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Opotiki
(Baie de l'Abondance, Nouvelle-Zélande)
Heure locale

 

Lundi 13 mai 2019

 

Ma première tempête vécue cette nuit, j'envisage ma journée avec davantage de sérénité. Et de partir à la découverte de la petite ville d'Opotiki, située aux confluents de deux rivières, porte d'entrée vers l'est et dernière étape avant Gisborne. Le musée d'histoire est ici l'attraction incontournable, qui retrace ce qu'était jadis la vie locale d'une bourgade qui fonda son développement sur son commerce et son agriculture.

 

Comme pour se faire pardonner de l'affreuse tempête de la nuit dernière, qui ballota mon camping-car, le ciel m'envoie ce matin un magnifique arc-en-ciel (ci-dessous) alors que je prends mon petit déjeuner. Hier dimanche, j'ai eu le plus grand mal à trouver un point de chute sur Opotiki : le premier camping, à l'écart de la ville, n'offrait pas de couverture wi-fi et le bureau d'accueil était fermé, le Holiday Park du centre-ville ne travaillait pas hier et le Motu Trail, autre terrain en ville, ne disposait pas d'espace avec électricité pour mon camping-car. J'ai du me rabattre sur Ohiwa, petit hameau situé à une dizaine de kilomètres de là, où un camping me tendait cette fois les bras, avec vue sur l'océan Pacifique. Loin de tout, mais à l'abri pour la nuit, je n'ai pu admirer l'estuaire voisin (deuxième photo) qu'en reprenant ma route ce matin, endroit abritant des restes de vallées remontant à l'âge glaciaire où l'on trouve, entre autres, des arbres cousins des hêtres de l'hémisphère nord.


 

Je serai accueilli chaleureusement par Ann et Dorothy, qui tiennent ce matin le musée d'histoire dont j'apprendrai qu'il fut créé en 1980 et que ses collections occupent trois niveaux du même bâtiment. Avant cette date, un autre musée, le Shalfoon & Francis Museum, existait déjà à l'intérieur de ce qui avait longtemps été le magasin Shalfoon & Francis, (dont on aperçoit ci-dessous la boutique avec Dorothy au comptoir) ouvert à Opotiki dans les années 1800 par une famille venue du Liban. Avec le temps, cet endroit et son bric à brac constitue un véritable musée annexe, témoin d'une époque révolue où l'on vendait encore les vis à l'unité, où l'on réparait au lieu de jeter et où l'on trouvait des articles parfois surprenant comme cette pelle à trous conçue pour ramasser des cailloux dans la rivière tout en laissant l'eau s'échapper.


 

Même s'il manque à mon goût des textes pour expliquer davantage l'histoire de la ville, je dois avouer que celui qu'on surnomme le « nouveau musée » a de quoi surprendre par la richesse d'objets qui s'y trouvent. D'abord submergé, je distinguerai peu à peu les thèmes majeurs de l'exposition du rez-de-chaussée, portant essentiellement sur la ruralité et les petits métiers d'antan. On y aborde aussi bien l'exploitation forestière, la production laitière ou les moyens de transports. Plusieurs vitrines reconstituent par ailleurs des ateliers de menuiserie, de sellerie et même celui du ferblantier. Juste à côté, j'apercevrai une superbe machine d'imprimerie (ci-dessous) qui imprima certainement les deux journaux locaux de la fin des années 1880, à savoir l'Opotiki Herald et l'Opotiki Mail, en cette période florissante pour la ville. Les deux gazettes se battaient alors pour décrocher la nouvelle sensationnelle qui ferait vendre. En 1900, paraitra également le East Coast Guardian, puis le Opotiki News (qui remplacera son prédécesseur l'Opotiki Herald à un an d'intervalle).

 

Je monte ensuite à la mezzanine où se trouve une impressionnante collection de photos en noir et blanc, décrivant l'histoire d'Opotiki en images. L'un des rares articles disponibles aborde l'histoire du bureau de poste de la ville, entre 1866 et 2015 : dès 1862, il était déjà possible de poster des lettres et le premier bureau d'avoir alors trouvé refuge...sous une tente. Faute de routes, le courrier arrivait par bateau chaque semaine. Quant aux lettres provenant par voie terrestre depuis Tauranga, Maketu ou Matata, elles étaient acheminées par des coursiers maoris, souvent tributaires du niveau d'eau des rivières et des marées. A partir de 1906, la distribution du courrier se fera trois fois par semaine au lieu d'une, depuis Rotorua, puis une fois par jour dès le 1er janvier 1919.

