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Kataragama (Province d'Uva, Sri Lanka)
40 images disponibles
Heure locale

 

 

Dimanche 25 novembre 2018

 

Nous partons ce matin de Tissa pour nous rendre à Kataragama, une ville de 18000 âmes qui se trouve à une trentaine de kilomètres de là. Ce site sacré est à la fois vénéré par les bouddhistes, les hindous et les musulmans, et l'endroit est l'un des lieux de pèlerinage les plus célèbres du Sri Lanka. Baptisée du nom de la divinité protectrice de l'île, la petite ville est en liesse lors de la fête annuelle même si elle attire les pèlerins toute l'année. L'enceinte sacrée, située au nord de Kataragama, est parsemée de sanctuaires et d'autres édifices religieux mais est séparée de la ville par le Menik Ganga, une rivière dans laquelle les pèlerins font leurs ablutions avant de poursuivre leur pèlerinage. Et les étals des rues de proposer plateaux de fruits, fleurs de lotus et guirlandes en guise d'offrandes.


 

A l'entrée de l'enceinte, on aperçoit la mosquée ul-Khizr qui abrite les tombeaux de saints musulmans (ci-dessous) et accueille les visiteurs de confession musulmane tandis que juste à côté, se dresse un petit temple dédié à Shiva. Qu'il soit bouddhiste, hindou, chrétien ou musulman, chacun vient se recueillir en toute sérénité auprès de son édifice religieux. Le site principal est sans doute le temple hindou Maha Devale qui abrite trois sanctuaires dont l'un voué au dieu Kataragama (deuxième photo), aussi connu sous le nom de Skanda ou encore de Kartikeya. Et cette divinité de ne pas être représentée par une image mais par son symbole, à savoir le vel (lance). Pour mémoire, ces trois noms pré-cités représentent un même dieu, celui de la guerre, et le fils de Shiva et de Parvati. Sa naissance fut le résultat d'un vœu : alors que le monde était en proie aux démons, les dieux, débordés, demandèrent à Shiva d'avoir un fils pour diriger l'armée divine, car seul un fils de Shiva pouvait venir à bout du mal. D'autres sanctuaires sont, eux, dédiés à Ganesh et à Bouddha. Toute l'année, les pèlerins bouddhistes et hindous qui affluent au sanctuaire de Kataragama, peuvent se côtoyer quotidiennement lors des services de 4h30, 10h30 et 18h30, alors que les musulmans se rendent à la mosquée. Tout particulièrement en soirée, lorsqu'a lieu la puja. Les tambours résonnent alors pendant que les conques mugissent et que la foule des croyants défile au pas en portant des plateaux d'offrandes. C'est aussi l'instant où les pèlerins lancent des noix de coco contre des rochers afin de chasser les mauvais esprits. Encore faut-il qu'elles se rompent sinon, gare... ! Et Kataragama de marquer davantage par l'atmosphère qu'elle dégage que par son architecture.


 

Le mur qui encercle la cour principale est orné d'impressionnantes têtes d'éléphants et d'images de paon et marque l'entrée du Maha Devale. Il nous faudra nous déchausser et porter à la main nos chaussures le temps de la visite dans l'enceinte. Encore une paire de chaussettes à laver à l'hôtel... Pour me distraire, Soma enrichit notre visite de commentaires passionnants comme cette légende, qui prétend qu'un paon serait sorti du corps d'un démon terrassé par le dieu Kataragama. Pour le remercier de l'avoir sauvé, l'oiseau lui aurait promis de le servir pour toujours. Je poursuis ma visite et découvre le Kiri Vihara (ci-dessous), juste derrière le Maha Devale. Cet édifice est un dagoba remontant au premier siècle avant JC. Bouddha serait venu ici lors de son troisième voyage au Sri Lanka et le dagoba en question renfermerait quelques-uns de ses cheveux. L'endroit, bien que moins fréquenté que le Maha Devale, dégage une certaine sérénité avec les pelouses qui l'entourent. A deux pas, un petit musée abrite des objets religieux, des statues et des reproductions d'images rupestres du Buduruwagala. Le long de l'immense allée qui conduit du Maha Devale au Kiri Vihara, de nombreux étals vendent des offrandes (compositions florales, plateaux de fruits, guirlandes...). Un éléphant appartenant au temple se prête à la réalisation d'un cérémoniel, consistant à faire passer le père et son enfant sous le pachyderme à quatre reprises afin d'assurer un avenir radieux à sa progéniture. Cet exercice ne coute que quelques poignées de roupies. Pendant ce temps, des singes à face noir observent sagement le spectacle des pèlerins qui défilent sous leurs yeux, tandis qu'a lieu un peu plus loin une distribution gratuite de nourriture pour les pèlerins qui le désirent.


