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Osgoode Hall (Toronto, Ontario, Canada)
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Lundi 3 septembre 2018

 

De retour à Toronto (Canada), je m'intéresse cette fois à un édifice emblématique de la ville : Osgoode Hall. Bâti entre 1829 et 1832, ce bâtiment est aujourd'hui le foyer de la Cour d'appel de l'Ontario, de la Cour divisionnaire de l'Ontario et du Barreau du Haut-Canada.

Osgoode Hall est l'un des plus anciens édifices de Toronto et, à l'époque de son inauguration, le bâtiment se trouvait aux limites de la ville. Osgoode Hall doit son nom au premier juge en chef de la province, William Osgoode. C'est aussi dans ce bâtiment que la première école de droit de la province commença son existence. Elle occupera les lieux jusqu'à son déménagement à l'Université York, à la fin des années 1960. Le Barreau fit l'acquisition du terrain en 1828 et lança la construction de Osgoode Hall un an plus tard dans le but de se doter de bureaux et d'une bibliothèque afin de mieux accueillir les étudiants en droit. En observant attentivement l'ancienne façade, on peut distinguer trois parties, deux ailes avancées et une portion centrale en retrait. Osgoode Hall apparaissait alors comme une bâtisse d'exception, qui servait de point de repère pour tout le quartier. On décrivait l'ensemble comme un « splendide pavillon » à cause de l'ampleur de la construction de la propriété et de son opulence dans ce qui était à l'époque un des quartiers les plus pauvres de la ville. La partie centrale de l'édifice se démarque nettement et fut construite en 1833, puis rénovée en 1847, l'année où fut bâtie l'aile ouest. Et dix années plus tard, la portion centrale d'être démolie et remplacée par celle qui existe aujourd’hui. Les seuls changements majeurs de la façade intervinrent en 1837 lors de l'édification de l'aile Est, puis d'une rampe d'accès à la porte principale en 2008. L'ensemble architectural de Osgoode Hall peut être quant à lui qualifié de classique.


 

La visite débute juste après les filtres de sécurité, dans l'atrium, cet espace où se trouve une sculpture de femme portant une enfant. L'endroit est bel et bien un vrai Palais de justice et des juges siègent ici quotidiennement. En effet, Osgoode Hall est le siège des plus hauts tribunaux de l'Ontario. On peut ici et là croiser des avocats portant le costume traditionnel des avocats du Commonwealth britannique, mais aussi, en levant les yeux, admirer les portraits près des salles du fond qui représentent presque tous (à l'exception de celui de la reine Victoria) d'anciens juges en chef de la province. Les juges, eux, portent une écharpe rouge sur leur toge.

La statue de femme avec l'enfant dans les bras fut édifiée à la mémoire des avocats et des étudiants en droit morts durant la Seconde guerre mondiale. Cette sculpture est l'oeuvre de Cleeve Horne et représente l'espoir en l'avenir. L'atrium fut quant à lui inauguré en 1860. Il fut bâti en même temps que les salles d’audience 3 et 4 et que la grande bibliothèque. Sur place, on peut apercevoir une pierre calcaire provenant du nord de la France et très utilisée dans la construction d'édifices comme la Tour de Londres par exemple, et surnommée la pierre de Caen.

La construction d'Osgoode Hall dura presque 200 ans et offre au final une grande finesse architecturale qui témoigne des valeurs sociales associées à l'endroit. Ainsi l'échelle de l'atrium et les matériaux nobles utilisés suggèrent-ils l'importance de la justice.

 

La visite se poursuit aux portes de la grande bibliothèque, au deuxième étage de l'édifice. Ces portes d'entrées sont pour le moins imposantes et leur cadre décoratif monte même jusqu'au plafond. En dessous de ces portes se trouve un curieux mécanisme en métal. Il s'agit là d'une ancienne porte coupe-feu. On pénètre ensuite dans l'élégante salle principale de la grande bibliothèque. Pourquoi grande ? Tout simplement pour distinguer cette bibliothèque-là de l'ancienne qui était située jadis à l'extérieur de l'édifice. La bibliothèque actuelle abrite 100000 volumes, est gérée par le Barreau du Haut-Canada et est à ce jour la plus grande bibliothèque privée de droit au Canada.

