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Le Quartier de Santa Teresa (Rio de Janeiro,Brésil)
Heure locale

 

Mercredi 5 septembre 2012

 

Equipé de chaussures de marche et d'un sac à dos, me voici reparti sur les traces du passé. Aujourd'hui, je pars à la découverte du quartier de Santa Tesesa à Rio de Janeiro. Celui-ci trouve ses origines dans la construction d'un couvent au XVIII ème siècle sur les hauteurs de la ville: En 1750, les sœurs Jacinta et Francisca Rodriguez Ayres obtinrent l'autorisation du gouvernement colonial de Rio de Janeiro pour construire un couvent à partir d'une chacara (bâtisse rurale brésilienne traditionnelle ressemblant à une ferme, souvent entourée d'un jardin, verger et de quelques animaux). Cette construction (photo ci-dessous) prit place sur le Morro do desterro (la colline de l'exil) et fut dédiée à Sainte Thérèse d'Avila. Depuis, l'endroit a bien changé et le quartier s'est étoffé, tout en conservant son authenticité avec ses rues parcourues par les lignes de l'ancien tramway ainsi que ses ruelles pavées et tortueuses. Même si la vie semble s'être arrêtée aujourd'hui, le quartier de Santa Teresa servit de refuge à de nombreux cariocas (natifs de Rio de Janeiro) dans la seconde moitié du XIX ème siècle. A cette époque, une épidémie de choléra se déclara et occasionna la mort de quelques 200 000 cariocas. De part son éloignement, ce quartier servit de refuge à de nombreux habitants, contribuant à son développement.


 

C'est à cette époque que l'on construisit un tramway( ci-dessous). Le Bonde elétrico entra en service en 1872 et s'inscrivit durablement dans l'identité de Santa Teresa, jusqu'à ce déraillement dramatique d'août 2011 qui mit un terme à son exploitation. Un homme, Thomas Cochrane, fut au départ à l'origine de ce projet:Il obtint en 1856, avec un autre conseiller, Candido Batista d'Oliveira,deux premières concessions du gouvernement impérial. Ainsi fut créée la Compagnie de Carris de Ferro do Jardim Botanico. Les voitures circulaient sur des rails et étaient tirées par des mulets (ci-dessous). L'adoption par Rio de Janeiro de ce nouveau type de transport, lui donna le nom de »Cow of donkey » ( à cause de la traction animale) et »Tortoise »(à cause de la forme du toit des voitures. On éprouvait à l'époque beaucoup de difficultés à utiliser les pièces de monnaie nécessaires au paiement des courses (un nombre trop limité de pièces circulant alors en ville) et on dut se résoudre à faire imprimer aux Etats Unis des tickets qui furent vendus par cinq et se révélèrent plus pratiques. Puis, la traction électrique se substitua à la traction animale en 1892 (deuxième photo). En 1905, la Light & Power, une compagnie canadienne, décrocha le monopole de la fourniture électrique, comptant ainsi mettre progressivement la main sur tout le transport carioca. Durant quatre décennies, les tractions animale et électrique coexistèrent (jusqu'en 1928, date de la disparition des mulets!).Le réseau date de 1875 et est l'un des plus anciens tramways du monde. Au départ, on compta jusqu'à neuf types de tramways différents, chacun possédant un nom qui lui était propre, puis l'arrivée du réseau urbain donna naissance au passage de deux lignes électrifiées dans le quartier Santa Teresa, et à partir de 1896: La ligne 1 qui reliait Largo de Carioca à Morro dois Irmaos, sur une longueur de 6 kilomètres, empruntant notamment l'Aqueduc de Carioca (Arches de Lapa, en photo ci-dessous), haut de 45 mètres. La ligne 2, elle, d'une longueur de 3,7 kilomètres, partait de Largo de Carioca pour se rendre à Paula Matos, suivant le trajet de la première ligne sur les deux tiers de son parcours. Le Bondinho, affectueusement surnommé petit tram, disposait d'un nombre de places limité et permettait, après avoir franchi l'aqueduc de pénétrer dans les méandres de Santa Teresa mais était ,depuis 2008, au centre d'une controverse: La Ville de Rio souhaitait moderniser le tram et préconisait sa privatisation tandis qu'une association d'habitants, Les Amis de Santa Teresa, préférait conserver le tram en l'état, arguant que celui-ci faisait partie du cachet touristique du quartier. Or, en août 2011, le déraillement d'une voiture occasionna la mort de cinq passagers et fit 27 autres blessés. On prit alors la décision d'arrêter l'exploitation du tram. Un projet évoque sa réouverture lors de la tenue de la Coupe mondiale de Football à Rio de Janeiro dans deux ans. A suivre...Désormais, des autobus parcourent le quartier pour se substituer au tram. En attendant, je vous encourage à vous rendre au Musée du Tram qui se tient au Centre culturel municipal Laurinda Santos Lobo. Vous y rencontrerez certainement Leonardo (en photo à mes côtés ci-dessous), qui vous fera découvrir l'endroit.


