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Si Tokyo m'était contée (2) (Japon)
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Vendredi 8 septembre 2017

 

Saviez-vous que le groupe d'intérim Pasona possédait une ferme urbaine Pasona O2 ? Chose originale, cette dernière occupa jusqu'en 2003 les anciens coffres-forts souterrains de la banque Daïwa. Et de réapparaitre depuis 2010 sur le site actuel, à l'intérieur d'un seul et même bâtiment rassemblant le savoir-faire en matière de cohabitation entre la nature et le travail de bureau. Cet édifice rénové qui date des années 1950, a sa façade recouverte de verdure et parfois de fleurs, et est facilement identifiable de l'extérieur. Ce sont ainsi 200 espèces de plantes qui ornent les murs et servent d'isolant naturel, en conservant la chaleur intérieur en hiver et en protégeant de la chaleur extérieure en été. Deux étages de ce bâtiment sont en partie ouverts au public et peuvent être visités sur réservation. Le rez-de-chaussée accueille un marécage artificiel de 90 mètres carrés (qui sert aussi de rizière) éclairé par des lampes halogènes et à vapeur de sodium. On y trouve aussi un champ de fleurs intérieur, cultivé en toutes saisons et qui apporte une note de gaité à l'endroit. Des étagères éclairées artificiellement par des lampes fluorescentes hybrides, abritent quant à elles plusieurs plantes différentes. Concombres et courges pendent aussi parfois au plafond. Même les toilettes du deuxième étage ressemble à une jungle. C'est dire qu'avec près de 80 espèces de plantes cultivées dans ces locaux, au milieu des employés, on se sent en pleine nature. Et les légumes qui poussent dans cette ferme urbaine d'être utilisés comme ingrédients pour les plats servis à la cantine. Malheureusement, les étages supérieurs et le toit ne sont pas accessibles au public, mais sont eux aussi mis à contribution pour faire de cet ensemble pour le moins innovant un exemple original de bureau-ferme en pleine ville.


 

Non loin de là se dresse encore le site de la demeure à Edo du navigateur anglais William Adams, de son nom japonais Miura Anjin. L'endroit est marqué par une stèle grise et sobre (ci-dessous en photo) située à quelques mètres du grand magasin Misukoshi et de la Banque du Japon. En retrait par rapport au trottoir, celle-ci est coincée à côté d'un immeuble d'un joaillier et il est par conséquent facile de passer sans la voir. La rue passant devant cette stèle, Anjin dori, porte, elle, le nom du navigateur. Une stèle avait été érigée pour la première fois en 1930 mais elle sera détruite pendant la guerre. La stèle actuelle date quant à elle de 1951.. Miura Anjin vécut une existence fascinante ici au Japon. Existence romancée par James Clavell dans son ouvrage Shogun, qui fut adapté pour la télévision. Arrivé au Japon en 1600, juste quelques mois avant la célèbre bataille de Sekigahara, William Adams officiait alors comme pilote sur un navire hollandais à la dérive, et ne tardera pas à gagner la confiance de Tokugawa Ieyasu. Trois ans plus tard, ce dernier deviendra le premier shogun Tokugawa et Adams deviendra son conseiller pour les affaires étrangères. Promu hatamoto, il prendra alors le nom de Miura Anjin devenant de facto le premier samurai occidental. A la mort d'Ieyasu en 1616, Adams perdra de son influence auprès du shogunat et sera confiné à Hirado (Nagasaki) à une époque où le pays se refermait peu à peu sur lui-même. Et notre navigateur de décéder en 1620.

 

A quelques dizaines seulement de la stèle symbolisant la demeure d'Adams, plus exactement le long de la Kandagawa vers le 1-10 et à côté d'une bouche de métro, se dresse la petite statue d'une femme assise (ci-dessous). Cette sculpture discrète fut érigée en 1953 pour marquer le site de Hinonbashi-Uogashi, le marché aux poissons historique d'Edo puis de Tokyo, qui déménagera plus tard à Tsukiji, nouvel endroit d'un marché moderne.


