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La Grande Paix de Montréal (Montréal, Province de Québec, Canada)
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Lundi 22 avril 2019

 

En ce lundi de Pâques, c'est à Montréal (Québec) que je me trouve, là même où eut lieu la signature du traité de la Grande Paix, à l'été 1701. Qu'est-ce donc que cette Grande Paix à laquelle ce traité signé donnera toute sa dimension ? Cela faisait plusieurs décennies que des conflits locaux existaient entre les Iroquois (alliés aux Anglais) et les Français (alliés aux autochtones). Cette Grande Paix mettra fin à cette longue brouille, marquant ainsi un tournant radical dans les relations franco-amérindiennes. Deux personnages principaux interviendront lors de ce traité : Louis-Hector de Callière et Kondiaronk, grand chef huron wendat.

Louis-Hector de Callière nait le 12 novembre 1648 à Thorigny-sur-Vire (France). Il est le fils de Madeleine Potier de Courcy et de Jacques de Callières, maréchal de camp et gouverneur de la ville de Cherbourg. Les deux parents sont issus de la noblesse. En 1664, Louis-Hector entame une carrière militaire prometteuse en participant à plusieurs campagnes sous le règne de Louis XIV, et ses exploits lui permettent de devenir rapidement le capitaine d'un régiment. Vingt ans plus tard, il est nommé gouverneur de Montréal et embarque alors pour le Canada. Et notre homme de s'illustrer dès 1685 dans la campagne contre les Tsonnontouans qui font alors partie de la Ligue des cinq nations iroquoises. Quatre ans plus tard, la guerre est déclarée entre la France et l'Angleterre et celle-ci a pour conséquence d'intensifier les raids de part et d'autre de la frontière. De nombreux massacres (dont celui de Lachine) auront lieu durant cette période laissant les Montréalais aux abois. C'est alors que Callière fait ériger des palissades en bois de cèdre et des redoutes autour des seigneuries pour mieux protéger les colons. L'enceinte montréalaise mesurera 2800 mètres et comptera cinq portes et huit fronts défensifs. En 1690, les Anglais planifient l'invasion de la Nouvelle-France, en envoyant William Phips prendre Québec et Fitz-John Winthrop occuper Montréal. La chance sera ce jour-là du côté français puisque les alliés iroquois seront décimés par une épidémie de petite vérole, sans parler des retards dans les livraisons de vivres et de munitions côté anglais, d'où l'annulation in-extrémis de l'expédition. Callière parviendra ainsi à rallier Québec assiégée par les troupes de Phips. Au décès de Frontenac, le même Calière sera nommé gouverneur intérimaire en novembre 1698 avant d'être confirmé à ce poste qu'il occupera de 1699 à 1703. Et son plus grand fait d'armes de demeurer son implication dans la ratification du traité de la Grande Paix de Montréal en 1701 qui déliera la colonie française de la menace iroquoise et lui permettra de consolider son réseau commercial vers les Pays d'En-Haut tout en maintenant sa stratégie d'endiguement face aux colonies de la Nouvelle-Angleterre. Un bien joli combat mené par Callière jusqu'à sa disparition le 26 mai 1703.

Quant à Kondiaronk, lui aussi artisan du fameux traité, en tant que représentant des Hurons, il ne déméritera pas grâce à ses interventions diplomatiques et militaires destinées à défendre les intérêts de sa nation. Les Français lui donnent alors le surnom de « rat », en référence aux nombreuses ruses qu'il utilise pour parvenir à ses fins lors des négociations. Le grand chef connaitra une fin tragique alors qu'il discutait activement avec les différents protagonistes pour mettre un terme à des décennies de conflits entre les Français et leurs alliés autochtones, et les Iroquois. Kondiaronk parviendra finalement à convaincre les Iroquois d'envoyer leurs délégués à Montréal pour négocier un traité de paix à l'été 1701. Mais notre homme sera bientôt affaibli par la fièvre, tout comme plusieurs autres chefs autochtones touchés par une épidémie, et mourra seulement quelques heures après avoir été transporté à l'Hôtel-Dieu de Montréal. Converti au catholicisme par les Jésuites, le grand chef huron aura droit à des funérailles majestueuses organisées par Louis-Hector de Callière en personne, le 3 août 1701 à l'église Notre-Dame, veille de la signature du traité de la Grande Paix.

