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Katikati en catimini
(Bay of Plenty, Nouvelle-Zélande)
Heure locale

 

Vendredi 10 mai 2019

 

Katikati, petite ville située dans la région de la Bay of Plenty (ou Baie de l'Abondance), est intéressante à plus d'un titre : l'endroit abrita jadis une communauté maorie arrivée ici à bord du légendaire canoë Mataatua, avant de rejoindre la tribu Ngaï Te Rangi de Tauranga. Après l'arrivée sur place des Européens, l'Irlandais George Vesey Stewart fera de ce coin perdu un petit havre de paix en faisant venir différents groupes de colons (certains apportant leur force de travail, et d'autres l'argent). Aujourd'hui, l'art à ciel ouvert de Katikati n'est pas un vain mot, entre les peintures murales disséminées partout en ville, le dynamique Western Bay museum et le chemin du haïku. Ce n'est pas encore cette fois que je vais m'ennuyer.

 

C'est sous une pluie battante que je me réveille ce matin à Whitianga. Même si c'est inenvisageable, je me dis que, dans ces moments-là, il vaudrait mieux rester sous la couette plutôt que de se risquer à l'extérieur. Depuis mon arrivée, c'est la période la plus humide que je vis ici. Et cette pluie ne s'arrêtera qu'à mon entrée dans ...Katikati. N'est-ce pas miraculeux ? Et, en plus, cette pluie aura lavé mon camping-car...Ma première visite sera pour l'office du tourisme afin de me procurer une liste des peintures murales et des sculptures exposées dans la ville. Elena, l'agent d'accueil, fera le point avec moi sur les « immanquables sites » méritant une visite. J'en ai retenu trois : le musée Western Bay, les peintures murales et le chemin du haïku.

 

Encore un musée ? Certes mais celui-là ne ressemble à aucun autre, car il a trouvé refuge à l'intérieur d'une ancienne caserne de pompiers. De couleur rouge, l'endroit est facilement repérable, notamment grâce à « Tamawhariua », sculpture de James Tapiata, qui représente ici l'ancêtre de la tribu locale Ngaï-Tamawhariua. A peine ai-je franchi le seuil de la porte que Paula, directrice du musée, me propose avec enthousiasme une visite guidée de l'endroit. Et de m'expliquer que le contenu culturel est formé de quatre parties : deux expositions permanentes (une sur l'origine maorie de Katikati et une autre sur l'installation sur place des Européens), une exposition temporaire trois fois par an (actuellement,celle-ci s'intéresse à l'agriculture néo-zélandaise sous tous ses aspects) et une activité originale de groupe, offrant à des visiteurs de revivre l'école comme en 1900, avec reconstitution du décor de l'époque et uniformes d'écoliers de rigueur (voir infos pratiques en bas de cet article).

Une courte description, avec schémas à l'appui, aborde la tribu Ngaï-Tamawhariua, originaire de l'île Matakana, dont la majorité des descendants provient de l'ancêtre Tamawhariua décrit plus haut. La sous-tribu des Ngaï-Tauwhao ki Otawhiwhi est également décrite, tout comme le Tuapiro, un marae (endroit sacré) familial destiné aux descendants de Mokomoko, de Tauwhao et de la famille de Whakatohea et de son époux. Je m'arrête là car tout cela s'apparente davantage pour moi à du « chinois » qu'à du maori.


 

Samuel Middlebrook, lui, débarqué en Nouvelle-Zélande avec ses parents, fera l'effort d'apprendre la langue maorie. Ainsi assistera t-il George Vesey Stewart (en photo ci-dessus) dans ses démarches pour faire de Katikati une future communauté irlandaise. Le sol lui paraissant fertile, et l'eau en quantité suffisante, notre homme va donc acquérir rapidement 10000 acres de terrains dès 1874 avant de repartir pour l'Irlande et organiser le premier peuplement de son camp, en faisant principalement venir des pionniers et des fermiers depuis son pays natal. 34 familles quitteront un an plus tard Belfast à bord du « Carisbrooke Castle », accompagnées du couple George Vesey et Margaret Stewart en personne et de leurs neuf enfants. Une fois sur place, 36 maisonnettes furent bâties pour abriter les nouveaux venus puis George négociera pour acheter à nouveau 10000 autres acres de terres sur la cote ouest de Katikati. En 1876, la vie s'organisait activement : un petit bateau à vapeur assurait la liaison entre Katikati et Tauranga, 2000 acres de terres avaient déjà été ensemencés, un service postal avait vu le jour entre Katikati et Bowentown et l'on discutait de la nécessité de bâtir trois écoles puis d'élire des conseillers scolaires. L'année d'après, George Vesey Stewart fera venir d'autres émigrants et ce sont 451 candidats à l'aventure qui débarqueront à Auckland en 1878, dont Hugh, le frère de George. Et la première école de Katikati d'ouvrir bientôt ses portes en attendant l'apparition d'un bureau de poste, d'un commissariat de police et d'un tribunal pour la construction desquels le gouvernement venait d'acquérir des terrains. Et George d'acheter à nouveau,en 1879, 16000 acres pour la somme de 19400£ afin d'y établir le futur campement de Te Puke. C'est le navire « Lady Jocelyn » qui amènera les pionniers destinés à peupler ce nouveau campement. 1882 verra l'élection de George en tant que premier maire de Tauranga, lui qui avait tant fait pour le peuplement de ce qui est aujourd'hui devenue une charmante petite ville. On attribue à l'homme d'avoir fait venir en tout 4000 émigrants en Nouvelle-Zélande. Bref, en 1886, force sera de constater que l'entreprise lancée par George Vesey Stewart dans ce coin retiré du pays est un succès : dix ans seulement après la création du campement, on comptait déjà une église, trois écoles publiques, une mairie, une laiterie, un bureau de poste et du télégraphe, un tribunal, un poste de police avec une prison, deux beaux magasins, une boulangerie, un maréchal-ferrant, un sellier, trois charpentiers et deux hôtels. Infatigable, George Vesey Stewart occupera en plus les directions des écoles, des routes, du comté de Tauranga, tout en étant détenteur du journal Bay of Plenty Times, maire de Tauranga, et membre des comités portuaire et hospitalier dans cette même ville. Quelle énergie !


