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Okawachiyama (Préfecture de Saga, Kyushu, Japon)
Heure locale


Samedi 24 mars 2012

 

S'il est un lieu qui compte pour la porcelaine d'Imari, c'est bien Okawachiyama. Le « Village des fours secrets » ( c'est ainsi qu'on le surnomme encore de nos jours, est resté un petit village tranquille coincé entre les montagnes. On y trouve une trentaine de potiers qui exercent leurs talents tout au long de l'année, même si la bourgade semble encore endormie en ce début de printemps. Amateurs de sensation s'abstenir! On ne se rend pas à Okawachiyama pour découvrir des attractions qui sautent aux yeux. L'endroit est (presque) ordinaire et rien n'attire l'œil à première vue. Lorsque je prends l'autobus à la gare d'Imari, je pars à la découverte de ce qui fut autrefois le fief du clan Nabeshima, un clan seigneurial extrêmement puissant qui s'installa à Kyushu au XVI ème siècle. Nabeshima est par la suite devenu un style de porcelaine à cause du clan seigneurial qui avait compris l'intérêt de développer l'industrie de la porcelaine. Le clan Nabeshima possédait à l'époque le titre de daimyo du domaine de Saga et résidait dans le château de cette ville. Nabeshima Naoshige s'engage alors dans les guerres de Corée et en profite pour faire prisonnier un nombre important de potiers réputés pour leur savoir-faire. Puis, il les installe sur son fief d'Hizen, à Arita, village ancestral de la céramique. Les descendants de Nabeshima Naoshige entretiendront durant plus de deux siècles cette tradition de la céramique, en la développant notamment grâce au four connu comme le plus important de la contrée, celui d'Okawachiyama (ci-dessous)

 

La porcelaine de Nabeshima interroge celui qui la regarde. Sa production se décompose en deux parties: Les pièces « bleu et blanc » avec un décor positionné sous la glaçure, et les représentations polychromes qui ont bénéficié d 'une cuisson supplémentaire pour fixer d'autres couleurs sur cette même glaçure. A l'entrée du village (sur la droite) se trouve le centre artisanal de la porcelaine traditionnelle d'Imari et Arita. Ce lieu présente de nombreuses pièces (assiettes, vases, autres objets) en céramique (photos ci-dessous) qui permettent d'admirer différentes techniques. On retrouve ainsi les différentes caractéristiques de la porcelaine d'Imari, comme par exemple le Iro-Nabeshima (couleur de Nabeshima) où les couleurs comme le rouge, le jaune et le vert sont peintes sur un fond blanc ou sur un fond blanc et bleu. Il y a ensuite le Nabeshima-Sometsuke qui consiste en une peinture bleu indigo appliquée sur un fond blanc. Au final, on obtient une scène apaisante. Vient ensuite le Nabeshima-Seiji où on utilise des extraits d'une pierre vert pâle qui sert à faire un glaçage offrant au résultat une jolie couleur bleu vert une fois cuite au four. La création d'une pièce de porcelaine nécessite plusieurs étapes: Le modelage de l'objet, à la main et avec l'aide d'une roue de potier, puis intervient le séchage de l'objet pour évacuer le surplus d'eau. On cuit ensuite la pièce dans un four à une température de 850 à 900° C. On peint ensuite l'objet puis intervient la glaçage, et une nouvelle cuisson (à une température de 1300°C environ). On peint ensuite à nouveau la porcelaine avec d'autres couleurs, puis on enfourne à nouveau l'objet pour une dernière cuisson. Vient ensuite l'inspection du produit et sa mise sur le marché. Porcelaine Nabeshima ou d'Imari? il faut savoir que celle-ci s'est appelée porcelaine d'Imari à cause de son exportation à partir du port de la ville d'Imari. Mais la porcelaine était souvent produite ailleurs: Arita, Okawachiyama... grâce, au départ, au clan Nabeshima, d'où son nom.


 

En descendant de l'autobus, la tentation est grande de monter tout de suite au village. Mais je remarque immédiatement un pont: Le pont en céramique du clan Nabeshima (photo ci-dessous) et je décide d'en faire le tour et de descendre au bord de la rivière, en contrebas. Je pourrai ainsi admirer le superbe décor de couleur bleue qui représente des dragons. A ne pas manquer!


 

Non loin de là s'élève la tombe des potiers. Celle-ci forme une pyramide (ci-dessous) et rassemble 880 tombes de potiers inconnus qui ont tous œuvré pour faire de la porcelaine ce qu'elle est aujourd'hui. Ce monument fut d'abord construit en hommage aux nombreux potiers coréens qui travaillèrent ici mais rassemble aussi des sépultures de potiers inconnus d'autres pays. Traditionnellement, les sépultures sont tournées vers le nord, en direction de la Corée.


