que les autres sur l'origine, les rituels et le pouvoir ancestral. Bien des œuvres furent d'abord conçues comme des réceptacles d'esprits et de divinités avant d'apparaitre aujourd'hui, et pour certaines d'entre elles comme des chefs d'oeuvre des arts océaniens. Le peuplement des îles du Pacifique se poursuivra jusqu'au 13è siècle, et même au-delà. Et les peuples océaniens d'avoir jusqu'à maintenant conservé une partie des liens noués au cours des voyages ancestraux, liens évolutifs au gré des rencontres à des fins d'échange ou de conquête.

Les écosystèmes d'Océanie sont si variés que les hommes durent s'adapter aux contingences géologiques aux contraintes climatiques. Sur les territoires nouvellement conquis, chaque société mettra en place des pratiques spécifiques pour consolider sa communauté, donnant dans de nombreuses régions une dimension spirituelle aux espaces naturels constituant les îles (ruisseaux, forêts et montagnes) et ceux les entourant (lagon, récifs, haute mer, cieux). Les pratiques architecturales définissent pour leur part des espaces divers pour femmes et hommes, pour que chacun trouve la place qui lui revient dans un paysage peuplé d'êtres de toutes sortes. Les grandes maisons et les enceintes à usage communautaire reflètent ainsi les hiérarchies sociales et les pratiques cérémonielles de chaque groupe. Chaque édifice comporte des éléments peints ou sculptés rappelant les figures ancestrales ou mythique qui fondent l'identité du groupe, tandis que des murs de pierres ou des plates-formes surélevées délimitent les lieux sacrés ou tabous. De nombreuses sociétés dans le Pacifique s'articulent autour d'une complémentarité des principes féminin et masculin, à l'origine de la communauté et de sa prospérité, dont la statuaire illustre la dimension. Ci-dessous (première photo), un couple représentant sans doute des figures ancestrales utilisées comme poteaux de soutien d'une maison commune. La grande maison cérémonielle, elle, est réservée aux hommes et est le théâtre d'un certain nombre de rituels. Elle abrite les objets sacrés des clans.

Parmi les sculptures les plus connues du Pacifique, apparaissent des représentations d'êtres transcendants, de héros légendaires ou de divinités, auxquelles sont rattachés des mythes dotés d'énergies tantôt bienfaisantes, tantôt menaçantes difficilement maitrisables par les hommes. Seuls des rites visaient jadis à les canaliser, des rites pour la plupart disparus à la suite de la conversion au christianisme, mais dont le respect dû aux ancêtres se perpétue. La vie des sociétés d'Océanie est ainsi ponctuée d'évènements cérémoniels, fédérateurs mais variables selon les communautés. Leur préparation peut mobiliser des groupes pendant de longs mois, voire des années. Jadis , la guerre contenait une dimension esthétique et les activités guerrières étaient à l'intersection de préoccupations collectives plus larges visant à l'équilibre des forces entre le monde des morts et celui des vivants. Le corps est orné de costumes éphémères, de parures ou de masques et est un instrument clé de ces manifestations toujours accompagnées de musique. Danses et mouvements mettent alors en valeur ces ornements corporels pérennes que sont les scarifications et les tatouages. Les populations des Hautes-Terres de Papouasie Nouvelle-Guinée sont ainsi connues pour leur parures corporelles spectaculaires, comme ce grand cimier (deuxième photo) peint sur ses deux faces.


 

Le thème de la rencontre aborde les échanges qui eurent lieu entre les cultures océaniennes et l'Occident. Des rencontres qui ne débouchèrent pas forcément sur le déclin des cultures insulaires mais s'avéreront être des sources d'innovation dans le champ artistique. Le rôle des échanges dans le maintien du lien social en Océanie est un sujet important. Dons et contre-dons qui sous-tendent les réseaux d'alliances dans le Pacifique rentrent dans des cycles d'obligations rituelles s'étendant parfois sur plusieurs générations. Des transactions marquent les étapes de la vie comme la naissance, l'initiation, le mariage et le décès. Donner confère un prestige tout en générant une dette vis à vis du receveur. Et l'obligation de réciprocité de consolider des partenariats et des liens renégociables tout au long d'une vie. Le don n'est pas seulement une transaction mais devient une mise en scène : on accumule des biens précieux, puis on les redistribue lors de grands échanges cérémoniels. Le savoir-faire élaboré ajoute aussi de la valeur aux matières premières.

L'exposition montre combien les hommes du Pacifique, mais également leurs objets, ont circulé d'île en île et au-delà. La rencontre avec les Européens modifiera toutefois la donne dans la mesure où missionnaires chrétiens et colons auront le projet de transformer les îles et leurs habitants. Cette mission « civilisatrice » et économique se traduira malheureusement par des drames et des violences s'abattant sur les populations autochtones (introduction de maladies, abus sexuels, expropriations et travail forcé). Certains habitants du Pacifique rejoindront cependant les équipages des bateaux de commerce et voyageront jusqu'en Asie ou en Europe. D'autres se convertiront au christianisme pour accéder à l'apprentissage de la lecture et de l'écriture et à la médecine occidentale.

 

Enfin, la mémoire, facteur essentiel pour comprendre l'histoire et l’identité de la région, est abordée en dernière partie de cette exposition. La grammaire de nombreuses langues d'Océanie place le passé devant soi et le futur derrière. Le passé devient ainsi un point de repère grâce auquel on peut s'avancer vers un futur dont on ne connait rien. La même chose se passe avec les pratiques funéraires et commémoratives, qui impliquent de garder quelque chose du passé. Un lien particulier avec ceux qui ont contribué à construire la communauté est souhaitable, en tant que source de pouvoir et de légitimité, même si la présence persistante des défunts peut s'avérer dangereuse. Il est alors indispensable de leur permettre de rejoindre le monde des esprits pour retrouver un équilibre. L'exposition illustre de telles pratiques et montre comment les artistes contemporains se sont emparés des thèmes de la perte de la mémoire. Et de donner l'exemple des Européens voulant commémorer et préserver les cultures océaniennes tout en dépossédant leurs habitants d'une partie de leur mémoire et de leur identité.

INFOS PRATIQUES :

  • Exposition « Océanie », jusqu'au 7 juillet 2019, au Musée du Quai Branly – Jacques Chirac, Galerie Jardin, 37 Quai Branly à Paris (7è). Tél : 01 56 61 7000. Entrée : 10€. Site internet : http://www.quaibranly.fr/fr/expositions-evenements/au-musee/expositions/details-de-levenement/e/oceanie-38063/
  • Le catalogue de l'exposition est disponible sur place : 328 pages, 240 illustrations, 49€.

  • Autour de l'exposition : Week-end Océanie les 29 et 30 juin avec activités gratuites, inédites et adaptées à tous les publics et séries de conférences.

  • Pensez à regarder l'intégralité des visuels de cette exposition en cliquant à droite en haut de cet article, sur l’icône Photos disponibles.

  • Merci à l'agence Alambret Communication pour son aide.








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