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Le Musée Palais de Colomb (Saint-Domingue, République Dominicaine)
Heure locale

Vendredi 14 juin 2013

 

L'une des curiosités de la zone coloniale de la ville de Saint-Domingue est le Palais de Colomb, désormais transformé en musée. L'endroit, appelé également Alcazar de Colon ou encore Columbus Alcazar est la plus ancienne résidence du vice-roi et fait partie de la vieille ville de Saint-Domingue (en photo ci-dessous). Située sur la Place d'Espagne, la bâtisse est classée au patrimoine mondial de l'Unesco. Le bâtiment abrite le musée de Diego Colon, et offre au visiteur que je suis aujourd'hui de découvrir la plus importante collection d'objets artistiques caribéens de la fin des époques médiévale et Renaissance en Europe. Ces objets furent acquis dans les années cinquante car les meubles originaux furent brûlés par le corsaire anglais, Francis Drake, lors de son passage sur l'île.


 

On y trouve entre autre une collection de tapisseries remarquable (s'étendant des XVI ème au XVIII ème siècles), unique dans les Caraïbes. Certaines de ces pièces pièces furent produites par la famille flamande Van Den Hecke à partir de modèles créés par Charles Lebrun. Ce musée de l'Alcazar reste le musée le plus visité de la cité. Il se trouve à quelques minutes seulement de mon hôtel et domine le fleuve Ozama. Il s'agit d'une bâtisse impressionnante faite de blocs de pierre de corail qui abrita jadis une cinquantaine de pièces avec cours et jardins. C'est Diego Colomb (le fils de Christophe Colomb) qui la fit bâtir, alors qu'il était devenu le vice-roi de l'Espagne et des Indes en 1509. Il avait aussi exigé la construction du manoir du Gouverneur entre 1510 et 1512. Cet édifice occupa une place importante durant la période coloniale espagnole car c'est de cet endroit que furent décidées les nombreuses expéditions de conquête et d'exploration. Le passage de Francis Drake, en 1586, laissa des traces puisque le corsaire mit à sac la ville de Saint-Domingue avant de quitter les lieux, en dévastant l'endroit. Le Palais tomba ainsi peu à peu dans l'oubli puis fut restauré de 1955 à 1957. On lui attribua alors des copies conformes de meubles d'époque et d'autres objets actuellement visibles dans le musée. A l'intérieur, la prise de photographies est autorisée mais uniquement sans flash.


 

Je pénètre à l'intérieur de cette imposante bâtisse où vécut Diego Colomb et son épouse Marie de Tolède, qui fut occupée jusqu'en 1577 par les descendants de la famille. Diego Colomb naquit en 1479 sur l'île de Porto Santo. Il fut le fils de Christophe Colomb et devint vice-roi, gouverneur et amiral des Indes. Il ne débuta pourtant sa carrière qu'en tant que page de la reine Isabelle alors que son père embarquait pour son premier voyage. Le testament de Christophe Colomb faisait de Diego et de ses descendants l'héritier des devoirs, des honneurs et des privilèges de son père. Diego passera par conséquent toute sa vie à reprendre ses titres et privilèges dont son père avait été gratifié puis spolié en 1500. Il sera aidé en cela par son mariage avec Marie de Tolède, fille de Ferdinand Alvare de Tolède (le cousin du roi Ferdinand). Le troisième voyage de Christophe Colomb ne sera mis sur pied qu'en avril 1497. Cette préparation, l'affrètement des navires et l'enrôlement des équipages s'avéreront longs et difficiles. Le navigateur va établir aussi un majorat (ensemble de biens fonciers et de rentes, inaliénables, qui produit un revenu fixé selon le titre de noblesse auquel il est affecté) en faveur de Diego, son fils aîné. Il quitte ensuite l'Europe le 30 mai 1498 en direction des Antilles. Trois mois plus tard, il atteint Hispaniola, qu'il avait quitté depuis presque trois années. Mais l'île est alors en proie à de sévères troubles orchestrés par Francisco Roldan, que son frère Bartholomé Colomb, capitaine général et président du Conseil des Gouverneurs, a du mal à circonscrire. En août 1500, Francisco de Bobadilla, émissaire des rois, débarque sur l'île et fait jeter les trois frères Colomb au cachot avant de les renvoyer en Espagne. Celui-ci accuse les trois hommes de mauvaise gestion. Fin octobre de la même année, Christophe Colomb débarque à Cadix, enchainé dans la cale, humilié et accusé.

 

Diego est nommé gouverneur des Indes en 1508 (le poste que son père avait déjà occupé). Puis deuxième amiral et Vice-roi des Indes en mai 1511. Il poursuit sa lutte pour récupérer ses privilèges et effectue deux voyages vers l'Espagne dans ce but en 1515 et 1523. En vain. Il mourra en 1526 alors qu'il se rendait à Séville pour assister au mariage de l'empereur Charles Quint avec Isabelle de Portugal. Sa veuve continuera de se battre à la place de son défunt mari et un compromis sera enfin trouvé en 1536, par lequel son fils Luis Colon de Toledo renoncera au gouvernorat des Indes et à la rente de 10% des revenus tirés des Indes en échange d'une propriété de 25 lieues carrées située sur l'isthme de Panama, assortie du titre de Duc de Veragua et de la seigneurie de l'île de la Jamaïque avec le titre de marquis.