Les négociations entre Français et autochtones destinées à mettre fin à plus d'un siècle de conflits autour du commerce de la fourrure, seront amorcées dès 1690. Ces pourparlers se déroulent alors sous l'autorité de Frontenac, gouverneur de la Nouvelle-France, puis sous la gouverne de Louis-Hector de Callière. Au final, ce sont plus de 1300 délégués de 39 nations autochtones du nord-est de l'Amérique qui se trouvent à Montréal en août 1701 pour convenir d'une paix générale entre eux et avec les Français. De longues tractations se succèdent pendant une semaine, jusqu'à ce que Kondiaronk prononce un discours décisif en convaincant les factions les plus résistantes de signer un accord. Epuisé par la maladie, le chef huron ne verra malheureusement pas le traité final mais les délibérations qui prendront forme le 4 août 1701, au lendemain de ses funérailles, aboutiront bel et bien à la ratification du traité de la Grande Paix de Montréal. Traité qui enterrera une fois pour toutes la hache de guerre des peuples autochtones. Ces derniers s'en remettront aux Français pour régler leurs divergences et accepteront de partager leurs territoires de chasse. Quant aux Iroquois, ils prendront l'engagement de rendre les captifs, de rester neutres lors des conflits entre la France et l'Angleterre et de ne plus s'opposer à la fondation de Détroit, au cœur des Grands Lacs. En échange, ils bénéficieront d'une liberté de commerce.

Cette Grande Paix freinera finalement l'expansion continentale des colonies britanniques tout en facilitant celle de la Nouvelle-France. Et ce traité de perdurer dans le temps malgré quelques conflits ici et là, tout en permettant de consolider le grand réseau d'alliance déjà existant entre les Français et les Amérindiens, un réseau qui restera en place jusqu'à la conquête de la Nouvelle-France par les Britanniques en 1760.

Pourtant, le souvenir de cette Grande Paix s'estompera au fil des ans, et ce n'est que dans les années 1990 que des recherches et des actions seront menées afin de raviver la mémoire de ce traité. Ainsi le belvédère du Mont-Royal sera t-il renommé en 1997 du nom du chef Kondiaronk et la présence autochtone perpétuée au cœur de l'exposition permanente du Musée Pointe-à-Callière fondé en 1992. Ce musée sera le premier du genre au Québec à commémorer la Grande Paix de Montréal en faisant graver des pictogrammes amérindiens (extraits du traité de 1701) sur l'une des quatre plaques de cuivre apposées à la surface de la Place Royale. En 2001, le tricentenaire du traité aura été l'occasion de marquer le coup à travers une exposition consacrée à la Grande Paix de Montréal, au Musée Pointe-à-Callière, puis en rebaptisant une portion de la Place d'Youville, Place de la Grande Paix de Montréal, à l'endroit même où s'élève aujourd'hui un obélisque en hommage aux fondateurs de Ville-Marie, et emplacement de la signature du célèbre traité. 2014 viendra couronner le tout grâce à l'oeuvre de Nicolas Sollogoub intitulée « 1701. La Grande Paix de Montréal ». Cette œuvre se présente sous la forme d'une belle verrière intégrant seize panneaux et illustrant tout à la fois le lieu de signature du traité et les principaux acteurs qui ont pris part à l'évènement : https://pacmusee.qc.ca/fr/expositions/detail/ici-naquit-montreal/

 

INFOS PRATIQUES :

  • Pointe-à-Callière, Cité d'archéologie et d'histoire de Montréal, 350, Place Royale, à Montréal. Tél : 514 872 9150. Site internet : https://pacmusee.qc.ca/fr/
  • Pour en savoir plus sur Louis-Hector de Callière, procurez-vous l'ouvrage Louis-Hector de Callière. Homme de guerre, homme de paix, à la Boutique du Musée. Il est également possible d'acheter sur place une copie du fameux traité (en photo ci-dessous) pour 5 CAD$.






 



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