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Cambridge et son Histoire
(Région de Waikato, Nouvelle-Zélande)
Heure locale

 

Samedi 1er juin 2019

 

Et si ce 1er juin marquait le début de l'hiver austral? C'est sous la menace de grains que j'entame ma dernière visite de ce long voyage dans l'île nord de la Nouvelle-Zélande. J'ai choisi Cambridge, petite ville dite « des arbres » avec ses chênes et ses ormes qui ombragent ses rues et jardins en plein été, son artisanat contemporain et ses haras. C'est cependant l'architecture de ses édifices qui retiendra mon attention lors de cette balade historique.

 

Une visite au minuscule musée hébergé à l'intérieur du superbe édifice (en photo c-dessous) qui servit de tribunal jusqu'en 1979, m'apprendra beaucoup sur l'histoire de cette cité : les premiers missionnaires et fermiers débarqueront ici dans les années 1850, et amèneront avec eux leur savoir-faire agricole qu'ils transmettront aux Maoris installés sur place. De là naitra une industrie laitière dès 1901 avec la création d'une coopérative. A l'époque, un bon trayeur de vaches tirait le lait d'une huitaine de bêtes par heure, soit environ trente vaches par traite, mais rien n'empêchera les trayeuses automatiques de prendre le relais quelques années plus tard. C'est à cette époque florissante que de nombreuses maisons seront construites, plus particulièrement le long de la Victoria Street. De jolies demeures se dressent encore en ville, comme la Souter House (deuxième photo) ayant appartenu à la famille Souter qui arriva ici en 1877. Le capitaine William Souter prit sa retraite de la Marine marchande, à cette époque où la famille ouvrit un grand magasin, puis un garage. La demeure, qui fut érigée en bois de rimu et de kauri, sera plus tard agrandie. En 1991, l'endroit devint un restaurant puis est désormais occupée par une entreprise.

 

La balade historique à laquelle me convie cette fois l'office du tourisme me conduira sur une vingtaine de sites reflétant une architecture riche et variée qui témoigne de la réputation de la petite ville. Je remonterai la rue Victoria, muni de mon petit plan explicatif, jusqu'à tomber sur l'ancien bureau de poste (ci-dessous) qui ouvrira en grande pompe le 15 février 1908, en présence de Joseph Ward, Premier ministre de l'époque. L'édifice remplira ses offices jusqu'en 2004, date à laquelle il sera converti en bar-brasserie. En 1900, Mr Jeffries, chef-postier de son état, faisait le boulot de quatre personnes et l'inauguration du nouveau bâtiment lui sera profitable puisqu'on ajustera les effectifs aux besoins croissants d'alors : neuf employés seront en charge du service du courrier et du téléphone (avec à l'époque 50 abonnés). Une tour-horloge (détruite depuis, à cause de fissures provoquées lors du séisme de 1931) avait en ce temps-là été demandée par la Comté qui participera à hauteur de 300£ au financement de la construction.

Ici aussi, existait une brigade de pompiers volontaires depuis 1904. L'eau était alors fournie par le château d'eau. En face de la caserne actuelle, se dresse l'école primaire de Cambridge (deuxième photo) depuis 1869, qui subira plusieurs ajouts jusqu'en 1904. L'établissement, qui accueillera jusqu'à 500 élèves en 1950, resterait encore aujourd'hui l'école primaire la plus importante du Comté si elle exerçait toujours. Le bâtiment est bien sûr répertorié sur la liste des monuments historiques nationaux.


 

Parmi les évènements qui comptent dans l'histoire de la ville, on se souvient encore de la grève déclenchée à Wellington en octobre 1913 par 13000 dockers. Et Cambridge de se retrouver rapidement à court de farine, pommes de terre, sucre, carburant et charbon. En conséquence, les prix augmentèrent drastiquement et certaines boutiques durent parfois se séparer pour un temps de leur personnel. La réaction ne se fit pas attendre : 133 fermiers locaux furent engagés pour participer au service d'ordre aux côtés des policiers d'Auckland dans le but de casser cette grève. Ce furent leurs femmes qui assurèrent l'intérim à la ferme durant cette période mais, devant les menaces de représailles, les exploitations étaient gardées nuit et jour. On comptera ainsi au port d'Auckland jusqu'à mille agents de police « non officiels » venus appuyer l'action policière légale face aux dockers. Les fermiers de Cambridge surent garder leur sang-froid au plus fort du pic de tension observé face aux grévistes, s'asseyant calmement mais leur matraque toujours en main, au cas où.

