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Exposition "Gaspésie, le Grand Voyage!" (Musée de la Gaspésie, Gaspé, Gaspésie, Québec, Canada)
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Vendredi 1er juin 2018

 

Pour les Micmacs, Gaspésie signifie la fin des terres, un « bout du monde » aujourd'hui facilement accessible y compris pour les touristes comme moi. Plusieurs Québécois m'avaient dit que j'aimerais cette partie du Québec et ils ne s'étaient pas trompés. Terre de promesses, celle-ci offre sa nature sauvage et grandiose, et suscite le dépaysement. Les Européens y débarquèrent jadis en quête de richesses et beaucoup d'entre eux s'y établirent définitivement. L'exposition «Gaspésie, le Grand Voyage » du Musée de la Gaspésie de Gaspé, m'offre un tour complet de cette belle région unique en son genre, et me permet d'avoir un regard parallèle à ce que j'ai pu voir ces deux dernières semaines en sillonnant la route 132, voire de compléter mes connaissances.

Dans le secteur d'Avignon, là où la baie des Chaleurs s'échoue entre les montagnes, se succèdent pointes, baies agrémentées de plages de sable et caps peu pro-imminents. A côté de cela, on observe plusieurs barachois (lagunes tirant leur nom de « barre (de sable) à choir (bonne pour s'échouer) »), des lieux privilégiés pour observer les oiseaux marins. L'intérieur des terres, lui, est composé de collines arrondies et de vastes plateaux creusés de vallées étroites et profondes. Quant au Mont Saint-Joseph qui culmine à 555 mètres et qui fut jadis le lieu de célébration de la fête annuelle du soleil pour les Micmacs, offre une vue panoramique magnifique (ci-dessous). La même région abrite quatre belles rivières à saumon, la Matapédia, la Patapédia, la Ristigouche et la Nouvelle, tandis que le parc de Miguasha protège un site fossilifère vieux de 370 millions d'années.

C'est le 9 juillet 1534 que Jacques Cartier rencontre pour la première fois les autochtones Micmacs sur le banc de Carleton. Occupant ce territoire de longue date, ces Amérindiens vivent aujourd'hui dans les réserves de Gespapegiag (près de Maria) et de Listuguj (près de Restigouche). Ils cohabiteront aisément tant avec les colons qu'avec les Acadiens qui trouveront refuge dans le coin durant la Déportation anglaise de 1755. Bonaventure sera fondée après la bataille de la Ristigouche, cinq ans plus tard, puis Tracadièche (désormais Carleton). Et les deux populations micmaque et acadienne d'être actuellement à l'origine du peuplement de la région d'Avignon.


 

Bonaventure profite d'un climat tempéré et de terres fertiles tandis que son littoral offre des falaises d'ocre rouge et des barachois, plans d'eau salée ou saumâtre isolés de la mer. Sa population est issue de plusieurs vagues d’occupation. Les Micmacs en furent les premiers occupants puis les Acadiens s'y réfugient dès 1760, avant que les Anglo-Normands n'y débarquent six ans plus tard pour y fonder des entreprises jersiaises et guernesiaises. Les Loyalistes américains s'y implantent également à partir de 1784 et fondent Carlisle et New Richmond dans les environs. Et des pêcheurs canadiens-français d'y poser leurs valises dès la fin du 18è siècle pour occuper durablement les lieux de pêche, alors qu'au siècle suivant, Anglais, Irlandais et Ecossais s'installeront surtout à New Richmond, à Saint-Jules et à Cascapédia. Aujourd'hui, la population de cette côte se trouve être majoritairement francophone.


 

L'exposition revient sur l'épopée du navigateur Jacques Cartier, premier explorateur à avoir atteint les eaux de la Gaspésie, après avoir préalablement réalisé des voyages au Brésil et à Terre-Neuve. Mandaté en 1534 par le roi de France François 1er, il quitte Saint-Malo le 20 avril avec deux navires pour atteindre la baie des Chaleurs le 4 juillet de la même année. Et de planter une croix aux armoiries de la France à Gaspé vingt jours plus tard, prenant ainsi officiellement possession du territoire. A cette époque, les pêcheurs de morue français et basques étaient déjà fort nombreux, mais Basques, Bretons et Normands viendront encore plus nombreux dans la région après la visite de Jacques Cartier, pour y pêcher la morue et y chasser la baleine. Sous le Régime français, la Gaspésie sera ainsi la troisième région la plus peuplée de la Nouvelle-France, précisément grâce à l'installation permanente d'établissements de pêche.

