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Narryna, Maison de Marchand
(Hobart, Tasmanie, Australie)
Heure locale


Mardi 13 décembre 2016

 

Je me rends aujourd'hui dans l'un des musées de la ville de Hobart, que constitue Narryna, cette maison de marchand (en photo ci-dessous) construite par le Capitaine Andrew Haig dans le style géorgien. Dois-je rappeler que Narryna signifie Refuge du Dieu de la mer en langue indienne. Notre charmante guide, Phillipa, nous rappellera pourtant que cette appellation ne sera pas donnée à cette demeure du vivant d'Andrew Haig (deuxième photo), mais plus tard. Pourtant, le célèbre capitaine, toujours en voyage pour ses affaires fera de l'océan sa seconde maison: Haig était alors un des marchands de la Compagnie des Indes Orientales. Celui-ci naviguait alors vers Calcutta, et Canton, échangeant son opium contre de riches cargaisons de porcelaine, de soies, de thé et de laques. En escale à Hobart en 1824, il décidera de faire l'acquisition d'une pièce de terre. Cette dernière courait alors de l'endroit où il fera bâtir sa demeure jusqu'à la crique de Sullivan, c'est à dire jusqu'à la mer, correspondant aujourd'hui au port de Hobart, et à cet espace occupé désormais par la Place Salamanque. En fait, cette acquisition s'avérera judicieuse car le Capitaine Andrew Haig, aura l'idée , lors de la création d'un premier quai dans la crique, d'acheter également deux entrepôts encore visibles de nos jours sur la Place Salamanque. Nous sommes alors en 1833-35 et notre homme développe ses activités commerciales.


 

La demeure Narryna ne sera achevée qu'en octobre 1840, et Haig, acculé à la banqueroute, n'aura pas le loisir d'en profiter longtemps puisqu'il sera forcé de la revendre deux ans plus tard. Cela ne retire rien au charme de cette maison faite pour attirer l'oeil, qui fait partie du patrimoine de Hobart, et qui fera la joie des nombreux occupants qui s'y bousculeront après le départ d'Andrew Haig : hommes d'affaires, politiciens et banquiers y vivront en effet tour à tour, jusqu'à ce que l'endroit soit transformé en musée, dès 1955, grâce à l'acharnement du groupe d'habitants du quartier de Battery Point, déterminé à préserver cet héritage. On put alors y admirer des objets historiques relatant la période commerciale et maritime de Hobart.

On doit le style néo-classique de Narryna à l'architecte Edward Winch, arrivé sur la Terre de Diemen en septembre 1832 , muni d'une lettre d'introduction du Lieutenant-gouverneur Arthur. L'architecte, d'abord dessinateur, s'illustrera aussi dans d'autres constructions (l'église Saint Pierre de Hamilton) comme à Macquarie Street, Battery Point, Mount Vernon et Kempton, avant d'être ruiné en novembre 1835. Même après cette date, Edward Winch poursuivra la construction de Narryna, par amitié pour le Capitaine Andrew Haig. A cette époque le style Renaissance grecque était à la mode, d'où l’apparence de la façade principale de la demeure. La maison se dresse sur ses quatre gros pilastres doriques pour donner l'ensemble architectural que l'on connait. Toutefois, l'observation des autres murs montrera le manque de moyens du capitaine qui sera contraint de monter des murs de briques, matériau alors moins couteux que la pierre (même si celle-ci provint probablement d'une carrière détenue par Andrew Haig et située à Bellerive). L'important est que les apparences soient sauvées avec cette jolie façade mise en valeur par le jardin et sa fontaine. En 1942, au moment de la cession de la demeure par Andrew Haig, il existait également un autre jardin à l'arrière de la propriété, côté cuisine. Ce dernier a malheureusement disparu depuis et a été remplacé par un maison située au 7, Knopwood Street. La famille Peate, elle, qui fera de l'endroit une pension de famille, créera un jardin potager au-delà de la cour de l'immeuble afin de fournir la table d'hôtes en légumes faits maison.


 

Pénétrons à l'intérieur de Narryna et découvrons ce hall d'entrée (ci-dessus) avec ses plinthes moulées et son papier peint un peu spécial. L'arche du hall reprend celle que l'on peut distinguer à l'extérieur de la maison, au niveau de la porte d'entrée. Le fameux papier-peint représentant des pierres de taille est une reprise du motif existant déjà à Highfield Historic House (Stanley) en 1840. Je peux admirer sur les murs plusieurs peintures, dont celle du navire « Sir John Rae Reid » (deuxième photo ci-dessus), sur lequel le capitaine Andrew Haig effectuera plusieurs voyages entre la Tasmanie, Londres (Angleterre), Calcutta (Inde) et l'île Maurice dans les années 1833-1837. Une horloge ayant appartenu à Georges Washington Walker, marchand et fondateur de la Hobard Savings Bank, est également visible.

