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Yamagata et ses lieux de culte (Préfecture de Yamagata, Tohoku, Japon)
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Mercredi 24 septembre 2014

 

Le Tohoku, région sur laquelle il m'arrive d'ironiser car un peu lointaine et démunie, est cependant très riche culturellement et Yamagata en fait partie. Cette ville (qu'il ne faut pas confondre avec Yamagata située dans la préfecture de Gifu) se trouve dans la Préfecture du même nom, plus exactement dans la région montagneuse du sud-ouest. La rivière Mogami traverse la ville tandis que le Mont Zao domine l'ensemble (on peut observer ce dernier par temps clair, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui). D'une longueur de 224 kilomètres, le cours d'eau Mogami est considéré comme l'une des trois rivières les plus accidentées du Japon. Et coule du sud de la Préfecture vers le nord pour se jeter ensuite à Sakata, dans la Mer du Japon. Autrefois, la rivière Mogami était utilisée pour le transport de marchandises (fleurs, riz) vers le Kansaï. Yamagata faisait jadis partie de la Province de Dewa. La ville fut celle du domaine de Yamagata durant l'époque Edo, lors de la domination du shogunat de Tokugawa. La ville moderne fut, elle, fondée le 1er avril 1889, lorsqu'elle devint la capitale de la préfecture. Le domaine de Yamagata était autrefois l'un des fiefs de la Province de Dewa et changera plusieurs fois de mains en peu de temps sous la période Edo. Peuplée il y a très longtemps par le peuple aborigène Ezo, originaire du nord (c'est à dire des îles d'Hokkaido, de Sakhaline et Kuriles), la région deviendra le fief de la branche Oshu de la famille Fujiwara sous la période Heian (794-1185). Lors des périodes Sengoku et Edo, le domaine passera de main en main, au gré des batailles, et conduira même à la campagne de Sekigahara en 1600. A ce moment-là, Yamagata était contrôlée par Mogami Yoshiaki qui avait arraché la cité à la famille Uesugi. Avec l'aide d'alliés, il fit face à une armée de 20000 hommes menée par Naoe Kanetsugu, mais on ne relève curieusement pas de combats au château de Yamagata même. Date Masamune, puissant damyo du Tohoku, sous la période Azu-Momoyama, permettra de tenir à distance les armées de Naoe Kanetsugu jusqu'à l'annonce de la défaite d'Ishida Mitsunari par Tokugawa Ieyasu à la bataille de Sekigahara. Après cette célèbre bataille, le shogunat fit de Yamagata un fief et le confia au clan Mogami (assorti d'un revenu annuel de 570 000 koku). Fief bientôt réaffecté provisoirement à la famille de samouraïs Torii, en 1622 (avec cette fois un revenu annuel de 220000 koku), avant que le shogunat n'en reprenne le contrôle, en 1636, faute d'héritier. Ensuite, les familles Okudaira et Matsudaira, descendantes du clan Tiokugawa, se partageront en alternance la direction du domaine de Yamagata, avec d'autres familles de daimyos. Lorsque le lord de Yamagata disparut, plusieurs héritiers prétendants se suicidèrent afin de suivre leur maitre dans l'au-delà. Cette pratique, appelée le junshi (ou seppuku) était courante à cette époque et apparaissait comme le gage de fidélité ultime. Le fief revint ensuite à Hotta Masanaka. Au fil du temps, et après l'occupation du fief par plusieurs familles issues des Tokugawa, le domaine reviendra successivement aux familles Akimoto et Mizuno.


 

Mon voyage vers le Tohoku débute tôt ce matin en montant à bord du shinkansen Tsubasa 123, qui traversera d'abord les champs de riz devenus entièrement jaunes à cette époque de l'année, avant de pénétrer dans les montagnes. La récolte du riz a même déjà commencé. On aperçoit de temps à autre des petites moissonneuses qui coupent les plantes, puis séparent le grain de la paille. Cette dernière est ensuite mise à sécher tantôt par petits tas dressés en forme de pyramide, tantôt autour d'un bâton, formant ainsi une forme massive presque humaine. Il me faudra trois heures avant d'atteindre Yamagata. Dans la dernière partie du voyage, le shinkansen ne roule pas très vite mais a au moins le mérite d'atteindre ces contrées reculées.

A peine arrivé, je dépose mes bagages puis me dirige en direction de la porte de l'ancien château de la cité, Higashi Ote-mon (ci-dessus en photo). Il ne reste malheureusement plus grand chose du château de nos jours. Celui-ci fut pourtant une construction basse et vaste jadis située dans le centre de Yamagata, qui servit, durant la période Edo, de quartier général pour les daimyos successifs du domaine de Yamagata dont je vous ai parlé plus haut. Ce château, qui portait aussi le nom de « Ka-jo » est désormais classé comme bien site historique national. Ce « ka-jo » est le nom qui a été donné depuis à un parc de la ville. Des fouilles ont toujours lieu à l'intérieur de l'enceinte de l'ancien château, accessible par la porte Mon-ji (ci-dessous). Alors que j'atteins la porte est de l'ancienne forteresse, je demande mon chemin à un Japonais, assis là. Je lui fais part de mon souhait de me promener en ville, à la recherche des temples et sanctuaires qui jonchent la cité. Je souhaite tout d'abord me rendre au temple Sensho-ji (deuxième photo ci-dessous). Notre homme me propose aussitôt de m'y accompagner.


