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De La Portada aux Ruines de Huanchaca (Antofagasta, Province d'Antofagasta, Région d'Antofagasta, Chili)
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Samedi 9 mars 2019

 

Une belle journée s'annonce aujourd'hui pour découvrir deux monuments nationaux : La Portada et les Ruines de Huanchaca.

Le rocher de La Portada se situe à un quinzaine de kilomètres au nord d'Antofagasta, et constitue le sixième lieu de zone sauvage au Chili. L'endroit a été classé comme monument naturel le 5 octobre 1990. Et de représenter un rocher percé ressemblant étrangement à un arc de Triomphe de 40 mètres de haut, 23 de large et 70 de long, résultat d'un bloc de roches sédimentaires marines fossilisées reposant sur « La Negra », une formation géologique datant du Jurassique principalement formée de roches volcaniques et située sur la cordillère littorale du nord chilien. De toute évidence, cette région a déjà vécu un volcanisme sous-marin avec de grosses éruptions explosives, à l'issue desquelles la formation La Negra se constitua au bout d'environ cinq millions d'années.

 

La Portada s'étend sur une superficie de 31 hectares dont les fonds marins se modela lentement au fil de l'érosion marine. La côte, toute proche (en photo ci-dessous) a cependant connu des éboulements ces dernières années qui provoquèrent l'effondrement de la passerelle descendant sur la plage. Seul un mirador permet désormais de profiter pleinement du panorama exceptionnel de l'endroit. C'est en avril 2010 que cette zone sauvage fut intégrée au parc national Morro Moreno qui se déploie sur une superficie de 7314 hectares, au sud de Mejillones. Cet environnement abrite près de 90 espèces de plantes sauvages, dont certaines sont endémiques. Côté faune, on y rencontre renards, lions de mer et beaucoup d'oiseaux marins, y compris dans les alentours immédiats de La Portada. Pas de chance ce matin, car je n'observerai que quelques pélicans (deuxième photo) perchés sur un rocher. Point de pingouins de Humbolt, de faucons pèlerin, de dauphins ou de lions de mer... et je ne trouverai aussi que quelques panneaux n'offrant qu'une succincte information sur ce monument naturel.


 

Nous rebroussons bientôt chemin pour nous rendre au sud d'Antofagasta, pour observer les ruines de Huanchaca (ci-dessous), qui ne se trouvent qu'à quelques kilomètres du centre-ville. Ces ruines sont les fondations de « l'usine de Playa Blanca » qui fut autrefois construite par la compagnie Huanchaca de Bolivie (fruit d'une alliance chileno-bolivienne avec quelques actionnaires anglo-saxons) pour exploiter au maximum les minerais extraits des collines de Pulacayo (Bolivie). La construction de cette usine débutera en 1888 et durera quatre années. Une fois en service, elle fournira des lingots d'argent, dont le premier, d'un poids de 17kg, sortira des fours le 26 février 1893. Et l'exploitation du site de ne durer qu'une dizaine d'années, jusqu'en 1902, compte tenu de l'augmentation des couts de production et de la chute des cours de l'argent à cette époque. Les terrains seront alors livrés à l'abandon jusqu'en 1964, et recevront bientôt l'appellation de « ruines de Huanchaca ». L'endroit finira par être classé comme monument historique national en 1974.

Là encore, seul un panneau d'information nous fournira quelques détails sur ces vestiges du passé : j'y apprendrai que la Compagnie Huanchaca de Bolivia sera l'une des entreprises minières les plus prospères en matière d'extraction d'argent en Amérique du Sud. Il semble que l'usine dont il ne reste désormais que les ruines ait largement contribué au développement d'Antofagasta grâce à la production de lingots d'argent sortant alors des fours.Mille personnes (sur les 1200 salariés de l'entreprise) contribuaient à leur production. Les machines de transformation du minerai, elles, avaient été importées depuis les Etats-Unis, traitaient 200 tonnes de matériaux chaque jour, et permetaient de produire 3,85 tonnes d'argent pur par mois. La salle dans laquelle étaient regroupées ces machines est depuis devenue la chapelle militaire de N.D du Carmen (depuis 1942). Quant au minerai, il provenait de Pulacayo, à plus de 500 km d'ici. Sur place, on travaillait en trois-huit, une innovation pour l'époque, et les travailleurs vivaient dans le seul campement alors existant à Antofagasta, avec toutes les facilités de l'époque (école, pompiers, boulangerie, pharmacie...)

