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Dieux des Montagnes, Trésors de Yoshino, Kumano et Koya (Musée des Beaux-arts, Osaka, Préfecture d'Osaka, Japon)
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Mardi 22 avril 2014

Le Japon est riche en lieux de culte et la région d'Osaka ne déroge pas à cette tradition. Je me rends aujourd’hui 'hui au musée des Beaux-arts d'Osaka où se tient une exposition exceptionnelle présentant 150 objets précieux, images des dieux et bouddhas de trois pèlerinages des régions de Yoshino/Omine, Kumano Sanzan et Koyasan. Une fois de plus, la prise de photos est interdite et de toute façon impossible car chaque salle d'exposition est étroitement surveillée. Je ne dispose d'aucune documentation pour décrire cette manifestation. Seules les légendes des œuvres (en japonais et en anglais) me permettent de comprendre ce que je vois. Répartie sur deux niveaux, cette exposition permet d'admirer de nombreuses statues : des noms défilent sous mes yeux comme Zao Gongen, Zenki et Goki ou Enno-Gyoja. De temps à autre, sont affichées des représentations de tel ou tel lieu (comme le Mont Omine, le temple Seson de la préfecture de Nara, ou celui de Kongobu dans la préfecture de Wakayama). Je peux aussi voir des représentations des pèlerinages au Mont Koya ou de Nachi. Les temples s'égrennent tout au long de ma visite et appartiennent à trois préfectures : Nara, Shiga, et Wakayama. Ces temples sont nombreux : Saidai, Taisan, Kinpusen, Nyoirin, Hokaku, Kongobu, et démontrent l'importance spirituelle de ces montagnes en tant que lieux de pèlerinage.

 

Nichés au cœur des forêts denses, les trois sites sacrés de Yoshino, Kumano et Koya se trouvent dans les Monts Kii, et surplombent l'océan Pacifique. Ils sont reliés par des chemins de pèlerinage aux anciennes capitales qu'étaient Kyoto et Nara. Ils reflètent la fusion entre le shinto, enraciné dans l'antique tradition japonaise du culte de la nature, et le bouddhisme débarqué de Chine et de la péninsule coréenne. Les sites (qui ont une superficie de près de 500 hectares) et les forêts environnantes reflètent une tradition pérenne de sanctification des montagnes, et ce, depuis 1200 ans. Sur place, on trouve des torrents, des rivières et des chute d'eau et l'endroit accueille jusqu'à 15 millions de visiteurs chaque année, qu'ils soient pèlerins ou simples randonneurs. Chacun des trois sites renferme des sanctuaires dont certains remontent au IX è siècle. On comprend mieux l'intérêt de cette exposition qui rassemble des joyaux de ces sanctuaires.

 

Les monts Kii sont situés à la fois dans les préfectures de Wakayama, Nara et Mie, de la péninsule de Kii. Les site dont nous parlons aujourd'hui ont été enregistrés en 2004 sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco. Les chemins de pèlerinage (appelés Kumano Kodo) sont divisés en cinq sentiers : Le petit sentier, qui va de Koyasan à Kumano Sanzan (soit 70 kilomètres), le sentier moyen, de Tanabe à Kumano Sanzan, le grand sentier (de Tanabe à Kushimoto et Kumano Sanzan, soit 120 kilomètres), le sentier d'Ise (du sanctuaire d'Ise à Kumano Sanzan, soit 160 kilomètres) et le sentier de Kii (d'Osaka à Tanabe).

La péninsule de Kii se trouve dans l'une des régions du Japon où il pleut le plus. C'est pour cette raison que les sentiers ont tous été pavés de pierres à de nombreux endroits. A l'époque d'Edo, le fief de Wakayama jalonnait les sentiers à l'aide de bornes distantes d'un ri (500 mètres).

