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Exposition "L'Afrique des Routes" (Musée du Quai Branly - Jacques Chirac, Paris, France)
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Mercredi 15 mars 2017

 

L'Afrique, cet immense continent, a une histoire très riche que le Musée du Quai Branly-Jacques Chirac nous invite une fois de plus à découvrir:l'exposition qui y est présentée jusqu'en novembre prochain, L'Afrique des Routes, dépeint le continent noir comme un espace carrefour où individus et pouvoirs se sont déplacés, ont combattu et édifié, par les côtes, les pistes, les fleuves et les voies ferrées. Ces routes virent longtemps circuler tantôt l'ivoire, le sel, les langues, tantôt les cauris, l'or, les idées, les savoirs et le métal forgé. On y croisera également les esclaves cruellement menés à Rome, Bagdad, Cambay, Canton, Sao Tomé, Salvador de Bahia ou à la Nouvelle-Orléans.

La générosité des institutions et des collectionneurs fut déterminante pour la réussite de cet événement qui rassemble les quelques 300 sculptures, pièces d'orfèvrerie ou d'ivoire, peintures et autres oeuvres témoins des dynamiques qui traversent l'histoire africaine, tant par leur facture que par les enseignements qu'ils livrent. Le visiteur est ainsi convié à suivre plusieurs itinéraires le long de grands jalons thématiques et à découvrir combien l'histoire du continent est multiple et combien ses réalités s'entrecroisent à celles du reste du monde, du cinquième millénaire à nos jours.


 

Aux origines de l'humanité, l'Afrique échangea constamment avec les autres continents, en fournissant non seulement sa force de travail, son or, ses matières premières, mais aussi ses savoir-faire et ses cultures remodelés. Les Africains n'ont jamais vécu dans l'isolement, bien que les échanges panafricains et extra-africains eurent été longtemps ignorés. Ces derniers existaient pourtant depuis des millénaires, et bien avant l'arrivée des premiers Européens. Les spécialistes s'accordent aujourd'hui pour dire que l'histoire de l'Afrique est la plus ancienne du monde, et pour situer les origines de l'être humain sur ce continent, au sud du Sahara. L'exposition met en lumière la circulation des cultures africaines au fil du temps, à l'intérieur et à l'extérieur du continent, en évoquant différentes formes de routes : celles des villes, du commerce, des religions, des formes, de la colonisation et des objets. Non seulement les Africains n'ont jamais cessé de circuler sur leur continent, mais hommes et idées échangèrent continuellement avec le reste de la planète.

Abordons les routes et les moyens de transports : les routes terrestres, fluviales et maritimes ont toujours favorisé les déplacements migratoires et les alliances transformant les cultures et diffusant idées, savoirs et arts pendant des milliers d'années. Vers 3500 avant notre ère, le cheval (ci-dessous) facilitera le commerce caravanier entre le sud du Sahara et l'Europe via l'Afrique du nord. Et trois millénaires plus tard, d'être remplacé par le dromadaire. Ce dernier sera introduit par les Berbères sahariens, par la Corne de l'Afrique, au 5 ème siècle avant notre ère. L'animal se révèlera particulièrement résistant pour porter de lourdes charges sur de longues distances, car peu gourmand en eau. Le cheval, lui, restera un moyen de locomotion de prestige hors zones tropicales sèches et équatoriales humides, garantissant même une supériorité en temps de guerre sur de moyennes distances.

 

En pirogue, à cheval ou à pied, les Africains se déplacent, transmettent des connaissances et des savoir-faire, commercent, se font la guerre, créent des alliances comme leurs contemporains ailleurs dans le monde. Fleuves, lagunes et lacs sont des routes maitrisées de longue date. Dès l'Antiquité, on relève la présence de pirogues africaines sur l'Océan Indien, qui pratiquent pêche et cabotage. On dit même que l'empereur du Mali, Aboubakar II (vers 1310-1312) aurait lancé deux expéditions à la découverte de...l'Océan Atlantique.

Encore fallait-il se repérer lors des déplacements : au 2ème siècle, l'astronome et géographe grec Claude Ptolémée dresse la première mappemonde (ci-dessous en photo) qui servira de base aux géographes arabes dès le 9 ème siècle, puis aux Européens à la Renaissance. Les atlas arabes dessineront une partie des côtes orientales africaines avec le cours du Nil, tandis que les Européens traceront les premières cartes marines au XVI ème siècle qui décriront avec précision tous les ports de mer, leurs fonds, les marées et les façons d'y entrer et d'en sortir.