 

Chaque année, se déroule en ville la fête de Kataragama, lors de la pleine lune d'Esala, en juillet et en août. Des festivités qui durent près de deux semaines et qui permettent d'assister à une procession nocturne pendant dix nuits consécutives. A cette occasion, des milliers de bouddhistes et d'hindous affluent sur le site sacré afin d'exprimer leur dévotion à la divinité tout en implorant leur pardon pour les péchés commis, formulant des vœux ou sollicitant ses faveurs. L'autre aspect de cette fête réside dans ses divers rites de mortification et d'automutilation auxquels se livrent certains pèlerins en signe de pénitence. Certains se roulent à moitié nus dans du sable brûlant, d'autres sillonnent l'enceinte sacrée chaussés de sandales munies de pointes. Il y a aussi ceux qui se transpercent la joue, le nez ou la langue à l'aide de longues aiguilles en argent ayant la forme du trident de Shiva, et puis ceux qui marchent en état de transe sur des charbons ardents en chantant. Curieusement, la plupart de ces pèlerins sortent indemnes de cette épreuve. Âmes sensibles s'abstenir... Le rite le plus spectaculaire reste toutefois celui des dévots suspendus à des poteaux par des crochets, la tête en bas.

Chaque soir, la relique sacrée (yantra) est transportée à dos d'éléphant depuis le Maha Devale et jusqu'au kovil dédié à Valli. Après s'y être arrêtée un quart d'heure, elle regagne le Maha Devale, excepté le dernier jour de la perahera où elle y passe toute la nuit. Le yantra est un objet mystérieux aux pouvoirs magiques qui incarne le dieu Skanda et qui reste invisible de tous, sauf pour le grand prêtre qui connait l'objet. On prétend qu'il s'agirait d'une sorte de diagramme constitué de deux triangles imbriqués l'un dans l'autre. Parmi les rites observés lors de cette fête, on note les noix de coco recouvertes de camphre en feu, qui sont cassées en signe d'humilité. Ce rite est surtout pratiquée lors de la puja. Plus accessible, la cérémonie de l'eau dans le Menik Ganga, la rivière locale, qui marque la fin des festivités. Et les pèlerins de se précipiter dans le cours d'eau pour absoudre leurs péchés une fois que le prêtre a « coupé l'eau ».

 

Cette fête de Kataragama est d'autant plus extraordinaire qu'elle est suivie aussi bien par les bouddhistes, les hindous et les musulmans. A l'origine, on trouve le dieu Skande (ou Murugan, ou Subramanian, c'est selon) qui est vénéré en priorité par les hindouistes, lesquels y voient un frère de Ganesh et un fils de Shiva et de Parvati. Les bouddhistes du Sri Lanka l'adorent également sous le nom de Kataragama, un roi qui aurait jadis remporté une grande bataille contre ses ennemis tamouls. Ce roi guerrier serait mort ici et ses restes seraient abrités à l'intérieur du reliquaire exposé en procession durant la fête. Voici donc l'exemple d'un homme puissant qui a réellement vécu et qui est devenu un dieu. Et Kataragama Ville d'évoquer l'unité de tous les croyants sri lankais.

 

INFOS PRATIQUES :

  • Au Maha Devale, a lieu chaque soir la puja (à partir de 18h30). Spectacle garanti !
  • Au Kiri Vihara, puja à 4h30, 11h00 et 18h30.

  • Le musée de Kataragama est ouvert tous les jours de 8h00 à 17h00. Entrée : 890 roupies. Prise de photos autorisée.

  • Fête de Kataragama : https://youtu.be/5PJeutmnc4A

 



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