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Le Taranaki Pioneer Village
(Stratford, Région de Taranaki, Nouvelle-Zélande)
Heure locale

 

Dimanche 26 mai 2019

 

Stratford, chef-lieu de la région de Taranaki, se tient au pied du Mont Taranaki, à égale distance des villes de New-Plymouth et de Hawera. Les Maori la surnomment Whakaahurangi (regarder vers le ciel), sans doute pour que nous tournions notre regard vers le volcan voisin. J'y trouverai deux curiosités : le Village de pionniers du Taranaki et l'horloge-carillons qui interprète à heure régulière la célèbre scène du balcon de Roméo et Juliette.

 

Je ne traine pas ce matin pour quitter le camping et arriver pour l'ouverture du Taranaki Pionner Village, à deux kilomètres de là. En effet, c'est aujourd'hui dimanche et je tiens à ma tranquillité pour faire mes photos comme je l'entends avant l'arrivée des visiteurs. Carol, la réceptionniste, m'accueille chaleureusement et me remet un plan du site en langue française. Ce musée en plein air a ouvert ses portes en 1976 et présente une quarantaine d'édifices datant des années 1850-1860 sur une vaste propriété de 41000 m2. Dès l'ouverture j'entends déjà le petit train (en photo ci-dessous) entrer en gare d'Opunake. Ici, on l'appelle le « Pioneer Express » et il est reconstitué d'après un train Barclay des années 1920. L'actuel village fut un projet de longue haleine, qui débuta dès 1973 et qui requerra l'énergie de tous, dont celle de nombreux bénévoles. L'acquisition de l'église de Mangatoki (1905), (ci-dessous en photo) sera une acquisition de poids dans la construction du village. Le lieu de culte qui effectuera sa dernière messe en février 1988 rejoindra ensuite et en deux morceaux son site définitif. Quant au petit cimetière, les tombes qui s'y trouvent furent installées ici en 1986 et proviennent du cimetière de Stratford.


 

Juste à côté s'élève l'imposant bâtiment du tribunal de la ville, qui se tenait depuis 1903 sur Broadway South. Un incendie volontaire endommagera l'édifice en juin 1988, avant son installation ici deux ans plus tard. La réfection de l'ensemble fut rendue possible grâce à l'aide des tribunaux des villes d'Opunake et de Stratford. Face à l'église, j'observe plusieurs commerces d'époque en enfilade (ci-dessous) : on y trouve notamment l'échoppe du plombier George Smart qui s'installa dans la jeune ville de Stratford (celle-ci n'existait alors que depuis dix ans) en 1892 avec une simple trousse à outils et ...5£ en poche. Il sera plus tard rejoint par ses deux frères. Je m'arrête aussi à l'ancienne banque New Plymouth, ouverte à Stratford dès 1850, où un intéressant document raconte l'apparition de la monnaie néo-zélandaise tandis qu'une vitrine reconstitue le guichet de l'officine. Puis à la draperie Harrops (ancien commerce de la Cornelia Street) qui fut transportée jusqu'ici en 2003. Enfin, l'atelier de couturière de Madame de Launay, surnommée « Annie ». Cette dame tiendra une mercerie-chapellerie en ville. Une autre boutique rassemble des instruments de musique. Là, je tomberai sur l'histoire de l'orchestre municipal de Stratford qui verra le jour en 1896. Ce genre de formation prospérera en Nouvelle-Zélande en donnant des concerts patriotiques lors des deux conflits mondiaux. Ainsi l'orchestre de la ville participera t-il en 1945 à 201 défilés ainsi qu'à 29 autres manifestations publiques. Devant le déclin des effectifs dès les années 1980, le journal local annoncera dans ses colonnes la disparition de cet ensemble en mars 1997.

 

Dans une rue voisine se trouve la maison Otako (ci-dessous), un cottage érigé à Tataraimaka en 1853 par la famille Julian, des jeunes colons arrivés de New-Plymouth en 1842, après quatre mois de traversée sur le « HMS Blenheim ». Richard et Elizabeth avaient douze enfants et entretiendront les meilleures relations avec le chef maori Porekopa, de Puniho Pa, qui n'éprouvait aucune hostilité vis à vis des nouveaux arrivants. Tom, l'un des enfants, passera son Master de Te Reo (langue maorie) et obtiendra plus tard une poste de traducteur à New Plymouth. Malheureusement, des guerres eurent lieu et un massacre fur perpétré dans le village où se trouvait cette petite maison (l'une des seules à avoir d'ailleurs échappée à la destruction). Cette demeure sera ensuite occupée par les Hammond, des gens très respectés dans la région d'Okato. Après leur disparition, leurs voisins feront don de ce cottage au village de pionniers. Juste à côté, un autre cottage colonial constitua une partie de la Maison Goodwin sur Hamlet Street à Stratford. Sa construction daterait de 1890-1900, et cette maison a rejoint le village en octobre 1984.

