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De Kaitaia à Paihia
(Northland, Nouvelle-Zélande)
Heure locale

 

Mardi 7 mai 2019

 

Alors que je quitte la région du Northland, j'ai l'impression d'être passé à côté de quelque chose, ce genre d'occasions ratées qu'il nous arrive parfois de ressentir. Par manque de temps (certainement!) et manque de flair (sans doute aussi), j'ai traversé Kaitaia si vite que je n'en ai rien vu. Quant à Paihia, petite station balnéaire de la Baie des Îles, elle aura été pour moi plus une base de survie qu'une découverte culturelle.

 

En préparant mon programme des festivités, chez moi à Paris, j'avais retenu Kaitaia comme étape culturelle sur ma route pour le cap Reinga, à cause de son musée régional du Far North. Berceau de la nation néo-zélandaise, le Northland fut la première région où s'installèrent durablement les Européens, malgré une forte résistance maorie et les quelques bains de sang qui marquèrent la vie des pionniers. Il faut regarder du côté des paysages pour apprécier tout le charme de ce territoire parsemé de terres agricoles vallonnées et de plages de sable blanc dont la plus marquante aura sans doute été pour moi celle de Ninety-Mile-Beach. Je n'aurai pour cette fois pas pris le temps de parcourir ces forêts millénaires habitées par les incroyables « kauris ».

Le musée régional du Far North m'aurait permis de découvrir le plus ancien objet laissé par des Européens en Nouvelle-Zélande, une ancre en fer forgé de 1500 kg perdue en 1769 par l'explorateur français Jean-François de Surville, lors d'une tempête à Doubtless Bay. Seulement voilà, en arrivant sur place, on m'informe qu'il m'est impossible de photographier à l'intérieur du musée et qu'il me faudra contacter le curateur pour obtenir une éventuelle autorisation. Pris par le temps, je repartais bredouille mais adressais tout de même une demande de clichés de presse à Whina Te Whiu en charge du musée. Dès le lendemain, je recevais quatre photos, dont l'ancre en question (ci-dessous).

Ayant parcouru l'endroit, je dois dire que ce musée, qui tient dans un (grand) mouchoir de poche, offre d'admirer des trésors issus d'une collection antérieure à l'arrivée des Européens sur ces terres. On y découvre ainsi cette pierre de jade, surnommée pounamu par les Maoris, des sculptures précoces, et le squelette d'un animal disparu depuis 500 ans, le kuri (ou chien polynésien). On y parle aussi du bois de kauri et de sa sève, des toutes premières épaves et des pionniers missionnaires.

Jean-François de Surville était de ces explorateurs qui découvrirent l'océan Pacifique, à travers la découverte de la Nouvelle-Zélande et de la Nouvelle-Hollande (actuelle Australie) et après avoir aperçu les îles Saint-Paul-et-Amsterdam dans la foulée de l'Anglais James Cook. Notre homme, né à Port-Louis en 1717, sera aussi à l'origine d'un nouveau plan d'exploration consistant à ne plus partir d'Europe, mais de l'océan Indien, afin de réduire le temps de trajet nécessaire pour atteindre le Pacifique. Astucieux !

Autre explorateur malgré lui, le chien polynésien (kuri) sera introduit en Nouvelle-Zélande par les Maoris au cours de leur migrations en provenance de la Polynésie vers 1280. Et ce peuple de s'en servir alors comme source de nourriture, pour sa peau et ses poils (fabrication de manteaux, de ceintures et d'armes décoratives). Une vraie vie de chien !