Les passerelles entre les continents sont alors des routes maritimes au moyen et long cours. Et la mer Méditerranée, la mer Rouge et l'Océan Indien d'être domestiqués par les hommes d'Afrique, d'Asie, d'Insulinde et d'Europe dès avant l’Antiquité, puis l'Océan Atlantique par les Portugais au XV ème siècle. La Chine enverra dans l'océan Indien de grandes flottes dès 1405, avec certains vaisseaux à neuf mâts mesurant déjà jusqu'à 130 mètres de long (en comparaison avec la caravelle portugaise et ses 25 mètres de long).

 

Les villes, jalons de route apparaissent bientôt : routes et réseaux impliquent le développement de centres urbains, de sièges du pouvoir et d'appareil d'Etat. Ces villes sont autant de lieux favorables au commerce local, régional, inter africain, voire international, terrestre et maritime. Chaque tournant historique a vu se succéder des types urbains particuliers, avec ancienneté des échanges interégionaux, puis pénétration de l'Islam, concurrences indienne, arabe et européenne, découverte portugaise, traites négrières et conquête coloniale. Le village de Nok donnera ainsi naissance à une civilisation que l'on situe entre le premier millénaire avant notre ère et le 6è siècle de notre ère. On y trouvera des preuves de la pratique de l'agriculture et de la maitrise de la fonte du fer. Carthage, elle, sera fondée en 814 avant notre ère et sera la plus prestigieuse des cités puniques de Méditerranée. Ses pistes caravanières lui apporteront or, ivoire et produits exotiques en abondance. Entre 730 et 656 avant notre ère, les Nubiens (Soudan actuel) du royaume de Napata dominent la réunification de la Haute et de la Basse Egypte sous une dynastie kouchite noire. Patrie de l'empereur romain Septime Sévère (en photo ci-dessous), Lepcis Magna situé sur la Méditerranée dispose quant à lui d'un terroir riche en vignes et en oliviers. Huile, verrerie et orfèvrerie s'échangent alors contres esclaves, or et bêtes sauvages pour le cirque. La splendeur de la ville reflète alors la puissance acquise par le commerce saharien. Et Bénin City (deuxième photo) dans tout cela ? Lorsque les Portugais y pénètrent en 1486, la ville est protégée par un mur d'enceinte de douze kilomètres de long et s'appellent...Edo. Au XVII ème siècle, elle sera plus grande que Lisbonne avec de vastes maisons en terre alignées le long de rues très propres. Riche cité posée entre le nord sahélien et le sud yoruba, elle produit dès le XIV ème siècle un art de cour en bronze fondue à cire perdue. Au fur et à mesure de l'exploration des côtes africaines, les marins portugais créent des comptoirs de commerce. Le plus ancien était Sao Jorge da Mina, en 1471, sur la côte de l'or (Ghana actuel) car c'est l'or africain qu'ils viennent alors chercher afin de financer leurs expéditions. Suivra Loanda, sur la côte congolaise en 1576, puis l'île de Mozambique et Mombasa en 1593 (Kenya) sur l'océan Indien. Des comptoirs européens ouvriront aussi le long des côtes africaines avec des forts armés destinés surtout à se protéger des concurrents européens que des populations locales. Au XVIII ème siècle, on comptera 43 forts sur la côté ouest-africaine où les Européens pratiqueront le troc des marchandises apportées par des bateaux négriers contre des esclaves. Saint-Louis-du-Sénégal, alors île à l'embouchure d'un fleuve deviendra quant à elle le siège de la Compagnie française du Sénégal en 1659. Bientôt reliée (en 1865) au continent par le pont Faidherbe, puis à Dakar par le chemin de fer en 1885, elle deviendra la capitale du Sénégal jusqu'à l'indépendance en 1960. Terminons ce tour d’horizon non-exhaustif par Zanzibar, cette île qui aurait vu arriver les premiers Africains au 3è millénaire avant notre ère. Le sultan d'Oman y transférera sa capitale en 1840 et fera construire la ville de pierre arabe avec de nombreuses mosquées. Les plantations de clou de girofle feront la fortune de l'endroit.


