Revoir le globe
Top


Russell
(Northland, Nouvelle-Zélande)
Heure locale

 

Lundi 6 mai 2019

 

La Bay of Islands cache de petits trésors parmi lesquels Russell, anciennement Kororareka, premier camp et port européens établis en Nouvelle-Zélande. Nichée à l'intérieur d'une baie, la petite ville, principalement maorie, se développa grâce au commerce tout en entretenant à l'époque une réputation peu enviable de « bouge du Pacifique », où deux sous-tribus pouvaient aller jusqu' à se faire la guerre pour sauver l'honneur de jeunes femmes maories. Curieusement, l'Eglise sut trouver sa place entre Christ Church, la plus ancienne église de Nouvelle-Zélande et la Maison Pompallier qui fut érigée en 1841 par des missionnaires catholiques de l'ordre Mariste. Un petit musée invite par ailleurs les visiteurs à en apprendre davantage sur le riche passé de cette localité, dont les symboles de la souveraineté britannique seront toutefois mis à mal par les troupes de Hone Heke, lors de la guerre de 1845.

 

Je ne sais plus d'où m'est venue cette idée de me rendre à Russell en bateau. C'est tout moi, de disposer d'un véhicule et d'embarquer à bord d'un petit navire pour une vingtaine de minutes de traversée alors que Russell n'est pas située sur une île (comme je le pensais) mais sur une presqu'île. Une promenade en mer n'a jamais fait de mal à personne mais le temps est aujourd'hui plutôt venteux. Et puis, m'apercevoir au moment d'embarquer que notre capitaine est une femme, ça a un côté plutôt rassurant. Comme le veut la tradition, je me présente à elle en lui précisant que je suis navigant aérien, que je sais nager et que je pourrai peut être donner un coup de main en cas de naufrage. Le seul « maitre » après Dieu me remercie de m'être signalé et nous entamons bientôt la croisière.

Tout commença en 1827 lorsqu'un scieur de bois nommé Johnson entreprit d'acheter un terrain situé à proximité du sud de la baie de Kororareka, à Kiwikiwi, le chef de la tribu Ngatimanu, en échange de deux mousquets (fusils). Peu à peu un petit village, celui de Kororareka, se développera autour de la baie et accueillera les navires (et leurs équipages) faisant relâche ici à la recherche de provisions et d'autres sortes de...plaisirs à l'intérieur des quelques tavernes locales. L'endroit, où régnait l'anarchie et la débauche, ne tardera pas à gagner ses (tristes) lettres de noblesse. C'est que les Maoris avaient vite compris l'intérêt qu'il avaient à commercer avec ces étrangers (Européens et Américains) venus d'ailleurs dès le début des années 1800. Et les « tauiwi » (surnom maori donné aux étrangers) de profiter de l'environnement protégé de la baie et des facilités d'approvisionnement. Les Maoris échangeaient le bois et la nourriture contre des armes à feu, de l'alcool et d'autres biens manufacturés. Détenteurs de valeurs, ils souhaitaient par dessus tout être respectés et étaient prêts à en découdre en cas de mise en cause de l'honneur des jeunes filles par exemple. C'est ce qui arrivera en mars 1830, lorsque insultes et quolibets furent proférés par une tribu à l'encontre de jeunes femmes d'une autre tribu qui n'étaient pas indifférentes au charme de William Darby Brind, capitaine de navire. Et les deux sous-tribus hapu nord et sud, appartenant pourtant à la même tribu Ngapuhi iwi, de se battre sur la plage, d'où le nom de « Guerre des Filles » donné à cet incident.

 

