Revoir le globe
Top


Kamakura (2) (Préfecture de Kanagawa, Japon)
33 images disponibles
Heure locale


Samedi 10 juin 2017

 

Lors d'une précédente visite, j'avais visité une première fois le site de Kamakura, située dans la préfecture de Kanagawa, à cinquante kilomètres au sud-ouest de Tokyo, avec ses 175000 âmes, et qui revêt une importance culturelle pour le pays. C'est en effet à Kamakura que le shogun Minamoto no Yoritomo décidera d'installer la nouvelle capitale du pays, en 1192, déplaçant du même coup le centre historique du Japon. Et ce gouvernement de Kamakura de dominer le pays pendant plus d'un siècle, jusqu'en 1333. Aujourd'hui, la ville est devenue une station balnéaire et touristique, grâce notamment à la présence de cinq temples célèbres qui projettent les visiteurs dans le temps, plus exactement au XII è siècle, en pleine période Kamakura, période héroïque et chevaleresque, dont on dit qu'elle sera l'âge d'or des nihonto (armes blanches) et la meilleure époque pour vivre en tant que bushi (guerrier gentilhomme). Tout commencera lors de la guerre de Gempei, en 1185, entre les familles nobles de Minamoto et Taira. La bataille finale de Dan-no-ura donnera la victoire à Minamoto no Yoritomo, faisant ainsi disparaître la famille Taira de la scène et aboutissant à l'époque Kamakura. Durant celle-ci, deux tentatives d'invasions mongoles auront lieu mais échoueront, dont une grâce au kamikaze (vent divin) qui soufflera si fort qu'il coulera les flottes mongoles parties de Corée. En ce temps-là, le samouraï acquerra statut et prestige, tandis que les pouvoirs civils et militaires seront réunis dans les mêmes mains. Et lorsque les princes (au service desquels oeuvraient les samouraïs, serviteurs armés et attachés aux aristocrates de cour) s'installeront en province, les samouraïs les plus habiles et aux multiples fonctions se convertiront petit à petit en petits seigneurs locaux, avec des pouvoirs étendus.


 

Je m'arrête cette fois au Musée des Trésors nationaux, aussi appelé musée de Kamakura, ou Maison des Trésors nationaux de Kamakura. Situé dans l'enceinte du sanctuaire shinto Tsurugaoka Hanchiman-gu à Yukinoshita, ce musée abrite près de 4800 objets provenant de la région, dont des sculptures, des peintures et des objets d'art. Ces œuvres remontent la plupart du temps aux époques de Kamakura et Muromachi, ente les XIIè et XVIè siècle. A noter que certains de ces objets furent réalisés en Chine avant d'être importés au Japon.

Mais qu'est-ce qu'un Trésor national ? Ce terme désigne en fait tous les biens culturels du Japon qui sont choisis par l'Etat avant l'entrée en vigueur de la loi pour la protection des biens culturels qui fut votée le 29 août 1950. Et, à compter de cette date, tous les anciens Trésors nationaux d'avoir changé d'appellation pour devenir des biens culturels importants du Japon.

Le Musée des Trésors nationaux de Kamakura fut, en ce qui le concerne, fondé en avril 1928 dans le but de protéger les importantes œuvres d'art à la suite du séisme qui eut lieu dans le Kanto cinq ans auparavant. Le bâtiment érigé est conçu sur le modèle de la maison des Trésors Shoso-in du temple bouddhiste Todai-ji (Nara). Durant la Seconde guerre mondiale, une partie de la collection sera toutefois transférée vers Kushikawa (dans le district de Tsukui, au nord-ouest de Kamakura) tandis que le musée de Kamakura sera momentanément fermé d'août à octobre 1945. Les œuvres déplacées, elles, réintégreront le musée en mai 1946, musée qui passera d'ailleurs sous la juridiction du conseil d'éducation nouvellement créé, en octobre 1952, avant de rejoindre l'association du musée de Kanagawa en novembre 1955. En Octobre 1974, la collection de la fondation Ujiie Ukiyo-e viendra rejoindre le même musée, tandis qu'une nouvelle salle d'entrepôt de l'annexe du musée sera achevée en 1983.


