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De Masterton à Greytown
(Région de Wellington, Nouvelle-Zélande)
Heure locale

 

Samedi 18 mai 2019

 

Aujourd'hui, je m'accorde une virée campagnarde, sorte de journée de transition avant d'atteindre Wellington, capitale de la Nouvelle-Zélande. Je traverserai alors une région vallonée sous un début de journée pluvieux qui m'accordera toutefois un bel arc en ciel en rase campagne. Ma première halte sera Masterton, une ville fondée en 1854 qui abrite depuis quelques années le musée national du mouton et de la tonte. Puis je filerai sur Greytown, un village coquet de 2500 âmes, célèbre pour sa reconstitution d'un véritable village de pionniers et ses maisons de style victorien.


 

Je me trouve désormais dans la région de Wellington (qui ne se trouve qu'à moins d'une centaine de kilomètres), à ne pas confondre avec the Greater Wellington (Wellington et ses alentours immédiats). Kupe, le légendaire Maori qui aurait découvert Aotearoa (Nouvelle-Zélande) s'y serait installé dès de 10è siècle, bien avant l'arrivée de l'homme blanc (en 1839). La route que j'emprunte est en bon état mais relativement étroite, et ponctuée de nombreux virages. On n'a jamais intérêt à conduire trop vite car on passe à côté de sites à peine visibles mais qui valent le détour. A une trentaine de kilomètres de Masterton, je franchis un pont métallique et remarque qu'en contrebas se trouve un ancien pont orné d'écussons. Je m'arrête 500 mètres plus loin, où je découvre justement qu'il s'agit d'un pont érigé par d'anciens combattants de l'ANZAC, en hommage à leurs camarades (ci-dessous). L'ouvrage, qui franchit la rivière Makakahi, fut construit en dix-huit mois pour la somme de 800£ (dont la moitié fut collectée auprès de la communauté) et fut inauguré en décembre 1922.

 

C'est la laine fraiche (l'haleine fraiche) que j'attendrai Masterton. L'office du tourisme qui aura des difficultés à ouvrir à l'heure en ce début de weekend, m'informera sur les nombreuses attractions locales, tant en ville que dans un rayon de vingt kilomètres. J'opterai pour le Musée du mouton et de la tonte (je ne me ferai pas « tondre » par le prix du billet d'entrée, de 10NZ$ seulement) car cette région de Wairarapa est un haut-lieu pour l'élevage des ovidés. Ian Trass (ci-dessous en photo) sera mon guide et me fera faire un rapide tour du propriétaire avant de me laisser découvrir ce musée riche et passionnant. C'est en effet avec le capitaine James Cook, en 1779, que débarquera le premier mouton dans ce pays, un animal qui n'a pas perdu de temps depuis puisqu'on en compte à présent 31 millions (soit sept moutons par habitant). Un élevage moyen détient 2900 bêtes, qui procurent 13,5 tonnes de laine chaque année. Et même si le mouton Romney est le plus commun ici, son voisin Mérinos reste celui qui offre la laine la plus dense, avec 50 millions de fibres par bête. Dès les années 1880, le mouton était utilisé comme producteur de laine, avant d'être ensuite consommé pour sa viande (le premier bateau réfrigéré quittera le pays en 1882 avec sa cargaison de viande en partance pour l'Angleterre) et pour ses produits dérivés (on produisait même du savon). Les premiers fermiers conduisaient leurs troupeaux sur le littoral du Wairarapa afin de développer des exploitations sur les terres préalablement acquises auprès des tribus maories locales. Et d'installer autour de ces fermes d'élevage, ce qui deviendra plus tard les petites villes que l'on connait de nos jours. Les conditions de vie dans le bush étaient alors rudes pour ces pionniers qui vivaient souvent avec peu de choses.

 

Au départ, la tonte des animaux avait lieu à l'air libre, puis John Enys dessina en 1864 une sorte de hangar à tonte, un système qui sera rapidement utilisé. Il arrivera aussi qu'on déplace par camion des hangars entiers pour les transporter sur leur lieu de tonte, là où se trouvent les troupeaux. Ian m'explique ainsi que la plus ancienne partie du musée est constituée d'un de ces hangars à tonte remonté ici de toutes pièces (deuxième photo). Ces hangars pouvaient accueillir de deux à ...plus de 48 tondeurs de moutons à la fois. Malheureusement, ce dur travail n'était pas toujours récompensé à sa juste valeur et plus que les animaux, ce sont les tondeurs qui avaient le sentiment de se faire « tondre » à cause des mauvaises conditions de travail et du prix très bas de vente de la laine. Fin des années 1870, un tondeur ne recevait déjà que 20 shillings pour la tonte journalière de cent bêtes, en plus du logement et de la nourriture. Six années plus tard, certains touchaient 25 shillings, et d'autres, moins de 15. Grèves et revendications apparurent et donnèrent lieu à des dessins humoristiques comme celui ci-dessous (troisième photo), publié par le New Zealand Observer en 1908. Depuis, les choses ne se sont pas améliorées, comme cette chute des prix de vente après les événements de 1989/1990 à Tiananmen (Chine) et la chute de l'empire soviétique. La surproduction du secteur n'arrangera rien. Quant aux prix, garantis un temps, ils ont cessé d'exister depuis, laissant les producteurs livrés à eux-mêmes. Dure époque !