 

A l'époque du gouvernorat de Diego Colomb, on assiste aux conquêtes de Cuba par Diego Vélazquez, de Puerto Rico par Juan Ponce de Leon, et de la Jamaïque par Juan de Esquivel. La construction du Palais de Colon attisera quant à elle les convoitises de ses ennemis compte tenu de l'immensité du projet. L'architecture mêle les style gothique et Renaissance espagnole et italienne. A l'intérieur se trouvent aujourd'hui plus de 800 œuvres d'art présentées dans des pièces reconstituées. On peut entre autre admirer des peintures des peintres Rafael Pellicer et d'Alberto Durero (comme cette peinture de Rafael Pellicer qui représente Isabelle de Castille, ci-dessus). 2Quipé d'un audioguide, je commence la visite des lieux en traversant le salon de passage, espace familial où les hommes se réunissaient pour des conversations triviales sous le regardes des femmes qui brodaient. Les poutres du plafond sont ornées d'étranges têtes de bêtes féroces. Un peu plus loin, se tient l'antichambre de Don Luis Colomb, lieu dans lequel étaient expédiées les affaires personnelles et les affaires officielles du Palais. Le salon de la famille Colomb se trouve dans une pièce voisine. Juste à côté je découvre aussi la chambre de Luis Colomb, premier fils de Diego (sur la photo ci-dessous) : Le lit est en bois de chêne et la peinture au-dessus du lit représente l'entrée de Jésus dans Jérusalem.

 

La Salle des Demoiselles (salle à manger) était l'endroit où se réunissaient les dames de la cour de la Reine Marie de Tolède (ci-dessous) : on y trouve une belle table de style gothique et une armoire en bois de noyer datant du XVI ème siècle. La cuisine (deuxième photo) n'est pas la véritable cuisine qui, elle, se situait à un autre endroit dans la bâtisse, afin de permettre aux fumées de s'évacuer facilement. Cette cuisine reconstituée date de l'époque coloniale et présente des jarres en cuivre du XVI ème. Les deux pièces voisines présentent la salle à manger des serviteurs (troisième photo). Les domestiques goutaient en effet les plats avant que ceux-ci soient servis aux maitres. Un petit escalier en colimaçon permet d'accéder à l'étage supérieur. Une salle des vaisselles rassemble quant à elle plusieurs exemples de vaisselle dont la famille Colomb faisait alors usage. Sur chaque pièce figurait le sceau de la famille.


 

J'atteins le premier étage du bâtiment par l'escalier de service qui donne sur une grande terrasse (ci-dessous). De là, les occupants pouvaient profiter d'une vue imprenable sur le fleuve Ozama. C'est à ce niveau que se trouve la chambre de la reine Marie de Tolède (deuxième photo). Cette chambre possède un lit à baldaquin garni d'oreillers. A l'époque, on dormait pratiquement assis, rehaussé par de gros oreillers, car on avait peur de mourir durant son sommeil en position horizontale. Un chauffe-pièce (qui ne servit jamais) se trouve encore de nos jours au pied du lit de la reine.


 

L'antichambre des vice-rois est voisine de la chambre de Diego Colomb (ci-dessous). Les époux royaux faisaient en effet chambre à part. Dans cette chambre, se trouve un lit de style Renaissance (XVII ème siècle), des objets du XVI ème et une étrange mais superbe malle en peau d'éléphant, originaire d'Afrique du nord, datant du XVII ème siècle. Le bureau du vice-roi n'est pas loin (deuxième photo ci-dessous) et permettait à Diego Colomb d'administrer ses affaires personnelles mais aussi les affaires officielles de sa charge. On peut y trouver entre autre, un coffre-fort en bois sculptée et en fer forgé de la Renaissance ainsi qu'un magnifique portrait de Christophe Colomb et de son fils, exécuté en 1957 par le peintre Rafael Pellicer, en photo ci-dessous.


Ma visite se poursuit avec le salon de réception (ci-dessous). Celui-ci était le lieu où se déroulaient les festivités. Le sol fut réalisé sur le modèle de celui de la chapelle du Contestable de Castille à Burgos (Espagne). Le plafond, lui, est entièrement en bois et fut peint à la main. Un trône en bois avec un dossier haut (constitué de quatre panneaux en bois qui représentent des scènes de mythologie) est aussi présenté. Il est de style gothique et date du XVI ème siècle.


 

Voici maintenant le salon de musique (ci-dessous). Il montre plusieurs instruments de musique dont une harpe de style baroque datant du XVIII ème siècle. Les quatre sièges visibles constituent le trône d'un chœur de style gothique. Les vice-rois disposaient enfin d'une salle à manger (deuxième photo) dans laquelle est suspendue une tapisserie de l'école flamande du XVI ème siècle qui représente le couronnement de Philippe Le Beau.


 

En fin de parcours, je découvre la bibliothèque et salle de lecture agrémentée de livres originaux en peau de brebis qui datent de l'époque coloniale. Au mur, on peut admirer des gravures des XVIIè et XVIII èmes siècles. Cette visite se termine par une petite pièce puis la sortie s'effectue en passant par une petite boutique de souvenirs.

 

 

INFOS PRATIQUES :

 


  • Palais Musée de Colomb, Place d'Espagne (Zone coloniale) à Saint-Domingue. Tel : 1 809 682 4750. Ouvert tous les jours (sauf le lundi) de 9h00 à 17h00. Droit d'entrée : 100 pesos (le ticket doit être acheté dans un bâtiment en face du Palais, à 50 mètres de là) avec audioguide inclus. Photos autorisées (sans flash).












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