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Buenos Aires Mi Amor! (Argentine)
Heure locale

Lundi 17 décembre 2012

 

Je viens d'être déclenché sur Buenos Aires, pour un vol spécial. La seule idée de passer ne serait-ce que quelques heures dans cette ville me réjouit. J'ai déjà fait plusieurs vols là-bas il y a quelques années et le plaisir est à chaque fois renouvelé de se rendre presque au bout du monde. Buenos Aires est la deuxième ville la plus peuplée d'Amérique du sud (après Sao Paulo) et ses habitants sont des Portenos ( les habitants du port), à ne pas confondre avec les Buenos-airiens (les habitants de la province de Buenos Aires). On compte parmi eux une grande majorité d'Espagnols et d'Italiens que je vais croiser au cours de cette balade. Je me mets en route dès mon arrivée sur place, après un long vol de nuit. La fatigue est en partie effacée grâce au temps ensoleillé (c'est l'été ici!) et aux 25° présents. J'emprunte l'autobus pour me déplacer : Nombreux, ceux-ci sont toujours bondés mais passent fréquemment. Il n'en coûte que deux pesos à chaque passager.

Située sur la rive ouest du fleuve Rio de la Plata, la capitale de l'Argentine possède le port le plus important du pays et reste le centre politico-économique du pays tout en demeurant un important centre artistique avec musées, théâtres, bibliothèques et galeries d'art. Les rues de la ville répondent pour la plupart à un plan hippodamien (de l'origine d'Hippodamos, un architecte grec considéré comme l'un des pères de l'urbanisme et dont les plans étaient caractérisés par des rues rectilignes et larges se croisant à angle droit) et de nombreux immeubles remplacent désormais les anciennes maisons coloniales à un étage. Des bus bruyants circulent, traversant une ville qui a conservé un caractère désuet, donnant l'impression de se trouver à Paris dans les années cinquante et qui tient son nom de Notre Dame Sainte Marie du bon vent ( en référence à la Vierge de Cagliari en Sardaigne, la protectrice des navigateurs).


 

Ce fut Juan Diaz de Solis qui fut le premier Européen à accéder au Rio de la Plata en 1516. Attaqué par les Amérindiens, il périra sur place. Vingt ans plus tard, Pedro de Mendoza, militaire et conquistador espagnol, fonde une petite colonie à l'embouchure du fleuve et la baptise Nuestra Senora Santa Maria del Buen Ayre. Les premières fondations de la cité sont situées dans le quartier de San Telmo tout proche du centre ville ( tout proche du parc Lezama). Mais les Indiens ne s'avouent pas vaincus et chassent de leur cantonnement les colons en 1541. Il faudra l'arrivée du colonisateur Juan de Garay pour fonder sur place une nouvelle colonie le 11 juin 1580. Celle-ci sera définitive et servira de base à la capitale actuelle mais, tenaces, les Amérindiens finiront par avoir la peau du conquistador espagnol, lors d'une embuscade au cours d'un voyage entre Buenos Aires et Santa Fé, en 1583. La ville souffrira aussi de nombreuses invasions comme celle d'un corsaire anglais qui tenta de débarquer en 1582 sur l'île Martin Garcia, toute proche. Ou bien celle de l'anglais Thomas Cavendish cinq ans plus tard. Il faudra attendre 1806 pour assister à ce qu'on appela les Invasions britanniques qui eurent d'ailleurs pour origine les guerres napoléoniennes. En ce temps-là, notre pays, rival de l'Angleterre, était allié à l'Espagne. Les Anglais, grands voyageurs, étaient attirés par les richesses de la région et tenteront à plusieurs reprises d'occuper la place. En vain. 1810 sera l'année de l'indépendance pour Buenos Aires alors que l'Espagne est en pleine guerre, à la suite de la chute du vice-roi espagnol local face aux manifestations pacifiques des criollos (Espagnols majoritairement nés en Amérique du sud).