Les femmes,elles aussi, devront se battre pour leurs droits, à Cambridge comme ailleurs : le mouvement en faveur des droits de la femme verra ainsi le jour en 1869 (cinq années après la fondation de la ville) à l'appel de Mary Muller (originaire de Nelson) qui réclamera le droit de vote. Et les habitantes de Cambridge de s'inscrire massivement (225 d'entre elles) sur les listes électorales en 1893, lors de l'obtention de cette nouvelle liberté. La première femme élue du Comté sera Mme Eos Enid Taylor, en 1947. Et ces dames d'avoir depuis trouvé leurs justes place au sein de la municipalité.

 

C'est encore par des (charmantes) femmes que je serai pris en charge à l'office du tourisme qui loge à l'intérieur de l'ancienne mairie (en photo ci-dessus), peut être le plus bel édifice qu'il m'a été donné de voir à Cambridge. On doit cette mairie à William Francis Buckland, à l'époque maire de la ville, au caractère bien trempé, qui avait juré de faire de sa cité une ville du 20è siècle. L'édifice fut conçu par l'architecte Arthur Bibra Herrold et construit par Chappell & Woolley. La pose de la première pierre aura lieu le 21 avril 1909 et l'inauguration le... 14 décembre de cette même année. Pendant plusieurs années, le lieu fera office de cinéma, et servira même d'hôpital en 1918 lors de la terrible épidémie de grippe. La reine Elizabeth et le prince Philippe honoreront aussi l'édifice de leur présence le 1er janvier 1954, lors d'un déjeuner. Quant à l'office de tourisme dont je parle plus haut, il occupe aujourd’hui l'emplacement de l'ancienne bibliothèque municipale, une bibliothèque dont la création sera rendue possible grâce à la générosité d'Andrew Carnegie, homme d'affaires et philanthrope américain qui apportera son aide durant son existence à plus de 2500 bibliothèques dans le monde (dont 18 en Nouvelle-Zélande).

Sur l'une des façades de la marie, je découvre que Cambridge est jumelée avec la ville française du Quesnoy (59) : le 23 août 1914, la ville du Quesnoy sera en effet prise par les troupes allemandes et restera ainsi occupée quatre années durant. Tout au moins jusqu'au 4 novembre 1918, date de sa libération par la Division néo-zélandaise, élément constitutif de l'ANZAC, qui oeuvrera dans la Somme, participera à la bataille du Kaiser, à l'offensive des cent jours, à la bataille de la ligne Hindenburgh, avant de libérer nos concitoyens. Pour mémoire, 42 soldats issus de Cambridge mourront sur le front de la Grande guerre et leurs noms figurent sur une plaque en-dessous d'un des vitraux de l'église anglicane Saint André (ci-dessous). Et la seule libération de la petite ville française de couter la vie ce jour-là à 130 soldats néo-zélandais et de faire 300 blessés. Il est vrai que Le Quesnoy était alors encerclée par un mur de briques d'une quinzaine de mètres de haut et de 200 mètres de large, derrière lequel était réfugiée l'armée allemande. L'armée néo-zélandaise décidera d'encercler la ville, puis bombardera le mur vers 5h30 du matin causant l'effroi chez l'occupant. Les bombes en question étaient constituées de pétrole enflammé, lancées par-dessus le mur avec des fusils spéciaux, puis la charge était déclenchée à distance. De nos jours, Le Quesnoy se souvient encore de cette libération et fêta l'année dernière, plus exactement le 4 novembre 2018, le centenaire de l'opération, aux côtés de sa sœur jumelle Cambridge.

 

L'église Saint André dresse fièrement son clocher (ci-dessus) qui remplace depuis 1881 une plus petite église érigée en 1873 . C'est Edward Mahoney, un architecte d'Auckland, qui concevra cette construction de style gothique. Cette nouvelle flèche abrite six cloches qui sont activées par une équipe de sonneurs, fait unique dans l'hémisphère sud. Et la petite église d'accueillir également un mémorial dédié aux victimes de la Première guerre mondiale (comme souligné plus haut). Autre détail : une boite aux lettres installée à l'angle de l'édifice depuis 1898 par la Poste néo-zélandaise fonctionne toujours. Vous pouvez y déposer votre courrier.

