Revoir le globe
Top


Sakurajima (Préfecture de Kagoshima, Kyushu, Japon)
Heure locale


Samedi 30 juin 2012

 

J 'hésitais en regardant le ciel chargé de nuages. La réceptionniste m'avait prévenu qu'il pleuvrait sûrement cet après-midi mais que le temps risquait d'être pire le lendemain. Finalement, le soleil faisant sa réapparition, je décidais d'embarquer pour l'île de Sakurajima (photo ci-dessous). Le sakurajima est un volcan japonais situé au sud de l'île de Kyushu. C'est l'un des volcans les plus actifs du pays, et ce voisin encombrant en a fait voir de toutes les couleurs et à plusieurs reprises aux habitants de la région. Ce volcan est plus dangereux que d'autres à cause de son activité éruptive puissante, intense et explosive. De plus, il se trouve au milieu de la baie de Kagoshima , faisant peser sur les populations locales un risque constant de nuées ardentes (aérosol volcanique porté à haute température et composé de gaz , de cendres, et de blocs de pierre de taille variable) et de tsunamis.


 

Le Sakurajima forme une presqu'île de 80 km² de superficie, qui est rattachée à l'île de Kyushu depuis 1914. A cette date, de la lave combla le détroit qui séparait Sakurajima de l'île de Kyushu. Le volcan se trouve au nord de la baie de Kagoshima sur le bord sud de la caldeira d'Aira qui se forma il y a 22 000 ans. Cette caldeira est large de 17 km sur 23, et est une vaste dépression circulaire située au coeur de l'édifice volcanique. En 708, cette caldeira projeta dans l'atmosphère des centaines de kilomètres cubes de matériaux. Une autre éruption eut lieu dix ans plus tard. D'autres éruptions furent aussi observées en 1471-1478, en 1779, une autre en 1914 et une autre en 1946. L'éruption du 12 septembre 1476 fut un désastre car la lave força le passage vers l'est en direction de Kurokami. Sept jours durant, une pluie de cendres et de pierres tomba sans discontinuer enterrant purement et simplement plusieurs habitations. C'est alors qu'apparurent de nouvelles îles au sud-ouest de Sakurajima (îles faisant aujourd'hui partie de la région Moezaki). Les îles Okikojima et Karasujima se formèrent également à cette époque. Le 1er octobre 1779, le cratère sud du volcan explosa. La cheminée du volcan se mit à bouillir et l'eau de la mer prit une couleur violette. Les cendres et les pierres étaient propulsées en si grand nombre que le ciel devint noir et l'énergie considérable dégagée alors provoqua éclairs et tonnerre. Ce bouleversement permit l'apparition de six nouvelles îles: Moejima, Iojima, Inokojima, et Nakonojima sont encore visibles de nos jours. L'éruption fit 140 morts et de nombreux habitants durent fuir la zone pour se réfugier à Tanigashira (préfecture de Miyazaki). La pire éruption du volcan reste à ce jour celle de 1914. Des signes précurseurs apparurent deux mois auparavant: En novembre, le niveau des puits avait chuté, et en décembre, crevettes et daurades moururent de façon curieuse. Début janvier, le sommet sud du Mont Sakurajima devint rougeoyant la nuit et d'importantes chutes de neige se produisirent. Dans certains endroits de l'île, le sol était chaud et serpents et grenouilles remontaient en nombre important. Des colonnes de feu sortirent violemment du pic nord du mont et l'on entendit un bruit comme le tonnerre. La terre se mit à trembler, les sources d'eau se mirent à bouillir, et on nota l'apparition d'autres sources. Au cours de ces deux mois, une centaine de secousses se produisit et le Mont Sakurajima était prêt à exploser. Le 12 janvier 1914, à 10h 05 du matin, le volcan lâcha sa plus violente éruption, à deux endroits différents simultanément. La fumée atteignit une altitude de 8000 mètres et la cendre volcanique fut visible jusqu'à la Péninsule de Kamchatka. On estima le débit de lave à trois milliards de tonnes. A cause de l'instabilité du volcan et des secousses, les habitants évacuèrent le littoral. De toute façon, les débris étaient si nombreux que l'air devenait pratiquement irrespirable. Beaucoup d'habitants virent leurs terres disparaître mais ne se résolvèrent jamais à quitter définitivement l'endroit. Ils revinrent plus tard pour tenter de le remettre en état et cultiver la terre. Ils durent alors retirer plus d' un mètre d'épaisseur de cendre avant d'atteindre leurs champs de patates douces. Et la vie reprit peu à peu à Sakurajima. D'autres refirent leur vie ailleurs, dans des préfectures comme celles de Sata, Kanoya, Tarumizu ou Miyazaki. On compta 20 000 personnes qui émigrèrent à cette époque. Ces émigrés-là avaient tout perdu, laissant derrière eux le radis de Sakurajima (alors connu pour être le plus gros radis du monde!).