La salle principale fut érigée entre 1857 et 1860 par le cabinet d'architectes Cumberland & Storm. Celle-ci mesure 34 mètres de long et douze mètres de large tandis que le plafond s'élève à douze mètres de haut. On peut remarquer la présence de fenêtres de verre gravé avec le monogramme VR (Victoria Regina) et le castor, un symbole du Canada. A l'origine, ce lieu comportait quatre balcons mais deux d'entre eux ont disparu à la fin du 19è siècle. On accède aux deux autres par d'étroits escaliers en colimaçon. Les impressionnantes colonnes corinthiennes qui donnent l'impression de supporter le plafond ne sont que des éléments décoratifs, en bois creux. La sculpture, à l'extrémité est de la salle, est un monument à la mémoire des avocats tués lors de la Première guerre mondiale. Juste à côté se trouve un morceau de roc, cadeau du Inner Temple, l'un des quatre organismes jouant le rôle du Barreau en Angleterre. Ces organismes, qui datent du Moyen-Âge, sont situés en plein centre de Londres (Angleterre). Lors des bombardements aériens de la Seconde guerre mondiale, ils subirent de gros dégâts et le Barreau canadien leva des fonds afin de permettre leur rénovation. Ce morceau de pierre récupéré dans les décombres fut offert en signe de gratitude.

Dans l'autre partie de la bibliothèque se trouve un plancher couvert de liège qui recouvre le plancher d'origine, fait de bois de sapin disposé en chevrons. Au centre de la pièce, on peut admirer une rose des vents faites de bois d'essences différentes. Quant au revêtement actuel du plancher, il fut posé en 1948.

Le foyer, lui, est situé de l'autre côté de la salle et abrite en une cheminée monumentale. A gauche de ce foyer se trouve une porte qui conduit à la Salle américaine, conçue par les architectes Burke & Horwood, en 1895, et ornée de luminaires de cuivre. Quant aux boiseries, elles sont en chêne scié sur quartier. Cette annexe fut à l'origine bâtie pour recevoir la collection de référence de droit américain. Certes, il est inhabituel de trouver ce genre d'ouvrages au Canada mais il faut savoir que lorsque la bibliothèque fut fondée en 1827, il y avait peu de jurisprudence du Haut-Canada. Et la bibliothèque d'acheter surtout des recueils de législation et de jurisprudence britanniques puisque le système juridique ontarien est basé sur le droit de la Grande-Bretagne. Plus tard, la bibliothèque fit aussi l'acquisition de décisions publiées par d'autres pays de common law comme les Etats-Unis.

La grande bibliothèque s'étend sur plusieurs étages et abrite également des bureaux, des ateliers et d'autres pièces remplies d'ouvrages.


 

Pénétrons à présent dans la Grande salle qui fut inaugurée le 7 février 1882. Osgoode Hall était alors l'unique endroit où l'on pouvait étudier pour devenir avocat et la formation de l'étudiant consistait alors à assister à des lectures obligatoires, à subir quelques examens, à assister à quelques cours magistraux facultatifs et à compléter plusieurs années de cléricature dans un cabinet d'avocats. Enfin, la profession d'avocat était réservée aux hommes et la première avocate du Commonwealth britannique, Clara Brett Martin, ne sera admise en tant qu'étudiante qu'en 1893. La grande salle, elle, fut aménagée pour accueillir les séances d'examens et d'autres rassemblements organisés par le Barreau. Sa construction fut inspirée par les grandes salles d'Europe médiévale, d'où cette impression de se trouver dans un château. Transformée au fil des ans, les proportions de ce lieu n'ont toutefois pas changé. La salle subit une cure de rajeunissement en 1938, après avoir été conçue dans le style roman par l'architecte William Storm. On se trouve ainsi face à une architecture massive, des fenêtres aux arches arrondies et des colonnettes aux chapiteaux recherchés. Les travaux de 1938 consisteront à remplacer les lambris d'origine, et à recouvrir les colonnettes de granit rose de plâtre tout comme les chambranles des fenêtres. Une verrière du mur nord de la salle disparaitra également.

Un bas-relief représente le sceau du Barreau tandis que sur la gauche, apparaît Hercule, l'homme à la massue qui personnifie la force du droit. A droite, on reconnaît Justicia, la déesse de la justice, avec le castor assis sur sa colonne. Cet animal, symbole du Canada, représente la persévérance à la tâche. Sous le bas-relief, on peut distinguer un portrait de William Osgoode, premier juge en chef du Haut-Canada entre 1792 et 1794. C'est à lui que l'Ontario doit ses structures juridiques. Les autres portraits figurant sur le mur sont ceux des trésoriers (présidents) du Barreau.

Quant aux dix vitraux de la Grande salle, ils furent réalisés par Christopher Wallis et commandités par des particuliers et des organismes associés au droit. Ils furent installés ici à la fin des années 1980. Il faut savoir que les fenêtres constituent le patrimoine juridique du Canada et qu'une légende expliquant l'histoire de ces vitraux se trouve sous le balcon. La balustrade de ce même balcon affiche les armoiries. De gauche à droite, on peut observer les armoiries de l'Ontario, les armoiries royales puis celles du Canada. Les torches sur trois des murs de la salle furent offertes au Barreau en 1969 par le Middle Temple, une des Inns Courts britanniques. Ces flambeaux ont plus d'un siècle d’existence. En levant la tête, vous apercevrez aussi une horloge suspendue au plafond, inspirée de celle qui se trouve à l'extérieur de la Cour de justice Royale de Londres. Elle fut offerte au Barreau en 1964 par le Lawyers'Club et le Reading Law Club pour remercier Osgoode Hall d'avoir accueilli leurs activités des années durant.


