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Saint-Cado (Belz, Morbihan, France)
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Heure locale

 

Jeudi 19 janvier 2017

 

En visite depuis quelques jours à Vannes (Morbihan), chez Lionel, je suggère que nous nous rendions à Saint-Cado, une étrange petite île située dans la ria d'Etel. La rivière d'Etel (ou ria du même nom) coule dans un aber, une petite vallée profonde envahie par la mer à marée haute. Cet espace constitue une petite baie parsemée d'îlots, dont l'embouchure donne sur l'océan Atlantique au niveau de la petite ville d'Etel. La rivière prend sa source près du village de Penhoët (commune de Languidic, Morbihan), avant de s'élargir près de Nostang. C'est alors que l'influence de la marée commence à se faire sentir. Et le pont Lorois de franchir le cours d'eau entre Belz et Plouhinec. Belz, commune dans laquelle se trouve justement Saint-Cado.

Au niveau de son aber, la rivière d'Etel est parsemée d'îles et d'îlots, dont l'île de Saint-Cado, et l'îlot de Nichtarguer (ci-dessous). Ce minuscule petit îlot est connu à travers le monde grâce à l'unique maison qu'il abrite et qui fait souvent le bonheur des photographes. Nichtarguer ne mesure en effet que 25 mètres de diamètre à marée haute. Lorsque la mer se retire, la rivière d'Etal laisse apparaître une bande de sable de près de cent mètres de longueur. La maison, elle, fut construite en 1894. De forme rectangulaire, et en pierre, avec son toit pentu fait d'ardoises, des ardoises d'ailleurs en partie recouvertes de lichens, la demeure possède une porte et des volets bleu clair, ce qui accentue encore son charme. Elle fut érigée pour le gardien du parc ostréicole tout proche.


 

En cet après-midi d'hiver, le vent est glacial mais le soleil brille et je croiserai plusieurs autres promeneurs lors de ma balade. L'île de Saint-Cado, elle est reliée par un long pont en pierre (ci-dessous) que je franchis en quelques minutes. Ancien port sardinier, Saint-Cado tire son nom de Saint Cadou, un ermite qui y aurait vécu dès le VI ème siècle. Ce petit bout de terre offre deux curiosités : une chapelle datant du XII ème siècle et un calvaire qui fut bâti en 1832.

 

Le saint possède plusieurs noms : Cado, Cadoc, Catuod, Catoc, Cazout ou Cadochus, c'est selon. Saint chrétien légendaire fêté le 21 septembre, il serait né vers 522 dans le Glamorgan (Pays de Galles) et mourut assassiné dans sa cathédrale par les Barbares. Saint Cadou (ci-dessous sa statue) serait le neveu de Pétroc de Bodmin, lui-même honoré à Lopérec (Finistère) et le fils de saint Gwynllyw, roi de Glywysing et de sainte Gladys. Cadou refusera de prendre la tête de l'armée de son père car il préférera combattre pour Jésus-Christ. Il fondera l'abbaye de Llancarfan, puis un monastère à Cambuslang (Ecosse), avant de traverser la Manche pour venir dans le pays de Vannes. Il voyagera aussi jusqu'en Palestine, rencontrera le Pape puis deviendra évêque de Bénévent (Italie) où il serait mort en 570.

Ce saint est bien connu au Pays de Galles et reste l'un des plus importants saints gallois car c'est en son abbaye de Llancarfan que furent formés plusieurs saints celtiques parmi lesquels saint Brandan et ...saint Malo !


 

Plusieurs chapelles sont dédiées à Saint Cadou, dont celle de la petite île de Saint-Cado : après s'être installé sur l'îlot, Saint Cadou bâtit un oratoire. Afin de faciliter le passage des nombreux fidèles qui venaient l'écouter, notre saint érigea un pont qui ne tarda pas à s'écrouler. Le diable lui proposera alors de le reconstruire à condition de lui accorder le premier être vivant qui le traversera. Saint-Cadou accepta le marché et fera traverser le nouveau pont par... un chat. Les moines de Quimperlé hériteront plus tard de l'ermitage de Saint-Cado et y établiront un prieuré aux XI-XII ème siècle, et la chapelle de devenir un lieu de pèlerinage. Les malentendants y viendront nombreux pour chercher la guérison. Et d'introduire la tête dans la cavité d'un petit autel appelé « Lit de Saint-Cado ». Malheureusement, la chapelle est fermée lorsque j'arrive sur place. Romane, cette chapelle dispose d'un choeur circulaire. On trouve à l'intérieur trois travées plein cintre, arcade sous pilastres ou colonnes. Un arc clôturant le choeur repose sur deux chapiteaux romans dont la sculpture est peu visible. Le côté sud de l'édifice, lui, présente un porche à tendance ogivale. Une tribune en bois contient quant à elle dix panneaux en bois ajouré et sculpté datant du XV ème siècle. La chapelle abrite enfin une sorte d'autel en pierres plates, appelé lit de Saint-Cado. En contrebas de la chapelle, classée monument historique depuis 1925, se trouve toujours une fontaine du XVIII ème siècle. Cette grande fontaine comprend la fontaine à proprement dite et un bassin auquel on accède par deux escaliers. Elle disparaît toutefois sous les eaux à marée haute. Restaurée en 1936, une inscription était autrefois lisible, qui indiquait le XVIII ème siècle comme date d'achèvement de la construction. Depuis, l'association « Les Amis de la Chapelle de Saint-Cado » y ont fait sculpter une statue du saint.

