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La Nécropole d'Armeni (Ile de la Crète, Grèce)
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Lundi 16 novembre 2015

 

Au sud de Réthymnon se trouve la Nécropole d'Armeni, qui compte environ 220 tombes du Minoen récent (XIII-XII è siècle avant J.C). Ces tombes furent mises à jour en 1969 par l'archéologue Yiannis Tzedakis, mais l'on n'a toujours pas découvert avec certitude la ville dont elles dépendent. Ces tombes sont toutes orientées d'ouest en est, nord-est, et même tournées en direction du mont Vryssinas (qui accueillait jadis un sanctuaire) et sont pourvues d'un étroit vestibule (ci-dessous) menant à une chambre mortuaire. L'une de ces tombes contenait des céramiques, des armes, des bijoux et un talisman portant une inscription en linéaire A. D'autres tombes livrèrent également un important mobilier funéraire, comme par exemple d'intéressants sarcophages en terre cuite peinte.

Lors du Minoen récent, la destruction de Knossos ne causa pas de rupture dans la civilisation, mais son rayonnement diminua après 1400 avant J.C et le foyer de culture créto-mycénienne se trouvait non plus sur l 'île, mais en Grèce continentale. Le site d'Armeni appartient aux sites remarquables crétois appartenant à cette période mycénienne, qui nous confie jour après jour ses secrets. J'évolue à l'intérieur d'un parc clôturé garni d'arbres espacés qui alternent avec des cavités plus ou moins régulières correspondant aux fouilles effectuées. Les chambres mortuaires (deuxième photo) étaient creusées dans une pierre tendre (appelée ici kouskouras), pierre assez résistante pour nous permettre de les retrouver aujourd'hui extrêmement bien préservées. Un petit chemin fait le tour du parc, chemin assez large pour autoriser le passage des sarcophages excavés lors des fouilles. Je note la présence de grandes (mais rares) et de petites tombes qui devaient correspondre à des statuts sociaux différents dans la population minoenne.


 

Les chambres mortuaires étaient, semble t-il, bâties dans deux styles distincts, et creusées à même la pierre : Dans le premier cas, on trouve une grande tombe avec un long dromos (couloir). On trouve ce même dromos dans le rite funéraire étrusque, sous la forme d'un couloir à ciel ouvert s'enfonçant dans le sol et menant à une tombe enfouie sous un tumulus. Des marches permettent alors de descendre vers ce passage. Dans le second cas, on parle d'une petite tombe munie d'un petit dromos en forme de rampe, sans marches d'accès ou dans certains autres cas, aucune rampe, mais juste quelques marches. Dans la plupart des cas, on dégagea le dromos des tombes, avant d'accéder aux tombes elles-mêmes et d'autoriser ainsi la découverte d'objets divers à l'intérieur des sépultures, comme des perles, des vases (ci-dessous) ou des figurines. Dans trois tombes, on retrouvera aussi des cercueils d'enfants. En règle générale, l'entrée des tombes était bouchée par de grosses dalles de pierre. Et les sépultures étaient construites de la même manière : on creusait d'abord un dromos (couloir, vestibule), puis ensuite la chambre mortuaire. Parfois, après avoir creusé le vestibule, les Minoens tombaient sur une roche trop dure pour être travaillée et abandonnaient la partie. Par ailleurs, le dromos n'était achevé qu'une fois la chambre mortuaire creusée. Ce qui semble logique. Dans le cas où il était impossible de terminer le creusement d'une tombe, on déposait des bijoux dans le trou, et un vase abimé à l'intérieur du dromos.

 

On connait trois types de chambres mortuaires : la chambre circulaire, la chambre semi-circulaire et la chambre rectangulaire (attribuée aux sépultures les plus prestigieuses, avec, à l'intérieur, un long banc de pierre le long d'une ou de plusieurs parois de la chambre). La tombe la plus imposante est numérotée 159 et possède un vestibule de 15,50 mètres (ci-dessous) avec un escalier de 25 marches. L'entrée de la chambre mortuaire mesure deux mètres de hauteur, c'est à dire la dimension d'une porte. A l'intérieur, un pilier supporte la paroi Est tandis qu'à gauche et à droite de l'entrée, se trouvent deux colonnes rectangulaires (colonnes taillées dans la pierre). Tzedakis imagine que ces colonnes supportaient d'autres colonnes en bois. De plus, quatre autres colonnes sont placées dans les angles de la pièce. Et de longs bancs de pierre, de courir le long des quatre murs de la chambre mortuaire. Dans un coin, une petite crypte contenait une stèle, tout comme l'on découvrit, sur place, les restes d'un brancard en bois, qui servit probablement à transporter le défunt jusqu'ici. Et le corps d'être placé dans l'un des sarcophages retrouvés sur place.

