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Cratères de la Lune et Chutes Huka
(Taupo, Région de Waikato, Nouvelle-Zélande)
Heure locale

 

Mardi 28 mai 2019

 

Taupo, c'est avant tout le plus grand lac néo-zélandais, formé en l'an 186 lors d'un explosion volcanique. Sur sa rive s'est construite la ville du même nom qui accueille toute l'année une foule de touristes venue profiter des nombreux loisirs aquatiques. C'est sous la pluie que je parcourrai d'ailleurs les cratères de la lune qui laissent échapper ses fumeroles d'un sol brûlant. Plus que jamais, je marche sur des charbons ardents. Puis, je me rendrai jusqu'aux chutes Huka, situées sur le fleuve Waikato, et qui sont l'aboutissement d'un canyon de quinze mètres de large, gravé dans les sédiments du fond du lac datant de l'éruption Oruanui il y a 26500 ans !

 

Trois mois seulement après mon séjour chilien le long de la cordillère des Andes, je retrouve cette ceinture de feu du Pacifique formée par cet alignement de volcans sur près de 40000 km. Au total on compte 452 volcans, soit 75% des volcans émergés de la planète, actifs ou éteints. La Nouvelle-Zélande fait partie de cette zone volcanique et sensible aux séismes. Pour l'instant, les géants se sont assoupis, ou ronronnent dans les entrailles de la terre, mais qui sait s'ils ne se réveilleront pas un jour...

C'est Keith Walker, un bénévole comme il y en a tant dans ce pays, qui m'accueille ce matin aux « Craters of the Moon » (cratères lunaires). Les quelques minutes que Keith passera à m'expliquer de façon détaillée le parcours de cette visite libre au milieu des fumeroles me permettront de découvrir que mon interlocuteur a autrefois pratiqué la langue de Molière et qu'il a encore de beaux restes. Bravo Keith !

C'est Jeremy Nash qui eut l'idée de créer cette attraction en 1991, à une époque où le tourisme était gâché par le vol et le vandalisme sur les lieux de visite dans le parc de Waikato. Les débuts furent modestes et accueillirent d'abord des visiteurs sensibilisés à l'écologie, se chauffant à l'occasion à l'énergie géothermique et produisant leur électricité à l'aide de panneaux solaires. Le succès fut au rendez-vous dans la mesure où l'entité gérant les cratères proposait une attraction intéressante et que les visiteurs pouvaient se promener en toute sérénité grâce au parking surveillé et au chemin balisé.

 

L'activité thermale est très répandue en Nouvelle-Zélande dans la mesure où les deux plaques tectoniques Pacifique et Indo-australienne se chevauchent et dégagent une énergie considérable. La plaque Pacifique est ainsi poussée sous l'île nord de la Nouvelle-Zélande et plus elle s'enfonce, plus elle dégage d'énergie. Il arrive que du magma (roche en fusion) se forme sous nos pieds et réchauffe les nappes d'eau souterraines à des températures extrêmes. Et le surplus d'eau chaude de se frayer un chemin à travers les fissures du sous sol, et de créer les fumerolles que l'on aperçoit en surface (ci-dessus). On peut aussi voir sources d'eau chaude, geysers ou bassins de boue brûlante, selon les endroits où l'on se trouve, toutes ces manifestations composant la géothermie. Les cratères de la Lune, localisés à Wairakei constituent ainsi une partie du plus grand champs géothermique du pays.

Avant les années 1950, la présence d'une activité géothermique locale ne se mesurait qu'au travers des fumerolles de Karapiti, qui s'interrompirent en 1987 à la suite de l'effondrement de son conduit. On relevait également ici et là la présence de petites flaques de boue brûlante. En 1958, l'ouverture d'une station géothermique, non loin de là, ne fera pas le bonheur de Craters of the Moon dans la mesure où l'usine en question pompera l'eau chaude sous forte pression dans le sous-sol de Wairakei, abaissant au final la pression d'eau et faisant disparaître progressivement des sources d'eau chaude et des geysers. Quand à l'eau restante, elle bouillait de plus belle et augmentait la quantité de vapeur s'échappant du sol, rendant le sol instable.


 

En regardant de plus près, j'observe la couleur orange de la roche et la formation d'argile rouge (ci-dessus en photo), résultat du mélange de vapeur condensée et de gaz acide modifiant la constitution du sous-sol. Et certaines algues de pousser en surface et de verdir ainsi l'environnement immédiat des interstices laissant échapper la vapeur d'eau. Par endroits, j'entendrai comme des grognements souterrains produits par l'eau chaude sous pression qui cherche à se frayer un chemin dans la roche. Au loin, j'entends aussi le chant d'oiseaux qui semblent convoler. En me rapprochant je découvre qu'il s'agit probablement de canards (ci-dessous) prenant le chaud grâce aux fumerolles sortant des entrailles de la Terre. A mi-parcours du circuit, un panneau m'indique la direction d'un cratère de boue. Ce genre de cratère se forme lorsque la vapeur (contenant sulfure d'hydrogène et dioxyde de carbone) se concentre dans l'eau en surface. La soupe acide qui en résulte grignote la roche alentour, et la transforme en une boue dégageant plus ou moins de bulles selon l'importance des gaz qui tentent de s'échapper en surface. Et nous, de respirer au passage cette étrange odeur d'oeuf pourri...