Non loin de là, de l'autre côté de Victoria Street, se dresse l'ancienne église presbytérienne de la Trinité et sa magnifique porte rose (ci-dessous), érigée en 1898 et désormais propriété d'une entreprise privée. Les Presbytériens de Cambridge disposeront de leur tout premier lieu de culte au début de l'année 1878, sous la forme d'une élégante construction avec une flèche sur Victoria Street, structure plus tard déménagée pour permettre l'érection du mémorial pour la paix dès 1922. L'ancienne église toujours visible fut inaugurée en juin 1898, bâtie dans un style gothique, entièrement en bois de kauri et de rimu, et suffisamment vaste pour abriter 250 fidèles. L'ensemble sera restauré en 2016 par la Brasserie Good George qui s'en portera ensuite acquéreur pour sa marque Good Union. Drôle de conversion pour une église !


 

Achevons ce tour d'horizon partiel par le Masonic Hotel (ci-dessous) qui fut construit en bois en 1866 par Archibald Clement. Notre homme avait choisi cet endroit car Duke Street était alors la rue la plus en vue de la ville naissante. A peine débarqué à Auckland, Archibald se portera volontaire pour transporter les rations des milices à Ngaruawahia et à Te Rore. Le pays est alors en conflit face aux Maoris et Archibald recevra bientôt un ordre de mission pour Cambridge, en 1864, afin d'y convoyer les rations du 3è Régiment de la Milice de Waikato. Loin d'avoir les deux pieds dans le même sabot, l'homme érigera donc le Masonic Hotel, pour lequel il obtiendra en 1867 la première licence d'alcool, puis rejoindra la loge Alpha cette même année 1866. Et cette loge de trouver refuge au Masonic Hotel, après s'être préalablement réunie dans l'actuel quartier de Leamington. Quant à Archibald, il quittera ce bas monde en 1873, où il repose désormais au cimetière de la ville, après avoir mené une vie bien remplie. Aujourd'hui, le Masonic Hotel et sa façade imposante offre toujours le même attrait. L'établissement sera agrandi en 1877 afin d'y accueillir des boutiques et une salle de billard, mais le tout brûlera en 1911. C'est un certain Fred Potts qui reconstruira l'hôtel pour 4100£ avec une façade classique et de riches ornements. A l'époque, la chambre ne coutait que 8NZ$ par jour et le repas, 2NZ$.

 

INFOS PRATIQUES :

 

  • Office du tourisme, à l'angle des rues Victoria et Queen Streets, à Cambridge. Tél : 07 823 3456. Site internet : https://www.cambridge.co.nz/
  • Demandez à vous procurer gratuitement le dépliant « Heritage Walk – Central Cambridge » (visite que j'ai effectuée aujourd'hui). Comptez deux bonnes heures pour vous rendre sur les 20 sites répertoriés. Sachez qu'il existe à Cambridge plusieurs autres balades historiques (par thèmes).

  • Musée de Cambridge, 24 Victoria Street, à Cambridge. Tél : 07 827 3319. Entrée libre. Minuscule musée (trois salles seulement) mais ressources historiques étonnantes pour les passionnés d'Histoire comme moi, en vous rendant sur le site http://cambridgemuseum.org.nz/

  • Panache , 60 Victoria Street , à Cambridge. Pâtisseries et viennoiseries françaises dans cette boutique qui n'a rien d'autre de français que le nom et les deux drapeaux accrochés sur la façade. Ah si ! Il y a à l'intérieur trois horloges anciennes, dont une qui donne l'heure de Paris

  • Sanctuary Mountain Maungatautari (99, Tari Road Pukeatua, Cambridge). Tél:07 870 5180. Cette réserve est le principal havre écologique de l'Île du nord avec ses multitudes d'oiseaux, sa faune et sa flore unique. Des visites sont organisées sur place, pour une expérience inoubliable: https://www.sanctuarymountain.co.nz

 

 








 



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