 

Le bâtiment principal de ce musée (en photo ci-dessus), désigné bien culturel tangible du Japon en mai 2000, comprend deux étages en béton armé avec une toiture en tuiles, ne dispose pas de sous-sol et a une superficie de 800 m2. L'ensemble, qui fait penser au style plancher surélevé d'un vieil entrepôt, fut mis au point par l'architecte Okada Shinichiro, lequel construisit le théâtre Kabuki-za ainsi que la succursale d'Otaru de la Banque du Japon. Vu de l'extérieur, le bâtiment ressemble à la maison des trésors Shoso-in de Nara, alors que les techniques traditionnelles de construction des temples de l'époque Kamakura furent employées pour les constructions intérieures. Le rez-de-chaussée est utilisé comme entrepôt, et le niveau supérieur sert de salle d'exposition unique s'étendant sur 600 m2. C'est à partir de ce niveau qu'on accède à l'annexe, reliée au bâtiment principal par une passerelle. Cette construction est conçue en béton armé et dispose également de deux niveaux incluant des salles prévues pour les réparations et pour des machines.

Le musée des Trésors nationaux abrite ainsi cinq trésors nationaux : le portrait de Lanxi Daolong, Taima mandala Engi (deux rouleaux portatifs prêtés par le temple Komyo-ji), un étui de pierre à encre orné de lames de nacre représentant des chrysanthèmes, des oiseaux en vol et une haie de bambous, d'anciens trésors sacrés et 35 items datant de l'époque Kamakura prêtés par Tsurugaoka Hachiman-gu, et une calligraphie de Daikaku Zenji (sermon et règles bouddhistes)


 

Je me rends désormais au vieux temple bouddhiste Hokoku-ji, célèbre pour son jardin de bambous, et d'ailleurs aussi surnommé « temple de bambou ». La curiosité de l'endroit est une statue de Gautama Buddha (Shaka Nyorai, en japonais) qui se trouve à l'intérieur d'un bâtiment sacré.

Ce temple constitue le dixième du pèlerinage des 33 Kannon de Kamakura et sa superficie est d'environ 13000 m2. Temple familial des clans Ashikaga et Uesugi, le Hokoku-ji fut fondé par le prêtre Tengan Eko en 1334, c'est à dire la première année de l'ère Kemmu, pour commémorer Ashikaga Ietoki, le grand-père d'Ashikaga Takauji, premier shogun du shogunat Ashikaga. Notre prêtre, qui fut membre de l'école de la littérature des cinq montagnes, recevra le nom bouddhiste de Butsujo Zenji après sa mort. On peut admirer certains exemplaires d'enseignements bouddhistes et de seaux en bois réalisés par lui au Musée de Kamakura. Ces objets sont bien sûr désignés comme biens culturels importants du Japon. Parmi les autres trésors abrités dans ce temple, figurent une peinture sur soie de Zaichu Koen datant de 1388, une peinture d'Arhats de l'époque de Muromachi et une paire de peintures de fleurs et d'oiseaux de la Chine des Ming. Toutes ces œuvres sont classées comme patrimoine culturel préfectoral.

Les cendres de la famille Ashikaga, elles, y compris celles de Ietoki et de Yoshihisa (qui n'avait alors que treize ans), tous deux décédés tragiquement par seppuku, seraient enfouies dans les grottes du côté ouest du temple.

Le grand séisme de Kanto survenu en 1923 détruisit malheureusement la plupart des bâtiments de Hokoku-ji, dont le toit original du bâtiment principal, qui était en paille. On a depuis disposé un toit similaire sur le clocher, et la majorité des bâtiments disparus furent reconstruits. Autre détail : près du Shoro (beffroi), on peut remarquer des sortes de pagodes en pierre à quatre niveaux surnommées gorinto. Celles-ci commémorent les milliers de guerriers qui furent tués lors du siège de Kamakura, en 1333, siège qui marquera la fin de la domination du clan Hojo.