 

Les routes commerciales africaines avaient aussi leur importance. Les Africains faisaient grand usage du sel (ci-dessous) qu'il échangeaient contre du fer et de l'or. Faute de disposer sur place de légumineuses riches en sel, les peuples d'Afrique achetaient d'importantes quantités de cette denrée rare. Des caravanes berbères le convoyaient depuis Sijilmasa jusqu'à Tombouctou, par charges de quatre barres par dromadaire. Seule la navigation à vapeur réduira ces échanges séculaires. Les perles (deuxième photo), elles, vinrent d'Orient puis de Venise. Elles étaient en corail, cornaline ou en verre. Alimentant un important trafic depuis l'Antiquité, elles servaient non seulement de monnaie mais également à marquer le prestige des personnes qui les portaient sous forme de parures ou dans des ouvrages précieux. Sur la façade orientale de l'Afrique, on leur conférait même des vertus magico-religieuses. L'ivoire sera importé depuis l'Antiquité jusqu'en Occident. Celui-ci, très convoité deviendra l'une des trois principales ressources d'importation, avec l'or puis les esclaves. La longueur importante de la défense de l'éléphant africain jouera en sa faveur et les Indiens rechercheront tout particulièrement ce type d'ivoire. Berbères, Arabes et Portugais se feront les relais de cette marchandise tantôt livrée brute, tantôt sculptée par des artistes africains pour rejoindre les tables et les cabinets de curiosité des élites européennes à la Renaissance. Ci-dessous, la troisième photo montre une salière afro-portugaise en ivoire, datant du XVI ème siècle, de style Edo d'Owo, sculptée dans un atelier de Benin City (actuel Nigéria). Le cuivre faisait bien sûr partie des ressources du grand continent et les objets en cuivre étaient surtout abondants en Afrique centrale où de nombreuses mines étaient exploitées. Cet essor rendit possible l'expansion des empires Luba et Lunda, entre les XV ème et XVIII ème siècles, sans parler du royaume du Kongo. Le métal était ainsi transformé en bracelets-manilles, barrettes et plateaux de cuivre (qui servaient de monnaie et de dotations de mariage). Avant la découverte de l'Amérique, l'or provenait tout particulièrement d'Afrique, et était surtout contrôlé par les grands empires de l'ouest africain, dont le Ghana et le Mali anciens, puis le Zimbabwé, en attendant que l'Afrique du Sud ne prenne le relais en 1886. La quatrième photo ci-dessous offre d'admirer une statuette féminine du XIX ème siècle et de style Attié, originaire de la région des lagunes (Côte d'Ivoire). Elle est constituée de bois, d'or, de perles et de fibres végétales.


 

En différents points du continent africain, le fer, le cuivre, le sel, les perles, les coquillages nzimbu ou les cauris, les cotonnades et les raphias tissus étaient alors reconnus comme monnaies sur de courtes, moyennes et longues distances. A l'est, Aksoum (Ethiopie) fut le premier royaume à battre monnaie dans la seconde moitié du 2 ème siècle. Le système monétaire européen, lui, apparaitra bien plus tard en Afrique orientale, c'est à dire au XVIII ème siècle avec les thalers en argent.

L'Océan Indien sera aussi parcouru par les marins, les marchands, les religieux et les migrants. Dès le 1er siècle de notre ère, des traitants arabes et indiens sillonneront déjà la mer Rouge. Au VII ème siècle, c'est l'empire chinois des Tang qui s'ouvre par les routes de la soie, terrestre et maritime. Ces navigateurs vont alors chercher l'ivoire, le copal ou les esclaves sur la côte africaine, en échange de soie, de perles de cornaline ou de porcelaine (ci-dessous), jusqu'au XV ème siècle. Les bandes tissées africaines, teintes à l'indigo sont anciennes et connaitront très vite un large succès. Kano (Nigeria du nord) dominera le marché ouest-africain avant que l'industrie anglaise des cotonnades indiennes ne prenne le dessus. Au XVIII ème siècle, plus de la moitié des produits du commerce européen vers les ports africains seront des textiles. Vers le VIII ème siècle, bananes, riz et agrumes d'Asie sont cultivés en Afrique. Et au XIV ème siècle, le café d'Ethiopie d'être exporté vers l'Arabie. Dès le XVI ème siècle, les esclaves apporteront le riz en Amérique, et les Européens implanteront le palmier à huile et le café africains en Asie et en Amérique, tandis que l'ananas, l'arachide, le manioc ou la cacao américains seront exportés vers le continent noir. Les connaissances médicinales africaines circulent aussi à cette époque, mais on dispose malheureusement que de très peu de témoignages écrits sur cette avancée pharmacologique.

 

Penchons-nous maintenant sur les routes spirituelles et religieuses. Les religions du terroir possèdent un fond commun, l'exigence d'intercesseurs (ancêtres, devins et sorciers) pour se concilier le monde surnaturel. Ces religions-là sont des religions africaines locales qui honorent les ancêtres divinisés, les esprits de la nature et les divinités du monde invisible. Et ces dernières de favoriser l'équilibre social, la fertilité, l'information sur le destin et la lutte contre le mal, en utilisant le verbe, les gestes et/ou le(s) sacrifice(s) qui agissent avec un matériel liturgique parfois porteur d'image. Ces religions d'Afrique sont transmises oralement et associent mythes et histoire.

