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L'histoire de Kagoshima en sept statues (Préfecture de Kagoshima, Kyushu, Japon)
Heure locale

Samedi 30 juin 2012

 

Fidèle à mon habitude, j'ai à nouveau quitté Tokyo hier après midi pour effectuer huit heures de shinkansen afin de me rendre dans le sud de l'île de Kyushu, à Kogashima, pour le weekend. La pluie m'attendait à la descente du train et je craignais le pire pour aujourd'hui, mais le temps s'est finalement maintenu nuageux avec quelques éclaircies. Kagoshima est la capitale de la Préfecture du même nom et est surnommée « la Naples de l'Orient » compte tenu de sa localisation sur la baie de Kagoshima, face à l'énorme volcan de l'île de Sakurajima. Ce voisin (un des volcans japonais les plus actifs) pour le moins encombrant (ci-dessous en photo depuis l'observatoire Shiroyama) est cependant inséparable de Kagoshima dont il est le symbole. Son arbre est le camphrier tandis que sa fleur est le laurier rose.

Kagoshima compte environ 620 000 âmes et vit de l'industrie métallurgique, de la construction navale et de son centre spatial. Mais l'intérêt de la cité réside dans son histoire car celle-ci fut autrefois la capitale du clan Satsuma. Dès mon arrivée, je me rends à l'office de tourisme de la gare (toujours ouvert aux alentours de 20h00) et me fait remettre une brochure descriptive des lieux remarquables à découvrir. La ville est décomposée en quartiers mais je m'aperçois rapidement que certaines périodes ont pris une place plus importante que d'autres dans l'esprit collectif: Ainsi, la période Satsuma est largement abordée ainsi que la restauration Meiji. Par ailleurs, plusieurs opportunités de visites s'offrent au visiteur: On peut par exemple emprunter une route de l'histoire et de la culture, ou bien celle de la Restauration Meiji ( aux abords notamment de la rivière locale Kotsuki, ci-dessous)


 

Une autre idée originale pour aborder l'histoire de Kagoshima tout en se promenant sont ces sept statues de Tokishirube localisées dans les quartiers d'Izuro et de Tenmonkan. Ces œuvres représentent des personnages qui ont, d'une manière ou d'une autre, participé à la fondation du Japon moderne. Commençons notre parcours avec cette première statue (photo ci-dessous) qui représentent des samourais (Oyama Iwao, Saigo Tsugumichi et Yamamoto Gonnohyoue) sur le qui-vive. Nous sommes à la fin de l'ère Edo et une flotte de vaisseaux apparaît dans la baie de Kagoshima. A sa tête, le commodore américain Mathew Calbraith Perry. Sa mission est d'ouvrir des routes commerciales vers l'archipel nippon. Et les vaisseaux noirs sont ainsi surnommés par les Japonais car ce sont des bateaux à vapeur. On pense que le goudron noir badigeonné sur les coques des navires, ou encore la fumée noire qui sort des cheminées ont pu expliquer ce surnom. Un kyoka ( poème comique), semblable à un waka de cinq lignes, décrit la surprise et la confusion engendrées par l'arrivée de ces navires: Les bateaux à vapeur,brisent le sommeil paisible, du Pacifique, quatre vaisseaux suffisent, et empêchent de fermer l'œil de la nuit.

Le gouvernement militaire, le shogunat, est pris de cours, car il peut difficilement refuser aux étrangers, armés comme ils sont, de pénétrer sur leur territoire. La convention de Kanagawa est donc signée le 31 mars 1854. Et le Japon s'ouvre progressivement au commerce avec l'Occident. Mais 1863 symbolise le bombardement de la ville par la Royal Navy britannique afin de punir le daimyo Satsuma du meurtre de Charles Richardson lors de l'incident de Namamugi (le 14 septembre 1862, des samourais attaquèrent des étrangers).


 

Le deuxième tableau (ci-dessous) montre Kabayama Sukenori et Kuroda Kiyotaka en train de discuter de l'avenir du Japon. En effet, l'existence même des samourais est désormais menacée depuis l'abolition de cette société suite aux réformes de l'ère Meiji. Une révolte éclate en 1877 (la rébellion de Satsuma), révolte difficilement réprimées par les troupes impériales de l'époque, déjà fort occupées avec les forces shogunales. La modernisation du pays menaçant directement de disparition le régime féodal, les samourais allaient perdre leur statut social, leurs privilèges, les positions qu'ils défendaient, en un mot, leur pouvoir. A la tête de cette révolte: Saigo Takamori.