Peuple de la mer, les Micmacs, dont le nombre, évalué à 6000 jadis, est estimé à 500 actuellement, possédaient un grand territoire s'étendant de l'Atlantique jusqu'au sud de la Gaspésie au 16è siècle. Ils voyageaient en canot et se rassemblaient l'été à l'embouchure des rivières à saumon pour y célébrer fêtes et échanges.

De leur côté, le Rocher Percé et l'Île Bonaventure sont les avancées ultimes de la péninsule gaspésienne vers l'est, et d'excellents points d'observation puisque, de cet endroit, on peut distinguer la baie des Chaleurs et le golfe de Saint-Laurent. Je l'ai vu lors de ma visite sur place, le pic de l'Aurore, le rocher Percé, la Table à Roland et l'Île Bonaventure avec ses colonies d'oiseaux marins (ci-dessous) témoignent d'une géographie accidentée et spectaculaire. A cet endroit, la plaine côtière, propice à l'agriculture, est formée de vallées, de terrasses entrecoupées d'anses, de caps et de falaises. Et les cours d'eau Grande-Rivière, Grand-Pabos et Port-Daniel de drainer trois grands bassins hydrographiques. Historiquement, ce territoire fut fréquenté par les Micmacs, et la baie de Port-Daniel reste le premier lieu gaspésien visité par le grand navigateur français le 4 juillet 1534. Jacques Cartier appellera d'ailleurs cet endroit « conche Saint-Martin ». Dès 1672, plus de 200 pêcheurs originaires de Granville, Saint-Malo, Coutances, Sables-d'Olonne et Bayonne s'y établiront en permanence à la suite de la concession de la seigneurie de Percé attribuée au Français Pierre Denys de la Ronde. Pendant la Guerre de Conquête, en 1758, l'établissement de pêche de Percé sera détruit par les Anglais, avant de voir débarquer pêcheurs anglais, irlandais, écossais, jersiais et guernesiais un peu plus tard. De nos jours, Percé et ses environs immédiats sont devenus un lieu de villégiature convoité grâce à la beauté de ses paysages.

 

Un petit tour du côté de la baie du Grand Pabos, bassin naturel facilitant les activités, nous rappelle l'histoire de la seigneurie des Lefebvre de Bellefeuille : c'est en effet en 1729 que le Français Pierre Lefebvre de Bellefeuille et sa famille en feront l'acquisition et s'y installent. Normands et Bretons les rejoindront ensuite, sans doute attirés par les bonnes conditions de vie (le taux de mortalité infantile y sera plus faible qu'ailleurs en Nouvelle-France). A l’arrivée des troupes anglaises du général Wolfe en 1758, l'endroit comptera 80 maisons et 200 habitants, soit le plus important port de pêche local à l'époque.

 

Le développement du tourisme en Gaspésie sera très lié à l'évolution des moyens de transport et des infrastructures. L'arrivée du chemin de fer, à la fin du 19è siècle, va être extrêmement bénéfique et permettre la venue des premiers visiteurs. L'automobile ne fera qu'amplifier le phénomène avec un nombre croissant d'Américains et de Canadiens découvrant les côtes et les montagnes de la péninsule. La route 6 est achevée dès 1929 et les voyageurs peuvent alors faire le tour de la Gaspésie. L'effet est immédiat : 20 000 à 50 000 touristes débarquent annuellement sur place. Il faudra toutefois attendre la fin de la guerre pour voir apparaître le tourisme de masse, contraignant les Gaspésiens à adapter leurs infrastructures et services. A la fin des années 1990, la Gaspésie accueillait ainsi jusqu'à 580 000 visiteurs chaque année. Et la saison estivale, d'être incontournable pour les Québécois, Américains et Européens qui profitent des beaux jours afin de faire le tour de la Gaspésie.

La Côte de Gaspé offre à elle seule de magnifiques paysages avec le parc national Forillon. On peut y admirer les falaises impressionnantes du cap Bon-Ami (en photo ci-dessous) et caps et anses se profilant entre mer et montagne de Grande-Vallée à Prével. Non loin de là, une profonde échancrure crée l'un des plus beaux havres naturels du monde : la baie de Gaspé, dans laquelle viennent se jeter trois rivières à saumon. C'est le 25 juillet 1534 que Jacques Cartier prendra possession de ce territoire mais des pêcheurs européens y venaient déjà dès la fin du 15è siècle. Pierre Revol, lui, y attirera des Normands en 1752 pour son établissement de pêche. La guerre de la Conquête contraindra les Francophones à se disperser dans la région, tandis que d'anciens soldats anglais issus des troupes du général Wolfe, et des Loyalistes viendront s'installer à Gaspé, tout comme un peu plus tard les Anglo-Normands, puis les Canadiens-français de la Côte Sud à partir des années 1820.