 

Curieux de tout, j'adore les musées. J'aurais certainement aimé celui de Paihia, le musée des épaves de bateaux Kelly Tarltons, disparu depuis. Un musée créé par le Néo-zélandais Kelly Tarlton, un homme débordant d'énergie et de la force d'entreprendre, vite devenu une légende dès l'âge de 47 ans dans le milieu de la plongée, à la recherche de trésors enfouis et d'archéologie marine. Quittant un jour son poste de fonctionnaire, Kelly prit possession du bateau Shippeys (ci-dessous), à l'entrée du pont de Waitangi, pour en faire un musée des épaves de navires dès le 12 janvier 1970. Et son musée de devenir rapidement l'une des attractions touristiques incontournables de la Baie des Îles (Bay of Islands) jusqu'en 2002. Notre homme tirera quant à lui sa révérence en 1985 (confiant à RoseMary son épouse le soin de perpétuer un temps le musée) mais les amoureux de la mer pourront se consoler en visitant l'Aquarium Kelly Tarlton d'Auckland, ouvert cette même année.

Le bateau Shippey, lui, a depuis été revendu à deux jeunes Néo-zélandais. Le Sugar Boat (son premier nom) est l'un des six exemplaires de ces chalands qui furent construits en 1890 pour la Raffinerie sucrière Chelsea d'Auckland. Chaque navire mesurait près de trente mètres de long et était fabriqué en bois de kauri et d'Oregon. Il pouvait ainsi transporter jusqu'à 200 tonnes de sucre, depuis la raffinerie située à Birkenhead et jusqu'aux quais du port d'Auckland, pour être ensuite distribué dans tout le pays. La construction du « Harbour Bridge » dans les années 1950 signa la fin de cette flotte de bateaux, laquelle sera revendue en 1961 à un opérateur privé. Le Sugar Boat entamera bientôt une nouvelle vie en devenant à la fois un lieu d'habitation et d'exposition pour des artistes et des potiers à Opua quinze années durant. Echoué sur une vasière, le navire deviendra musée en 1970.

 

Outre la pêche au gros, et la jetée du port d'où partent les croisières, Paihia tire ses origines du missionnaire Henry Williams qui s'installa sur place avec son épouse en 1823, construisant une première église dès leur arrivée. Trois ans plus tard, William Williams (qui deviendra plus tard évêque anglican de Waiapu) et sa femme Jane débarqueront à leur tour ici. La petite ville verra l'installation de la toute première presse d'imprimerie du pays en 1835, grâce à William Colenso. Et le premier tournoi de cricket de Nouvelle-Zélande aussi, en décembre 1832. Charles Darwin lui-même s'exercera à ce sport en décembre 1835 lors de l'escale du « Beagle » dans la Baie des Îles.

Le premier Européen à avoir visité la Baie des Îles (Bay of Islands) est le capitaine anglais James Cook, en 1769. Trois ans plus tard, le navigateur français Marc-Joseph Marion Dufresne s'y aventurera aussi mais n'en ressortira pas vivant, ayant été massacré avec ses hommes avant de servir de casse-croute aux Indigènes locaux à qui on avait du vanté précédemment le bon goût de la gastronomie française. Première région à être colonisée par les Européens, cette baie sera investie par les chasseurs de baleine dès la fin du 17è siècle, à savoir 51 baleiniers français, 80 anglais, 100 australiens et 277 nord-américains rien qu'entre 1836 et 1840. Les missionnaires, eux, arriveront en 1814. Thomas King, le premier enfant entièrement européen à être né en Nouvelle-Zélande, verra quant à lui le jour dans la baie Oihi, une des nombreuses baies du coin.

Un petit tour à l'office de tourisme de Paihia me permettra de rencontrer David, heureux retraité et volontaire pour venir en aide aux touristes en mal d'information. Ayant mentionné que je travaillais comme navigant chez Air France, David me sort fièrement de son portefeuille ...son ancien badge d'agent du sol de la compagnie Air New Zealand ! Notre prochaine rencontre ? A Paris certainement. J'ai dit à David que j'avais toujours du champagne au frais chez moi. Quant à la Baie des Îles, une étude datant de 2006 prétendait que le ciel de la Baie des Îles était le plus bleu du monde après Rio de Janeiro (Brésil). Ce n'est pas moi qui dirai le contraire.


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