 

J'ai décidé, pour cette courte escale, de vous faire découvrir Buenos Aires à travers de quelques lieux symboliques de la ville. Ainsi la Casa Rosada ( en photo ci-dessus), magnifique bâtiment de couleur rose, est le siège du pouvoir exécutif argentin. Située dans le centre ville face à la Place de Mai, elle héberge le musée du Palais du gouvernement. L'édifice servit d'abord de forteresse royale pour Don Juan Baltasar d'Autriche et fut construite par le gouverneur Fernando Ortiz de Zarate en 1594. La forteresse fut refaite en 1713 et remplacée par une construction plus sobre d'un hectare environ entourée d'un large fossé et avec quatre tours rectangulaires, qui servira de siège aux gouverneurs, puis aux vice-rois avant d’accueillir d'autres gouverneurs indépendants. C'est le président Rivadavia qui ordonnera de supprimer le pont-levis de l'endroit pour le remplacer par un portique de style néo-classique. Le fort sera démoli partiellement vers 1850 pour construire à la place le bâtiment des douanes qui ne conservera de l'ancienne bâtisse qu'un arc et des constructions datant de la vice-royauté à l'intérieur de l'enceinte démolie. L'endroit fut peint en rose sous la présidence de Domingo Faustino Sarmiento, mais la couleur variera selon l'époque, du rose pâle au rose presque orangé. Cette couleur rose symbolisait alors le désir de Sarmiento de représenter symboliquement la fusion des partis qui s'étaient livrés à des guerres civiles très dures durant la première moitié du XIX ème siècle (en mêlant à la fois le blanc, représentatif des Unitaires et le rouge, couleur des Fédéralistes). En 1873, on débuta la construction du Palais des Postes sur un bout de terrain restant. Ce bâtiment, faisant moralement de l'ombre au siège du gouvernement, entrainera l'agrandissement du lieu : Destruction de l'ancien fort, construction d'un bâtiment similaire à celui des Postes et ajout d'un balcon-galerie au premier étage. Faute d'espace, on décida d'unifier les deux constructions pour créer un lieu uniquement dédié au gouvernement. Le choix de l'architecte se porta sur Francisco Tamburini, un architecte italien. Le nouvel ensemble fut inauguré en 1898.


 

La Plaza de Mayo, elle, est le site central de Buenos Aires. Elle est en fait le fruit de la fusion des places de la Victoire et de la place du Fort, après la démolition en 1884 d'une construction les séparant à l'époque. On trouve tout près les principaux monuments historiques comme le Cabildo (l'ancienne municipalité, dont le bâtiment est malheureusement taggé), mais aussi la Casa Rosada ou la Cathédrale métropolitaine. La place allongée est formée par la réunion de deux carrés (manzanas) du damier qui constitue le plan de la ville et accueille des banderoles (deuxième photo). Sa superficie est de deux hectares environ. La place accueille entre autres La statue équestre du Général Manuel Belgrano (qui créa la drapeau argentin), la Pyramide de Mai ( qui commémore la révolution du 25 mai 1810), et une fontaine avec le Penseur de Rodin. Le Cabildo est, quant à lui, désormais le siège du musée historique national du Cabildo. L'endroit fut utilisé comme municipalité au temps des colons et siège du gouvernement de la vice-royauté du Rio de la Plata. La Cathédrale métropolitaine ( en photo ci-dessous) , elle, est la plus importante église catholique de Buenos Aires. De style néoclassique, son profil est différent des autres cathédrales car le bâtiment ne possède pas de tours et ressemble plus à un temple grec. Au même endroit, cinq constructions avaient déjà été érigées auparavant. Qui souffrirent du temps, s'effondrèrent ou furent détruites. Le bâtiment actuel fut livré au culte en 1791 mais l'actuel portique, inspiré du Palais Bourbon, fut réalisé par Prosper Catelin et Pierre Benoist, en 1822. L'intérieur de la cathédrale est de style colonial espagnol, avec ses cinq vaisseaux, et une croisée couverte d'une coupole située à 41 mètres au-dessus du sol. Tout près se trouve le mausolée de José San Martin (le Général libérateur) qui fut construit en 1880 par le sculpteur français Carrier Belleuse ( deuxième photo ci-dessous). Le tombeau est veillé par des grenadiers en armes de l'armée argentine.