La fonction d'un tel hall est de donner accès sur les pièces de la demeure, des pièces jadis fréquentées par les partenaires commerciaux d'Andrew Haig. Comme, par exemple, cette salle à manger (ci-dessous) qui accueillera de nombreux convives pour des repas somptueux. On sait que Andrew Haig donnera plusieurs diners en l'honneur du gouverneur John Franklin et de l'évêque Broughton. Et cette pièce d'être alors décorée dans le style masculin qui convenait le mieux aux personnes qui y séjournaient : cheminée de couleur sombre, papier-peint chargé et menuiseries peintes façon chêne anglais. De même, plusieurs portraits sont disposés pour rappeler les lignées familiales.


 

La pièce voisine est le salon (ci-dessous en photo) ou drawing-room, espace de vie féminin par excellence, où les dames avaient pour habitude de prendre le thé. Ainsi concoctaient-elles leur mélange à l'aide de la théière (deuxième photo) puis le confiaient aux domestiques pour qu'ils préparent l'infusion. Le terme drawing-room était en réalité la contraction du withdrawing-room, une pièce où l'on se retirait après le diner afin de prendre le thé, de s'adonner à la broderie ou d'écouter de la musique, tandis que les messieurs demeuraient dans la salle à manger autour d'un digestif et fumant le cigare, tout en discutant affaires. En dépit des apparences, les garnitures de la cheminée étaient en bois, tout comme les plinthes du plafond. Les teintes de la pièce étaient aussi plus claires que dans la salle à manger. Quant à la menuiserie, elle était constituée de bois de pin et de cèdre, souvent peinte. Le papier-peint, lui, représente une pièce de soie blanche tendue à l'aide de cordelettes et ornée de petites roses décoratives. Autrefois, le salon était habituellement meublé avec des objets en bois de placage offrant le meilleur effet.

Malgré les difficultés financières de son mari Andrew, et que les épouses de l'époque n'étaient pas supposées travailler, Elizabeth Haig fera part de son intention de créer un institut destiné à l éducation des jeunes filles en juin 1841. On pense qu'elle aurait enseigné ici la broderie, le dessin, la musique, la danse, l'élocution, et même des langues étrangères comme l'italien et le français (langues qu'elle avait apprises à Londres au cours de sa jeunesse).

 

Toujours au rez-de-chaussée, mais un peu en retrait, se trouve la salle du petit-déjeuner (ci-dessous), salle familiale par excellence. Celle pièce était située côté Est afin de profiter de la lumière matinale. Espace non officiel, la famille y prenait ses repas et y vivait une partie de la journée. On retrouve souvent cette séparation entre « pièces publiques » et « pièces privées » dans les demeures géorgiennes. Et les pièces réservées à la famille de disposer d'une décoration plus sobre, comme des ornements de cheminées simplifiés par exemple. De même, le plancher des pièces officielles est fait en bois de kauri de Nouvelle-Zélande tandis que les pièces privées se contentaient d'un parquet en pin de Baltique.


 

En face de cette salle, on pénètre dans la chambre d'amis (ci-dessous). Celle-ci pouvait occasionnellement abriter des visiteurs d'affaires pour la nuit. Y trône un lit à baldaquin et d'épais rideaux à la fenêtre. J'y remarque également une boite à chapeau (deuxième photo).

 

L'étage de la villa offre deux salles d'exposition depuis le déplacement des murs en 1946, lorsque la maison fut occupée par le service de santé publique de la ville destiné à héberger les femmes souffrant de tuberculose. La plus petite salle semble quant à elle avoir jadis servi de pouponnière, et des repères sur le sol permettent d'ailleurs d'imaginer l'aménagement de l'époque et la délimitation des pièces. A noter que ces pièces donnent lieu à des expositions temporaires, donc renouvelées régulièrement, à partir du fond de collection d'objets de la demeure.

Une autre jolie pièce, toujours à l'étage, consiste en une chambre en bois de Huon (ci-dessous), orientée nord-est. Ses meubles sont ici faits en bois de Tasmanie, le pin Huon, bois découvert en 1804 sur les bords de la rivière Huon, qui fut rapidement utilisé pour la construction des navires, puis, plus tard, la fabrication de meubles. Le Capitaine Haig appréciait notamment ce matériau pour sa résistance, alors que les fabricants de meubles, eux, affectionnaient son grain décoratif.


