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Le Village Maori de Whakarewarewa
(Rotorua, Bay of Plenty, Nouvelle-Zélande)
Heure locale

 

Vendredi 31 mai 2019

 

C'est sous une pluie battante que je partirai cette fois à la découverte du village maori de Whakarewarewa, un village plus que centenaire et l'un des plus anciens de Nouvelle-Zélande. Ce lieu de vie, niché au cœur de la vallée géo-thermale de Whakarewarewa, abrite le peuple Tuhourangi Ngati Wahiao, qui se réfugia ici après l'anéantissement de son précédent village de Te Wairoa, lors de l'éruption du volcan Tarawera qui débuta le 9 juin 1886. Au programme : spectacle de danses et de chant traditionnels et visite du village.

 

J'arrive au village maori de Whakarewarewa sans grande conviction. Avec ce temps, il me sera difficile de prendre des photos sans abimer mon appareil. Je me présente à la réception en expliquant comme à mon habitude que je souhaiterais écrire un article sur l'endroit et prendre des clichés pour illustrer celui-ci. Et Lou Baddiley, la directrice opérationnelle du village de me recevoir chaleureusement tout en mettant à ma disposition photos d'archives et ouvrages sur l'histoire de l'arrivée de la tribu Tuhourangi Ngati Wahiao. Je gagne en confiance. J'ai en effet besoin de comprendre non seulement ce qu'est ce village mais surtout qui sont ses habitants. Et aussi de comprendre l'appellation du village : Te Whakarewarewatanga o Te ope Taua a Wahiao (traduisez: lieu de rassemblement de l'armée de Wahiao). Il y a trois siècles, un chef de guerre, Wahiao, avait constitué une armée pour venger la mort de son père. Et le peuple de WhaKarewarewa de choisir ce nom complet pour désigner le village. Les Arawa, eux, furent les premiers à occuper cette vallée en 1325, après avoir franchi les mers depuis la Polynésie, à l'aide de pirogues du même nom, et en avaient fait une place imprenable. Leurs descendants, le peuple Tuhourangi Ngati Wahiao fourniront des générations de guides au pays. Qui pouvait en effet mieux parler qu'eux de la Nouvelle-Zélande à ces touristes qui apparaissaient ici depuis le début des années 1800 ? D'un naturel souriant, ce peuple en a accueilli à leur domicile, partagé ses idées sur la culture maorie et démontré à ces nouveaux venus les bienfaits de la géothermie. Cette géothermie fascine d'ailleurs ces visiteurs qui s'étonnent de trouver dans cette vallée une terre aussi bouillonnante. Cet endroit abrite en effet quelques 500 sources d'eau chaude et au moins 65 conduits de geysers dont certains sont actifs. Par exemple le geyser Pohutu (signifiant « explosion »), qui entre en action presque toutes les heures et émet un jet pouvant atteindre les trente mètres. Pour ma part, je ne me suis pas trouvé là où il fallait et au bon moment. Pas plus pour celui-là que pour son voisin, pourtant réputé plus actif, le geyser surnommé « Plumes du Prince de Galles ».


 

Véritables pionniers du tourisme à Rotorua et plus généralement dans tout le pays, ce peuple poursuit sa tâche en mettant un point d'honneur à recevoir de leur mieux les nombreux touristes, des plus humbles aux plus célèbres (la reine Elizabeth II et le prince Philipp y firent une visite officielle, tout comme la First Lady Eleanor Roosevelt). Même sous la pluie, on se presse, parapluie en main, pour parcourir les rues du village. Aux alentours de 11h00, je me dirigerai vers la salle de spectacle réservée aux concerts et aux danses maories. Ici, on aime manifestement recevoir et transmettre sa propre culture à travers des chants (comme le chant d'action Waiata a Ringa) et des danses (dont le Haka). Assis au premier rang, je suivrai avec attention le spectacle qui comprendra plusieurs attractions dont des jeux de bâton et la danse Poï qui se pratique en manipulant des boules (petits sacs de tissu remplis de sable ou de graines) au bout d'une ficelle (ci-dessous). Ce mot Poï est originaire de Nouvelle-Zélande et désignait jadis un outil qui servait aux jeunes guerriers à gagner en dextérité, en souplesse (dans les poignets) et en force dans les bras.