Au XX ème siècle, des cultes africains et afro-américains rendus à la divinité de la mer convergeront vers deux icônes féminines : la sirène ou la Mamy Wata (en photo ci-dessous). En effet, dès 1885, circulait en Afrique une image européenne représentant une charmeuse de serpent qui se produisait dans un cirque allemand ambulant. En 1901, un sculpteur du Nigeria prit cette femme pour modèle et l'associa à la divinité de la mer Mamy Wata. Sa popularité grandira de part et d'autre sur les deux continents sud-américain et centre-africain. Mamy Wata incarne alors la puissance maritime, la beauté, la richesse mais aussi le danger.

Avec la déportation de douze millions d'Africains vers l'Amérique entre les XVI ème et XIX ème siècles, le christianisme fit le plein d'adhésions forcées, mais certaines religions africaines subsistèrent toutefois, comme, par exemple, le vodou en Haïti. Ce sont les esclaves Guédévi (originaires du sud du Bénin actuel) qui introduisirent ce rite qui se combinera avec la religion des Kongo (Congo actuel), religion représentée par l'artiste haïtienne Myrlande Constant qui reprend sur la deuxième photo ci-dessous la forme des bannières vaudou, drapeaux placés à l'entrée des temples ou utilisés durant les processions. Au centre d'un cimetière est représenté Bawon Samedi, l'esprit des morts que l'on reconnaît grâce à son chapeau et à son costume de soirée. Au Brésil, les esclaves déportés au XIX ème siècle, eux, sont yoruba, venus d'Oyo (Nigeria) et de Kétou (Bénin), et sont accompagnés par les dieux orisa. Ces religions survivent encore à l'heure actuelle.

Le judaïsme est également présent en Afrique : Ménélik 1er, fils du roi Salomon et de la Reine de Saba sera le premier roi juif africain établi en Ethiopie. Puis, à la fin du XV ème siècle, des juifs européens chassés d'Espagne et du Portugal partirent vers le Maghreb, le Cap Vert et la côte sénégambienne. Cela explique qu'on retrouve encore aujourd'hui des lignages africains se reconnaissant dans l'une des légendaires Dix tribus perdues de l'Ancien Testament et s'étant convertis au judaïsme. Et si la religion juive reste marginale en Afrique subsaharienne, des mouvements panafricanistes afro-américains du XX ème siècle revendiquent leur origine juive.

Le récit de la Reine de Saba et du roi Salomon, lui, est commun au judaïsme, au christianisme et à l'Islam, incarnant la conversion aux religions lu Livre. L'Ancien Testament relate la rencontre de la reine avec le roi Salomon, union de laquelle naitra Ménélik, dont on dit qu'il aurait dérobé les textes hébraïques sacrés dits Tables de la Loi.

De son côté, le christianisme s'impose sur le continent noir. L’Éthiopie orthodoxe copte s'organise au V ème siècle et refuse le concile de Chalcédoine. En 1491, les Portugais convertirent le roi du Kongo et le baptisèrent, mais il faudra attendre la fin du XIX ème siècle pour assister aux grandes conversions au catholicisme. Parallèlement, les missionnaires protestants étaient arrivés en Afrique australe depuis le XVIII ème siècle et avaient développé un enseignement privé. Les Africains, eux, créèrent des Eglises noires.

Seule la mer Rouge sépare la Mecque de l'Abyssinie (Ethiopie), et l'Ethiopie devint tout naturellement le premier territoire africain converti dès la naissance de l'Islam au VII ème siècle. Au cours des siècles suivants, les commerçants arabes contribuèrent fortement à l'établissement de cette religion dans les ports de l'océan Indien et à Madagascar. Sur la façade occidentale du continent africain, les élites des empires sahéliens ainsi que leurs sujets seront peu à peu islamisés à la suite des conquêtes arabo-musulmanes vers le Maghreb à partir du IX ème siècle. On assiste enfin à des liens étroits entre le commerce et cette religion à travers notamment le réseau des commerçants musulmans dioula et haoussa qui se partagèrent les savanes ouest-africaines.


