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Whitianga
(Péninsule de Coromandel, Waikato, Nouvelle-Zélande)
Heure locale

 

Jeudi 9 mai 2019

 

Aujourd'hui, je par pour Whitianga, petite ville blottie au fond de la Mercurey Bay. C'est là que le capitaine James Cook fit relâche dix jours durant, en 1769, le temps d'observer la planète Mercure. Je m'arrêterai au musée Mercurey Bay, installé dans une laiterie désaffectée, pour y découvrir pêle-mêle l'épopée du chef polynésien Kupe et de ses descendants qui auraient vécu ici, James Cook et son exploration de la région, le naufrage du navire « Buffalo » et la vie locale d'autrefois à Whitianga. Les fresques de Peter Nicholson rythmeront ma promenade au centre-ville, avant de prendre la direction de la Shakespeare Scenic & Historic Reserve pour y découvrir la vue imprenable sur les environs.

 

C'est tôt que je quitte Coromandel, en direction de Whitianga. J'emprunte la route 25 qui coupe à travers la montagne et serpente dangereusement pendant la première moitié du trajet, m'obligeant à rouler lentement. Et d'admirer au passage cette forêt primaire qui occupe l'essentiel du parc forestier de Coromandel situé à l'intérieur des terres. A noter que le point culminant de la chaine montagneuse de Coromandel se trouve tout de même à 892 mètres. Régulièrement, je jette un œil sur mon rétroviseur afin de voir si d'autres véhicules me suivent. Si tel est le cas, j'ai pris l'habitude de me mettre sur le bas-côté dès que l'occasion se présente pour laisser passer les voitures. Celles-ci me remercient généralement par de petits coups de klaxon. La route aussi, çà se partage....

 

Bien avant que n'existe la ville actuelle, le site de Whitianga était habité depuis l'an 950, date correspondant à l'arrivée de l'iwi (principale unité sociale de la société maorie) de l'explorateur maori Kupe. Le nom d'origine de la cité est d'ailleurs « Te Whitianga a Kupe » (lieu de passage de Kupe). Plus tard, l'iwi Ngati Hei nommera la baie Te Wanganui a Hei en l'honneur de son chef. C'est James Cook qui lui donnera son nom actuel, lors de son passage ici en novembre 1769 pour y observer l'orbite de Mercure. A mon arrivée, je n'aurai aucune difficulté à garer mon véhicule près de la Marina. De là, je marcherai jusqu'à l'office du tourisme, puis en direction du Mercurey Bay Museum. C'est en déambulant de rue en rue que j'apercevrai les grandes fresques murales de Peter Nicholson (ci-dessous). Cette année se déroule le Street Art Festival dans le cadre de la commémoration du 250è anniversaire de la rencontre entre Européens et Maoris. L'évènement est d'importance puisqu'à cette occasion, le pays offrira des centaines de manifestations, que ce soit au niveau national, régional ou local. Autant dire que si vous aviez pour projet de vous rendre en Nouvelle-Zélande, partez dès le mois d'octobre pour vous trouver sur place lors du début des festivités. Et ça tombe bien puisque la baie de Whitianga fait justement partie des quatre sites importants où eurent lieu ces rencontres entre Européens et Maoris, dès octobre 1769. Lorsque James Cook atteignit la baie à bord de son voilier « Endeavour », Tangata Whenua Ngati accueillit chaleureusement les nouveaux venus en leur garantissant la sérénité durant leur séjour. Et la tribu Ngati Hei de recevoir le lieutenant James Cook, Tupaia (le traducteur polynésien de l'équipage) et les scientifiques faisant partie de l'expédition, avec un powhiri (cérémonie maorie de bienvenue). Quant au Street Art Festival, plusieurs artistes peindront bénévolement et pour l'occasion des fresques murales mais j'avoue que le style pictural de Peter Nicholson retient plus particulièrement mon attention. Connu pour ses peintures de Whitianga, de la région de Waikato et de la Bay of Plenty, cet artiste décrit des scènes historiques de son pays.

 

Le Musée Mercury Bay a lui aussi droit à ses fresques de Peter Nicholson, une à l'extérieur et une à l'intérieur. L'endroit se révèlera passionnant car il traite de plusieurs thèmes. On aborde par exemple l'arrivée sur place de Kupe, le grand navigateur polynésien. Quant à savoir si ces ancêtres polynésiens se dirigèrent délibérément vers la Nouvelle-Zélande où s'ils arrivèrent jusqu'ici par hasard, c'est un autre débat. Ils étaient en tous cas d'excellents marins, capables de parcourir de longues distances sur des pirogues (waka) à double coque. Chassés par les guerres entre tribus ou par la famine, certains seraient partis à la recherche d'une terre lointaine, peut être munis des indications fournies par Kupe : ce dernier serait arrivé ici vers 950, avant de repartir vers Hawaiki, la légendaire terre des origines. Quatre siècles plus tard, c'est à dire vers 1300, une flotte de pirogues prenait à son tour la direction des grandes terres australes, à l'aide des informations fournies par Kupe. A l'intérieur du musée, se dresse la statue de Kupe (ci-dessous) ici représenté debout alors qu'il découvre Aotearoa (la Nouvelle-Zélande) pour la première fois. Juste à quelques pas de là est exposée une peinture (deuxième photo) montrant des Maoris en train de labourer une parcelle à l'aide de « ko » (bâtons conçus pour creuser le sol). Les hommes travaillaient en ligne en se motivant mutuellement grâce au chant. Cet outil servait ainsi à préparer la terre pour planter la fameuse patate douce (kumara).