 

Hommes et femmes de bonne volonté n'étant jamais à court d'argument, un comité local aura l'idée de créer un musée à ciel ouvert afin de commémorer l'identité d'une commune unique en son genre, mais qui souffrait elle aussi de la crise économique à la fin des années 1990. C'est Barbara Wolfenden qui proposera d'orner les murs de la petite ville avec des peintures. Il s'agissait ensuite de trouver les thèmes picturaux qui seraient mis en image. On fit alors des recherches dans les archives historiques (pour y trouver les moments et les personnages marquants de l'épopée de Katikati) avant de décider des quatre premières peintures murales à être peintes le 29 mai 1991. Et la ville de célébrer le 25è anniversaire de cette (heureuse) initiative en 2015. Et de participer tous les deux ans au festival de peinture murale de Nouvelle-Zélande, dont la prochaine édition devrait se tenir cette année.

Muni de mon petit guide explicatif des peintures murales, disponible à la vente auprès de l'office du tourisme, je pars à la recherche des fameuses fresques et des sculptures (il y en a) qui ornent différents endroits de la ville. Je découvre bientôt « L'école de Waitekohe » (première photo ci-dessus), bâtie en 1880, et œuvre de l'artiste Irene Tuscia Falconer. Comment ne pas admirer la fresque représentant « Doctor Joe », une œuvre de Jane Wilson. De son vrai nom Joe Burstein, ce docteur soignera les habitants de Katikati quarante années durant, après voir effectué ses années de médecine en Autriche, un pays qu'il fuira lors de l'apparition du nazisme. Je croiserai aussi les autruches du révérend Kattern, vicaire anglican à partir de 1897. Têtus, ces oiseaux s'enfuyaient régulièrement de leur enclos et donnait du fil à retordre à leur propriétaire. D'autres peintures décrivent la vie dans le bush comme sur l'oeuvre d'Anne de Silva, « Un dimanche dans un camp de brousse », un moment de réconfort bien mérité pour ces bûcherons épuisés après avoir abattus plusieurs kauris. On évoque bien sûr les scènes de la vie quotidienne : la fresque « Le second magasin de pionnier » (de Pat Williams) fut peinte d'après une photo datant de 1907. Mr Noble Johnson possédera cette boutique de 1886 à 1910. Sa fille, Rita (âgée de 96 ans au moment où la peinture fut réalisée) est la petite fille se trouvant à la fenêtre. De taille bien supérieure, l'oeuvre de Mark Hill, « Les pionniers », représente une famille de pionniers irlandais en train d'escalader une colline pour contempler de loin leur nouvelle demeure en 1875.

 

Ma promenade se poursuivra sur le chemin du haïku : ces poèmes japonais sont courts, simples et se résument en quelques lignes. Et dépeignent l'instant présent plus que de grandes théories intellectuelles, en faisant ressortir des choses extraordinaires à l'aide de mots à la portée de tous.

Mais comment les habitants de Katikati eurent -ils l'idée de consacrer une promenade à un tel poème ? Tout simplement en pensant aux générations futures et en créant une œuvre qui traverserait les époques. Quoi de mieux en effet que des haïkus gravés sur de gros rochers (comme celui en photo ci-dessus), qui plus est lorsque le chemin du haïku est réputé être le plus long du genre dans le monde (hors Japon) et le seul à comprendre des transcriptions poétiques en langue anglaise. Ce chemin serpente ainsi le long de la rivière Uretara en offrant aux habitants un endroit reposant à deux minutes du bruyant centre ville. On peut y entendre de nombreux oiseaux chanter, au fil des saisons et... selon le rythme des marées. La majorité des auteurs ayant apposé leurs noms sur les rochers ont déjà remporté des récompenses littéraires au niveau international et viennent de pays aussi variés que la Nouvelle-Zélande, l'Australie, la Grande-Bretagne, la Pologne, le Canada ou les Etats-Unis. Et pour vous permettre de débuter votre balade au bon endroit, un signe HAIKU facilement visible depuis le bord de la route principale SH2 vous indique le point de départ du chemin. Bonne promenade !

 

INFOS PRATIQUES :

  • Katikati Information Centre, 34 Main Road, à Katikati. Tél : 07 549 1658. Site internet : http://katikati.org.nz/
  • Peintures murales et sculptures de Katikati : un « Mural Guide » est disponible au prix de 5NZ$ à l'office de tourisme. Il explique l'histoire de ces peintures et décrit chacune d'entre elles (actuellement, on en compte 68)

  • Katikati Open Air Art Festival : https://www.katikatimurals.co.nz/ et https://www.muraltown.co.nz/

  • Western Bay Museum, 32, Main Road, à Katikati. Tél : 07 549 0651. Ouvert tous les jours de la semaine de 10h00 à 16h00. Entrée adulte : 5NZ$. Site internet : https://www.nzmuseum.com/

  • Vivez l'école des années 1900, en tenue d'époque et en décor reconstitué en vous inscrivant à l'avance auprès du musée (voir affiche ci-dessous). Participation de 10NZ$.

  • Un grand merci à Paula, directrice du musée, et à son équipe, pour sa gentillesse, son dynamisme et sa disponibilité.





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