 

A quelques mètres de la chapelle se dresse depuis 1832 un imposant calvaire de pierres (ci-dessus en photo) avec trois larges escaliers et quatre piliers ornés de têtes d'anges et surmontés de flammes, don de M.Marec, curé de Belz. Autrefois, le jour du pardon (qui a lieu le 3 ème dimanche de septembre), le clergé s'y tenait pour la célébration des vêpres, la prédication et la direction de la procession. L'endroit était également utilisé parfois comme lieu de séchage des cordages à maille de chanvre. C'est là que les femmes des pêcheurs et leurs enfants ramendaient (remaillaient) les filets de pêche.

La pêche à la sardine occupera la population locale de Saint-Cado du début du XVII ème siècle jusqu'à la dernière campagne de pêche, dite du Jean-Marie Paule qui aura lieu en 1964. La sardine était alors ramenée au petit port à bord de chaloupes de deux à trois tonneaux, armées par quatre hommes, y compris le patron. Ce dernier était d'ailleurs le seul marin de l'équipage, puisque les trois autres n'étaient souvent que des saisonniers qui exerçaient d'autres métiers (brassiers, journaliers, laboureurs ou maçons...) le reste du temps. La sardine subviendra ainsi longtemps aux besoins nourriciers de toute une population sur place. Un superbe vitrail, appelé vitrail du travail de la mer (ci-dessous) et situé à l'intérieur de la chapelle, donne une idée des métiers de la mer alors exercés. A l'époque, le pont-digue, dont les premières traces remontent au Moyen-Âge, servait de lieu d'accostage aux chaloupes sardinières et de liaison entre le continent et la petite île. En 1636, il s'agissait d'une digue percée en deux endroits pour permettre l'écoulement des marées. Ces deux percements étaient alors recouverts d'un simple platelage de bois. Les parapets, eux, sont d'époque contemporaine.

 

En prolongement de cette visite, il est possible de descendre la rivière d'Etel jusqu'à son embouchure, lieu où se trouve la barre d'Etel, un banc de sable sous-marin formé par le croisement de courants et dont la position est variable. Ce lieu est à l'origine du drame qui se déroula le 3 octobre 1958 lors d'une expédition organisée par Alain Bombard pour tester un nouveau type de radeau de survie. Un rouleau provoqué par la barre retourna le radeau sur lequel se trouvaient des personnes. Et le canot de sauvetage venu au secours des naufragés, de chavirer lui aussi. Au final, neuf personnes périrent dans cet accident (quatre occupants du radeau de survie et cinq sauveteurs). Par ailleurs, les abers (vallées maritimes) recèlent souvent des écosystèmes remarquables, fruit du mélange d'eau saumâtre avec l'eau douce à marée haute. C'est le cas dans la rivière d'Etel, dont la partie marécageuse située à son extrémité nord, et sa partie sud jusqu'à l'embouchure, est désormais protégée. On peut y trouver poissons et coquillages, ainsi que de nombreuses espèces d'oiseaux marins (hérons, canards et cormorans). L'élevage des huitres, qui a débuté au cours des années 1890 (avec l'arrivée du chemin de fer dans la région) se poursuit toujours aujourd'hui. Il s'agissait d'abord d'huitres plates, puis à la fin des années 1940, d'huitres creuses d'origine portugaise, jusqu'à ce que l'épizootie de 1970 n'impose localement l'élevage de l'huitre creuse japonaise. De nos jours, ce sont 75 entreprises de conchyliculture (pour la plupart familiales) qui produisent près de 3000 tonnes d'huitres chaque année dans cette magnifique ria d'Etel.

 

INFOS PRATIQUES :

  • Les Amis de la chapelle de Saint Cado :http://www.mairie-belz.fr
  • En principe, la chapelle est toujours ouverte (je n'ai pas eu de chance lors de mon passage). C'est un certain Etienne Le Bozec qui est chargé d'ouvrir et de fermer la porte.

  • Un bar-restaurant se trouve sur le continent à l'entrée du pont menant à l'île. On peut y déguster un plat du jour, s'y procurer quelques souvenirs ou prendre une boisson chaude. Personnel aimable.

  • Les Amis de Saint-Cado : http://www.saint.cado.free.fr






 



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