 

Un autre monument : Le Palais du Congrès de la nation argentine (ci-dessous) est l'édifice où se déroulent les activités du pouvoir législatif de la république. Il est l'aboutissement de...28 projets présentés en 1896 ! L'oeuvre actuelle, dont les travaux se déroulèrent de 1897 à 1946) revient à l'italien Vittorio Meano. Des dépassements de budget (de six millions de pesos à l'origine, on passa à un coût total de 32 millions de pesos en 1914!) permirent au bâtiment de recevoir le surnom de Palais d'or. Assassiné en 1914, l'architecte ne verra pas la fin de son œuvre ( qui sera poursuivie par l'architecte belge Jules Dormal). De style gréco-romain, on distingue le dôme qui dépasse les 80 mètres de hauteur. Celui-ci, recouvert de cuivre, est devenu verdâtre au fil du temps. L'entrée principale (entrada de honor) est précédée d'un atrium central décoré de six colonnes de style corinthien.


 

Situé au milieu de la Place de la République, l'Obélisque de Buenos Aires fut inauguré le 23 mai 1936 et symbolise les 400 ans de la fondation de la ville ( alors que l'édification du présent monument ne demanda que...31 jours!). Dessiné par l'architecte argentin Albert Prebisch, l'obélisque mesure près de 68 mètres de haut, et possède une base de 49 m2. Creux à l'intérieur, il ne possède qu'une seule porte d'entrée. On trouve quatre fenêtres en son sommet que l'on peut atteindre après avoir franchi un escalier de 206 marches. Le monument fut érigé à la place d'une église hautement symbolique et jadis dédiée à Saint Nicolas de Bari ( à l'intérieur de laquelle le drapeau argentin fut pour la première fois hissée, en 1816). Une inscription le rappelle sur le côté nord de l'obélisque. La construction coûta 200 000 pesos de l'époque. Le monument est enfin souvent utilisé comme point de ralliement pour des manifestations dans les rues environnantes.


 

Je poursuis ma promenade et me rends maintenant au Théâtre Colon (ci-dessous). Salle d'opéra de Buenos Aires dessinée par les architectes italiens Francesco Tamburini et Victor Meano, l'édifice fut inauguré le 25 mai 1908. L'endroit peut accueillir jusqu'à 3000 spectateurs. Son architecture est éclectique et mélange le style néo-renaissant italien et le baroque français, avec des décors de dorés et d'écarlates. Le plafond est l'oeuvre de l'artiste argentin Raul Soldi. Durant son histoire, le Théâtre Colon accueillit les plus grands noms de l'opéra et de la musique classique, ainsi que des musiciens argentins.


 

Dans le quartier de Recoleta, je trouve le cimetière du même nom( en photo ci-dessous): Situé au cœur d'une aire de repos, au sein d'un quartier chic de la capitale, le cimetière de Recoleta fut dessiné par le français Prosper Catelin, à la demande du président Bernardino Rivadavia, en 1822. A proximité de l'ancien couvent des pères Récollets, il constitue une superbe exposition d'architecture funéraire du XIX ème siècle-début XX ème siècle avec ses panthéons familiaux, et ses caveaux de la haute bourgeoisie et d'anciens estancieros richissimes (propriétaires fonciers). On trouve, parmi les sépultures célèbres, la tombe d'Eva Peron (deuxième photo ci-dessous), dite Evita. Personnalité politique argentine, Eva Peron fut la seconde épouse du président Juan Peron. Elle devint un mythe et une icône du pays au XX ème siècle en créant tout d'abord une fondation destinée à aider les pauvres. Elle créa hôpitaux et orphelinats, puis partit en tournée européenne dès 1947 dans le but de rencontrer des chefs d'Etats dont Francisco Franco. Il s'agissait alors de redorer le blason et les relations diplomatiques du régime du colonel Peron. Evita aura une grande influence sur l'obtention des acquis sociaux du pays, notamment le vote des femmes, la sécurité sociale, les congés payés, les droits des travailleurs et le rôle des syndicats. Sa mort prématurée ( à l'âge de 33 ans) fut un déchirement pour les Argentins.


 

Un autre quartier, celui de La Boca, est un quartier populaire du centre de la capitale qui abrite de nombreux habitants originaires de l'Italie. Suite à une longue grève générale en 1882, une rébellion proclama une sécession de La Boca vis à vis de l'Argentine et dressa le drapeau génois. Cette rébellion fut réprimée par le gouvernement d'alors et le président Julio Argentino Roca lui-même décrocha le fameux drapeau. Aujourd'hui le quartier de La Boca reste très populaire auprès des touristes à cause des façades colorées de ses maisons (ci-dessous) et du rythme de vie de la rue Caminito par exemple. Quartier pauvre de Buenos Aires, La Boca est également connu pour son club de football, le Club Atletico Boca Juniors où joua Diego Maradona, et son célèbre stage, La Bombonera. Dans ce quartier, se rencontrent enfin les partis politiques de gauche et resta le lieu de nombreuses manifestations lors de la grave crise économique qui frappa l'Argentine en 2001. Mieux vaut visiter La Boca en journée car l'insécurité apparaît dès la tombée de la nuit et le quartier est déserté dès 18h00.


