Revoir le globe
Top


Baie des Requins et Parc National François Péron
(Australie-Occidentale, Australie)
Heure locale


Jeudi 19 mai 2016

 

Je quitte un parc pour en franchir un autre : Le Parc national François Péron, qui flirte avec la baie des chiens marins (Shark Bay en anglais). Et 400 kilomètres supplémentaires au compteur. Il faut aimer conduire pour visiter l'Australie et trouver chaque jour de quoi se mettre sous la dent, car les sites d'intérêt sont nombreux mais souvent éloignés les uns des autres. Celle qu'on surnomme ici la Baie des requins forme un golfe donnant sur l'océan indien sur la côte ouest. Cette baie doit son nom au premier Européen à la visiter, en 1699, la navigateur William Dampier. La baie couvre une superficie de 8000 km2, pour une profondeur moyenne de neuf mètres. Est partagée par quelques langues de terre et est agrémentée de péninsules et d'îles. La côte mesure environ 1500 kilomètres de long, une côte qui se situe à la jonction de trois régions climatiques et de deux zones botaniques importantes. Autant dire que je ne verrai aujourd'hui qu'une infime partie de ce qui existe réellement. Je suis de toute façon limité dans mes déplacements avec le camping-car qui ne possède que deux roues motrices (alors qu'un 4X4 est indispensable pour partir sur les pistes qui constituent la majeure partie des axes de circulation de cette région).


 

Ce matin encore, j'ignorais l'existence du fragum erugatum, un coquillage (ci-dessus) qui vit et se développe dans des eaux à très forte salinité, ce qui est le cas ici. La plage Shell Beach (place aux coquillages) est impressionnante tant par sa taille que par la concentration de coquillages. On peut ainsi trouver plus de 4000 fragum erugatum par m3 d'eau. Autre particularité de la baie des requins : sa prairie marine, d'une superficie de 400 000 hectares (qui en fait certainement la plus grande de la planète), qui offre douze espèces d'herbes différentes, dont se nourrissent notamment la plus importante population de dugongs (ou vaches de mer), soit 10 000 individus qui trouvent ici la chaine alimentaire parfaite. A l'origine de cette prairie, les sédiments marins formés de coquillages et de squelettes marins. Dans la nature, rien ne se perd et tout trouve son utilité.

La cyanobactérie est une autre curiosité de cette nature extravagante. Une bactérie qui, elle également, supporte très bien l'hypersalinité de l'eau et faisait déjà partie des premières formes de vie sur terre il y a 3500 millions d'années. Ces bactéries ont grandi, puis ont formé de véritables colonies en capturant les sédiments au point de constituer de gros blocs de rochers appelés stromatolithes, dont je pourrai observer la plus grande variété au monde dans le havre d'Hamelin (ci-dessous en photo)

 

La baie n'a pas toujours ressemblé à ce qu'elle est de nos jours. Il y a 18 000 ans, le niveau de la mer était bien plus bas qu'aujourd'hui. Durant l'âge de glace, l'endroit n'était qu'une plaine désertique. Il y a 4000 ans de cela, îles, péninsules et mangroves apparurent compte tenu de la montée du niveau de la mer (dont la niveau était supérieur de trois mètres au niveau actuel). Depuis, les mangroves ont disparu, car elles n'ont pas supporté le climat plus frais et plus sec qui règne actuellement. Eagle Bluff est réputé pour être un bel observatoire des animaux marins. Malheureusement, je n'y détecterai aucun signe de vie à mon arrivée. Les animaux sont ainsi et ne prennent pas rendez-vous. Je penserai me refaire en visitant l'aquarium Ocean Park, qui affiche fièrement ses panneaux publicitaires sur le bord de la route 353. Grave erreur ! L'endroit est sordide, ne ressemble absolument pas à un aquarium digne de ce nom, mais à plusieurs petits bassins pour les espèces les plus petites (raies manta, tortues de mer, autres poissons...) et un bassin plus grand réservé aux requins (ci-dessous). Trop nourris sans doute, ces derniers n'attrapèrent même pas les morceaux de poisson qu leur étaient offerts.

 

C'est le 25 octobre 1616 que la baie des requins fut découverte par le capitaine hollandais Dirk Hartog, premier Européen à avoir foulé le sol ouest-australien. Le capitaine hollandais De Vlamingh visitera lui aussi le site en 1697, suivi deux ans plus tard par le boucanier William Dampier (premier marin anglais à explorer l'Ouest australien). Puis le Français Louis-François Saint Alouaran atteindra la région en 1772. En 1801, Nicolas Baudin, scientifique français, entrera dans la baie à bord du Géographe. Emmanuel Hamelin, lui, accompagné de l’anthropologue François Péron, y fera aussi son entrée, justifiant aujourd'hui les nombreux noms français existant sur le littoral. Les années 1860 verront le développement de la baie axé autour de trois pôles : l'exploitation du guano, des perles et de l'élevage. Et le capitaine anglais Henry Denham d'annexer une fois pour toutes la totalité de la baie en 1858. La petite ville de Denham lui rend d'ailleurs hommage. On vit même sur place, en 1792, des pêcheurs de baleines américains trainer dans les environs. Au fil du temps, guano et perles tomberont dans l'oubli et seuls l'élevage de moutons et le tourisme persisteront. La baie, elle, fut classée comme patrimoine mondial en 1991, alors que les parcs, qu'ils soient marins ou terrestres recouvrent désormais 2,2 millions d'hectares.