 

La troisième statue décrit Kuroda Kiyotaka qui s'en va peindre une éruption du volcan de l'île Sakurajima. Né en 1840, il sera le serviteur du daimyo de Shimazu et deviendra samourai. Plus tard homme politique nippon, il deviendra, en 1888, et pour une courte période le Premier ministre du Japon.


 

La quatrième statue nous offre de découvrir Sakamoto Ryoma et son épouse, Oryo, en lune de miel. Sakamoto fut l'un des dirigeants du mouvement visant à renverser le shogunat Tokugawa pendant la période Bakumatsu ( de 1853 à 1868, période durant laquelle le régime féodal fur modernisé et donnera à terme naissance au gouvernement Meiji) du Japon. Issu d'une riche famille de brasseurs de saké, et régulièrement chahuté à l'école par ses camarades, il pratiquera l'escrime, art dans lequel il finira par exceller. En 1853, lors de l'arrivée des Américains dans son pays, il se réfugie dans le patriotisme (« Révère l'Empereur et repousse les Barbares » sera sa doctrine). D'abord samourai, puis ronin ( samourai sans maitre), il fuit à Kagoshima en 1864 et négocie l'alliance secrète entre les provinces de Satsuma et de Choshu, alliance appelée Satcho. Travaillant pour l'établissement d'un gouvernement moderne du Japon, Ryoma sera souvent considéré comme le père de la Marine Impériale japonaise. Il travaillera en effet à la création des forces navales modernes avec l'appui des puissances occidentales, forces qui pourraient le moment venu contrer le shogunat Tokugawa, comme en 1866. Visionnaire, Ryoma avait lu des livres américians sur l 'égalité des êtres humains. L'avancée technologique considérable des étrangers lui suggérait que le Japon aussi pourrait tirer parti du progrès pour préserver son indépendance. Le personnage était original car il portait le costume traditionnel des samourais tout en étant chaussé de chaussures occidentales. On lui devra tout de même les Huit points vitaux en politique et la proposition de transfert de pouvoir à l'empereur et au gouvernement Meiji. Et Oryo dans tout cela? Son épouse était née à Kyoto (née Narasaki Ryo).


 

Et voici Shigehide Shimazu posant les fondations de la science technologique (cinquième statue ci-dessous) en 1779. Celui-ci mettra au point , entre autre, le calendrier Satsuma. Il demeurera un exemple pour Nariakira, son petit-fils qui sera le onzième daimyo de fief de Satsuma, et qui s'intéressa, lui aussi, beaucoup à l'Occident, encourageant la fabrication de navires, les travaux du verre et du fer à l'intérieur de son fief. Imaginatif, il sera aussi à l'origine de la création du drapeau actuel du Japon.


 

La sixième statue (première photo ci-dessous) montre Ijichi Shoji et Yoshii Tomozane occupés à s'entretenir de politique. Mais qui sont ces deux hommes? Je n'ai malheureusement pas de réponse précise dans ce domaine si ce n'est qu'ils font partie de ces innovateurs qui furent attirés par l'Occident.

La dernière statue (deuxième photo) décrit William Willis qui enseigne la médecine à Takaki Kanehiro en 1869. Là encore, tout un symbole de l'ouverture du Japon à l'Occident. Né en Irlande en 1837, Willis étudie la médecine à Glasgow (Ecosse). Et se portera volontaire pour être affecté à la légation britannique d'Edo au Japon, en 1861. Il soignera ainsi les blessés britanniques durant les combats de Namamugi et lors du bombardement de Kagoshima. En 1867, il participera à la guerre de Boshin, en tant que chef des opérations médicales. Devenu entre temps professeur puis chef de clinique à Tokyo, il démissionne pour se rendre à l'hôpital et à l'école de médecine de Kagoshima, dont il devient le directeur en 1870, sur proposition de Saigo Takamori. Dans ce contexte, Takaki Kanehiro, l'un de ses élèves, profitera de son enseignement durant cette période.


 

 

 

 

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