La danse du Haka (deuxième photo) est une danse cérémonielle et guerrière chez les Maoris. On l'associait autrefois à la préparation des combats chez les jeunes hommes, lesquels prenaient alors une posture de circonstance : gestes vigoureux, frappage du sol avec les pieds et cris rythmés en guise d'accompagnement. Cette danse étant supposée effrayer l'adversaire. Quant au chant d'action Waiata a Ringa, il représente une chanson populaire moderne interprétée avec une gestuelle bien définie et en utilisant un répertoire européen. Le public, qui sera invité à participer à une danse, en redemandera.


 

Lors de l'achat de mon billet, une hôtesse me remit un plan du village avec les 27 numéros correspondant aux 27 attractions à voir absolument. Et chacune de ces attractions d'être décrites dans la langue de Molière. Je n'en attendais pas tant et suis très agréablement surpris par le sens de l'organisation et le souci du détail des Tuhourangi Ngati Wahiao. Après le spectacle, je tente de passer (difficilement) entre les gouttes et me rend à l'église catholique toute proche, qui fêta son centième anniversaire en 2005. De nombreux membres de la famille de Ngati Wahiao sont catholiques et les défunts sont enterrés dans le petit cimetière attenant. Un détail toutefois : l'activité géothermique constante dans le sol explique le choix qui a été fait de faire reposer les morts dans des tombes hors-sol. Dans une autre partie du village se trouve aussi une église anglicane construite par les survivants anglicans de l'éruption du Tarawera. En face de l'église catholique se dresse une tombe située à droite du mémorial (ci-dessous), celle de Maggie Papakura, l'une des plus célèbres guides de Whakarewarewa durant la première moitié du siècle dernier. Sa beauté, mais aussi ses connaissances approfondies de l'histoire contribueront largement au développement du tourisme. Maggie (aussi appelée Margaret Pattison Staples-Brown, ou Makereti Papakura) naquit à Matata, non loin d'ici , en 1873, de parents anglais et maori. Sa maman était issue d'une haute lignée de la tribu Tuhourangi Ngati Wahiao. C'est Sophia Hinerangi, guide touristique de descendance maorie et issue de la tribu Ngati Ruani, qui formera Maggie à son nouveau métier. Et Maggie d'accompagner, entre autres, le duc et la duchesse de Cornouailles, futurs George V et reine Elizabeth (mère), lors de leur venue au village en 1901.


 

Le Café de Ned est le point de ralliement de tous les gourmands impatients de goûter à la cuisine géothermique : le repas hangi y est cuit dans un four naturellement alimenté à la vapeur géothermique et depuis la source d'eau chaude Parekohuru (ci-dessous). Cette source est le plus grand bassin du village, dont l'eau frémit toutes les heures, avant de bouillir. Et de former des bulles en surface lorsque son niveau d'eau redescend, d'où son surnom de « piscine de Champagne ». On utilise cette source pour cuire légumes à feuilles, racines, poissons et fruits de mer. Mais ne vous y fiez pas : Parekohuru signifie aussi « clapotis meurtriers ». Qui s'y frotte, s'y brûle !

Quant au terme hangi, il représente, chez les Maoris, une méthode de cuisson des aliments consistant généralement à creuser le sol pour y aménager un four et faire mijoter la nourriture à l'aide de pierres chauffées et de vapeur.