En ce qui concerne l'architecture du site, la grande masse de ruines correspond aux bureaux et au secteur administratif de la société. Un four (qui ressemble à une tour de château) se dresse encore, à côté des escaliers.

 

Juste en redescendant la rampe qui mène aux ruines, j'aperçois des fleurs de nénuphars séchées. Il ne s'agit en fait que d'un effet d'optique puisque je me trouve face à la sculpture « Out of Sync » (ci-dessous), une reproduction de 10000 narcisses en fer et en pierre. Une œuvre de Fernando Casasempre, conçue et exposée à Londres lors des J.O de 2012.

Notre visite se poursuit au Musée du Désert d'Atacama. Un musée bizarrement conçu puisqu'on peut le visiter sans s'acquitter du droit d'entrée, les salles étant accessibles depuis l'accès situé près de la cafétéria (à l'opposé de la réception). De plus, une seule employée se voit confier la vente des tickets, la mise en place des installations et la surveillance des deux entrées de l'établissement. Ubuesque !

Un bracelet en papier nous sera fourni, qui témoignera du paiement du droit d'entrée lors de notre visite. Le désert d'Atacama, gigantesque écosystème aux conditions climatiques extrêmes, ressemblait à un milieu hostile pour ces hommes qui exploitèrent le salpêtre. Même les peuplades d'origine ne s'aventuraient pas à l'intérieur des terres, tant le sol était aride. La Pampa du Tamarugal n'abritait que peu d'habitants, tout comme cette partie sud du désert alors surnommée « désert vide d'Atacama ». La découverte du salpêtre, plus au nord, puis l'exploitation des gisements, bouleversera du tout au tout la géographie de l'endroit, plus particulièrement entre la Quebrada de Tiliviche et Taltal. Et le désert d'Atacama de se transformer en un immense chantier social, culturel et territorial qui marquera le pays aux 19è et 20è siècles. Le « caliche » (le sel, en langue inca), aggloméré minéral d'où l'on extrayait le salpêtre ou « l'or blanc », formait les plus grands gisements de nitrate naturel au monde. Très vite, la pénurie de main d'oeuvre se fera sentir dans cette Pampa inhospitalière, malgré la venue de milliers d'immigrés attirés par un futur meilleur. Pour que ce rêve devienne réalité, tout le monde devait mettre la pain à la pâte, y compris les enfants qui se retrouvèrent souvent confrontés très jeunes à la dureté du travail.


 

Cinq salles (dont une de projection) composent le musée. Et les vitrines d'expliquer dans le détail la formation de ce désert si singulier, depuis les falaises côtières jusqu'aux sommets volcaniques. L'histoire ainsi relatée dans les deux premières salles d'exposition remonte à plus d'un milliard d'années, à l'époque où l'espace était occupé par des mers, des forêts, des lacs et des rivières. Y vivaient alors des organismes que nous ne connaitrons jamais. Le nord chilien renferme par ailleurs une grande quantité de ressources minières dont le cuivre (33% de réserves mondiales), mais cette concentration de richesses est, d'après les scientifiques, une anomalie planétaire. La région est en effet sous la domination d'un bord continental actif, à savoir sous l'influence de deux plaques tectoniques. L'une d'entre elles, la plaque Nazca, se déplace vers l'est à raison de 9,5 cm par an, et la plaque Sud-américaine, de se déplacer vers l'ouest, de 7 cm chaque année. C'est la progression de ces plaques qui créa la cordillère des Andes, en donnant aussi naissance à l'activité volcanique, aux gisements minéraux et aux séismes et tsunamis associés.

L'une des particularités du désert d'Atacama reste la présence de dépôts salins nés de l'apparition de gigantesques quantités de sels d'époques et d'origines différentes, un phénomène du à l'activité volcanique, aux roches et aux sols, aux eaux de surface et souterraines et aux brouillards. Malgré les dures conditions climatiques, la vie a trouvé sa place dans ce désert : la pré-cordillère et l'altiplano abritent ainsi des plantes et des animaux adaptés au climat local et l'on retrouve par ailleurs des micro-organismes adaptés à l'extrême sécheresse qui règne ici, un cas unique au monde.