 

Ian est d'une compagnie fort agréable et avait encore beaucoup de choses à m'apprendre mais ma prochaine étape promet d'être également prenante. Je décide de lever le camp, non sans saluer mon hôte ravie de me faire part des souvenirs qu'il conserve de son voyage en France, effectué il y a quelques années.

Il ne me faudra qu'une vingtaine de minutes pour atteindre Greytown, ma deuxième étape. Le village est réputé pour ses maisons de style victorien (ci-dessous) dont les façades sont trop souvent cachées par le stationnement de voitures des deux côtés de Main Street. Il est dommage que la circulation automobile soit si dense dans cette rue principale car l'endroit est charmant et incite à paresser à la terrasse des cafés par ce beau soleil automnal. Greytown est ce genre de village qui a vu le jour grâce à la hargne et l'énergie de pionniers à la recherche de terres pour y bâtir leurs fermes. Le gouverneur George Grey, figure influente de la présence européenne dans ce pays, prêtera main forte à la construction de l'endroit, d'où son nom donné à la petite ville. L'association des petits fermiers verra le jour en 1853 pour permettre à ceux qui le souhaitaient d'acquérir des terres dans le Wairarapa. L'actuelle Main Street (deuxième photo) date de cette époque où le premier plan de la ville fut tracé, et Greytown de figurer alors comme la première ville néo-zélandaise à être ainsi planifiée. Un premier groupe de six pionniers franchirent la colline Remutaka en mars 1854, atteignirent Greytown avec leurs attelages et campèrent là où se dresse aujourd'hui le Musée Cobblestones. Les nouveaux arrivants se mirent aussitôt au travail afin de bâtir leur propre toit. Et Greytown de voir pousser édifices, boutiques, hôtels et maisons résidentielles en cinq années seulement. Il arrivait malheureusement que le feu ravageât certaines bâtisses mais les maisons victoriennes qui ont survécu sont encore là pour nous rappeler aujourd'hui la magnificence de cette époque.


 

Je visite le musée Cobblestones car il est un témoin historique de cette ville. L'endroit servit jadis de relais pour les diligences acheminant courrier et passagers entre Wellington et le Wairarapa. Nous sommes alors en 1857, et 112 ans plus tard, naitra le projet de bâtir un endroit abritant les reliques du passé, à savoir les écuries originales des courriers Hastwells, puis un village entier de pionniers, reconstitué à partir de constructions authentiques, comme ce premier cottage (en photo ci-dessous) bâti à Greytown en 1857. Lors de ma promenade dans ce village, je découvrirai également l'hôpital d'origine de la ville, le premier du genre dans le Wairarapa, qui fut bâti en 1875, et la petite église (deuxième photo) construite en 1865 par Hart Udy, avec du bois découpé dans sa scierie de Matarawa, au nord de la rivière Waiohine.


 

En m'attardant sur les nombreux panneaux affichés dans la grande salle du musée, j'apprends que les fermiers d'antan possédaient toujours des vaches laitières afin de disposer du lait nécessaire à la fabrication du beurre et du fromage. Plus tard, dans les années 1880, le développement du bateau réfrigéré permettra d'exporter ces produits frais vers l'étranger. Novatrice en la matière, Greytown ouvrira en 1883 la première coopérative laitière de Nouvelle-Zélande. Et verra apparaître la collecte du lait par camion, dès les années 1930. Du côté de la production fruitière, la petite ville sera aussi celle qui verra naitre, en 1934, la fameuse pomme « Royal Gala » que vous avez peut être déjà croquée, grâce à James Kidd (ci-dessous) qui la mit au point ici-même par recoupement d'espèces. La région est par ailleurs grosse productrice de fruits rouges (cassis, framboises, fraises...) et la fondation dès 1904 de la coopérative fruitière y est certainement pour quelque chose. Bref, on ne chômait pas à Greystown , même si c'est encore ici qu'eut lieu la première Fête du Travail dans ce pays le 3 juillet 1890. Décidément, je ne suis pas au bout de mes surprises !


 

INFOS PRATIQUES :

 

  • Musée national du mouton et de la tonte, 12 Dixon Street, à Masterton. Tél : 6 378 8008. Ouvert tous les jours , de 10h00 à 16h00. Entrée : 10NZ$. Site internet : https://thewoolshednz.com/
  • Office de tourisme, 10 Dixon Street, à Masterton. Tél : 6 370 0900. https://wairarapanz.com/

  • Cobblestones Museum, 169 Main Street à Greytown. Tél : 6 304 9687. Entrée : 7NZ$. Ouvert tous les jours du 1er octobre au 31 mai, de 10h00 à 16h00, et les jeudi, vendredi, samedi, dimanche et lundi (du 1er juin au 30 septembre) de 10h00 à 16h00. Site internet : https://www.cobblestonesmuseum.org.nz/

  • Office du tourisme de Greytown : https://wairarapanz.com/greytown

  • Une brochure gratuite (ci-dessous) vous attend à l'office du tourisme de Greytown, qui vous fournira tous les détails nécessaires à votre découverte des maisons historiques de cette ville.


 

 

 








 



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