 

La petite école de Pembroke (ci-dessous) m'ouvre à présent ses portes. L'édifice fut bâti à Puniho en 1930, puis déplacé en 1934 à Waiau, puis à Mangorei School (New Plymouth) en 1937, pour finalement devenir l'école de Pembroke Road (Stratford) deux ans plus tard. Ce pays n'a jamais craint de déménager ses constructions d'un endroit à l'autre à l'aide de roues comme sur la deuxième photo ci-dessous. Il faut dire qu'à l'époque, on assistait périodiquement à un manque de salles de classes et qu'il était plus rapide de transférer celles-ci en cas de besoin. Et ces classes d'être alors surnommées « dogboxes » (niches) compte tenu de leur petite taille. Il semblerait aussi que cette pratique fut plus souvent utilisée dans la région de Taranaki.


 

Face au tribunal, j'aperçois le poste de police avec sa cellule, ou « prison de Kaponga ». Celle-ci sera construite en 1914 et en bois de matai, une espèce endémique de conifère en Nouvelle-Zélande. Plus bas, dans une autre rue, se dressent les anciennes écuries de la police de Manaia, qui arrivèrent jusqu'ici en pièces détachées en mars 1988, avant d'être remontées sur place.

Voisin de ces mêmes écuries, le poste téléphonique Cardiff fut bâti en 1889, puis transféré sur la propriété de Mr Harrison sur Climie Road, dans les années 1950, avant de rejoindre l'actuel village en 1985. Jusqu'en 1967, Mr Kreschmar, postier, tenait l'échoppe pour un salaire de £262. Le standard téléphonique, visible à l'intérieur, provient de l'ancien bureau de poste d'Inglewood, à quelques kilomètres de là. Il permettait déjà de connecter simultanément cent lignes de téléphone.

Le cabinet du Docteur Gordon sera quant à lui érigé en 1890 à New Plymouth et rejoindra le village en 1986. Le couple Gordon, médecins réputés à Stratford, fera don à la ville d'équipements médicaux.

 

Ma promenade me conduit tout naturellement à l'hôpital de Stratford, transformé depuis en musée. Plusieurs salles ont été reconstituées afin de décrire les services qui officiaient jadis dans cet hôpital. Au passage, si vous tirez sur une cordelette, celle-ci vous fera faire connaissance avec « Jimmy » (je ne vous en dis pas plus). Mon regard portera soudain sur Margaret Eliza Fothergill Budge qui officiera ici en temps que première infirmière en chef, entre 1907 et 1908 (ci-dessous). Le parc est grand (deuxième photo) et il me faudra une bonne heure et demie avant d'en faire le tour. Au passage, je ferai connaissance de moutons (troisième photo) pas farouches et de volatiles (poules et coqs) fort sympathiques. Je découvrirai aussi sur mon chemin le cottage de Brookes Road, bâti en 1882 par un certain Mr Lehman, maison qui survivra à l'incendie quatre années plus tard. Non loin de là et à l'écart, se dresse encore la gare de Tariki, vaste hangar ayant d'abord servi à la tonte des moutons, puis à l'expédition de fret embarqué directement à bord des trains. L'endroit accueillit autrefois jusqu'à 62 wagons, avec enclos à moutons. Tariki était alors une petite bourgade en plein essor et l'on y érigea un bâtiment à la hauteur des ambitions économiques du moment. Dès 1904, une scierie vit le jour à proximité donnant ainsi du « grain à moudre » à la fameuse gare. Ne parlons pas du trafic de passagers (4700 en tout cette année-là) et d'animaux (2248 bêtes) transportés cette même année. En 1972, la gare sera cédée pour 50NZ$ à la Stratford Antique Society, puis s'installera au village six années plus tard.


 

Le Village des Pionniers de Taranaki ne serait pas complet sans sa forge qui trône face à la gare reconstituée d'Opunake. A vrai dire, le même bâtiment rassemble un atelier de forgeron, une sellerie et une menuiserie. La gare, elle, n'offre que peu d'intérêt si ce n'est quelques anciens annuaires répertoriant tous les horaires de trains de l'époque. Un panneau nous rappelle que le projet de cette gare intervint dès 1879, mais qu'il faudra attendre...1925 pour l'inauguration de la ligne ferroviaire conduisant à Opunake. L'actuelle gare sera érigée en 1926 Et la fermeture définitive de cette ligne d'intervenir cinquante ans plus tard à cause de la baisse de clientèle. La gare d'Opunake, elle, rejoindra le village en 1980 grâce au concours du Lion's Club.

