Revoir le globe
Top


Insolite Buenos-Aires (3) (Argentine)
20 images disponibles
Heure locale

 

Mardi 21 mars 2017

 

Je poursuis aujourd'hui ma découverte de cette Buenos-Aires insolite avec la fresque de Berni qui est visible aux Galerias Pacifico : Il suffit pour la voir de lever les yeux en direction de la coupole de ces fameuses galeries commerciales donnant sur l'Avenue Florida, un axe bien connu des touristes. Cependant, peu de personnes savent qu'un morceau de cette « chapelle Sixtine commerciale » porte la signature du maitre Antonio Berni, lequel fut sans doute l'un des peintres argentins les plus importants qui représenta une vision moderniste de la peinture au XXème siècle. Il sera en effet demandé, en 1946, à cinq artistes, de décorer les 450 mètres carrés de béton de la coupole centrale de l'édifice des Galeries, qui occupe un pâté de maisons à lui seul et fut bâti pour devenir un centre commercial de référence au niveau mondial. Et Juan Carlos Castagnino, Antonio Berni, Lino Enea Spilimbergo, Manuel Colmeiro et Demetrio Urruchua d'unir ainsi leurs talents pour réaliser un décor d'images inspirées de cultures diverses. Ces créations individuelles parvinrent finalement à s'organiser en une forme de collage désordonné tout en respectant l'identité de chaque artiste malgré l'accumulation d'autant de symboles. Ainsi la fresque de Berni, El Amor o germinacion de la tierra (L'Amour ou la germination de la Terre) représente pour sa part l'union du Ciel et de la Terre. On y voit un couple étendu sur le tronc d'un arbre et représente le monde tangible tandis que derrière cette image réaliste et figurative s 'ouvre un champ onirique et allégorique du monde immatériel. A condition de lever la tête, on pourra admirer les sept personnages de l'oeuvre (quatre représentent le monde matériel, et trois autres le monde spirituel) en entrant par l'Avenue Florida, à droite et au centre de la coupole.


 

L'horloge de la Legislatura constitue l'une des rares horloges monumentales toujours en fonctionnement dans la capitale portégne. Perchée à 97 mètres au dessus du sommet de la tour du Palais législatif de Buenos Aires, une des plus hautes tours de la vieille ville, la grosse horloge possède quatre cadrans de quatre mètres et demi de diamètre chacun. L'édifice fut inauguré en 1931 et son horloge restera pendant une année entière la plus grande horloge du monde. Le carillon de cette horloge reste quant à lui impressionnant puisque fabriqué en Allemagne, et possède une trentaine de cloches pesant quelques 27 tonnes au total (la plus grande ayant pour tonalité sol, et la plus petite, do) ainsi qu'un piano mécanique. La chose est assez surprenante mais la tour (et son horloge) restèrent fermées durant plusieurs années et tombèrent dans un état d'abandon inquiétant jusqu'au début 2013, qui marqua lé début d'une campagne de restauration. Et les visites guidées d'avoir repris depuis. Celles-ci partent de l'escalier (ou de l'ascenseur) de la tour menant à la cabine située derrière le cadran de l'horloge. De là, un autre escalier conduit au clocher. Cette visite guidée inclut aussi l'accès à un autre secret des lieux, à savoir le dressing d'Evita. C'est en effet sous cette tour que Peron et son épouse Evita avaient pris l’habitude de se promener.


 

Il est un passage qui forme une étrange galerie située au rez-de-chaussée d'un édifice centenaire de l'Avenue de Mai et mitoyen du Cabildo, bâtiment qui offre la particularité de posséder son propre accès au métro, fait unique à Buenos Aires. Le passage Roverano porte ainsi le nom de ses fondateurs et propriétaires, les Frères Angel et Pascual, qui furent fils d'immigrants italiens venus faire fortune en Amérique. C'est en 1878 que ces ambitieux commerçants entreprirent de construire un luxueux immeuble de bureaux qui conserve encore aujourd'hui le style de l'époque, avec ses énormes vitraux, ses colonnes de marbre et ses menuiseries d'origine. Juste en face subsiste encore un salon de coiffure remontant à la même époque, et qui compta parmi ses clients il n'y a pas encore si longtemps, le cardinal Jorge Bergoglio, plus connu désormais sous le nom du...Pape François !

Lors du début des travaux d'aménagement de l'Avenue de Mai en 1888, un certain nombre d'édifices durent être détruits ou du moins subir des modifications pour permettre la réalisation du nouveau tracé. Et le passage Roverano d'être affecté par ces travaux. En compensation, le passage se vit octroyé un petit privilège par la ville de Buenos-Aires en 1915, avec l'autorisation de créer un accès direct et exclusif à la toute nouvelle ligne A du métro. C'est ainsi qu'on peut accéder à la station Péru depuis n'importe quel étage en empruntant tout simplement l'ascenseur, sans avoir besoin de sortir dans la rue. Bien que le passage, lui, soit une propriété privée, sa partie commerciale est ouverte au public et tout visiteur pourra ainsi satisfaire sa curiosité à condition d'emprunter le bon couloir menant dans les entrailles de la cité portègne. Terminons sur deux anecdotes : le passage Roverano reçut la visite d'Antoine de Saint-Exupéry au début des années 1930. L'auteur du Petit Prince fréquenta en effet brièvement les couloirs de l'édifice puisqu'il travailla pour la Compagnie aérienne nationale dont le siège se trouvait au deuxième étage. Et Antoine de Saint-Exupéry de passer régulièrement chercher les sacs de courrier qu'il transportait depuis la capitale jusqu'en Patagonie. En 1970, et dans ce même édifice, un autre bureau fut le théâtre d'une rencontre historique entre Ricardo Balbin et un représentant de Peron. Cette rencontre illustra la première confrontation entre radicaux et péronistes pour définir ce qu'on appellera plus tard l'Heure du Peuple (La Hora del Pueblo), une alliance qui mena à l'installation de la dictature militaire qui avait renversé le président Illia.