 

L'eau est omniprésente à Okawachiyama. Elle coule dans la rivière mais aussi entre les maisons, dans des ruisseaux plus ou moins larges. Elle coule dans des fontaines (photo ci-dessous) et dans des bassins où s'épanouissent souvent de superbes grosses carpes. Elle coule enfin dans des chutes et des torrents, un peu plus haut dans la montagne, ou tout près du camping.


 

Je me promène, solitaire, dans les rues d'Okawachiyama (photo ci-dessous), et ne croise que quelques rares visiteurs. Les habitants, eux, ont disparu. La saison n'a pas encore repris et j'ai la chance de pouvoir déambuler presque seul pour découvrir l'âme véritable de ce village. Je monte jusqu'au parc Hanyou, en haut d'une colline du village. Pêle-mêle, je découvre le pont Tonbai, remonte dans la forêt, proche, qui abrite les ruines d'un ancien four, mais aussi un petit sanctuaire bouddhiste en hommage à la déesse de la grossesse qui veille à la bonne santé des bambins (deuxième photo). Tout en haut, un point de vue panoramique offre une vue globale du village et juste à côté, se trouve le grand mur entièrement décoré de céramique (troisième photo)


 

Je décide de me promener hors du village, un peu plus haut dans la montagne. Là se trouve, à l'écart un monument en souvenir de abeshima Naoshige, Nippo San (ci-dessous). On y trouve les noms de 31 potiers et un festival est organisé chaque année afin de célébrer Nippo-San. En poursuivant sur la route qui contourne Okawachiyama, on tombe sur un tori qui conduit à un escalier abrupte (deuxième photo). Je n'aurai malheureusement pas le courage de le gravir mais celui-ci mène au sanctuaire du dieu des gorges de la montagne. Dans la forêt, non loin de là, on honore aussi le dieu du feu, et la montagne environnante abrite encore de nombreux autres petits sanctuaires bouddhistes sous des rochers aux formes étranges. Avis aux curieux!


 

Je m'arrête quelques instants à la place de la poterie pour ses faïences (ci-dessous) plus ou moins bien entretenues. Cette place se trouve à deux pas des fours du village. Il s'agit de suivre les plots en céramique bleue qui s'élèvent au bord de la route.


 

Je termine ma visite par le pont du potier (première photo ci-dessous). Juste avant de la franchir, je m'arrête devant la porte du vieux garde. Dès que j'arrive à l'extrémité du pont, une fois la rivière franchie, j'entends le son des cloches en porcelaine qui tintent pour moi (vidéo 1). Juste en face, je peux observer le fonctionnement d'un moulin à eau (vidéo 2). Si le cœur vous en dit, il vous est possible de remonter la rivière mais je vous conseille d'attendre la belle saison, car, en ce qui me concerne, j'ai un peu souffert du vent froid descendu tout droit des montagnes qui entourent le village.

 

 


 

INFOS PRATIQUES:

 


  • Marché de la céramique, en avril (Fête de la poterie du 1er au 5 avril) et en novembre (du 1er au 5 novembre). L'occasion de découvrir, d'acheter à des prix intéressants et de s'initier à la poterie.

  • Concours du potier amateur d'Imari, du 1er au 10 avril.

  • Kenjo-no-Gi, en novembre. Reconstitution d'une cérémonie qui consistait autrefois à présenter au shogun et à son clan les plus belles poteries réalisées.

  • Le Festival des cloches, en été ( du 20 juin à la fin août) propose d'écouter (et d'admirer) les nombreuses cloches suspendues dans les rues, dont la cloche d'Okawachiyama (qui a pour caractéristique de mesurer 20 cm de large).

  • Pour vous rendre à Okawachiyama: Emprunter l'autobus ( de couleur blanche) à l'arrêt situé en face de l'office de tourisme, à la gare ferroviaire d'Imari. Prix: 150 yens. Durée du trajet: 15 minutes environ (6 kilomètres). Les horaires sont les suivants: Imai-->Okawachiyama 6h58,9h30,10h32,12h00,14h00 et 16h10. Okawachiyama-->Imari 7h19,9h50,10h52, 12h22, 14h22 et 16h28. Si vous loupez le bus (ou s'il n'y en a plus!) vous devrez rentrer en taxi. Compter 1900 yens , et le Imari Nabashima Ware Exhibition Hall se fera un plaisir de vous demander un taxi .

  • Si vous souhaitez passer un peu de temps sur place, un camping ouvre ses portes chaque année du 15 juin au 5 septembre: Renseignements au 0955 23 2111.

  • Imari Arita Traditional Craft Center, ouvert tous les jours de 9h00 à 17h30. Entrée lire. Photos autorisées. Tel: 0955 23 7293.

  • Imari Nabeshima Ware Hall, ouvert de 9h00 à 17h30. Entrée libre. Possibilité de déguster un encas (pour 650 yens, thé ou café + pancakes) dans de la porcelaine d'Imari. Accueil sympathique. Menu en japonais et anglais.

    Je vous conseille la visite de ce joli site sur Okawachiyama: http://www.secretkilns.com/
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