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Le Musée d'Histoire Yoshiaki Mogami (Yamagata, Préfecture de Yamagata, Tohoku, Japon)
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Jeudi 25 septembre 2014

Journée pluvieuse ce matin à mon réveil. J'ai eu le nez creux, hier, lorsque j'ai visité les extérieurs de Yamagata car un typhon à un millier de kilomètres de là allait détraquer le temps et apporter, dans le meilleur des cas, de la pluie. Je revêt donc mon imperméable et pars à la découverte des musées de la ville, tout au moins de quelques-uns d'entre eux, les plus incontournables. Le musée historique de Yoshiaki Mogami m'interpelle. Construit en 1989 afin de commémorer le centième anniversaire de la fondation de la ville actuelle de Yamagata, cet endroit est entièrement consacré à l'histoire de cet homme dont la famille restera à la tête du domaine de Yamagata (qui compta parmi les cinq domaines les plus étendus du Japon) pendant environ 400 ans. De nombreux documents (uniquement en langue japonaise) traitent de l'histoire de cette famille célèbre ici et trois salles d'exposition permettent aux visiteurs d'en savoir plus sur Yoshiaki Momiji et son existence, tout en admirant des objets de son époque ou lui ayant appartenu. Certains de ces objets exposés (qu'il est malheureusement interdit de photographier) datent des batailles ayant eu lieu au XVI è siècle. On peut notamment admirer une représentation de la bataille d'Hasedo ainsi que le casque de Yoshiaki Mogami (ci-dessous). Le casque a été précieusement conservé par la famille Mogami, casque dont on dit qu'il aurait été offert à Yoshiaki par Nobunaga Oda, le pionnier de l'unification du pays, durant l'ère Sengoku. C'est le casque officiel du Lord de Yamagata, aussi appelé « san ju hachiken-sohukurin-sujikabuto » car l'on compte 38 espaces entre les lignes d'or qui recouvrent le casque. Il fut fait à l'aide de petites plaques d'acier rivetées ensemble jusqu'à former un dôme. Le tout fut ensuite laqué d'où son aspect brillant. On trouve sur le dessus une trace d'une balle, tirée par l’ennemi lors d'une bataille, projectile qui faillit couter la vie à Yoshiaki Mogami.


Mais pourquoi apprécie t-on tant Yoshiaki Mogami (ci-dessous, sa statue de bois) ? C'est que le personnage ne resta pas inactif durant son règne : c'est lui qui permit la construction de la ville de Yamagata, il y a 400 ans de cela. Il rénovera aussi le château, aujourd'hui disparu. Tout comme la ville qui entourait la forteresse (qui correspond de nos jours aux quartiers de Nanoka-machi et Toka-machi, quartiers à l'origine de la ville actuelle). Yoshiaki est également à l'origine du marché du Nouvel An qui a lieu le 10 janvier de chaque année. C'est lui qui, dit-on, permit les excellentes récoltes qui caractérisa la période Shonai. Et rendit possible la navigation sur la rivière Mogami. Le Lord diminua les impôts pesant sur les fermiers, les commerçants et les artisans. Il apporta aussi son soutien aux temples et sanctuaires, tout en introduisant à Yamagata la culture d'Osaka et de Kyoto. Il encouragea enfin la culture du carthame, fleur utilisée pour la teinture.

Né sous le signe du cheval, il avait pour loisirs la pratique des arts martiaux, de la calligraphie, et de la lecture. Le saumon grillé relevé de sel était son plat favori. Spécialiste de la langue japonaise, Yoshiaki Mogami, avait un surnom, le général Tigre (faisant allusion à son titre de général, en plus de celui de Lord). On sait qui fut son père, Yoshimori, mais on ne sait rien de sa mère. Il sera l'ainé de quatre enfants (ses deux frères s'appelaient Yoshiyasu et Yoshihisa, et sa sœur, Yoshihime). On sait également qu'il eut pour ancêtre l'empereur Seiwa. Né en 1546, il mourut à l'âge de 69 ans, le 18 janvier 1614.


 

Sa vie fut bien remplie. Dès l'âge de 15 ans, il subit le rite du passage à l'âge d'homme et reçut à cette occasion le droit d’utiliser le caractère Yoshi. Ainsi prit-il le nom de Yoshi-aki. A 26 ans, il prit la tête du clan Mogami, puis devint le 11è Lord du château de Yamagata. A 35 ans, il réussit à sécuriser les trois endroits les plus dangereux de la rivière Mogami, rendant ainsi possible la navigation et permettant le développement d'un commerce fluvial. A 47 ans, il reçut l'ordre de Toyotomi Hideyoshi d'envoyer des troupes à Nagoya (Préfecture de Saga). Au même moment, il rénova le château familial. Trois ans plus tard, sa fille, la Princesse Koma devait être décapitée à Kyoto et il ne s'en remettra jamais. Bientôt, eut lieu la bataille de Keicho Dewa. Yoshiaki a alors 55 ans et doit affronter les forces de Uesugi qui attaquent Yamagata. D'autres batailles féroces suivront, dont la fameuse bataille d'Hasedo, mais aussi Kaminoyama. A l'âge de 57 ans, il devient un puissant daïmio à la tête de terres gigantesques produisant 570000 koku annuels. C'était à l'époque le cinquième plus grand domaine du pays. Et Yamagata était devenue une ville à part entière. Lorsque Yoshiaki fête ses 66 ans, il développe l'agriculture sur la plaine de Shonai en bâtissant un système d'irrigation à Kitadateseki et à Inabazeki. Il décédera en 1614 dans le château où il était né, à Yamagata, laissant ainsi la place à son second fils, Iechika, 12 è Lord de Yamagata. Yoshiaki écrivit plusieurs chroniques sur sa vie. Le livre de celles-ci m'ayant été gracieusement offert par le musée lors de mon passage, je n'ai pu résister au plaisir de vous traduire son dernier récit :