 

Là où s’élèvent les sièges des plus grands groupes financiers et des maisons de commerce, se trouve un petit mémorial (ci-dessous) ombragé qui porte le nom de tumulus de la tête de Taira no Masakado. Ce mémorial est dédié à la tête de celui qui est devenu la divinité protectrice, le Shugoshin de la ville, célébré entre autres à Kanda-Myojin. Il est une légende qui prétend que la tête tranchée du guerrier Masakado aurait volé d'elle-même depuis Kyoto (sous l'ère Heian-Kyo) vers le Kanto pour y retrouver son corps et aurait touché terre à cet endroit précis, lieu probable d'un tumulus de Kofun, aux abords de la baie, bien avant le développement de Tokyo. L'endroit est très respecté et très bien entretenu pour éviter de fâcher cette divinité, et on peut remarquer les offrandes récentes savamment alignées en bas de la stèle. Anecdotes, superstitions, rumeurs de malédiction et autres légendes sont nombreuses concernant des personnes qui auraient risqué de voir s'abattre la colère de Masakado sur leur sort. Après le tremblement de terre de 1923, le tumulus avait laissé place à l'établissement de bâtiments provisoires pour remplacer le ministère des finances qui avait brûlé lors d'un incendie. Et le ministre des finances (ainsi que d'autres personnes directement impliquées dans ces travaux) de décéder peu de temps après. Serait-ce la vengeance de Masakado ? Quant aux constructions, elles partirent rapidement en fumée suite à un feu déclenché par la foudre. Après la seconde guerre mondiale, il avait un temps été envisagé de construire à l'emplacement du tumulus un parking pour le QG des forces alliées mais, là encore, la mort étrange d'un conducteur de bulldozer dissuada les autorités de poursuivre les travaux engagés. Que les choses soient claires, il est interdit de déranger Masakado. On notera d'ailleurs dans l'enceinte du mémorial les multiples statuettes de grenouilles, offrandes pour réclamer le retour sain et sauf d'un employé muté à l'étranger ou d'un proche disparu.

Quant à notre personnage, Taira no Masakado était un noble originaire du Kanto, qui fut à l'origine de l'une des plus importantes révoltes armées qui eut lieu contre le pouvoir central au milieu du Xè siècle. Et Masakado de contrôler une grande partie de la région, en 940, suite à la succession de conflits avec d'autres nobles locaux. Il renversera aussi le gouverneur de la province d'Hitachi. Kyoto alors préoccupée par ce qui était perçu comme une menace monta une armée importante menée par Taira no Sadamori et Fujiwara no Hidesato afin d'écraser la révolte de Masakado et des rebelles. La tête de Masakado fut ensuite amenée à Kyoto pour y être exposée deux nuits et trois jours. Les siècles suivants permirent à notre homme de rentrer dans la légende à travers maintes superstitions et folklores reflétant souvent l'opposition entre les régions du Kansai (sud du Japon) et du Kanto (nord). Il fut déifié à Kanda-Myojin en 1309, et un sanctuaire est devenu le protecteur d'Edo durant le shogunat Tokugawa.


 

Chinreisha est un autre sanctuaire des victimes de guerres. Le sanctuaire en question se trouve à l'arrière de l'enceinte de Yasukuni , sous la forme d'un petit hokora bâti en 1965 à l'initiative du prêtre principal, le prince Tsukuba Fujimaro. Le sanctuaire principal de Yasukuni rend hommage à tous les morts pour l'Empereur après l'ère Meiji, tout en y incluant certaines figures extrêmement controversées. Le petit Chinreisha souvent oublié vénère quant à lui le Kami (dieu) de toutes les victimes des horreurs de la guerre, sans aucune distinction de nationalité. Il donne ainsi un sanctuaire aux morts qui n'auraient pas eu leur place au sanctuaire principal, comme, par exemple, les victimes des bombes atomiques ou des bombardements américains, ou même Saigo Takamori (samurai sous la restauration Meiji, qui mourut lors de la rébellion de Satsuma). A l'image du sanctuaire principal, Chinreisha est aussi très lourd de sous-entendus politiques et parfois source de débats tendus et d'actions extrêmes. Ainsi, le 31 décembre 2014, un jeune suicidaire tenta t-il d'incendier le mémorial. Désormais, pour pénétrer dans l'enceinte même de Chinreisha pour se recueillir, il est nécessaire de faire une demande à un prêtre et d'être accompagné et le petit sanctuaire est protégé par de solides grilles.