 

Ce centre culturel fut créé en 1979 à l'initiative d'habitants du quartier, dans une maison (photo ci-dessous) ayant appartenu à la baronne Laurinda Santos Lobo et au Général Pinheiro Machado, l'un des hommes politiques brésiliens les plus influents en ce début du XX ème siècle. L'endroit permet d'admirer les azulejos qui figurent sur la façade de la demeure (deuxième photo). A l'intérieur, plusieurs salles accueillent des expositions qui sont renouvelées périodiquement. L'espace Roberto Moriconi est entièrement consacré à l'histoire du tramway et permet de découvrir de nombreux objets dédiés à ce moyen de transport. On peut aussi observer d'anciens uniformes de préposés et plusieurs maquettes de tramways ayant circulé à différents époques. De grands panneaux y relatent également l'histoire du tram, en portugais et en anglais. De la fenêtre, je peux apercevoir le château espagnol de Valentin, construction connue ici depuis trois générations (troisième photo).


 

Les rues de Santa Teresa sont bordées d'anciennes maisons, toutes plus belles les unes que les autres, parfois construites sur le modèle français. A deux pas du centre culturel, voici une maison de maitre féodal (ci-dessous) actuellement en cours de rénovation et située au 313 de la rue Monte Alergre, qui a gardé tout le cachet d'antan. Une peinture murale, rue Almirante Alexandrino (deuxième photo) donne une beauté particulière au quartier. Rue Murtinho Nobre, je tombe en arrêt devant une riche maison noyée dans la verdure (troisième photo) située à deux pas de Parque Das Ruinas. Le quartier de Santa Teresa fut longtemps habité par la classe supérieure de l'époque, et constitua l'une des premières extensions de la ville de Rio. Puis, des artistes y établirent leurs ateliers (ateliers fermés au public en temps normal mais ponctuellement ouverts quelques jours par an) parmi lesquels on trouve de grands noms de l'art brésilien, bientôt rejoints par des intellectuels,, ce qui fait aujourd'hui de ce lieu le « petit Montmatre » de Rio de Janeiro.


 

Le quartier Santa Teresa possède aussi des largos, des carrefours où l'on se croise et où règne une intense activité, comme le Largo do Curvelo en photo ci-dessous, d'où je peux admirer la baie de Guanabara (deuxième photo) avant de me rendre au Parque Das Ruinas. Cet endroit, situé juste à côté du Musée Chacara do Ceu, est constitué d'une grande maison de la Belle époque, dont les ruines ont été restaurées de telle façon qu'un espace ouvert accueille le promeneur de passage. Il forme ainsi un centre culturel où je croise un photographe affairé à la réalisation de clichés sur la décoration intérieure. Un café en terrasse permet de faire une pause salutaire après avoir grimpé jusqu'à ce lieu. Je peux savourer une pâtisserie à la noix de coco devant un bon café brésilien tout en admirant la vue panoramique qui s'offre à nous avec au loin le fameux Pain de Sucre. L'endroit, légèrement venteux et ombragé, offre une programmation culturelle variée et renouvelée. Une simple passerelle à franchir et me voilà au Musée Chacara do Ceu ( troisième photo ci-dessous).


 

Cette grande et jolie maison de Santa Teresa, connue depuis 1876 comme la Chacara do Ceu, revint en héritage à Castro Maya, en 1936.. La construction actuelle fut conçue par l'architecte Wladimir Alves de Souza, en 1954 et est parfaitement intégrée au jardin attenant. De là, on bénéficie d'une vue panoramique sur la ville de Rio et la baie de Guanabara. De nos jours, le visiteur retrouve la caractère original de la demeure et une reconstitution de certaines pièces lui est même offerte comme cette bibliothèque avec le mobilier d'époque (en photo ci-dessous). Les autres pièces sont consacrées aux expositions temporaires. Castro Maya fut un mécène engagé et moderne mais aussi un collectionneur averti qui rassembla un nombre important d'objets, de 1921 à 1968. Ces œuvres, au nombre de 22000 pièces et livres, appartiennent désormais aux fonds de collections du musée. Brésilien né à Paris, Castro Maya entretenait une relation étroite avec la culture européenne, et tout particulièrement avec la culture française. Il réunira ainsi , entre 1940 et 1960, peintures, dessins, et gravures d'artistes comme Matisse,Picasso, Dali,Seurat ou Miro....