 

Parmi les pèlerinages, on trouve Yoshino/Omine : Yoshino est un bourg japonais situé dans le district de Yoshino de la Préfecture de Nara. Son mont est célèbre pour ses 30 000 cerisiers sakura, répartis sur dix plantations et à différentes altitudes, afin de permettre une floraison étalée. Les amateurs de Shugendo (tradition spirituelle japonaise millénaire à forte dominance Bouddhiste Vajrayana) débutent traditionnellement le pèlerinage du Mont Omine à partir de Yoshino. Le Mont Omine est une montagne sacrée connue pour ses trois tests de courage. Appelé aussi Mont Sanjo, il doit son renom grâce à sa hauteur dans la chaine montagneuse Omine. Son monastère fut fondé au VIII è siècle par En no Gyoja, pour servir de lieu d'accueil au shugendo (surpassement de soi). Le gouvernement Meiji, en 1872, interdit la pratique des superstitions et les croyances en des créatures étranges comme le Yokai et le Yurei. Le mont replongea alors dans l'oubli et les pratiques du Shugendo se tinrent secrètement. Il faudra attendre 1945 pour que soit à nouveau autorisée le retour des pèlerins et la pratique des rites. D'après le concept Shinto, le Mont Omine était autrefois interdit aux femmes (à l'origine, à toute personne souillée, dont les femmes, à cause de leurs menstrues) et aux personnes ayant connu un récent décès dans leur famille. Les autres montagnes respectent quant à elles d'autres traditions, comme par exemple la sélection des pèlerins selon le sexe et en fonction des saisons (les femmes peuvent gravir la montagne à un moment donné, et les hommes à un autre moment) dans le but d'éviter toute tentation. Le Mont Omine est le refuge de la religion Shugendo, mais les traditions s'estompant, le lieu est devenu plus touristique que jamais.

 

Un autre pèlerinage, très connu, et qu'il me faudra faire un de ces jours, est celui de Kumano-Sanzan : le complexe religieux de Kumano-Sanzan est constitué entre autres par le Kumano Hatayama-taisha, le Kumano-Hongu-taisha (Tanabe) et le Kumano-Nachi taisha, dans la préfecture de Wakayama. Ces trois sanctuaires forment le Sohonsha (temples principaux) de tous les autres sanctuaires Kumano, et sont reliés par le chemin de pèlerinage Kumano sankeimichi. Le Kumano-Sanzan comprend aussi deux temples bouddhiques importants, le Seiganto-ji et le Fudarakusan-ji. Ce culte de Kumano date de la Préhistoire et s'est établi dans une région soi-disant bonne pour la santé. Au départ, chaque temple agissait en toute indépendance mais au X è siècle, ceux-ci se rapprochèrent pour vénérer les trois divinités shinto de Kumano, sous l'influence du bouddhisme. C'est ainsi que l'endroit devint un haut- lieu de pèlerinage, d'abord pour les empereurs et les aristocrates, puis pour toute la population. La première visite importante fut sans doute celle de l'empereur Shirakawa en 1090.

 

Le troisième pèlerinage est celui du Mont Koya (Koyasan). Située dans la préfecture de Wakayama, cette montagne a donné son nom à un ensemble de 117 temples bouddhiques. Le bonze Kukaï installa la première communauté religieuse sur ce mont, communauté qui allait devenir le principal centre du bouddhisme Shingon. Situé sur un plateau à 800 mètres d'altitude et entouré de huit sommets, le premier monastère se développa au point de donner naissance à une ville, Koya. Celle-ci possède son université d'études religieuses et plus de cent temples qui accueillent pèlerins et touristes. Célèbre, le site de Koyasan rassemble plusieurs bâtiments religieux dont l'Okuni-in (un immense cimetière contenant près de 200 000 pierres tombales de samouraïs, de personnalités ou de gens ordinaires), lee Kongobu-ji, temple qui gère les affaires des 3600 temples de la secte shingon, le Garan (complexe principal des temples du Koyasan) et le Jison-in (temple un peu en retrait, à une vingtaine de kilomètres du centre). Le Mont Koya fut désigné par l'Unesco patrimoine mondial de l'humanité, en 2004.

 

Si vous passez par Osaka d'ici au 1er juin prochain, ne manquez pas cette exposition exceptionnelle, qui peut servir de préalable à un pèlerinage dans la région.

 

 

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