L'homme qui apparu ici il y a plus de 5000 ans, a su s'adapter aux rudes conditions de vie, en étant tantôt sédentaire (dans les oasis et les vallées côtières) et tantôt nomade (en haute altitude), avec cependant un point commun : la mine. La troisième salle explique justement l'histoire de ces êtres humains du désert, et l'ingéniosité qu'ils déployèrent pour survivre. Le travail de la mine occupait déjà les premiers hommes entre 12000 et 10000 ans avant JC, à Taltal (Région d'Antofagasta) qui abrite la plus ancienne mine du continent. La période pré-hispanique sera de son côté marquée par la culture Chinchorro (entre 5000 et 1700 ans avant JC), des pêcheurs installés sur le littoral du désert d'Atacama entre Ilo (Pérou) et Antofagasta (Chili), remarquables notamment pour leurs rites funéraires (momification artificielle des défunts). Plus tard, d'autres ethnies, dont les Atacamènes, les Changos, les Coles, les Lupacas et les Uros, occuperont la région jusqu'à la domination des Incas.

Le désert d'Atacama ressemble également et sous certains aspects à la planète Mars. C'est pour cette raison qu'en 1997, la NASA mit au point son prototype de véhicule « Nomad » (ci-dessous) destiné à la conquête de la planète rouge, mu à l'énergie solaire et pesant 600 kg. L'engin sera expérimenté dans les conditions extrêmes du fameux désert.

 

Dernier aspect remarquable du désert d'Atacama, la pureté de son ciel, qui fait de ce lieu une fenêtre ouverte sur l'univers. Plusieurs centres d'observation ont choisi le Chili pour installer leurs télescopes : inauguré en mars 2013, ALMA reste sans doute le plus grand défi scientifique et technologique de l'astronomie grâce à son télescope géant qui est capable de détecter les radiations millimétriques et sous-millimétriques avec une précision sans précédent, et qui peut ainsi remonter jusqu'à la naissance des étoiles et des planètes ainsi qu'à l'origine des galaxies qui se sont formées dans l'univers. L'observatoire européen austral, lui, est présent au Chili depuis 1964 et utilise actuellement le plus avancé au monde des gros télescopes optiques terrestres. Sans la pureté et l'extrême clarté du ciel nord-chilien, rien ne serait possible. Les conditions exceptionnelles d'observation offertes dans le désert d'Atacama reposent sur plusieurs facteurs : une altitude de plus de 2000 mètres, une moindre épaisseur d'atmosphère au-dessus du télescope, une localisation au-dessus des nuages, un pourcentage élevé de nuits claires, une stabilité, une infime quantité de vapeur d'eau et très peu de vent.


 

INFOS PRATIQUES :

  • Rocher de La Portada, à Antofagasta : Depuis la ruta 1, en venant d'Antofagasta, suivre les indications routières (route B-446 vers Juan Lopez). L'endroit est accessible toute l'année, gratuitement. Un centre d'interprétation est ouvert le week end de 10h30 à 13h30 et de 14h30 à 17h30. Entrée gratuite. Tél:+569 7997 5210. Contact de Felipe Gonzalez (coordinateur): 962074815
  • Une cafétéria « La Portada » ouvre occasionnellement (pas d'horaires d'ouverture sur la porte).

  • Parc culturel de Huanchaca, Avenida Angamos 01606, à Antofagasta. Tél : 55 2 417 860 et 55 2 417 862. Accès gratuit aux ruines mais interdiction d'escalader le monument. Site internet : http://www.ruinasdehuanchaca.cl . Cafétéria. Le musée est ouvert du mardi au dimanche de 10h00 à 13h00 et de 14h30 à 19h00. Entrée adulte : 2000 pesos. Un film sur l'histoire du gisement minier et de son exploitation (durée : 20 mn) est projeté en salle 4 à 10h, 11h, 12h, 15h, 16h, 17h et 18h, du mardi au dimanche.

 



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