 

Le temple Sensho-ji est le gardien de l'esprit de la fille de Yoshiaki Mogami, Koma-hime, ou la Princesse Koma. Cette dame était la deuxième fille de la famille et avait la réputation d'être la plus belle femme de l'est du Japon. Hidetsugu Toyotomi en ayant entendu parler (lui qui était alors conseiller en chef de l'empereur après Hideyoshi Toyotomi) et voulut en faire sa concubine. Bien entendu, Yoshiaki, le père de la jeune fille déclina l'offre. Mais Hidetsugu, jouant de son influence, réitéra à plusieurs reprises sa demande, jusqu'à ce qu'il obtienne finalement satisfaction et emporte avec lui la princesse à Kyoto. Au même moment, Hidetsugu fut suspecté de complot de trahison par Hideyoshi Toyotomi, qui lui imposa de gravir le Mont Koya et de s'y suicider par seppuku (éventration). Nous sommes alors le 15 juillet 1595, à quelques années de la bataille de Sekigahara. Le 2 août, la famille de Hidetsugu ainsi que les trente femmes qui travaillaient à son service , furent exhibées à travers la ville de Kyoto en guise d'humiliation, puis décapitées le long de la rivière Sanjo. A l'époque, on ne plaisantait pas avec l'honneur. Parmi ces victimes, se trouvait la Princesse Koma. Yoshiaki, le père de la jeune fille avait pourtant supplié Hideyoshi d'épargner sa fille mais en vain. La Princesse n'avait alors que quinze ans et son destin tragique toucha la population. Certains prétendirent que Yoshiaki Mogami ne combattit pas plus tard aux côtés de Hideyoshi Toyotomi à la bataille de Sekigahara à cause de la rancune qui le rongeait. Le père de la Princesse aurait, dit-on, transférer le temple Sensho-ji de Takadame (Tendo) jusqu'à Yamagata afin de permettre le repos de l'âme de sa défunte fille. Et l'ombre de la Princesse de planer encore dans ce temple. Si vous passez à Kyoto, rendez-vous à l'ouest du grand pont de Sanjo et vous découvrirez le Temple Zuisenji : là se dressent les tombes misérables des femmes décapitées, accompagnées d'images et de poèmes waka. L'un de ces poèmes fut écrit par la Princesse Koma avant sa mort. Elle y confie son sentiment que même si elle n'est coupable d’aucun crime, elle s'en va rejoindre l'autre monde. A noter que le bâtiment principal du temple Sensho-ji est désormais classé comme bien culturel important.


 

Je me rends ensuite au jardin Momiji (ci-dessus), qui porte bien son nom car ce parc est célèbre pour la beauté des feuilles de ses arbres au moment de l'automne. J'arrive un peu tôt pour cette saison magique qui fait flamboyer les feuilles des érables et des autres arbres. Le jaune, l'orange et le rouge dominent alors offrant un véritable festival de couleurs. Ce sont ces feuilles rouges qu'on appelle « momiji ». le jardin Momiji de Yamagata est petit mais irrésistible. Son jardin japonais, construit autour d'un bassin rempli de carpes, offre un spectacle inoubliable. De plus, le parc possède un maison de thé (Hoko-an) où il est possible de déguster le fameux breuvage lors d'une cérémonie du thé.

 

J'apprécie la tranquillité de ces petites rues que mon hôte et moi-même traversons pour aller d'un point à un autre. Nous croisons parfois quelques cyclistes dans le silence le plus total. On est loin de Tokyo et de son tumulte. Bientôt apparaît le temple Kozen-ji (ci-dessous), qui est le temple de la famille de Yoshiaki Mogami. Là se trouve aussi le cimetière qui rassemble les tombes de Yoshiaki, de Lechika et de Yoshitoshi (deuxième photo). Derrière ce temple, est niché un petit jardin (troisième photo) qui vous mettra dans l'ambiance des périodes Muromachi et Momoyama.


 

Ma promenade s'achève avec le sanctuaire Suma (ci-dessous en photo).Je ne dispose pas d'informations concernant ce lieu et ce n'est pas faute d'avoir insisté auprès du prêtre présent sur place. Mais celui-ci n'a pu me fournir ne serait-ci qu'un document rédigé en anglais qui m'aurait permis d'en apprendre davantage sur l'histoire de ce sanctuaire plus richement décoré que les deux temples précédents. Rappelons simplement que temples et sanctuaires contiennent de nombreux centres historiques et qu'un effort particulier est souvent fait pour conserver et mettre en valeur ces lieux spirituels et historiques. A Yamagata, très peu de panneaux d'information sont rédigés en langue anglaise et pour cette raison, la visite ne peut être que partielle. Il ne faut toutefois pas confondre les temples et les sanctuaires. On s'y perd un peu au départ mais à force d'en visiter...Il existe par exemple sept types de sanctuaires différents au Japon : les sanctuaires impériaux, les sanctuaires Hachiman, les sanctuaires dédiés à Inari, les sanctuaires Sengen, les sanctuaires Tenjin, les sanctuaires locaux et ceux des Tokugawa, Maeda Toshiie... L'affaire n'est pas simple. Bon courage !


 

 

INFOS PRATIQUES :


  • Office de tourisme de Yaamgata, Gare de Yamagata (à côté de la salle d'attente). Tel : 023 647 2266. Ce bureau ne dispose que de deux brochures en langue anglaise.

  • Temple Sensho-ji, 3-7-67 Midoricho, Yamagata. Tel : 023 622 5981.





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