Les tombes tholos (deuxième photo) datent quant à elles des périodes minoennes II (1450 à 1400 avant J.C) et IIIA (1400 à 1300 avant J.C), et comportent un vestibule de 4,50 mètres auquel on accède à l'aide de deux marches seulement et d'une petite cavité creusée dans le mur nord. L'entrée de ces tombes était fermée par une grande dalle de pierre. Et le diamètre intérieur de mesurer 2,45 mètres. Dans une de ces tombes effondrées, on récupéra deux sabres en bronze, trois vases et des bijoux. Mais la découverte la plus intéressante fut peut être celle d'un collier en stéatite portant une inscription en linéaire A. Cette écriture, toujours pas déchiffrée, fut utilisée dans la Crète ancienne, et était composée de 85 signes et idéogrammes. On suppose qu'elle transcrivait le langage des Minoens puisque ce langage apparut pour la première fois à l'époque des premiers palais minoens, au Minoen Moyen II (1900-1800, ou 1800-1700 avant J.C). Le linéaire A sera utilisé par l'administration palatiale minoenne pendant toute la période des seconds palais.


 

Les trouvailles faites à l’intérieur des tombes par Tzedakis et son équipe furent nombreuses. On découvrit ainsi des poteries, de la vaisselle en bronze, des outils, des bijoux, des vases en pierre et quatre sceaux de forme cylindrique issus du Moyen-Orient. Les poteries étaient nombreuses et de différentes formes (tasses, petites jarres, pots à bec). Les céramiques étaient originaires de différents endroits (dont certaines provenaient des ateliers de Knossos et de l'est de l'île). Dans une des tombes, on retrouva une jarre portant une inscription en linéaire B, inscription exprimant le nom d'un homme connu, dans le registre minoen d'archives de ce type d'écriture. D'autres vases en étain émaillé furent également récupérés dans ce cimetière. Ces derniers vases témoignent de l'existence d'échanges commerciaux entre la Crète et l'est de la Méditerranée. Des cercueils en argiles furent de même mis à jour lors des fouilles, ainsi que des cornes sacrées ayant sans doute servi aux rites de chasse et aux consécrations d'alors. Les cercueils furent utilisés aux 14è et 13è siècles avant J.C et sont les plus beaux exemples trouvés jusqu'ici en Crète. On trouva deux types de larnax (petits cercueils) : ceux qui étaient ornés sur un seul des quatre côtés , généralement de peinture de couleur marron et noire, et les autres, de dimension supérieure, peints sur deux côtés, à l'aide de peinture de couleur bleue, rouge ou noire. Un autre objet fut retrouvé, objet pour le moins inattendu puisqu'il s'agit d'un casque (ci-dessous en photo) composé de 59 dents de verrats (chaque dent est percée de deux petit trous afin de la fixer au casque), objet originaire du centre de la Grèce. Les céramiques découvertes en même temps que ce casque datent de l'époque LMIIIA2 (1400-1300 avant J.C) et LMIIIB1 (1300-1150 avant J.C). Une autre tombe abritait un panier en osier avec un couvercle conique, panier supposé avoir contenu des denrées périssables. Plus important encore, ces 500 squelettes humains retrouvés dans le cimetière, qui apportèrent aux archéologues de précieux renseignements sur le style de vie des habitants à l'époque minoenne. Il semblerait que ces gens mangeaient que très peu de viande, et se nourrissaient surtout de fruits et de légumes. La taille moyenne des hommes était d'1,67 mètre et celle des femmes d'1,54 mètre. Leur espérance de vie était courte (jusqu'à 31 ans pour les hommes et jusqu'à 28 ans pour les femmes) et une majorité de femmes mourrait à l'âge de 20 ou 25 ans, une mortalité précoce qui pourrait être due à des complications lors des accouchements. Des maladies pourraient aussi expliquer cette mortalité précoce, comme la tuberculose, le cancer, ou la brucellose. On note enfin qu'un quart de la population de l'époque n'avait plus de dentition au moment de leur décès. L'existence des Minoens révèle encore bien des mystères et les archéologues, de se poser beaucoup de questions : quelle pouvait bien être la taille de la ville pour justifier d'un cimetière aussi vaste (plus de 200 tombes)? On effectua il y a quelques temps des fouilles dans les villages proches de Somatas et Kastellos, fouilles qui permirent d'envisager raisonnablement un campement minoen important situé à Kastellos même. Serait-ce le début de la fin de l'énigme ?

 

INFOS PRATIQUES :

  • Nécropole d'Armeni, ouverte toute l'année, tous les jours (sauf le lundi), de 8h30 à 15h00. Entrée : 2€. Le cimetière est à 15 minutes de Réthymnon. Pour vous y rendre, empruntez la route en direction de Spili et Ayia Galini. Le site se trouve AVANT d'atteindre le village d'Armeni (un panneau indique l'endroit, sur votre droite, en venant de Réthymnon).


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