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La Elms Mission House
(Tauranga, Baie de l'Abondance, Nouvelle-Zélande)
Heure locale

 

Samedi 11 mai 2019

 

Tauranga est la plus grande ville de la Bay of Plenty (Baie de l'Abondance) et doit la signification de son nom («lieu de mouillage abrité) à la langue maorie. Au programme aujourd'hui, la visite de Elms Mission House, plus ancienne construction européenne de la région et maison missionnaire qui accueillait les Maoris désireux de se convertir au christianisme. On y enseignait alors la lecture, l'écriture, l'agriculture et les tâches ménagères. Un centre de formation avant l'heure...Cap ensuite sur le Strand (front de mer) de Tauranga pour admirer les sculptures du célèbre chien Hairy Maclary et de ses copains, un héros d'albums pour enfants créé par l'auteur néo-zélandaise Lynley Dodd. Bref, une promenade au poil !

 

Je me demandais quelle était la signification de « Bay of Plenty ». Le fait que la pluie se soit soudainement arrêtée à Katikati m'a laissé pantois sur l'instant, jusqu'à ce qu'une dame maorie me confie que cette baie offre en quelque sorte un microclimat propice à l'ensoleillement et à une faible pluviométrie. En français, on traduira l'endroit par « Baie d'Abondance » (Te Moana-a-Toi, en langue maorie). C'est James Cook qui l'appellera ainsi après avoir constaté l'abondance de vivres dont les Maoris locaux disposaient dans cette région, en comparaison avec la baie de la Pauvreté (située dans la région de Gisborne, et pourtant fertile!)

Enseigner et partager les connaissances occidentales pour mieux convertir les peuplades locales restera la priorité de ces Européens fraichement débarqués ici au cours des années 1830. On apprenait ainsi aux Maoris à lire et à écrire pour leur transmettre le message de la chrétienté et la Elms Mission House (que l'on pourrait également traduire par la Maison missionnaire des Ormes) jouera le rôle de centre communautaire dans la région de la Baie d'Abondance, sous l'impulsion d'Alfred Brown (deuxième photo), missionnaire en Nouvelle-Zélande entre 1829 et 1834, pour le compte la Société missionnaire de l'Eglise. L'homme, originaire de Colchester (Angleterre) s'installera à Tauranga avec sa famille en janvier 1838 et consacrera dès lors toute son énergie au fonctionnement de cette école. Dès son arrivée, il commencera par faire l'acquisition de deux lots de terrains à Te Papa, l'un de sept hectares (terres sur lesquelles la maison missionnaire fut érigée) et l'autre plus modeste située entre les rues Brown Street et Church Street. Alfred Brown et sa première épouse, Charlotte, passeront beaucoup de temps à enseigner lecture, écriture et tâches ménagères aux tribus maories locales, mais leurs efforts seront momentanément contrariés par les guerres néo-zélandaises qui surviendront entre temps dans les régions de Waikato et de la Baie d'Abondance, Alfred Brown passant même pour un traite aux yeux de certains Maoris qui se verront parfois confisquer leurs biens par les Britanniques à l'issue du conflit. Ces guerres, qui mettront en présence tribus maories et Britanniques donneront lieux aux bataille de Gate Pa le 29 avril 1864 et de Te Ranga le 21 juin de la même année. Et les dégâts ainsi provoqués de demeurer irréversibles pour la mission qui avait été mise sur pied. Le révérend Brown disparaîtra en 1884, à l'âge de 80 ans, et sera enterré aux côtés de son fils Marsh dans le petit cimetière de la mission.

 

A l'entrée de la maison missionnaire est affichée une intéressante chronologie qui nous apprend que ce site avait été retenu pour y fonder la mission dès 1834, par les révérends William Williams et Alfred Brown. A l'époque, les trente premiers acres de terres, qui n'avaient couté que 20£ ce 30 octobre 1838, allaient permettre la construction d'une hutte provisoire en attendant la maison définitive qui verra le jour en 1843. On utilisera du bois tropical sans doute récupéré sur des épaves alentours pour poser les fondations. Puis du bois de kauri pour ériger la structure de la bâtisse. Un feu ayant détruit l'atelier des charpentiers en 1845, le chantier prendra toutefois deux ans de retard, mais la maison sera livrée en 1847 pour un montant total de 300£. Et l'endroit d'être bientôt rebaptisé « The Elms » (les Ormes) après qu'Alfred Brown et sa seconde femme Christina ne la rachètent à l'église missionnaire en 1873. La propriété consistait au départ en quelques huttes pour les missionnaires, un refuge pour les charpentiers, un magasin de vivres et un hangar à bateau en contrebas de la falaise.