A la descente du bateau, je me dirige vers le petit musée de la ville qui s'opposera catégoriquement à ce que je prenne des photos. L'endroit est pourtant très bien agencé et consiste en une grande salle où l'on peut admirer plusieurs vitrines d'objets mais aussi une magnifique réplique du « Endeavour » sur lequel James Cook navigua. Une deuxième salle, plus petite, accueille une exposition temporaire. Un petit film d'une dizaine de minutes permet aussi d'en apprendre davantage sur les origines de cette ville, comme, par exemple cette appellation de Korokarera, nom maori signifiant « délicieux pingouin ». On dit qu'un chef maori, blessé au combat, aurait demandé à ce qu'on lui serve du pingouin, puis, après avoir avalé quelques gorgées de bouillon, aurait dit «Ka reka te korora » (quel délicieux pingouin!). Ce nom est depuis resté, jusqu'à ce que le village ne prenne le nom de Russell en 1844. C'est le gouverneur Hobson qui décidera de faire de l'endroit la capitale éphémère de Nouvelle-Zélande (de mai 1840 à mars 1841) en utilisant le nom du Lord John Russell, alors Secrétaire britannique des Colonies, juste avant qu'Auckland ne devienne à son tour la capitale l'année d'après. Après tout, Russell avait bien besoin d'un peu d'ordre après toutes ces années d'anarchie et de corruption. Malheureusement, les taxes et le prélèvements instaurés par le gouvernement et le transfert de capitale de Russell à...Auckland en 1841 mettront un coup d'arrêt à l'essor économique de la petite ville et créera un fort ressentiment dans la population majoritairement maorie.


 

Le malaise couvait depuis un certain temps : suite à la signature du Traité de Waitangi en février 1840, les relations entre les membres de la tribu Ngapuhi et les Britanniques avaient commencé à se détériorer. Ainsi Hono Heke, chef maori local, vit-il d'un mauvais œil l'installation d'un mât avec l'Union Jack hissé au sommet d'une colline considérée comme symbolique par la tribu. Hono Heke n'avait pas non plus digéré le transfert de capitale néo-zélandaise à Auckland en 1841, et encore moins l'impôt britannique qui pesait sur les transactions commerciales. Certains avançaient même que les Maoris avaient déjà perdu leur souveraineté, celle-ci ayant été reprise par la reine d'Angleterre, et qu'ils étaient devenus désormais les esclaves de la reine Victoria. Et Hono Heke d'abattre une première fois le mât de la discorde en juillet 1844, puis une seconde fois en janvier 1845 (deuxième photo ci-dessus). Une semaine plus tard, les Britanniques installèrent cette fois un mât en...acier, à nouveau mis à bas par Hono Heke. La quatrième fois, les homme de Hono Heke s'en prirent directement au poste de garde britannique, tuant purement et simplement les soldats. Au même moment, Te Ruki Kawiti, éminent chef maori, et ses troupes attaquaient la ville. D'où cette « guerre du Flagstaff » (ou guerre nordiste) de 1845, laquelle trouvera un épilogue un an plus tard lorsque le gouvernement britannique promit de ne plus installer de mât en haut de la colline Maiki. Russell mise à sac, et désertée de ses habitant put enfin envisager sa reconstruction. On construisit ainsi un tribunal, un bureau des douanes et on installa une garnison sur place jusqu'en 1857, tandis qu'un représentant consulaire était là pour accueillir les chasseurs de baleine, Russell étant depuis devenue une importante base pour ce type d'activité.

 

Erigée dix années auparavant, la petit église anglicane « Christ Church » (en photo ci-dessus) avait vécu depuis bien des évènements. C'est dans son enceinte que le capitaine William Hobson avait prononcé le discours du Traité de Waitangi, ratifié peu de temps après. Dès le départ, le lieu de culte avait eu pour habitude d'offrir des offices en langues anglaise et maorie. Et l'endroit avait même déjà utilisé comme...tribunal occasionnel. Le terrain sur lequel avait été bâtie l'église avait été cédé par les chefs maoris locaux en 1834 à la condition que Maoris et Européens soient enterrés équitablement. En 1835, Charles Darwin, qui passa à Russell, alors que l'église était en état de construction bien avancé, qualifiera le projet d'audacieux et contribuera financièrement à sa réalisation, au même titre que le Capitaine Fitzroy et d'autres officiers du vaisseau « HMS Beagle » sur lequel il voyageait alors. Le premier office fut donné le 3 janvier 1836 par des missionnaires venus en bateau depuis Paihia. La petite église souffrira par contre de la guerre de 1845 lors de la bataille de Kororareka à cause de tirs de mousquets et de boulets de canons. Aujourd'hui se dresse dans le cimetière jouxtant le lieu de culte un mémorial en souvenir du chef maori Tamati Waka Nene qui livra combat lors de ce conflit dans le camp anglais. L'église prendra ensuite son nom actuel au début des années 1870 puis sera dotée d'un beffroi. La reine Elizabeth II et le Prince Philip la visiteront en 1963, avant que l'endroit ne soit enregistré vingt ans plus tard comme monument historique national, en 1983. Depuis, Russell abrite la plus ancienne église de Nouvelle-Zélande.