 

Le village de Whakarewarewa n'offre pas de musée, mais un centre des sciences de la Terre, permettant d'en savoir plus sur l'environnement géothermique qui nous entoure et pourquoi le peuple Tuhourangi Ngati Wahiao est venu vivre à proximité des sources d'eau chaude. Les volcans, à la fois capables du pire comme du meilleur, dispensent heureusement plus souvent leurs bienfaits (l'eau chaude par exemple, les terres riches et fertiles laissées après leurs éruptions et leurs roches regorgeant de minerais...) que leurs colères (généralement dévastatrices), comme l'éruption du Mont Tarawera en 1886, qui fit environ 150 morts. Je n'aurai pas le temps de visiter cette fois le village enseveli de Te Wairoa (voir infos pratiques) où vivaient jadis les habitants de Whakarewarewa mais ce n'est que partie remise. Une guide rencontrée hier devant le musée de Rotorua me disait que des fouilles archéologiques avaient permis de retrouver des corps ensevelis lors de l'éruption de 1886. Un musée explique précisément ce qu'il advint ce 10 juin lors du réveil soudain et brutal du Mont Tarawera, qui détruira par la même occasion les terrasses roses et blanches patiemment sculptées par la Nature et qui passaient pour la huitième merveille du monde. C'est en effet l'acide silicique et le chlorure de sodium contenus dans l'eau des geysers qui formeront ces terrasses près du lac Rotomahana. Et la beauté de ce site d'attirer de nombreux visiteurs, puisque le peuple Tuhourangi organisait déjà des visites guidées de l'endroit vers 1860. De là à dire que le tourisme néo-zélandais est né à Te Wairoa...Dès 1835, les piscines thermales de Rotorua et leurs vertus séduisaient déjà les rares touristes. La fin des guerres inter-tribales faciliteront également la venue des visiteurs, même si le voyage jusqu'à Rotorua n'était pas une sinécure.


 

Depuis mon arrivée, un miracle est survenu : la pluie s'est enfin arrêtée et je peux envisager de poursuivre plus confortablement ma visite. Autrefois, aucun pont n'enjambait la petite rivière contournant le village maori et les habitants avaient trouvé l'astuce pour gagner quelques sous en transportant sur leur dos les visiteurs afin de franchir le cours d'eau à gué. Le premier pont sera érigé en 1885, mais les enfants du village prendront l'habitude d'en sauter afin de repêcher les pièces jetées par les touristes en souvenir du bon vieux temps. D'où le surnom de « pêcheurs de pièces » donné à ces gamins.

Le pont marquant l'accès au village, une arche commémorative (en photo ci-dessous) fut élevée à l'entrée après la Seconde guerre mondiale, en mémoire des soldats disparus et des membres de la tribu qui servirent lors des deux conflits mondiaux. Des inscriptions figurant sur la façade avant du monument remercient la divinité Tumatauenga, le gardien de la Guerre, tandis qu'un défilé de l'ANZAC a lieu chaque 25 avril en souvenir des défunts. En remontant la Wahiao Street depuis le pont, je tombe en face de la maison de réunion ancestrale Whare Tipuna (deuxième photo) : l'édifice est orné de belles sculptures et fait honneur au guerrier et ancêtre Wahiao. Faute de langage écrit, les Anciens transmettaient ainsi histoire et généalogie à travers ces sculptures. Tout un art !

 

INFOS PRATIQUES :

  • Village maori de Whakarewarewa, 17 Stryon Street, à Rotorua. Tél : 07 349 3463. Ouvert tous les jours de 8h30 à 17h00 (sauf le jour de Noël). Entrée adulte : 45 NZ$. Visites guidées toutes les heures entre 9h00 et 16h00. Spectacle de chant et de danse à 11h15 et 14h00 (durée : 30 mn). Service des repas typiques Hangi entre midi et 14h00. Parking gratuit. Site internet : https://whakarewarewa.com/
  • Un grand merci à Lou Baddiley, directrice, pour la qualité de son accueil et son assistance.

  • Si vous passez par là, prenez le temps de vous rendre au village de Te Wairoa (à 15 mn de route au sud de Rotorua). Tél : 07 362 8287. Ouvert tous les jours dès 9h00. Site internet : https://www.buriedvillage.co.nz/

  • Un fascicule « The Living Maori Village » (ci-dessous en photo) est en vente sur place et décrit le village et l'histoire de ses habitants avec de jolies photos.






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