Les derniers jours de Lord Yoshiaki

Durant l'été 1613, le Lord Yoshiaki se sentit bizarre et sa santé se mit peu à peu à décliner malgré les nombreux traitements auxquels il se soumettait. Voyant cela, il eut soudain une pensée : »Je suis redevable vis à vis du Lord Ieyasu Tokugawa pour les gentillesses dont il m'a gratifié toutes ces années et je m'en voudrais de ne pas lui rendre une dernière visite ». Il prit donc la route de Suruga et le Lord Ieyasu lui envoya son messager, Honda Kozukenosuke avec le message suivant : « Comme vous êtes souffrant, le Lord Ieyasu vous demande de venir à lui sur votre palanquin ». Touché par cette gratitude, Lord Yoshiaki se rendit aussitôt au château accompagné du messager. A son arrivée, on le conduisit à ses quartiers privés, où le Lord Ieyasu l'accueillit avec toutes les sollicitudes et lui apporta lui-même des médicaments. »Comme Edo se trouve sur votre chemin du retour, arrêtez-vous chez Hidetada. Je vais vous remettre un mot à son intention ». Et Lord Ieyasu de confier une missive à Yoshiaki pour qu'il la remette à Hidatada. La lettre commençait par ces mots : »Malgré son état de santé, Lord Yoshiaki vous fait une visite d'adieu et j'espère que vous l'accueillerez comme il se doit ». Et Lord Ieyasu de faire apporter des vêtements à Yoshiaki par ses serviteurs, en faisant preuve d'une extrême courtoisie.

Lord Yoshiaki s'en alla à Edo et remit la missive du Lord Ieyasu au Lord Hidetada. « Venez au château et franchissez l'entrée sur votre palanquin » lui dit-il. Hidetada reçut Yoshiaki avec courtoisie et sincérité, lui offrants de beaux habits, et des pièces d'or et d'argent. « Retournez vite dans votre domaine et soignez-vous » lui ajouta t-il. Yoshiaki se mit en route dès le lendemain. De retour à Yamagata, il se dit qu'il avait réglé toutes ses affaires, puis rendit son dernier souffle le 18 janvier 1614, à l'âge de 69 ans. Le nom posthume bouddhiste qui lui fut donné sera Gyokusanhakko Daikoji.

Les serviteurs du Lord Yoshiaki, Sagae Hizen no Kami, Sagae Jubei, Nagaoka Tajima no Kami et Yanbe Kawachi no Kami décidèrent d'accompagner leur maitre dans l'au-delà. Après avoir salué une dernière fois leurs épouses et réglé les détails de la cérémonie bouddhiste pour le repos de leurs âmes, les quatre hommes se rendirent au Temple Kozen-Ji avec l'intention de se donner la mort par le suicide rituel du seppuku en se faisant harakiri. Il y avait sur place deux serviteurs de Hizen no Kami qui, eux aussi, souhaitèrent suivre le Lord Yoshiaki dans la mort, malgré la désapprobation de Hizen no Kami. « Nous vous accompagnons », crièrent-ils tous, en s'éventrant à l'aide de leurs sabres, suivant ainsi leur maitre dans l'autre monde. Une preuve exceptionnelle de fidélité.

 

 

INFOS PRATIQUES :

 


  • Musée historique de Yoshiaki Mogami, 1-53 Onhte-machi, à Yamagata. Tel : 023 625 7101

    Ouvert tous les jours de la semaine (excepté le lundi), de 9h00 à 16h30. Entrée libre. Prise de photos uniquement autorisée près de la réception. Informations uniquement en japonais. Par contre le personnel vous remet une brochure complète en langue anglaise ainsi qu'un livre des chroniques rédigées par Yoshiaki Mogami et traduit en anglais, le tout gracieusement. Site internet : http://mogamiyoshiaki.jp/

  • Musée de l'éducation, 2-2-8 Midori-cho, Yamagata. Tel : 023 642 4397. Ouvert tous les jours (sauf le lundi), de 9h00 à 16h30 ; Entrée : 150 yens. Se déchausser avant d'entrer. Site internet : http://www.yamagata-museum.jp/

  • Bunshokan, anciens bureaux préfectoraux, désormais classés biens culturels nationaux, Yamagata-shi, Hatago-machi 3-4-51, Yamagata. Tel : 023 635 5500. Ouvert tous les jours (sauf le lundi) de 9h00 à 16h30. Entrée libre. Site internet : http://www.gakushubunka.jp/bunsyokan/




 



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