Dernière chose à ne pas manquer, le bosquet d'environ 2000 bambous moso qui occupe aujourd'hui l'ancienne annexe derrière le hall principal, annexe ayant servi de zone d'entrainement où le prêtre Butsujo Zenji écrivait jadis ses poèmes.

 

Me voici maintenant au temple bouddhiste Kotoku-in, plus connu pour son grand Bouddha (ci-dessous en photo). L'immense statue en bronze d'Amitabha Bouddha , une des plus célèbres icônes du Japon, attire près de deux millions de visiteurs chaque année dont 10% d'étrangers. On pense que cette statue remonte à 1252, sous l'ère Kamakura, d'après ce que nous rapportent les registres du temple. Avant cette statue, se dressait à la place un bouddha géant en bois, achevé en 1243 après dix ans de travaux continus alors financés par Dame Inadano-Tsubone et le prêtre bouddhiste Joko de Totomi. Cette statue en bois ayant été endommagée en 1248 par la tempête (le hall qui l'abritait fut en effet détruit) , Joko suggéra de remplacer la statue en bois par une autre en bronze. On leva les fonds nécessaires et la statue prit forme sous les mains, dit-on, des deux sculpteurs Goroemon Ono et Hisatomo Tanji. Une belle statue dorée (il reste encore ici et là quelques restes de dorures) de 121 tonnes vit donc le jour, mesurant 13,35 mètres de haut, avec un visage de 2,35 mètres (l'oeil à lui seul mesure un mètre, sa bouche 0,82 mètre et son oreille 1,90 mètre)

Creuse à l'intérieur, on peut donc y pénétrer. Il est par contre dommage que des visiteurs indélicats inscrivent des graffitis sur sa paroi. Il fut aussi une époque où la base de la statue comportait 32 pétales. On n'en compte plus aujourd'hui que quatre. Un panneau recommande pourtant aux visiteurs de laisser l'endroit intact. En vain ! Le grand séisme de Kanto, en 1923, détruira également la base sur laquelle était assis le Grand Bouddha mais celle-ci sera réparée deux ans plus tard. D'autres réparations, à la suite d'autres tremblements de terre, seront aussi réalisées en 1960 et 1961. Ce qui ne retire rien au charme de cette statue qui fut citée dans le poème « Le Bouddha à Kamakura », dans plusieurs versets figurant en guise de préface dans le roman Kim de Rudyard Kipling (1901). Ces versets furent tirés du poème du même nom que l'écrivain écrivit à la suite de sa visite à Kamakura en 1892.


 

J'achèverai cette visite du site de Kamakura en me rendant au temple Hase-Dera (ci-dessous) : fondé en 736 par Fusasaki Fujiwara, celui-ci est un lieu de culte bouddhiste de la secte Jodo, situé sur les hauteurs de Kamakura. Fusasaki Fujiwara fut membre du clan Fujiwara et fondateur de la branche Hokke des Fujiwara. Il occupera aussi le poste de sangi (assistant conseiller) dans le dajokan (département d'Etat du gouvernement japonais durant les époques de Nara et de Heian).

D'après la légende, le moine Tokudo Shonin découvrit en 721 un grand camphrier dans la forêt près du village de Hase. Et de réaliser que son tronc permettait de sculpter deux statues de Kannon à huit têtes (déesse de la Miséricorde). L'une de ses statues fut plus tard intégrée au temple Hase-dera de Sakurai (Préfecture de Nara). Quant à l'autre, elle fut jetée à la mer, et une prière fera le vœu que la statue réapparaisse pour sauver le peuple. Et ladite statue de s'échouer sur une plage de Nagai (près de Kamakura), quinze ans plus tard (en 736). De là, la statue sera conduite à Kamakura et l'on construira un temple pour l'honorer.