A la fin de la seconde guerre mondiale, en 1946, une nouvelle éruption eut lieu alors que le Japon était dans le camp des perdants et acculé à une grande détresse. Le 30 janvier, des millions de tonnes de cendres furent expulsés par le volcan, signe de l'imminence d'une nouvelle éruption. Les 9 et 10 mars, on observa l'expulsion de pierres et de cendres, puis, le 11 mars, des tonnes de lave sortirent du volcan, remontant depuis une profondeur de 800 mètres. Cette lave coula dans toutes les directions. Les cendres détruisirent les récoltes à Tarumizu. En avril, 80% des habitations de Kurokami avaient été enterrées sous des tonnes de lave et de cendres. Le 10 avril, on compta en l'espace de seulement trente minutes, 215 grosses éruptions et 540 petites. Et près de 200 maisons disparurent sous les débris.


 

Il n'empêche que l'île de Sakurajima possède des charmes inégalés: Le rythme des éruptions occasionna par exemple des changements dans la végétation. On observe ainsi , à 50 mètres au-dessus du niveau de l'océan une série d'arbres banians qui furent plantés par l'homme afin de protéger les terres des dommages du vent et de la mer. Leur nombre a décru depuis, mais on imagine que sans éruptions, cette île aurait été recouverte de chênes et de pasanias. En 1984, on érigea l'observatoire de Karasujima (ci-dessous), noyé dans la végétation, qui a repris ses droits. Le volcan est formé de trois sommets: Le Kitadake (1117 mètres), le Nakadake (1080 mètres) et le Minamidake (1040 mètres). Malheureusement, le temps étant couvert, Sakurajima est coiffée d'un chapeau nuageux me privant de visibilité. De nombreuses randonnées sont possibles dans l'île, comme sur la route de la lave par exemple. Traverser ces champs de magma refroidi vous transporte dans une autre dimension, au milieu d'un paysage lunaire. Souvenir de l'éruption de Taisho, le point d'observation d'Arimura est situé au milieu de ces étendues de lave. Et consiste en un kilomètre de promenade en direction du sommet sud du volcan. Des lieux de repos sont aménagés sur les lieux. Lors de la grande éruption de 1914, l'expulsion de débris fut si importante qu'elle ensevelit presque entièrement le torii du sanctuaire de Kurokami (qui mesure trois mètres de haut). On en aperçoit désormais juste le sommet. Le torii de Kurokami est situé sur la face Est de Sakurajima, tout près de l'école de Kurokami qui a été depuis déclaré comme bien culturel par la préfecture de Kagoshima.


 

En ce qui me concerne, je n'aurai pas le temps de profiter de cette promenade-là ni de celle qui consiste à longer le bord de mer le long de la route de la lave, à l'ouest du port de Sakurajima. Ca sera pour une autre fois. Après une courte halte à l'observatoire de Karasujima, nous partons en direction du parc Akamizu. J'observerai sur place un monument de la Passion de la vie (traduction libre) (ci-dessous). Ce monument symbolise l'amour des gens pour leur île. Il est vrai qu'il faut beaucoup de détermination et de ténacité pour vivre à côté d'un danger permanent. Mais la vue est si belle de cet endroit: Sur la deuxième photo ci-dessous, j'aperçois un phare sur une petite île et au loin, la ville de Kagoshima.


 

Si vous avez le temps, arrêtez-vous au Sakurajima Visitor Center ( le premier arrêt de notre périple en autobus). Construit en 1988, il dévoile aux touristes l'histoire de l'île de sa naissance à aujourd'hui. Des commentaires en anglais sont bien sûr disponibles. Si vous êtes accompagnés (ou pas) d'enfants, visitez le parc naturel des dinosaures. Situé au-dessus du port, il vous permettra d'admirer des reconstitutions de dinosaures grandeur nature, le tout dans un paysage recouvert de fleurs variant selon les saisons (azalées, cerisiers en fleurs...) et habité par de nombreux oiseaux.

Le point le plus intéressant de ma petite balade en bus reste sans aucun doute l'observatoire de Yunohira. Il s'agit effectivement du meilleur endroit scénique de Sakurajima. De ce point d'observation, on peut observer la baie de Kinko et au second plan la ville de Kagoshima (ci-dessous). En me retournant, j'aperçois la chaine de montagnes Kirishima ,partiellement recouverte de nuages (deuxième photo). A cet endroit, je me trouve à 373 mètres d'altitude (troisième photo). C'est dommage qu'il fasse mauvais temps car d'ici j'aurais pu observer la fumée du cratère du volcan.

Bientôt, nous redescendons vers le port (ci-dessous) de cette île si plaisante. L'endroit ne déborde pas d'attractions et n'est pas, somme toute, exceptionnel mais offre l'avantage de quitter un instant le continent (si on peut appeler Kyushu un continent car Kyushu reste avant tout une île!) par bateau, de profiter d'une petite croisière le nez au vent marin si vivifiant.