Castro Maya installa ces collections dans la Chacara do Ceu, aux côtés de celles de l'art brésilien (deuxième photo ci-dessous). La collection de « Brasiliana », l'une des plus représentatives, est formée de cartes des XVII et XVIII èmes siècles, de peintures à huile, de gouaches, de dessins et de gravures de voyageurs du XIX ème siècle. On retrouve entre autre les 490 aquarelles et les 61 dessins de Jean Baptiste Debret, œuvres acquises par notre mécène entre 1939 et 1940. Castro Maya s'intéressait aussi beaucoup à l'art populaire. Il réunit des pièces de Mestre Vitalino et d'autres céramistes du Nord-est, qui sont visibles dans une vitrine attenante à la salle de l'art brésilien (ci-dessous, une photo d'une sculpture en céramique polychrome représentant »Enterro no ataude »et réalisée par Mestre Vitalino dans les années cinquante)


 

Je suis conquis par l'accueil qui m'est offert par Madame le curateur du musée, par le personnel du musée ainsi que par Fernanda qui apprend notre langue et à qui je souhaite bon courage. Je serai d'ailleurs très bien accueilli tout au long de ma visite dans ce quartier de Santa Teresa. La gentillesse légendaire des habitants n'a pas fait défaut et je n'ai à aucun moment éprouvé un sentiment d'insécurité. Bien sûr, il faut éviter d'exhiber montre, bijoux et autres objets de valeur. La prise de photos est autorisée dans les centres culturels et dans les musées, même si on vous demande parfois de ne pas utiliser le flash.

Je descends maintenant en direction des escaliers de Selaron. Sur mon chemin, rue Ladeira de Santa Teresa, la descente est rude et je passe devant quelques maisons typiques (ci-dessous) avant de tourner à droite et de me retrouver en haut des escaliers de Selaron.

 

Me voici à la sortie de Santa Teresa, plus exactement dans le quartier de Lapa. Là où se trouvent les arches de Lapa (l'aqueduc carioca) et les escaliers en céramique (ci-dessous). Cet endroit est très animé en fin de semaine et on peut y entendre différentes musiques comme la samba, le forro, la musica popular brasileira. Il suffit de se rendre dans un des nombreux bars sur place. Mais la curiosité du lieu reste sans aucun doute les escaliers de Selaron, un artiste chilien qui émigra au Brésil. En 1990, celui-ci entreprit de réparer les escaliers se trouvant en face de sa maison. On le moqua dans un premier temps au vu des couleurs voyantes (bleu, vert et jaune, les couleurs du drapeau national!) des carrés de faïence collés sur les marches mais on le laissa toutefois poursuivre ce qui était devenu une passion dévorante d'efforts et d'argent, à tel point qu'il dut vendre ses peintures pour pouvoir poursuivre son œuvre. Ces escaliers sont désormais le lien entre les quartiers de Lapa et de Santa Teresa, courant depuis la rue Joaquim Silva (en bas) jusqu'à la rue Manuel Carneiro. Les 250 marches sont couvertes de 2000 carrés de faïence provenant de 60 pays dans le monde. A peine Selaron avait-il achevé une partie de l'escalier qu'il s'attaquait à une autre. »Ce travail ne sera jamais achevé et ce rêve fou et insensé occupera le restant de ma vie » disait-il. L'artiste récupéra d'abord des carreaux de chantiers de construction environnants à Rio, puis des visiteurs venus de tous les horizons lui firent don d'autres carreaux pour compléter sa collection et Selaron lui-même en peignant environ 300 à la main. Né en 1947 à Santiago du Chili, Jorge Selaron entreprit de nombreux voyages, vivant de sa peinture et de ses sculptures dans quelques 50 pays différents. Jusqu'à ce qu'il décide de poser son sac à Rio en 1983. Sa vie fut difficile et il risqua parfois de se retrouver expulsé de son logement. Il ne survécut que grâce à ses peintures et aux dons qui lui étaient faits par les visiteurs de passage. On prétend que depuis 1977, il aurait ainsi vendu ...plus de 25000 toiles, représentant toutes cette africaine enceinte incontournable de son travail d'artiste! C'est sans doute cet artiste que j'ai croisé hier, en bas des escaliers et sans le savoir, la truelle à la main, exécutant pour la énième fois le même geste pour l'accomplissement d'un travail désormais reconnu dans le monde entier.


 

 

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