 

Un panneau m'apprend que la géothermie a toujours accompagné les hommes et a donné lieu à des mythes et des légendes. Et certains d'utiliser la terre colorée pour teinter les vêtements, donner des couleurs à des sculptures ou pour se tatouer le corps. L'être humain avait aussi trouvé là une source de chaleur pour cuire ses aliments (comme sur la photo ci-dessous) ou pour se réchauffer. Plus tard, on découvrira les vertus des bains d'eau chaude et de l'utilisation médicale qu'on pouvait en faire, créant aussi indirectement une nouvelle forme de tourisme à travers les cures thermales. L'activité des Cratères de la Lune que je visite aujourd'hui est bien trop récente pour en tirer des conclusions mais on peut imaginer que dans les temps anciens, les Maoris aient utilisé l'argile rougeâtre. Ces mêmes hommes cultiveront également cette fougère qu'on surnomme Karapiti et dont la racine est comestible. Bref, on pourrait ainsi vanter longtemps les bienfaits de l'activité volcanique (apport d'énergie, de sols fertiles, d'eau chaude, de minéraux et ...de tourisme!) même si on a tendance à ne retenir de ces géants que leur pouvoir destructeur (lors d'éruptions par exemple).


 

Plus encore que l'homme, la Nature a un pouvoir d'adaptation illimité au point que des plantes arrivent à prospérer sur un sol acide, brûlant et infertile. Certaines d'entre elles sont si particulières qu'elle ne pousseront pas ailleurs qu'au bord des cratères que j'observe aujourd'hui. Je noterai ainsi l'existence de mousses, et fougères et des petites fleurs poussant sur des arbustes (ci-dessous). Mais comment font-elles pour survivre à une température de 70°C alors que la peau humaine brûle dès 50°C ?

Les Cratères de la Lune et la région géothermique de Wairakei font partie de la zone volcanique de Taupo (qui tire son nom du lac Taupo, la caldeira inondée du plus grand volcan local). Cette zone comporte plusieurs volcans dont les monts Ruapehu, Ngauruho et White Island...l'éruption la plus marquante depuis l'arrivée de l'homme reste celle du Mont Tarawera qui survint en 1886 et tua près de 150 personnes. Quant au Mont Taupo, qui peut être qualifié de super-volcan, il est au repos depuis 26500 ans, au lendemain d'une éruption au niveau 8 (plus haut indice d'explosivité volcanique jamais enregistré) qui aura entrainé l'éjection de plus de 1000 km3 de matière, et qui est à l'origine de l'immense caldeira actuelle abritant maintenant le lac Taupo.

Cette zone volcanique de Taupo s'étend sur 350 km de long et sur 50 km de large. Quant à la composition de son sol, une récente étude indique que l'écorce terrestre à cet endroit pourrait n'être épaisse que de...seize kilomètres. Et une couche de magma de cinquante kilomètres de large (sur 160 km) de se trouver à seulement dix kilomètres de profondeur. On pense aussi qu'un rift (fissure dans l'écorce terrestre) est en train de se former dans cette zone volcanique.


 

A une encablure des cratères, se trouve d'impressionnantes chutes d'eau : les Chutes Huka (en photo ci-dessous). Celles-ci sont alimentées par les eaux du fleuve Waikato qui draine le gigantesque lac Taupo. Ce fleuve est le plus long de Nouvelle-Zélande et se situe dans la région portant son nom. Long de 425 km, il prend sa source sur le versant Est du Mont Ruapehu, est ensuite rejoint par le Tongariro avant de se jeter dans le lac Taupo, puis de quitter ce lac à sa limite nord-est pour créer les chutes Huka.

Le fleuve, habituellement large d'une centaine de mètres, se resserre à seulement quinze mètres dans un canyon (deuxième photo) gravé dans les sédiments du fond du lac lors de l'éruption d'il y a 26500 ans. Ces chutes seraient d'après certains, l'attraction la plus visitée dans ce pays.


 

INFOS PRATIQUES :

  • Craters of the Moon, 171 Karapiti Road, Wairakei Park, à Taupo. Tél : 276 564 684. Ouvert tous les jours (sauf à Noël) de 8h30 à 18h00 (du 1er octobre au 31 mars) et de 8h30 à 17h00 (du 1er avril au 30 septembre). Entrée : 8NZ$. Durée de la visite : une heure. Site internet : https://www.cratersofthemoon.co.nz/
  • Pour vous rendre aux Chutes Huka, en quittant les Cratères de la Lune, traversez simplement la route principale et empruntez la petite route passant à côté d'un gros hélicoptère stationné. Un panneau vous indiquant les chutes est placé 150 mètres plus loin, à gauche. 15 mn de marche sont nécessaires pour descendre jusqu'aux chutes (premier parking à votre gauche dans un virage) ou poursuivez votre route jusqu'à trouver un autre panneau sur votre gauche, vous conduisant à un grand parking en contrebas.





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