 

L’exposition se consacre aussi aux routes esthétiques, qui sous-tendent d'autres axes de communication linguistique, migratoire ou technologique. Ainsi les poteaux funéraires en bois lient-ils les cultures d'Afrique orientale et celles de l'Asie et de l'Océan Indien. L'érection de ces poteaux s'inscrit dans un cycle de rituels accompagnant les défunts vers leur nouveau statut d'ancêtre. Ces sculptures expriment l'histoire de la rencontre entre les austronésiens et le continent africain depuis le VIII ème siècle. Les masques, eux, reflètent des pratiques communes au groupe linguistique nigéro-congolais qui s'étend depuis l'Afrique de l'Ouest jusqu'aux bantous d'Afrique centrale et orientale. Ceux sculptés de fibres ou de feuilles sont utilisés sur une seule partie du continent et leur usage est variable : ils divertissent, entreprennent une critique sociale ou la régulent, et sont perçus comme des présences supra-humaines temporaires dans la société. Le masque sibondel (ci-dessous), ou Cheval ailé al bur'âq rappelle par sa structure les castelets de marionnettes bamana et bozo du Sahel. Cette forme est apparue vers 1935 par l'intermédiaire du sculpteur de la région baga, Kanfori Kinson.

Au Nigeria, les arts du métal renvoient aux connaissances de la forge partagées depuis plusieurs millénaires et qui impliquent les routes du fer, de l'étain, du zinc et du cuivre. Le visiteur pourra enfin admirer sceptres et cannes sculptés en bois, œuvres de prestige rassemblant des cultures réparties sur une distance de 2000 kilomètres avec toutefois un mythe historique commun.


 

Les routes coloniales feront leur apparition avec le bateau à vapeur, au milieu du XIX ème siècle, et l'arrivée du chemin de fer et des pistes carrossables fin XIX ème, puis de l'avion au XX ème siècle. Les modes de communication pénètrent alors de larges portions de territoires jusque là épargnées. En 1869, l'ouverture du Canal de Suez avait déjà accéléré les routes maritimes. Et l'exportation de matières premières (oléagineux tropicaux, clou de girofle, gomme arabique bois de teinture) de compenser la perte du marché esclavagiste, tandis que des minerais précieux (or, cuivre et diamants) sont extraits en Afrique centrale et australe. En échange, des produits manufacturés ruinent bientôt l'artisanat local mais procurent de nouveaux matériaux incorporés savamment par les artisans africains.

L'or, le cuivre et le fer appartiennent aux routes souterraines. Ces trois métaux africains dominèrent depuis l'Antiquité dans les échanges, même au-delà du continent. Au lendemain de la révolution industrielle en Europe, explorateurs et colonisateurs identifièrent des filons géologiques regorgeant d'or, de cuivre, de fer, de charbon, de diamant, de pétrole et d'uranium. Des infrastructures seront alors créées pour exporter ces matières premières sur fond de travail souvent forcé.

La route des objets n'est pas en reste puisqu'en l'espace d'un siècle, ce sont des centaines de milliers d'objets africains qui quitteront le continent pour rejoindre collections privées, expositions, musées et marché de l'art occidental. Les noms des artistes, eux, ne franchiront que rarement les limites du pays d'origine. Leurs œuvres connues, pour la plupart créées entre 1850 et 1920, sont aujourd'hui anonymes, et témoignent, de fait, d'une infime partie de l'histoire des arts africains. Depuis 1860, l'Europe et tout particulièrement Paris assistèrent à l'émancipation de peintres avant-gardistes comme Picasso, Nolde, Tzara ou Derain qui s’intéressèrent aux arts étrangers. Et la sculpture africaine de rejoindre alors ce qu'ils appelèrent l'art nègre. La connaissance de cet art africain enrichit l'imaginaire et le vocabulaire des artistes modernes occidentaux. A l'inverse, images, objets et enseignements artistiques partirent vers l'Afrique.


 

INFOS PRATIQUES :

  • Exposition « L'Afrique des Routes, jusqu'au 12 novembre 2017, au Musée du Quai Branly-Jacques Chirac, Mezzanine Ouest, 37 Quai Branly, à Paris (7è). Ouvert les mardi, mercredi et dimanche de 11h00 à 19h00 et les jeudi, vendredi et samedi de 11h00 à 21h00. Tél:01 56 61 70 00. Entrée adulte : 10€. Pour vous y rendre: RER A Pont de l'Alma. Attention: dans le cadre du plan Vigipirate, les valises et les sacs de grande contenance sont interdits à l'entrée du musée. Site internet : http://www.quaibranly.fr/fr/
  • Merci à l'agence Alambret pour son aide précieuse.

  • Le catalogue « L'Afrique des Routes » est disponible sur place (256 pages, 37,90€)

 

 











 



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