Il est encore tôt pour regagner mon hôtel et je décide de me rendre à l'aquarium municipal Io World. Lorsque vous descendez du ferry, il suffit de marcher cinq minutes et vous y êtes. J'avais un instant caresser le doux espoir d'observer des dauphins en liberté dans le port ou en mer, dans la baie de Kinko mais j'ai vite dû renoncer. On nous avait bien signalé que depuis quelques temps déjà, une colonie de ces cétacés avait élu domicile dans la baie de Kagoshima mais rien ne semble, d'après moi, organisé pour permettre leur observation au large. On m'a bien parlé de trois dauphins qui circulent dans le port, tôt le matin, mais sans plus. Et puis, avec les dauphins, pas question de prendre rendez-vous! Je me replie donc sur cet aquarium où j'espère pouvoir observer ces fameux animaux. A l'intérieur, les photos sont autorisées et je ne me priverai pas de prendre des clichés de ces raies magnifiques (ci-dessous) ou de requin baleine énorme (deuxième photo).


 

J'accède à l'aquarium par le premier étage. Le deuxième étage offre de voir le grand réservoir de Kuroshio, là où se trouve les gros poissons comme les raies ou le requin baleine. Des informations succinctes sont données en anglais. Au même étage, un peu plus loin, se trouve une reconstitution de la Mer des îles Nansei (ci-dessous) et de sa flore. L'archipel Nansei est situé au sud-ouest du Japon, entre Kyushu et Taiwan. Il est composé de deux archipels: Ryukyu et Satsunan. Les îles habitées sont celles de l'archipel Osumi, les iles Amami et Tokara, de l'archipel Ryukyu, Okinawa, Kerama,Daito, et Sakishima.

Au 3è étage se trouve une cafétéria. Je m'y arrête pour combler un petit creux mais prévoyez, là aussi de payer en liquide. Les cartes de crédit ne sont pas acceptées. Et la traduction anglaise du menu proposé des plus douteuses...

Au 4è étage, je découvre la flore et la faune de la Mer de Kaoshima, avec ses gros crabes (ci-dessous). La journée est ponctuée de différentes attractions comme le repas des loutres ou le spectacle des dauphins. Celui-ci dure vingt minutes mais n'est pas exceptionnel. Je m'attendais à autre chose, disons, à la réalisation d'exercices plus élaborés par nos amis les dauphins ( ils sont trois dans le bassin dont un bébé). Au lieu de cela, je devrai me contenter de sauts (ci-dessous) certes spectaculaires et de poses au bord du bassin (photo). Le public est conquis car, parallèlement à ce qui se passe dans le bassin, un film est diffusé sur grand écran. Celui-ci explique la vie des cétacés, sur les commentaires d'un animateur présent dans la salle. Le spectacle se veut avant tout ludique et interactif mais aucun enfant ne sera invité par exemple à donner un poisson à un dauphin.


 

 

INFOS PRATIQUES:

 


  • Office du tourisme de Sakurajima: http://www.sakurajima.gr.jp/svc/english/

  • Pour vous rendre à Sakurajima, empruntez le ferry au départ du port de Kagoshima. Il vous en coûtera 150 yens (payables à l'arrivée à Sakurajima, et au départ de Sakurajima pour le voyage retour) et la croisière dure environ quinze minutes. Site internet: http://sakurajima-ferry.jp/en/en-index.html

  • A votre arrivée à Sakurajima: Vous trouverez sur votre droite un petit bureau d'informations sur les possibilités de visites qui vous sont offertes. Personnellement, j'ai opté pour une balade en bus d'une heure, qui me permet de voir les points les plus remarquables du lieu. J'ai acheté un ticket (pour un nombre de voyages illimité pour la journée) de bus moyennant la somme de 500 yens (guichet en face du bureau d'information). Le bus se trouve au rez de chaussée ( descendre en empruntant les escaliers) et part du port toutes les 1 heure cinq minutes ( 9h00, 10h05, 11h10, 12h15, 13h20, 14h25, 15h30 et 16h35). Vous pouvez vous arrêter à une station pour vous reposer ou visiter mais il vous faudra attendre le prochain bus. L'autobus s'arrête quelques instants (en génral de 5 à 10 minutes) le temps de descendre prendre quelques clichés et de repartir. Ne trainez pas sinon le bus repartira sans vous. Le circuit proposé: Hinoshima Megumikan Rest stop--> Observatoire de Karasujima---> Vue du parc Akamizu--->Observatoire de Yunohira ---> Ecole élémentaire d'Oshu---> retour au port de Sakurajima.

  • Aquarium Io World, 3-1 Honkoshinmachi, Kagoshima-shi. Tel: 099 226 2233. Ouvert tous les jours de 9h30 à 18h00. Tarif: 1500 yens ( en cash uniquement) par adulte , ou 350 yens par enfant de + de 4 ans. Site internet: http://ioworld.jp/

     

    Spectacle des dauphins: en semaine, à 11h00, 13h30 et 16h00. Le dimanche et les jours fériés: 10h30, 12h00, 14h00 et 16h00.

     

    D'autres attractions comme le repas des loutres, du requin baleine ou de l'anguille électrique sont disponibles. Demandez le dépliant en anglais. Tout y figure.

 









 



Retour aux reportages par pays