 

Dans le quartier de Puerto Madero, cette fenêtre ouverte sur la mer, je découvre enfin le Pont de la Femme (Puente de la Mujer), dessiné par l'architecte espagnol Santiago Calatrava et situé sur le dock N°3 de Puerto Madero. Ce pont piétonnier d'une longueur de 160 mètres (et large de 5 mètres) est divisé en trois parties:Deux sections fixes sur les berges du dock et une section mobile qui tourne sur un pilier conique de béton blanc, permettant le passage des embarcations en moins de deux minutes. Cette section centrale est soutenue par une aiguille d'acier disposée en diagonale à 39 mètres de hauteur. Cette réalisation, qui coûta quelques six millions de dollars fut offerte à la ville par le mécène entrepreneur Alberto Gonzalez. Inauguré le 20 décembre 2001, en pleine crise économique, le pont passa inaperçu aux yeux des Portenos. J'aime revoir ce quartier de Puerto Madero, qui fait désormais partie des quartiers modernes de la capitale, avec ses immeubles élevés et ses appartements flambant neufs.


 

Comment passer à Buenos Aires sans parler de tango ? C'est effectivement dans cette ville que naquit la célèbre danse, à la fin du XIX ème siècle. Aujourd'hui très pratiqué dans de nombreux établissements comme les cafés et les restaurants mais aussi en pleine rue, le tango s'affiche quotidiennement au travers de différents spectacles. Le quartier de San Telmo vit au rythme de cette musique et accueille souvent danseurs amateurs et professionnels. L'avenue Corrientes, l'une des plus célèbres de la ville, accueillit jadis Carlos Gardel. L'avenue rend hommage au tango en présentant quarante plaques commémoratives. Danse sociale ( à forme rythmique, avec mesures à deux ou quatre temps et tempos) et genre musical (englobant trois formes musicales originaires du Rio de la Plata), le tango est aussi une danse de bal qui se danse à deux, dans une certaine improvisation. L'étymologie du terme tango est incertaine et est originaire de la communauté noire d'Amérique latine issue de l'esclavage. Le terme désignait alors l'endroit où le négrier parquait les esclaves avant l'embarquement. La fin du régime de Juan Manuel de Rosas, en 1852, marque le début du lent déclin de la population noire du Rio de la Plata jusqu'à sa totale disparition au début du XX ème siècle. Musiques et danses de cette communauté constitueront l'un des piliers fondamentaux du tango, dont l'âge d'or interviendra de 1940 à 1955. A cette époque , le tempo et le rythme des tangos se diversifient considérablement. A la fin des années quarante, près de 600 orchestres de tango tournaient à plein régime dans l'Argentine. Terrains de football et de basket-ball sont ouverts aux danseurs et l'on dénombre 15 000 couples en 1941 sur la piste couverte de Boca Juniors.


 

Fourbu, je rebrousse chemin en fin d'après-midi en direction de mon hôtel afin de faire une sieste. Puis, je descendrai diner dans mon restaurant favori, situé à deux pas de là. Le restaurant Las Nazarenas me fait replonger dans l'univers gastronomique de l'Argentine. Une cave à vin (située sous le restaurant) me permettra une fois de plus d’acheter quelques bouteilles de vin que je glisserai dans ma valise. Ce soir-là, je m'offre mon repas de Noël : 550 grammes de Bife de Lomo (pièce de bœuf) accompagnés de purée de pommes de terre (puée de papas), le tout arrosé d'un vin rouge Malbec Terrazas (réserve). Je terminerai mon festin avec des crêpes fourrées au Dulce de leche (crème de lait). Le serveur m'offrira enfin un digestif, juste assez pour me permettre de retrouver tout seul le chemin vers l'hôtel...Buenos Aires Mi Amor !

 

 

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