Seul le rez-de-chaussée est visitable, mais l'endroit est coquet. Je découvre d'abord la chambre bleue. Cette chambre avait d'abord été tapissée de papier peint rose en 1949, jusqu'à ce que Duff Maxwell ne décide d'en changer. Sa sœur lui fait alors parvenir plusieurs rouleaux de papier bleu lui restant sur les bras, d'où le nom de cette chambre. Juste en face, je découvre la chambre de Duff Maxwell, neveu indirect de la famille, qui ressemble à la caverne d'un collectionneur (ci-dessous). L'homme vivait entouré de livres, de tableaux et autres objets divers, avec en tête l'idée de créer un jour son propre musée. La salle à manger, située dans la pièce voisine (deuxième photo) reflète exactement l'intérieur de la maison que connurent Alfred et Charlotte Brown. La pièce d'à côté servira successivement de salon, de salle de musique et même de « musée ». Enfin, la chambre principale, elle, attire l'attention grâce au superbe dessus de lit en patchwork (troisième photo). Cette chambre sera occupée par Alfred et Charlotte, jusqu'à ce que n'arrive sur place Euphémia Maxwell qui vivra dans la demeure de 1887 à 1919. C'est à elle que l'on doit ce magnifique ouvrage en patchwork.

 

Bien que j'ai choisi d'effectuer seul la visite des lieux, Cherryl, une jeune femme maorie en charge de l'accueil du public me convie à l'accompagner à la bibliothèque (ci-dessous), une minuscule maison indépendante, bâtie à l'écart des autres en 1839 et qui compte désormais parmi les plus anciennes constructions du site. L'endroit servit longtemps de bureau à Alfred Brown, qui y recevait aussi ses hôtes de l'église missionnaire. Cette bibliothèque, à l'écart du reste, se voulait être un endroit sûr où conserver livres et manuscrits et fut la première construction réalisée dans la propriété. Le sous-sol abrite même une pièce dans laquelle les ouvrages précieux auraient pu trouver refuge en cas de nécessité.

 

Cherryl m'accompagne ensuite à l'autre bout de la propriété, là où se trouvait jadis l'entrée principale de la mission. Faute de routes, les visiteurs arrivaient jadis en bateau, ce qui explique pourquoi le révérend Alfred Brown avait fait bâtir la demeure face à la mer. Jusqu'en 2005, on pouvait encore admirer les magnifiques pins de l'île de Norfolk qui avaient été plantés par le révérend en personne. Malheureusement, l'un d'entre eux, touché par la foudre, devra être coupé. Les propriétaires de la propriété furent nombreux à se succéder au fil des ans et Duff Maxwell en sera le dernier héritier. Duff (ci-dessous) sera aussi le dernier (talentueux) jardinier de ce parc qui rassemblait plusieurs jardins, dont celui d'Alice et Edith, celui de Duff et de Gertrude et celui d'Alfred et de Charlotte. Il faut rappeler que la mission Te Papa était un vaste domaine bruissant d'activité. Une cinquantaine de personnes y vivait en permanence et l'endroit offrait par exemple une école pour les garçons, une autre pour les filles, et une dernière pour les adultes en formation. On comptera en effet jusqu'à 600 étudiants maoris qui viendront ici pour parfaire leurs connaissances avant de passer leurs examens. Des services religieux étaient offerts dans la chapelle, à la fois en langue anglaise et en maori. Isolée de tout, la mission, adroitement gérée par le couple Brown, pouvait heureusement compter sur la production agricole locale car les première boutiques se trouvaient à Auckland au milieu des années 1860. En l'absence de son époux, Charlotte déployait toute son énergie à tenir la maison et à veiller sur les pensionnaires.