 

Je ne resterai pas longtemps à Denham, juste assez pour quérir des informations touristiques et faire le plein de carburant. Née de la culture perlière, la petite ville fit parler d'elle dès 1898. Et ressemble désormais à une station balnéaire type avec ses hôtels, restaurants et boutiques. Sur place, l'office de tourisme m'a indiqué le parc national François Péron dont l'accès se trouve justement sur la route allant à Monkey Mia, ma prochaine destination. Peu après avoir quitté Denham, un panneau routier m'indique le petit Lagon sur ma gauche, un lagon étonnamment circulaire qui sert de lieu de reproduction pour de nombreuses espèces de poissons. Quelques kilomètres plus loin, une piste me mènera à l'ancien domaine de François Péron, une ferme d'élevage. Le parc à lui seul recouvre 52 000 hectares mais une infime partie est accessible en camping-car. Là, plusieurs peuples aborigènes (Malgana, Nanda et Yingkarta) ont jadis fait de ces terres leur demeure ancestrale. Et les explorateurs français d'être les premiers à avoir étudié le peuple Malgana dès le XIX ème siècle. François Péron compila ainsi patiemment des informations anthropologiques, océanographiques et zoologiques lors des voyages sur place de Nicolas Baudin, en 1801 et en 1803. François Péron (en photo ci-dessus) embarquera dès l'âge de 26 ans en tant qu'élève en zoologie à bord du navire Géographe. En 1801, il explorera l'île Bernier, puis reviendra sur place deux ans plus tard pour découvrir la péninsule qui porte aujourd'hui son nom. Notre homme répertoriera un grand nombre de plantes ainsi que des histoires d'aborigènes dans son journal. De retour en France en 1804, il deviendra zoologiste et anthropologue de renom, puis consultant de Napoléon, et surtout ami et conseiller de l'Impératrice. Il ne remettra pas les pieds en Australie puisqu'il décédera d'une tuberculose attrapée au cours de ses expéditions, six ans avant son retour. Le parcours que j'effectue me conduira successivement à un petit musée qui explique brièvement ce en quoi consiste la baie des requins, son histoire et son devenir plutôt encourageant puisque articulé autour du projet Eden visant à sanctuariser la zone par la réintroduction d'espèces animales. Dans une seconde salle, j'admirerai justement quelques animaux empaillés vivant (ou ayant autrefois vécu) dans le parc François Péron, dont un étrange lapin ressemblant un peu à un kangourou (ci-dessous).

La baie des requins et le parc national François Péron abritent des espèces végétales de deux types : des plantes habituées au climat tempéré du sud et d'autres plus enclines à pousser dans les zones désertique du nord-est. Plusieurs espèces menacées (treize espèces de reptiles, trois d'oiseaux rares et 35 espèces d’oiseaux migrateurs) fréquentent les deux mêmes lieux et près d'une centaine de reptiles et d'amphibiens vivent dans la baie des requins.

Je passerai la nuit prochaine à Monkey Mia, dans l'espoir d'assister le lendemain matin au repas des dauphins (ci-dessous). Je me doutais que cette activité devait attirer du monde, mais à ce point...nous serons environ 60 personnes massées le long de la plage, au bord de l'eau, attendant que quelques dauphins approchent de nous et veuillent bien se laisser photographier. Opération réussie ce matin avec trois dauphins très coopératifs et une ambiance bon-enfant au milieu des clics des appareils-photos. Il faut savoir que ces cétacés sont venus pour la première fois à Monkey Mia dans les années soixante. A l'époque, l'habitude avait été prise de gaver les pauvres bêtes, ce qui aboutira à une forte mortalité des petits, qui n'étaient plus habitués à chercher eux-mêmes leur nourriture. De 1983 à 1994, il fut observé que quatre bébés dauphins sur quinze survivaient. L'année suivante, il fut décidé de nourrir avec parcimonie les dauphins. Le résultat ne se fit pas attendre : presque tous les petits survécurent. Comme quoi...


 

INFOS PRATIQUES :

 


  • Aquarium Ocean Park, 1 Ocean Park Road, à Shark Bay. Tél:08 9948 1765. Ouvert tous les jours de 9h00 à 16h00. A éviter, à moins que vous ayez 25 AUD à perdre...

  • Shark Bay Discovery Centre, Knight Terrace à Denham. Tél : 08 9948 1590. Ouvert du lundi au vendredi de 9h00 à 17h00, et les samedi et dimanche de 10h00 à 16h00. Un musée raconte l'histoire des peuples aborigènes locaux (entrée 11 AUD et photos interdites). Site internet : http://www.sharkbay.org.au

  • Evitez d'acheter votre carburant chez IGA à Denham, car il est bien plus cher qu'au Resort de Monkey Mia

  • Monkey Mia n'est pas un parc national mais une réserve privée. Entrée : 10 AUD par personne.

  • RAC Monkey Mia Dolphin Resort, 1 Monkey Mia Road à Monkey Mia. Tél:08 9948 1320. 52 AUD pour un emplacement avec électricité (trop cher!), accès internet pas très performant. Les dauphins sont nourris près de la petite jetée chaque matin à 7h45.

 

 

 

 








Retour aux reportages







Qui Suis Je - Reportages - Médiathèque - Calendrier - Pays - La lettre - Contact
Site réalisé par Kevin LABECOT
Disclaimer - Version mobile