Outre quelques autres constructions, parmi lesquelles la bibliothèque, l'imprimerie et le barbier (ci-dessous), je visiterai la maison de maitre (deuxième photo), qui fut la propriété de Mr J Hale. Ce dernier la fit ériger en 1910 pour la somme de £531. Mr Bertrand George Aiken Harkness, son épouse et leurs quatre enfants y vivront un temps. A ne pas manquer à l'intérieur, la baignoire en bois de kauri, réputée être l'unique de ce genre en Nouvelle-Zélande.


 

Stratford offre aux visiteurs une seconde curiosité : son horloge-carillons, unique en son genre. Tout d'abord, un petit retour en arrière s'impose. En 1924, Stratford disposait déjà d'une tour horloge (en photo ci-dessous). Une tour de l'horloge s'élevait bien avant à cet endroit et formait une partie du nouveau bureau de poste bâti au sud de la petite ville. Menaçant de s'effondrer à cause de tremblements de terre, cette première tour sera détruite, non sans en avoir récupéré au préalable les quatre horloges originales et leur mécanisme. Une nouvelle tour sera ensuite érigée dans les années 1960, à l'aide de béton armé, plus résistant. Et cette tour de servir à son tour de support à la tour-carillons actuelle (deuxième photo), construite en 1998 dans le style élisabéthain.


 

Les horloges-carillons sont chose courante en Europe, et la plupart d'entre elles offrent des scènes d'automates relatant telle ou telle histoire ou mythologie. Les figurines présentées sont alors de petite taille et ne comportent aucun commentaire, à l'opposé de celle qui nous intéresse aujourd'hui.

La spécificité de l'horloge-carillons de Stratford est double : elle offre un spectacle d'automates de grande taille, et elle agrémente ce spectacle d'une histoire contée au public par des hauts-parleurs donnant sur la rue. A l'heure dite, c'est à dire à 10h00, 13h00, 15h00 et 19h00, tous les jours de la semaine, le même scénario s'enclenche juste après la sonnerie du carillon : sur la façade de la tour donnant sur le passage piétons, la scène du balcon de l'oeuvre de Shakespeare, « Romeo et Juliette », se déroule sous nos yeux, en plusieurs tableaux et pendant cinq minutes, en musique et avec un commentaire façon love story. Ce spectacle est unique en son genre en Nouvelle-Zélande.

 

La conception des six automates de ce spectacle ainsi que leur ingénierie furent mises au point par la société Stratford Engineering & Lyal Barrett. On doit la création artistique des automates de Roméo et de Juliette à Nigel Ogle, de Howera, garçon précédemment connu pour son travail d'artiste au Musée Tawhiti. Le choix du thème, à savoir l'oeuvre de Roméo et Juliette, est en étroite relation avec le lien que la ville de Stratford entretient de longue date avec son homologue anglaise, Stratford Upon Avon, lieu de naissance du célèbre William Shakespeare. En quelques mots et rien que pour vous, un résumé de la scène du balcon si brillamment décrite par l'horloge-carillons : la rivalité opposant les familles Capulet et Montaigu ensanglante Vérone, au grand dam du prince Escalus. Roméo, héritier des Montaigu, est très amoureux d'une certaine Rosaline, mais celle-ci ne l'aime pas. Les amis de Roméo l'invitent alors à se rendre à une fête donnée par les Capulet en l'honneur de leur fille Juliette. Pour Juliette cette fête est l'occasion de rencontrer son futur époux. Roméo pénètre dans la maison des Capulet pour apercevoir Juliette. Et la jeune fille, apparaissant au balcon, de lui déclarer son amour, et Roméo de faire de même. Amour, quand tu nous tiens....

 

 

INFOS PRATIQUES :

  • Taranaki Pioneer Village, State Highway 3, 3912 Mountain Road à Stratford. Tél : 06 765 5399. Ouvert l'été tous les jours de 10h00 à 16h00 et l'hiver, du mercredi au dimanche, aux mêmes heures. Entrée : 12NZ$. Site internet : http://www.pioneervillage.co.nz/ et https://www.facebook.com/PioneerVillageTaranaki/
  • Merci à Carol pour son charmant accueil.

  • Le petit train du village fonctionne quotidiennement à 11h00, 13h00 et 15h00

  • Si vous avez un petit creux à l'issue de votre visite, arrêtez-vous au café voisin Shakee Pear et goûtez au Feojia Cake fait maison avec un bon café. Ouvert 7 jours sur 7 de 8h00 à 16h00. Tél: 06 765 5235. http://www.pioneervillage.co.nz/the-cafe/

  • Horloge-carillons Glockenspiel, Broadway Avenue à Stratford. L'horloge sonne toutes les heures et offre son spectacle d'automates tous les jours à 10h00, 13h00, 15h00 et 19h00. Durée du spectacle : 5 minutes. Placez vous face à la tour de l'autre côté de l'avenue face au passage pour piétons.



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