La chapelle (deuxième photo) aurait elle aussi fait partie des premières constructions érigées sur la propriété. La chapelle primitive sera remplacée en 1843 par une construction en bois disparue depuis. Et la chapelle actuelle d'être une simple réplique de l'originale, troisième construction du genre, qui fut bâtie en 1964 par Duff Maxwell et le Trust Elms.


 

Voisin de la chapelle, se dresse un cottage pour retraités qui abrita autrefois un régiment royal néo-zélandais. Ceux qu'on décrit sur place comme « Fencibles » étaient des soldats à la retraite, anciennes recrues de l'armée britannique envoyées en Nouvelle-Zélande entre temps. Ces soldats n'étaient aucunement destinés à tenir le front mais étaient là pour défendre maisons et fermes en cas d'attaques maories.

La Elms Mission House n'était pas que la demeure d'Alfred Brown et de sa famille mais celle de plusieurs autres familles de missionnaires. Tous vivaient ici en communauté, et les occupants disposaient de leur propre boulangerie, de leur crèmerie et d'une blanchisserie (ci-dessous). En 1862, un nouveau bâtiment sera érigé afin d'accueillir des étudiants maoris venus apprendre les rudiments de l'agriculture. Leurs professeurs vivaient non loin de là, dans la partie sud de la propriété. Cette expérience tournera court un an plus tard à cause des conflits de 1864 et les infrastructures hébergeront provisoirement les troupes impériales nouvellement débarquées, avant de servir d'hôpital militaire puis d'être finalement démolies en 1874.

Après la disparition de Duff Maxwell, en septembre 1997, sera créée la Fondation Elms qui se portera acquéreur de la propriété historique auprès du trust familial précédemment établie par le défunt. Cette fondation garantie à l'heure actuelle la survivance et le bon fonctionnement de ce trésor historique.

 

Après cette longue page d'histoire, dirigeons-nous vers le Strand, ou front de mer (ci-dessous) , aujourd'hui pris d'assaut en cette journée radieuse. Là se dresse un ensemble sculptural représentant le chien Hairy Maclary et ses copains (deuxième photo), le héros conçu par Lynley Dodd, auteur d'albums pour enfants et habitante de Tauranga depuis plusieurs années. Lynley Dodd, qui sortira le premier album avec le chien Hairy Maclary en 1983, connaitra un succès immédiat auprès des petits néo-zélandais et même à l'étranger. Et Lynley d'avoir publié depuis plusieurs autres albums tout aussi captivants relatant les aventures du célèbre chien à poils longs et de son gang turbulent.

Je trouve ainsi les sculptures en bronze de Hairy Maclary, de ses copains de sortie et celle d'un pauvre chat effrayé réfugié au sommet d'une colonne. Rendons hommage à Brigite Wuest qui réalisa ces sculptures si appréciées des bambins !

 

INFOS PRATIQUES :

  • Elms Mission House, 15 Mission Street, à Tauranga. Tél : 07 577 9772. Ouvert tous les jours de 11h00 à 15h00. Entrée adulte étranger : 15NZ$. Le billet inclut la visite guidée selon le bon vouloir du visiteur, sinon visite libre autorisée. Une guide française effectue des visites sur place (réserver à l'avance). Site internet : https://www.theelms.org.nz/
  • Sculptures du chien Hairy Maclary et de ses copains, sur le Strand, au niveau du petit parc de jeux pour enfants (côté mer, après avoir franchi la voie de chemin de fer)

  • Une envie d'apple pie à la mûre accompagnée de crème fraiche et d'un cappucino ? Rendez-vous au café Robert Harris, 128 Willow Street à Tauranga. Accueil chaleureux et bons produits. A 150 mètres de l'office de tourisme.

  • Pour profiter d'une vue imprenable sur la baie d'Abondance et sur Tauranga, rendez-vous à Te Puna, puis prenez la Minden Road, jusqu'à atteindre la Junction Road (200 mètres après Minden Hills) et jouissez du paysage (ci-dessous).






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