 

Narryna fut longtemps une maison familiale, avec beaucoup d'enfants, d'où la présence d'une pouponnière (en photo ci-dessous). Andrew Haig et sa femme avaient sept enfants (un garçon et six filles) et Madame Haig préférait confier la garde de ses enfants à des gouvernantes libres plutôt qu'à des détenues. Sarah Benson Walker, l'épouse de l'homme d'affaires George Washington Quaker, donnera naissance à leur huitième enfant alors qu'ils vivaient ici en 1852-54. Et tous ces petits de jouir d'une excellente santé dans cette grande villa, un environnement sain exposé à l'air de la mer.

Endroit remarquable situé en haut des escaliers, un vestiaire transformé depuis en bureau, et surplombant les alentours. Cette petite pièce était reliée à la chambre des domestiques et était très lumineuse. Et les domestiques étaient autorisés à y puiser l'eau chaude pour leur toilette. Le capitaine Haig avait préalablement transformé l'endroit en petit bureau (deuxième photo), jusqu'à ce qu'on y aménage une salle de bain en 1905. Aujourd'hui, on a redonné à la pièce sa fonction originelle. Au même endroit, mais à l'étage au-dessus, se trouve une petite pièce appelée nid de corbeau. Interdite d'accès, elle est aujourd'hui destinée à l'archivage de documents mais faisait jadis office de balcon donnant sur le port avec une magnifique vue sur les environs et la crique de Sullivan. Elle servit également de salle de bain en 1905.


 

Juste à côté du bureau du Capitaine Andrew Haig, se trouve, dans une aile à part, la chambre des domestiques (ci-dessous). Cette chambre est située juste au-dessus de la cuisine, de façon à ce qu'en cas d'incendie, les domestiques alertent leurs maitres. Le cuisinier bénéficiait quant à lui d'une petite chambre à part. Du temps des Haig, huit femmes logeaient à cet endroit, des domestiques détenues parfois insolentes qu'il convenait alors de punir. L'une d'entre elles, Grace Heinbury, s'enfuira de la maison en 1839, ce qui donnera alors lieu à une enquête portant sur le traitement de ces femmes détenues par les familles qui les accueillaient. Les domestiques « libres » remplaceront les détenues à partir de 1854 à Narryna, mais ce n'est pas pour autant que leurs conditions de travail s'en trouveront améliorées.

 

Retour au rez-de-chaussée avec la cuisine (ci-dessous), située dans une aile à part et ce, pour des raisons de sécurité. En effet, il arrivait parfois que le feu se déclare et embrase la maison, d'où ces précautions. Le poêle en fonte, alimenté au charbon, date de 1858. Quant à l'arrière-cuisine, devenue aujourd'hui un bureau, elle était utilisée pour faire la vaisselle et procéder au nettoyage des ustensiles.

La cour (deuxième photo) au sol pavé était vaste et profitait de l'ensoleillement et de la chaleur de son orientation nord. Autrefois, un petit office ainsi qu'une buanderie y avaient été installés. En 1905, on y trouvera même des toilettes localisées entre cette cour et l'arrière-cuisine. Une vaste buanderie y prendra aussi place lorsque Narryna fera office de pension de famille, entre 1926 et 1946.

Ma visite se termine avec la maison du cocher (troisième photo) et les écuries. Ces dernières, en cours de restauration n'offrent aucun intérêt, mais montrent toutefois l'importance de disposer d'un endroit attenant à la maison pour y abriter ses chevaux. Pourrait-on aujourd'hui concevoir une maison sans garage ?


 

INFOS PRATIQUES :

  • Maison-Musée Narryna, 103 Hampden Road, Hobart. Tél:03 6234 2791. Ouverte du mardi au samedi de 10h00 à 16h30 et le dimanche de 12h00 à 16h30. Entrée : 10 AUD$. Un billet commun à ce musée et au musée Markree House est aussi disponible sur place au prix de 16AUD$. Prise de photos autorisée mais sans flash. Vous serez accueilli par la sympathique guide Phillipa qui vous invitera à découvrir la demeure, mais les visites libres sont aussi possibles. Plusieurs guides papier sont disponibles dans le hall d'entrée, ainsi que des plaquettes d'information dans chacune des pièces. Site internet : http://www.tmag.tas.gov.au/narryna

 






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