 

Sur le site du temple Hase-dera, s'alignent par ailleurs des centaines de petites statuettes représentant des nouveau-nés disparus. Jizo, le bodhisattva protecteur des enfants y est également vénéré : ce bodhisattva est l'un des huit grands bodhisattvas existants. Son vœu sera de devenir bouddha une fois les enfers complètement vides. Son rôle sera alors de sauver les êtres de la souffrance sur une longue période. Ainsi, en Chine, les personnes gravement malades sont-elles invitées à lire le soutra des vœux originels du bodhisattva Ksitigarbha (autre nom de Jizo), et à prier ce dieu afin qu'il les aide dans leur guérison.

 

INFOS PRATIQUES :

  • Musée des Trésors nationaux de Kamakura, 2-1-1 Yukinoshita, à Kamakura. Tél : 0467 22 0753. Ouvert tous les jours, sauf le lundi, de 9h00 à 16h30. Entrée : 400 yens. Prise de photos interdite. Vente de cartes postales à l'intérieur. Site internet : http://www.city.kamakura.kanagawa.jp/kokuhoukan/
  • Temple Tokoku-in, ouvert de 8h30 à 16h30. Entrée: 200 yens. Visite de l'intérieur du bouddha de 8h00 à 16h20, entrée: 20 yens. : http://www.kotoku-in.jp/

  • Temple Hokoku-ji, ouvert de 9h00 à 16h00. Jardin des bambous ouvert à l'intérieur de cette même plage horaire (entrée: 200 yens): http://www.houkokuji.or.jp/

  • Temple Hase-dera, ouvert de 8h00 à 17h00, entrée 300 yens : http://www.hasedera.jp/en

  • Comment se rendre à Kamakura depuis Tokyo ? http://www.japan-guide.com/e/e3115.html

    Il vous faudra de 50 à 55 minutes en train pour atteindre la gare de Kita-Kamakura. Plusieurs lignes sont à votre disposition : ligne JR Yokosuka line (au départ de la gare de Tokyo, 800 yens, de Shinagawa, 720 yens), et la ligne Shonan-Shinjuku line (au départ de Shinjuku) (920 yens)

  • Il est par exemple possible de partir de la gare JR de Shinjuku : départ quai N°1 à 7h53, en direction de Ofuna (terminus du train, et arrivée à 8h49, quai N°7). Train pour Kamakura sur le quai N°8 à 8h58.

  • Il existe le Pass Kamakura-Enoshima valable une journée qui vous permet de voyager de façon illimitée sur les réseaux JR de la région, sur la Enoshima Electric Railway et sur le Shonan Monorail. Coût : 700 yens. Site internet : http://www.jreast.co.jp/e/pass/kamakura_enoshima.html

  • Le Enoshima-Kamakura Free Pass, valable une journée lui aussi, inclut l'aller-retour en 2è classe sur la ligne Odakyu, depuis n'importe quelle gare jusqu'à celle de Fujisawa, puis permet un nombre illimité de voyages dans la région d'Enoshima et de Kamakura sur les lignes Enoshima Electric Railway et Odakyu Line (entre Fujisawa station et Katase-Enoshima station). Coût du pass : 1470 yens (depuis la gare de Shinjuku) et 610 yens (depuis la gare de Fujisawa). Site internet : http://www.odakyu.jp/english/deels/freepass/enoshima_kamakura/

  • Le forfait Kamakura Free Kankyo Tegata est pratique pour faire le tour du site de Kamakura: ce ticket journalier est valable pour des trajets sur les cinq lignes de bus et les zones spécifiques de trains afin de visiter les principaux sites de la ville. Vous profiterez également, grâce à ce pass, de remises dans les temples, sanctuaires,boutiques et musées participants. Tarif adulte : 570 yens ( disponible en gare de Kita-Kamakura, Enoden et Kamakura).






 



Retour aux reportages par pays