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Le Musée du Feu de Tokyo (Kanto, Japon)
Heure locale

Mercredi 30 novembre 2011

 

Il existe, non loin de Shinjuku, un musée du feu. Ce musée fait partie du département d'incendie de Tokyo (Tokyo Fire Department) qui est localisé à Otemachi (Chiyoda). Ce département a été créé le 7 mars 1948 dans un souci de protection de la mégapole tokyoite. C'est le plus grand département de pompiers en milieu urbain dans le monde et est chargé de combattre les incendies, les risques biologiques et chimiques ainsi que les dégâts créés par des séismes, inondations et émanations radioactives, dans les 23 quartiers de Tokyo. A l'aide de ses équipes médicales, il est en mesure d'assurer tous les types de sauvetage.

Pourquoi une telle organisation? Tokyo a subi de graves dommages à cause des incendies tout au long de son histoire: En 1657, eut lieu le grand incendie de Meireki. Tokyo s'appelait alors Edo et toutes les habitations ainsi que les temples étaient construits en bois. Le feu se propagea à une vitesse telle que l'on dénombra 100000 morts. On l'appelle incendie de Meireki car il s'est produit sous l'ère Meireki. On le surnomme aussi « l'incendie de Furisode ». Le feu dura trois jours et fut provoqué, semble t-il, par des moines bouddhistes qui , souhaitant se débarrasser d'un kimono à manches longues réputé diabolique, mit le feu au temple. De là, celui-ci se propagea au reste de la ville, accentué par un très fort vent de nord-ouest. Les maisons étaient construites majoritairement en bois et en papier mais, circonstance aggravante, il y eut une sécheresse particulièrement sévère cette année-là, ce qui facilita l'embrasement. Il existait à l'époque des brigades anti-incendie (Hikeshi) constituées 21 ans plus tôt mais elles souffraient d'un manque d'effectifs et de moyens. De plus, la méconnaissance de la population en matière d'incendie ne facilita pas les choses.


 

L'autre grand incendie qui traumatisa le Japon se produisit en 1704, à la suite d'un tremblement de terre. Puis un autre, qui eut lieu en 1923, toujours à la suite d'un tremblement de terre destructeur celui-là (d'une magnitude de 7,9 sur l 'échelle de Richter). L'incendie qui se développa fit 150 000 morts.

Depuis, Tokyo a mis des moyens importants en oeuvre afin de parer à toute éventualité. La lutte contre les risques passe par la formation des populations , et des stages sont donc organisés, à Ikebukuro, au dernier étage de l'immeuble des pompiers. Ces activités sont gratuites et ont lieu en matinée, pendant deux heures. On y aborde les tremblements de terre, les incendies, les tsunamis et les premiers soins. On y accueille aussi les étrangers anglophones qui souhaitent s'informer. La formation débute par la projection d'une courte vidéo qui raconte l'histoire d'un jeune homme nippon citadin victime d'un séisme. On informe comment combattre l'incendie, puis prodiguer les premiers. En pareil cas, on insiste aussi sur la nécessité de s'organiser et de communiquer.

Ensuite, un exercice de simulation de tremblement de terre a lieu à l'intérieur d'une cabine aménagée. Cette expérience suffisamment éprouvante pour qu'elle soit interdite aux personnes sensibles (comme par exemple les femmes enceintes) dure une minute trente.


 

Revenons au Musée du Feu de Tokyo. Je me suis rendu à la station Yotsuya 3 Chome et ai pénétré dans les lieux par le sous-sol ( un accès au musée existe au niveau du métro). A ma grande surprise, l'entrée fut gratuite et l'on me remit un badge ainsi qu'un dépliant (en anglais) m'expliquant en quoi consiste le Musée du Feu. Situé à l'intérieur d'un immeuble de dix étages, celui-ci propose au public de découvrir le service de combat contre l'incendie d'hier et d'aujourd'hui. Au sous-sol, je commence la visite avec l'histoire des véhicules d'intervention jadis utilisés lors des incendies. Je remarque un camion avec son échelle et sa nacelle qui date de 1983, puis deux voitures d'intervention (ci-dessous), respectivement de 1924 (à gauche) et de 1929 (à droite). On apprend ainsi que les premiers véhicules d'intervention à moteur furent introduits à Tokyo en 1917. Un film est à la disposition des visiteurs et retrace l'histoire des équipements contre le feu au Japon.


 

Je monte ensuite au 1er étage où l'on me procure (toujours gratuitement!) un audioguide en anglais qui va me permettre de poursuivre ma visite avec davantage d'informations. Je peux y observer « Fire Kun », la mascotte des sapeurs-pompiers de Tokyo ainsi que l'hélicoptère français Alouette de combat contre le feu qui fut utilisé jusqu'en 1982. Alouette est le nom d'une gamme d'hélicoptères qui furent produits par Sud-Aviation à partir de 1957 ( date de sa création). L'Alouette III (photo ci-dessous) utilisée par les Japonais, est dérivé de l'Alouette II. C'est un hélicoptère léger polyvalent permettant d'effectuer des évacuations au treuil et offrant une cabine équipée pour des missions sanitaires ( on pouvait ainsi loger deux civières, un malade assis et un assistant médical). On en produisit 1453 exemplaires, livrés à 190 utilisateurs dans 92 pays (dont le Japon).