 

Toujours à Yasukuni, les piliers de la porte principale sont remarquables : nous l'avons vu, Yasukuni, où est vénéré le Kami de 2,5 millions de morts pour l'Empereur, cristallise les passions nationalistes entre le Japon et certains voisins asiatiques. Les toilettes côté sud ont ainsi fait l'objet d'un attentat à l'explosif en novembre 2015, sans heureusement faire de victimes. La porte du sanctuaire, elle, est décorée du sceau impérial, et porte encore les marques visibles d'une tentative d'incendie d'un activiste chinois fin décembre 2011 sur un pilier de gauche (en faisant face au sanctuaire).

Les animaux morts à la guerre ne sont pas oubliés. Au nord de l'enceinte, près du bâtiment blanc du Yushukan, dédié à l'histoire militaire du pays, se dresse l'enceinte du sanctuaire abritant trois statues d'animaux : un chien, un cheval et un pigeon. Ces statues furent érigées afin d'apaiser les esprits des animaux morts pendant les guerres. La statue du cheval (au centre) date de 1958 et porte une plaque mentionnant que près d'un million de chevaux périrent durant les guerres depuis l'ère Meiji, jusqu'à la fin de la guerre du Pacifique. La statue du pigeon, elle, remonte à 1982 et celle du berger allemand, à 1992. Non loin de ces statues, se trouve la scène de théâtre Noh datant de l'ère Meiji et fut installée sur l'enceinte du sanctuaire en 1903. Cette scène serait la plus ancienne de la capitale. On peut par ailleurs y assister à des représentations régulières.


 

INFOS PRATIQUES :

  • Ferme urbaine du groupe Pasona, 2 Chome 6-2 Otemachi à Tokyo. Accès : métro station Tokyo. La ferme se trouve près de la gare de Tokyo. Tél : 03 6734 1260. Elle se trouve au 13 è étage et est ouverte de 12h à 18h du lundi au vendredi et de 12h à 17h le samedi. L'entrée est gratuite. Site internet : http://www.pasona.co.jp/event/family Courriel : agri@pasona-nouentai.jp
  • Stèle de la résidence du navigateur William Adams, 1-10 Nihonbashi-Muromachi, Chuo-ku, à Tokyo. A 5 minutes de la station Mitsukoshi-mae (ligne Tokyo Metro Ginza et ligne Tokyo Metro Hanzomon). Sortie A3-A5.

  • Mémorial de la tête de Taira no Masakado, 1-2-1 Otemachi Chiyoda-ku, à Tokyo. Accès par métro à cinq minutes de la station Otemachi (ligne Tokyo Metro Hanzomon, Marunouchi, Tozaï ou Chiyoda), sortie C6a. Le mémorial se trouve juste de l'autre côté de la rue.

  • Chinreisha, 3-1-1 Kudan-Kita, Chiyoda-ku. A dix minutes depuis Kudanshita (lignes Tokyo Metro Hanzomon, Tozaï et Toei Shinjuku), sortie 1. L'enceinte de Yasukuni est ouverte le matin dès 6 h00. Fermeture à 17h00 de janvier à décembre, à 18h00 en mars, avril, septembre et octobre et à 19h00 de mai à août. Il est nécessaire d'adresser une demande à un prêtre et d'être accompagné pour pouvoir s'approcher de Chinreisha.

 



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