 

En 1841, des missionnaires catholiques français de l'ordre Mariste décidèrent de bâtir un édifice pour y installer une imprimerie, la Maison Pompallier, du nom de Jean-Baptiste Pompallier, premier évêque catholique romain de Nouvelle-Zélande. N'ayant que peu d'argent, les frères entreprirent de construire selon la méthode traditionnelle connue à Lyon (France), le pisé de terre. Et ce beau bâtiment de deux étages d'avoir été inauguré en 1842, et d'être depuis devenu le plus ancien bâtiment industriel du pays. A l'intérieur se trouve une imprimerie, un atelier de reliure et les tanneries. Le tout, mis en valeur par un superbe jardin apparu dès 1880 dans le style victorien et édouardien. L'édifice, réalisé par Louis Perrin, alors architecte laïque des Maristes, offre un style colonial français avec un toit en arêtes débordant sur les vérandas. L'imprimerie mariste était une véritable imprimerie avec sa presse d'origine (ci-dessous) destinée à imprimer des textes religieux en langue maorie, depuis le simple pamphlet jusqu'à l'édition de 6000 exemplaires d'un livre de 648 pages relié en cuir. Le dernier ouvrage à avoir été imprimé ici (deuxième photo) le fut en 1847. L'évêque Pompallier ordonnera en effet aux Maristes de quitter les lieux trois ans plus tard pour s'installer à Auckland. Et le domaine d'être alors repris par James Callaghan. Ce nouveau propriétaire avait acheté l'ensemble en 1856 pour en faire une sorte de « château » et faire fonctionner la tannerie en y développant une activité de maroquinerie. L'homme ayant décédé en 1869, la maison reviendra à Hamlyn Greenway, qui mettra en valeur la demeure en créant tout autour un joli jardin à partir de 1880. Les Stephenson prendront la suite en 1904 et entreprendront d'importants travaux de restauration, créant aussi un parc sur l'arrière de la demeure. La propriété laissée entre temps à l'abandon sera reprise en 1943 par le gouvernement néo-zélandais pour être transformée en monument historique. L'expérience, plus ou moins heureuse, conduira l'administration des sites historiques à reprendre les choses en main en 1968, jusqu'à permettre à la célèbre maison de trouver son authenticité perdue.


 

INFOS PRATIQUES :

  • En arrivant de Waitangi, poursuivez tout droit pour atteindre Paihia et son office de tourisme en bout de jetée du port. Tournez à droite pour vous rendre à un parking afin de garer votre véhicule le temps de votre sortie à Russell. Revenez sur vos pas (5 minutes de marche) en direction du port où vous achèterez votre ticket A/R (14 NZ$). Il y a des liaisons maritimes toutes les 30 mns. Durée de la traversée : 20 minutes.
  • Russell Museum, 2, York Street, à Russell. Tél : 09 403 7701. Ouvert tous les jours de 10h00 à 16h00 (de février à décembre) et de 10h00 à 17h00 en janvier. Fermé à Noël. Entrée : 10 NZ$. Site internet : http://russellmuseum.org.nz/

  • Eglise anglicane Christ Church, Church Street, à Russell. Messe le dimanche à 10h30.

  • Maison Pompallier, The Strand, à Russell. Tél : 09 403 9015. Ouvert de 10h00 à 17h00 tous les jours (de novembre à avril) et de 10h00 à 16h00 (de mai à octobre). Fermé à Noël. Visites guidées de l'imprimerie et de la tannerie à 10h00, 11h00, 12h00, 14h00 et 15h00. Entrée : 15NZ$. Entrée à 7NZ$ pour la visite libre des jardins. Site internet : http://www.heritage.org.nz/places/places-to-visit/northland-region/pompallier

  • Office de tourisme de Russell situé au bout de la jetée du port, à l'arrivée du bateau. Site internet :https://russellinfo.co.nz/




Retour aux reportages







Qui Suis Je - Reportages - Médiathèque - Boutique - Calendrier - Pays - La lettre - Contact
Site réalisé par Kevin LABECOT
Disclaimer - Version mobile