 

Au 3ème étage, se trouvent des vitrines ( ci-dessous) montrant comment fonctionne une brigade de lutte contre l'incendie. On y expose les équipements utilisés pour combattre le feu, ainsi que des films et des attractions permettant de comprendre en quoi consiste les interventions contre le feu, les opérations de sauvetage et la façon dont sont prodigués les premiers soins.


 

Le 4ème étage propose de découvrir ce qu'était le service de lutte contre le feu au XIXè siècle au Japon, et les progrès qui furent réalisés à cette époque. La mécanisation et la modernisation des équipements contribuèrent largement à l'amélioration des performances.


 

Le 5ème étage raconte l'histoire de la lutte systématique contre l'incendie avec notamment la création des Hikeshi (anciennes brigades du feu) aux XVIIè et XVIIIè siècles. A l'époque, nous l'avons vu, les maisons japonaises étaient faites de bois et de papier. Et dans des villes surpeuplées comme Edo (Tokyo), il y avait peu ( voire pas) d'espace entre les habitations. Plusieurs incendies ( en 1657, 1683,1806, 1834, 1872) ravagèrent ainsi Edo, dont les habitants avaient pour coutume de surnommer ironiquement ces feux « Fleurs d'Edo ». Les pompiers d'Edo étaient à l'époque équipés de lourds gilets ( première photo ci-dessous) formant plusieurs couches de protection que l'on détrempait avant d'envoyer les hommes lutter contre le feu. Des décorations et signes d'appartenance étaient souvent appliquées sur ces vestes qui permettaient d'identifier telle ou telle brigade. Certaines vestes en possédaient tellement (netsuke, tsuba) qu'elles devinrent des objets de collection. Les pompiers étaient aussi protégés à l'aide de chapeaux, gants et pantalons, réalisés à l'aide de multiples couches de tissus en coton. On trouvait aussi dans chaque brigade ce qu'on appelle la norme (matoi) (deuxième photo ci-dessous) servant à la fois de signe d'appartenance pour chacune des brigades mais aussi de moyen de communication entre elles ( un peu comme les fanions dans la marine). « Sonae areba, ureinashi » est un proverbe nippon signifiant: Une once de de prévention vaut mieux qu'une livre de remède. On affecta donc des brigades dans chaque district et des tours de guet furent érigées afin de prévenir tout risque d'incendie (troisième photo). De leur côté, les commerçants étaient priés de garder des seaux remplis d'eau au cas où. La ville fut divisée en quartiers de maisons, entourés de hauts murs en bois et de portes que l'on fermait la nuit. On construisit également de larges rues dans le souci d'éviter que le feu ne se propage trop rapidement. Un document datant de 1738 montre qu'Edo comptait plus de 11 000 pompiers ( 24 000 en 1850) pour protéger la capitale des incendies. On admirait ces hommes à la réputation parfois très spéciale mais qui faisaient preuve de bravoure. Les Hikeshi étaient liés par une forte notion d'appartenance à un groupe et portaient parfois des tatouages. Les Hikeshis venant des classes inférieures étaient respectés par les samouraïs et les marchands. Ils avaient l'habitude de ne pas se laisser faire. En 1805, on relate une bagarre entre des sumos et des Hikeshi (pompiers) au sanctuaire de Shinmei. La lutte dura une journée entière et fut plus tard immortalisée dans une pièce de kabuki. Es bagarres de rues étaient courantes mais cela ne choquait pas outre mesure la population locale qui éprouvaient de l'admiration pour ces gros durs.


 

Les 6ème et 7ème étages accueillent ponctuellement des expositions temporaires. On y trouve aussi une bibliothèque (7ème étage) consacrée au feu.

Enfin, le 10ème étage permet aux visiteurs d'admirer une vue splendide des environs ( dont le centre de Shinjuku, la Tour Sky Tower et même le Mont Fuji par beau temps!).


 

Chaque année, se tient à Tokyo la Fête des Pompiers appelée aussi Dezomeshiki. Celle-ci a lieu le 6 janvier et est l'occasion d'une grande parade avec les pompiers mais aussi des brigades de volontaires. Par ordre d'apparition, on voit les motards qui ouvrent le défilé, puis les petits véhicules d'intervention, conçus pour intervenir dans des rues étroites. Viennent ensuite les démonstrations acrobatiques très impressionnantes ( à l'aide d'échelles de bambous) très prisées des spectateurs, puis le défilé des Matoi. Des exercices de simulations d'incendies et d'attaque de feu ont aussi lieu ce jour-là. La fête se termine par le déploiement des grandes échelles avec les fanions de chaque brigade.

 

 

INFOS PRATIQUES:

 













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