Je tomberai ainsi sur des clichés inattendus comme cette photo représentant une scène du carnaval patriotique de la Reine en 1917 (ci-dessous). Dès 1915, ces carnavals seront en effet utilisés pour récolter des fonds durant la Première guerre mondiale. Celui de Christchurch récoltera cette année-là 12000£ au profit des nécessiteux de Belgique, tandis que le carnaval de Wellington collectera 80000£ qui seront adressés aux soldats néo-zélandais blessés au combat.

 

N'oublions jamais que le peuple de Nouvelle-Zélande contribuera largement à l'effort de guerre lors des deux conflits mondiaux qui affecteront l'Europe en 1914-18, puis en 1939-45. Et les Maoris tout particulièrement, de répondre massivement à l'appel lancé par leurs représentants en septembre 1939, entrainant la création du 28è Bataillon Maori dans la foulée, un bataillon d'infanterie de première ligne uniquement composé de volontaires. Le 3è étage du musée, qui revient en détail sur cette période, nous apprend que ce 28è bataillon avait alors été formé sur une base tribale : la compagnie A était constituée d'hommes venus du nord d'Auckland, de Ngapuhi et de ses sous-tribus, tandis que la compagnie B rassemblait des hommes de Rotorua, de la Baie d'Abondance, de Taupo, de Thames , de Coromandel et des tribus Tuhoa. La compagnie C, elle, avait reçu les tribus de la côte Est, depuis le sud de Gisborne jusqu'au Cap Est, les tribus Ngatiporou, Rongowhakaata et leurs sous-tribus. Quant à la compagnie D, elle accueillit, contrairement aux autres, des hommes issus de l'Île Sud, des Îles Chathams et Stewart, de la province de Wellington, des tribus de Hawke's Bay et de celles des Taranaki.

Les premiers contacts entre Maoris locaux et Européens eurent lieu en 1769, lors du passage du Capitaine Cook dans la Baie d'Abondance. Le début du 19è siècle verra apparaître les premiers marchands et les chasseurs de baleine. Et les années 1820 de connaître les premières invasions armées des Ngapuhi du Northland. Les Maoris d'Opotiki achetèrent alors des armes à feu mais en nombre insuffisant, et ils devront battre en retraite à l'intérieur des terres. Une fois le danger écarté, ces derniers se réimplanteront sur la côte pour commercer notamment avec les chasseurs de baleine. 1840 suivra avec la signature du Traité de Waitangi, puis les décennies d'après verront ces populations accéder à l'agriculture, à partir de méthodes agricoles européennes enseignées par les missionnaires. L'invasion britannique du Waikato mettra malencontreusement le feu aux poudres et le fait que cette guerre ait été menée selon les coutumes occidentales n'arrangera pas les choses : lors de ce conflit, le chef des Whakatohea sera fait prisonnier, puis tué par l'épouse d'un chef Arawa. Et les Maoris de tuer à leur tour le missionnaire Karl Völkner, qui avait été recruté en tant qu'agent au service du gouverneur britannique, Sir George Grey. L'incident entrainera l'invasion d'Opotiki par les forces britanniques le 8 septembre 1865, avec l'arrivée de 516 officiers et soldats débarquant de cinq navires à vapeur, au nord d'Opotiki. Les Maoris s'enfuient alors dans le bush, excepté Ngati Ira et Hira Te Popo qui font le choix de rester sur place afin de défendre leurs terres. Le Te Tarata Pa (village fortifié) est alors érigé, mais celui-ci sera rapidement cerné par les troupes britanniques qui l'attaqueront au canon le 5 octobre 1865. A l'issue de l'assaut final, on dénombrera 35 membres tués parmi la tribu Ngati Ira et ses renforts, 40 autres blessés et trois soldats britanniques tués. Au petit matin, il ne restait rien du village maori et Ngati Ira avait réussi à s'enfuir dans les Gorges de Waioweka, jusqu'à ce que l'homme se rende à Opotiki pour s'y constituer prisonnier. L'endroit sera alors durablement colonisé par les militaires, et les Maoris d'origine, confinés dans leurs villages. Dans le même temps, le gouvernement néo-zélandais invoquera la loi martiale pour confisquer aux Maoris 58222 hectares de terres fertiles.

 

INFOS PRATIQUES/

  • Musée d'Opotoki , 123 Church Street, à Opotoki. Tél : 07 315 5193. Ouvert du lundi au vendredi de 10h00 à 16h00, et le samedi de 10h00 à 14h00. Entrée adulte : 10NZ$. Site internet : http://www.opotikimuseum.org.nz



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