 

En règle générale, les Maoris faisaient bon accueil aux Européens et accepteront même le christianisme sans trop de difficulté, pourvu que les offices soient (aussi) réalisés dans leur langue. James Cook, qui passera sur place un laps de temps le constatera, lui qui aura la chance d'observer de ses propres yeux le Wharetawa Pa (village fortifié), l'actuel Wharekaho, aux côtés de Joseph Banks, du Dr Daniel Solander, et du traducteur Tupaia. Un site similaire, aujourd'hui disparu, existe non loin de là. Il faut emprunter un ferry pour passagers afin de s'y rendre.

Les éléments naturels peuvent parfois se déchainer, jusqu'à conduire des navires au naufrage. Ce fut le cas du « Buffalo », un navire de 589 tonnes, de 36,5 mètres de long avec à son bord 93 membres d'équipage. Construit en Inde en 1813, il transportera depuis l'Angleterre prisonniers, pionniers et soldats jusqu'en Nouvelle-Zélande tandis que le chargement du retour était composé de bois de kauri pour l'Amirauté britannique. En 1836, le « Buffalo » transportera 200 migrants et le premier gouverneur du Sud de l'Australie, tout en chargeant au passage des soldats anglais depuis Sydney pour les débarquer avec leurs familles dans la Baie des Îles (Bay Of Islands). Le 10 avril de cette même année, le navire naviguait à proximité de Mercury Bay pour prendre livraison de bois de kauri. Le 24 avril, l'équipage tentera de lever l'ancre et de quitter Cooks Beach mais la manœuvre fut rendue impossible compte tenu du mauvais temps. Et le navire d'être mis à mal par une forte houle d'est. Le capitaine James Wood avait pourtant mis le « Buffalo » à l'abri mais l'embarcation dérivera imperturbablement vers la falaise Shakespeare, au nord-ouest de Cook Beach. Le capitaine tentera bien de repousser le navire vers Flaxmill Bay et Front Beach, en vain. Un coup de vent jeta le navire de l'autre côté du canal. Et le « Buffalo » de faire naufrage, en perdant deux membres d'équipage, les autres occupants ayant été récupérés in-extremis par les Maoris. Suite à une offre des autorités de l'époque, 36 d'entre eux choisiront de s'établir dans le pays et d'y fonder la communauté de Thames. Le capitaine James Wood sera quant à lui traduit en court martiale, avant d'être finalement relaxé. Des restes de l'épave du « Buffalo » sont visibles au musée.

 

Il s'en passera des choses dans cette Mercury Bay. On y trouvera aussi des chèvres qui fourniront le premier lait aux habitants de Whitianga, bien avant que les Européens ne débarquent avec leurs vaches. La traite était effectuée par les femmes et les enfants et une partie du lait servait à faire le beurre. Il est une race de vache, la « Milking Shorthorn » qui fera les beaux jours de la laiterie locale. Grosse productrice de lait, celle-ci était aussi appréciée pour sa viande. Puis viendra bientôt la « Jersey » qui offrait un lait à forte teneur en matière grasse jaune. Ce musée nous rappelle par ailleurs qu'un autre animal contribuera étroitement aux côtés de l'homme lors de la Première guerre mondiale : le cheval. 10000 d'entre eux, originaires de Nouvelle-Zélande partiront en service au-delà des mers et seuls quatre d'entre eux rentreront au bercail. Certains mourront sur le champ de bataille et d'autres rejoindront l'armée britannique à l'issue du conflit.

Whitianga construira également sa renommée autour de la pêche : le marlin noir à lui seul justifiera sa réputation lorsque l'un de ces poissons de...420 kg sera capturé en mars 1947. La pêche au gros locale ne datait pas d'hier puisqu'elle existait ici depuis qu' Ernie Chadban décidait de lancer l'affaire avec une bandes de pêcheurs intrépides dès 1924. Autre mets de choix, la coquille Saint Jacques est très appréciée localement, au point d'y avoir sa fête annuelle. Le mollusque est alors mis à l'honneur le temps d'une journée et à la fin de l'hiver.

 

Il me faudra prendre la route pour profiter de la vue panoramique (ci-dessus) offerte depuis la Shakespeare Cliff. James Cook lui-même contemplera le paysage depuis ces hauteurs. Durant presque un siècle, la baie aura vu passer bien des navires venant prendre livraison de bois de kauri. Whitianga servait alors de base pour l'exportation de la gomme de kauri extraite des grands arbres. A l'arrivée des premiers pionniers, il n'existait aucune route et la voie maritime restait encore le seul moyen pour relier le reste du monde. On se souvient alors de l'ouverture, en 1913, de la route 309, destinée à la circulation des premières automobiles. Et il faudra patienter jusqu'en 1927 pour pouvoir rallier Tapu à Coroglen en voiture.

 

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