 

Poursuivons ce tour d'horizon par la clôture de Osgoode Hall et ses curieux portillons. Celle-ci fut installée en 1867,cette fameuse année où le Canada vit le jour. Elle fut dessinée par l'architecte William Storm et c'est la Fonderie Saint-Laurent qui se chargea de fabriquer la clôture, en fonte. Certains prétendirent que la clôture avait été érigée afin d'éviter que les vaches du quartier n'aillent pas brouter la belle pelouse...Les portillons, eux, sont inspirés des portillons à chicane courants en Grande-Bretagne. Désormais, ces portillons ne sont plus fonctionnels car leur panneau central a été immobilisée par de l'asphalte. En temps normal, on pénètre dans le compartiment en poussant le battant devant soi et en le repoussant derrière soi une fois à l'intérieur. Une pauvre vache aurait bien été incapable de faire cette manœuvre. De plus, à cette époque, les bovins étaient extrêmement rares à Toronto car la ville était déjà un centre commercial. Alors pourquoi une clôture et des portillons ? Rares aujourd'hui dans nos villes, les clôtures étaient autrefois nombreuses. Et servaient à délimiter les propriétés de l'espace public. La clôture de Osgoode Hall, elle, a toujours existé. Entre 1829 et 1860, elle était construite de planches même si ce type d'entourage tendit à disparaître des ville à partir de 1900 face à la pression exercées afin de rendre les espaces verts plus accessibles. Quant aux portillons....


 

Les jardins de Osgoode Hall ont toujours été envisagés dans l'ensemble de ces six acres de terrain, même si leur conception fut tardive. Le Barreau fut un temps si endetté qu'il envisagea d'abord de louer une partie de la propriété en lots à bâtir. Idée qui fut plus tard abandonnée. Entre 1844 et 1846, Osgoode Hall gagna une nouvelle partie centrale, une aile à l'ouest et un terrain paysagé. A compter de cette date, chaque campagne de construction sera accompagnée d'une intervention horticole. Le premier concepteur des jardins fut l'architecte John Howard, initiateur de High Park et du cimetière Saint-James. Il aurait ainsi été celui qui aurait mis en place les points clés du paysage avec l'allée principale devant l'édifice et la pente terrassée. Le même homme choisit aussi les premières plantes (conifères et arbres caducs). Les jardins prirent leur forme actuelle dès 1862 avec leurs pelouses (Osgoode Hall acheta sa première tondeuse à gazon un an plus tard!), leurs arbres largement dominant dans le paysage et leurs fleurs (introduites à partir de 1885 avec des géraniums et des verveines). Et, jusqu'en 1895, des jardiniers-pigistes d'intervenir régulièrement pour entretenir l'ensemble. Thomas Jones, lui, deviendra le premier jardinier permanent de la propriété en 1895, avant d'être remplacé de nos jours par deux techniciennes en horticulture. Enfin, les jardins de Osgoode Hall servent de refuge à de nombreux animaux : ratons-laveurs, opossums, écureuils, marmottes, renards, chats, souris, rats, tamias, pigeons, moineaux, corneilles, étourneaux, goélands, merles d'Amérique, faucons, pinsons, sittelles, pics, quiscales bronzés, roitelets, oiseaux-mouches et faucons pèlerins. Quelques oiseaux migrateurs (colverts et bécasses d'Amérique..) s'arrêtent également ici lors de leur voyage printanier.


 

INFOS PRATIQUES :

  • Osgoode Hall, 130 Queen Street W, Toronto. Site officiel : http://www.osgoodehall.com/
  • Osgoode Hall est accessible au public durant les heures de bureau, et une visite audio est possible dans un certain nombre de parties de l'édifice. La visite dure une heure environ. A noter que les tribunaux, la grande bibliothèque et la grande salle ne sont accessibles que durant les heures ouvrables, de 8h30 à 17h00 . Pour visiter les salles d'audience et l'aile Est, il est nécessaire de se joindre à une visite guidée organisées en juillet et en août, du lundi au vendredi à 13h15 (seuls les groupes de 10 à 25 personnes ont accès à cette visite le restant de l'année). Enfin, une opération portes ouvertes a lieu chaque fin du mois de mai.

  • Une autorisation préalable est nécessaire pour prendre des photos sur place. Adresser sa demande, une semaine à l'avance, à : coa.e-file@ontario.ca



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