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Le Temple Morin-ji (Tatebayashi, Préfecture de Gunma, Japon)
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Samedi 2 décembre 2017

 

De passage à Tokyo (Japon), je prends cette fois un train pour me rendre à Tatebayashi. Là-bas se trouve le temple bouddhiste de Morin-ji (ci-dessous) qui est dédié aux Takuni. Construit en 1642, l'endroit continue de faire vivre le conte folklorique japonais du Bunbuku Chagama. Mais quel est ce conte ?

Le temple Morin-ji abrite une bouilloire à thé qu'un prêtre décide de suspendre au-dessus du feu dans l'âtre de la cheminée afin de faire bouillir de l'eau pour son thé. Et l'ustensile, de se transformer sous ses yeux en chien viverrin, appelé également tanuki. Les quatre pieds de la théière deviennent ainsi les quatre pattes de l'animal, le bec verseur, un museau et l'anse de la théière, la queue du tanuki. Médusé, le prêtre, qui n'en revient pas, appelle ses novices pour qu'ils contemplent à leur tour le phénomène, mais, alors que les hommes discutent ensemble, la fameuse bouilloire s'envole à travers la pièce et le prêtre et ses novices de tenter de rattraper l'objet. En vain, car l'animal-objet, d'une souplesse étonnante, leur échappe à chaque fois. Finalement, les hommes ayant conjugué leurs efforts, parviendront à se saisir du lutin et à le mettre à l’intérieur d'une boite qu'ils jetteront plus loin.

 

Pris de remords, le prêtre trouve dommage de jeter la bouilloire alors qu'il pourrait la revendre même à faible prix. Et de récupérer l'objet qu'il proposera par la suite à un rétameur de passage. L'artisan acceptera de racheter l'objet en échange de quelques piécettes puis s'en retournera chez lui. Pendant son sommeil, notre homme entendra cependant un bruit bizarre au contact de son oreiller. En ouvrant les yeux, le rétameur apercevra sa bouilloire, couverte de fourrure, en train de courir sur ses quatre pattes. L'objet s'était juste transformé à nouveau en chien viverrin car quelques secondes plus tard, la bouilloire redeviendra à nouveau bouilloire. Le même phénomène se reproduisant plus tard, notre artisan présentera la fameuse bouilloire à un ami, lequel lui conseillera d'exhiber l'objet comme curiosité. Les bruits se faisant de plus en plus insistants atteindront bientôt les oreilles du prince qui conviera le rétameur à lui présenter sa merveille. Toute la cour s'amusera beaucoup de la transformation de la bouilloire, au point que l'artisan s'enrichira vite en montrant sa curiosité à bien des gens de la région. Fortune faite, il rapportera toutefois la fameuse bouilloire au temple où elle est encore visible à ce jour dans le musée . Ainsi se termine la légende du Bunbuku Chagama.

 

Quant au chien viverrin, à quoi ressemble t-il ? Appelé aussi chien martre, ou chien raton-laveur, les Japonais le surnomment tanuki. Mammifère carnivore, ce chien est davantage un opportuniste alimentaire qu'un véritable prédateur, puisqu'il se nourrit de charognes, d'oeufs, d'insectes, d'oisillons ou d'escargots mais également de petits rongeurs, de grenouilles et de crapauds, et de végétaux comme les champignons ou les baies. Dès l'automne, l'animal augmente considérablement son régime alimentaire afin d'emmagasiner les ressources suffisantes avant d'hiberner. Plutôt nocturne, notre chien viverrin sont discrets et solitaires. Originaire de l'Asie de l'Est, il a été élevé intensivement durant le XX ème siècle, en Europe et en Russie, pour sa fourrure.

 

Au Japon, le tanuki, ou Bake danuki, figure dans la mythologie japonaise comme l'un des yokai (esprits) de la forêt, inspiré du chien viverrin. Au Japon, on le représente souvent portant un chapeau de paille et une gourde de saké, avec un ventre rebondi qu'ils utilisent comme un tambour et des testicules de grande taille, ce qui ne tardera pas à donner naissance à des dessins et des légendes humoristiques le concernant. Ces yokai (esprits) sont des symboles de chance et de prospérité et sont présents dans les contes et l'art nippon depuis le Moyen Âge et restent encore très populaires dans leur pays comme le montre le film d'animation d'Isao Takahata, Pompoko. On peut aussi apercevoir des effigies de tanuki dans les décorations de restaurants placées juste à côté des daruma (figurines à vœux) et autres créatures folkloriques.

Le tanuki qualifiait jadis des mammifères de taille moyenne, comme les chats sauvages qui ne vivent que dans certaines parties de territoire au Japon. L'exemple du chat de l'île Iriomote, dans l'archipel des îles Yaeyama, en témoigne. Connu pour être un maitre du déguisement, le tanuki est capable de changer de forme à volonté, tout comme d'ailleurs le kitsune (renard mythologique), et son image se serait développée durant la période Edo, alors que les céramistes de Shigaraki (ancien bourg japonais de la Préfecture de Shiga) en réalisaient des représentations sous la forme de statues en terre cuite, en reprenant toujours les mêmes formes mythologiques (chapeau en paille de riz, gourde de saké, ventre rebondi et gros testicules...) dont les parties génitales qui sont toujours représentées de manière imposante dans la mythologie japonaise. Certaines représentions humoristiques représentent les tanuki avec leurs testicules par-dessus l'épaule, comme des baluchons de voyageurs, s'en servir comme parapluie, filet de pêche, comme moyen de défense ou comme...tambours ! Quant à leur ventre, il peut se gonfler à l'envie et servir la nuit, lui aussi de tambour.

 

L'animal est souvent considéré comme symbole de bonne fortune dans la tradition nippone, tout comme le chat (manekineko) ou le renard. Et son ventre et ses testicules de précisément apparaître comme des signes de prospérité et de réussite. Le tanuki est aussi représenté sur des emaki (rouleaux peints) dès le Moyen Âge au milieu des autres yokai. Et la petite bête d'avoir été utilisée sous la forme agressive pendant les périodes Kamakura et Muromachi dans certaines histoires. Ainsi cette histoire tirée des Otogizoshi (recueil de contes) de décrire un tanuki frappant à mort une vieille dame qu'il servira ensuite à son mari sous la forme de soupe. Notons toutefois que cette image du méchant tanuki vient principalement des légendes animistes chinoises. Personnellement, je préfère nettement l'histoire de la bouilloire du temple de Morin-ji.

C'est ainsi que je me trouve aujourd'hui au temple Morin-ji, orné de statues représentant 21 Tanukis en train d'accueillir les visiteurs. Sur place, un musée met en avant l'animal et l'histoire de la fameuse théière.

 

INFOS PRATIQUES :

  • Temple Morin-ji, 1570 Horikucho à Tatebayashi (Préfecture de Gunma, Japon). Tél : +81 276 72 1514. Entrée adulte: 300 yens. Site internet : http://www7.plala.or.jp/morin/
  • Pour s'y rendre : depuis Tokyo Shinjuku, prendre le train JR (recherche des horaires sur le site Hyperdia http://www.hyperdia.com/en/) jusqu'à Morinjimae, puis marcher dix minutes pour atteindre le temple. Depuis la gare de Tokyo Shinjuku, prendre un train JR pour Kuki, puis changer pour MorinJimae. Cout du billet simple : 1200 yens.






 



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