 

Penchons-nous maintenant sur la Cathédrale métropolitaine et ses pyramides égyptiennes : la chose est incroyable mais on peut trouver celles-ci sur le tympan de la façade de l'édifice religieux. La scène qui y figure illustre en effet les retrouvailles du patriarche hébreu Joseph avec son père Jacob, et ses onze frères, lesquels représentaient les douze tribus d'Israël (ci-dessous en photo). Selon les Saintes Ecritures, l'accolade entre Jacob et Joseph eut lieu à la cour du Pharaon, d'où la présence des pyramides de Gizeh, en référence au pays où se déroula l'évènement. Certains prétendent que l'auteur du bas-relief sculpté en 1863 était un prisonnier qui obtint la grâce à l'issue de son travail, mais c'est en réalité le sculpteur français Joseph Dubourdieu qui fit ce travail, lequel réalisa aussi la statue de la Liberté qui couronne la Pyramide de Mai. Et la réalisation de cette sculpture de coïncider avec l'époque de la bataille de Pavon qui eut lieu en 1861 et qui eut pour effet de réintégrer la Province de Buenos-Aires au reste du pays. On peut ainsi faire le lien entre cette scène de réconciliation et l'image d'union qui est représentée sur le tympan de la cathédrale, face à la Place de Mai. Pour terminer, levons aussi l'ambiguité sur le fait que la Cathédrale métropolitaine de Buenos-Aires serait une copie de l'église de la Madeleine de Paris, tout simplement parce qu'elle partage son style néoclassique. La chose est impossible car la première fut bâtie en 1822 et la seconde, en ...1842.


 

J'ai déjà visité l'actuel Palais de la nation argentine, mais ignorais l'existence de l'ancien, qui se tient rue Balcarce, au numéro 139. Ce bâtiment fut pourtant le siège du premier palais législatif jusqu'à la fin du XIXème siècle. Il ne se situait alors qu'à quelques centaines de mètres de la Casa Rosada. Désormais, cet endroit, qui abrita autrefois les sessions de l'ancien Congrès demeure en partie intact au cœur de l'édifice de l'Administration fédérale des Impôts publics (AFIP), l'équivalent de notre Direction générales des Finances publiques.

L'Académie nationale d'Histoire a reçu pour mission de préserver le patrimoine de l'édifice, bâtiment classé Monument historique national. L'ancien Congrès y fonctionna de 1864 à 1905, avant que l'augmentation du nombre de parlementaires (due à la croissance démographique de l'Argentine lors des dernières décennies du XIXème siècle) ne contraigne l'institution à trouver un nouvel espace. L'endroit fut alors partiellement démoli, à l'exception du salon principal, des galeries et des loges, du péristyle et du portique d'accès. De nos jours, le lieu a retrouvé son décor de l'époque, puisque des meubles originaux ont été rassemblés comme la table des sténographes, les bancs sans pupitre et un grand portrait de Valentin Alsina, membre illustre du Parlement, qui fut installé sur le mur de l'estrade en 1871. Sur place, on peut également admirer manuscrits et documents, ainsi qu'une collection d'images et de journaux des sessions des deux chambres qui retracent les 41 années de présence du Congrès en ces lieux. On pourra ainsi se plonger dans les registres consignant les débats mémorables, et dans celui qui mena à l'approbation de la déclaration de guerre contre le Paraguay ou au vote des lois sur l'immigration, sans oublier les discours des grands hommes politiques de la Nation argentine et même cette phrase prononcée par Sarmiento : Mes poings sont pleins de vérité, qui figure toujours aujourd'hui sur les livres d'histoire.


 

INFOS PRATIQUES :

  • Galerias Pacifico, Avenues Cordoba et Florida, métro Ligne C station Lavalle, ou Ligne B station Florida.
  • Tour de l'horloge de la Legislatura, Peru 160, à Buenos Aires. Visites guidées à réserver au +54 11 43 38 3000, lignes internes 1040/1041, du lundi au vendredi de 10h00 à 18h00.

  • Passge Roverano, Avenue de Mayo 506, à Buenos Aires. Métro Ligne A, station Peru, ligne D, station Catedral ou ligne E, station Bolivar.

  • Pyramides égyptiennes de la Cathédrale métropolitaine (http://catedralprimadabue.wixsite.com/buenosaires

    ), Avenue Rivadavia 437, à Buenos Aires. Métro Ligne A, station Peru, ou Ligne D, station Bolivar.

  • Ancien Congrès de la Nation argentine, Balcarce 139, à Buenos Aires. Métro Ligne A, station Place de Mai, Ligne D, station Catedral, et Ligne E, station Bolivar. Visites du jeudi au vendredi, de 15h00 à 17h00 (entrée gratuite).










 



Retour aux reportages par pays