Quant au grand havre naturel de Gaspé, il attire les militaires anglais qui livrent bataille aux Français lors de la guerre de la Conquête. Durant le seconde guerre mondiale, le port de la ville devra être opérationnel afin d'organiser des convois militaires de ravitaillement ou pour abriter la Royal Navy en cas d'invasion allemande en Grande-Bretagne. Et face à la menace des sous-marins allemands, on baptisera bientôt une nouvelle base HMCS Fort Ramsay à Sandy Beach afin de protéger l'entrée de la baie. Ce dispositif sera complété par des batteries côtières installées aux forts Péninsule, Haldimand et Prével, et par un filet anti-sous-marin. Seize navires seront tout de même endommagés ou coulés par les redoutables U-Boot dans le fleuve Saint-Laurent.

 

De Cap-Chat à Rivière-la-Madeleine se profile la Haute-Gaspésie avec une muraille de montagnes de 300 à 600 mètres d'altitude au contrefort des Monts Chic-Chocs, bordant le golfe du Saint-Laurent. Et ce relief escarpé d'offrir un accès limité à la mer, mais des anses se sont toutefois formées à l'embouchure des cours d'eau, qui constituent des sites idéaux pour l'implantation de villages de pêcheurs. Cette partie de la Gaspésie a laissé apparaître les plus anciennes traces d'occupation humaine du nord-est du Canada. Ainsi les Planoens, chasseurs de gibier, s'y seraient-ils installés il y a 8000 ans, soit 2000 ans seulement après le retrait des glaces. Au 16è siècle, des Iroquoiens viendront à leur tour vivre de chasse et de pêche durant l'été. Et dès les années 1820, les Canadiens-français de cette côte Sud de s'installer sur place pour pêcher de manière permanente, notamment à Cap-Chat et à Sainte-Anne-des-Monts. Nous l'avons vu plus haut, les pêcheurs normands, bretons, basques et rochelais exploitent les bancs de morue de la péninsule gaspésienne dès la fin du 15è siècle, tout particulièrement à Percé et à Mont-Louis. Et la morue séchée d'être ensuite écoulée au Québec, aux Antilles, en Amérique du Sud et en Europe. Fin 19è, cette pêche amorce toutefois un déclin suite à l'épuisement de la ressource. On pêche alors le homard, le hareng, puis la crevette nordique et le crabe des neiges. L'industrie forestière et l'agriculture viendront peu à peu relayer la pêche et contribuer à l'activité économique.

 

La Gaspésie révèle également ses secrets de l'intérieur : la chaine des Appalaches formée il y a environ 350 millions d'années surplombe l'ensemble, mais ses premiers contreforts assez bas domine la région comprise entre la rivière Matapédia et la baie de Gaspé. Epine dorsale du massif montagneux, les Chic-Chocs s'élèvent jusqu'à 1268 mètres d'altitude tout en offrant leurs pentes raides entaillées de vallées profondes où coulent plusieurs cours d'eau. Cette partie intérieure de la Gaspésie bénéficie d'une surface limitée pour y implanter villages, routes et activités économiques. Dans les années 1950, la ville de Murdochville sera créée pour l'exploitation de la mine de cuivre locale et attirera cultivateurs, pêcheurs et bûcherons.

L'économie de la Gaspésie repose sur cinq activités principales : la pêche, la forêt, l'agriculture, le tourisme et l'éolien. L'exploitation des ressources naturelles souffre ponctuellement des fluctuations des marchés et de surexploitation, obligeant les entreprises à ralentir leurs activités ou à se diversifier. Et la région de développer de nouvelles activités comme les biotechnologies marines, le tourisme santé/nature et l'énergie éolienne. Cette nouvelle économie touche tous les secteurs, avec la pleine croissance de la pêche, de la mariculture et de la pisciculture. Saint-Elzéar, lui, a lancé un village rural du futur tandis que des croisières internationales sont accueillies sur les côtes gaspésiennes. En plus du vent, le pétrole et le gaz offrent aussi leur potentiel énergétique pour l'avenir. Des formations spécifiques sont mises en œuvre pour répondre aux besoins des entreprises mais encore faut-il trouver suffisamment de main-d'oeuvre...

 

INFOS PRATIQUES :

  • Musée de la Gaspésie, 80, Boulevard Gaspé, à Gaspé. Tél:(418) 368 1534. Entrée pour adulte : 11,25$. Site internet : http://www.museedelagaspesie.ca
  • La revue d'histoire « Gaspésie » est disponible à la boutique du musée ou par abonnement.

  • Un grand merci à l'équipe du musée pour son charmant accueil et son assistance











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