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Exposition "Balenciaga, l'Oeuvre au Noir" (Musée Bourdelle, Paris, France)
28 images disponibles
Heure locale

 

Mercredi 29 mars 2017

 

Le Palais Galliera présente actuellement au Musée Bourdelle (Paris 15è) et, jusqu'au 16 juillet prochain, une exposition en hommage au célèbre couturier Cristobal Balenciaga. Cette exposition « Balenciaga, l'oeuvre au noir », résonne des sonorités noires d'un alchimiste de la couture, et les pièces présentées d'établir un dialogue tranchant, noir sur blanc, avec ce grand maitre de la sculpture du tournant du XX ème siècle. Notre homme puise les racines de son œuvre dans l'Espagne folklorique et traditionnelle qu'il connut tout enfant. Le noir occupe une place centrale dans son œuvre, et souligne le goût de l'épure de ce technicien hors normes avec ses lignes tonneau (1947), ballon (1950), semi-ajustée (1951), tunique (1955), et sa célèbre robe-sac (1957).

La première partie de l'exposition s'intitule « ébauches et construction », et est suivie par « silhouettes et volumes », « noirs et lumières », et « noirs et couleurs ». Chez Balenciaga, le noir est plus qu'une couleur (ou qu'une non couleur), c'est une matière vibrante, à la fois opaque et transparente, mate ou brillante, tout en jeux de lumière qui doit autant à la somptuosité des tissus qu'à l'apparente simplicité de ses coupes. Et le célèbre couturier de nous offrir tantôt des pièces de jour, tailleur, veste, tantôt des ensembles du soir, robes de cocktail doublées en taffetas de soie, bordées de franges sans oublier, bien sûr, les accessoires, noirs eux aussi.

 

Le visiteur débute le parcours par le hall des plâtres. A bien des égards, couture et sculpture ont des desseins similaires, et l'harmonie se joue dans l'équilibre des proportions, et le mouvement dans le choix de la matière. Pour Balenciaga, les robes prennent corps lors du moulage sur mannequin. C'est la première étape de création, qui permet d'obtenir la toile, une sorte d'ébauche que le couturier retravaille ensuite, et ajuste jusqu'à obtenir la parfaite interprétation de son projet. Ces toiles sont généralement faites en coton écru et plus rarement noires. On annote alors des repères sur chaque partie du modèle, puis les piqûres à la machine préfigurent les coutures, en indiquant les crans de montage. Entre ces lignes, des inscriptions manuscrites indiquent les intentions et la mémoire du travail du couturier.

 

La seconde partie de l'exposition est consacrée à l'atelier de sculpture : Cristobal Balenciaga conserve une parfaite connaissance de la coupe. Il faut dire qu'il a été à bonne école, puisqu'il a été formé en tant que tailleur chez Casa Gomez, puis devint premier d'atelier au rayon confection pour dames des grands magasins « Au Louvre » de Saint- Sébastien. Les proportions des manteaux et des tailleurs structurés sont calculées à quelques millimètres près et cisèlent la silhouette, tandis que le travail du tissu précise les contours et épure les formes. Coutures bretelles ou princesse, pinces ou fronces, structurent, galbent, ou creusent les volumes. La conception des manches, elle, n'est pas chose facile et fait l'objet de recherche tout aussi exigeante. Leur construction définit la ligne des épaules sur laquelle repose l'équilibre du modèle. Manches montées ou kimono, elles sont parfois faites de trois morceaux avec un petit côté ou avec un soufflet pour donner plus d'aisance. Quant aux cols Balenciaga, « au pli », ils sont montés sans pied de col, et préalablement coupés dans le biais pour donner du roulant, puis posés loin du cou afin de dégager la nuque.


 

L'atelier de peinture permet quant à lui d'admirer une superbe robe de cocktail en couleur. Le tissu façonné, oppose la rugosité des motifs en fils doupionnés à la brillance lisse du fond satin. Ces nuances et son décor nous feraient presque oublier la forme de ce modèle portefeuille, qui offre pourtant un volume atypique, placé haut dans le dos, sous les bretelles nouées et très légèrement décentrées. Identique en tous points mais commandé en noir par une cliente, le modèle affiche sa singularité tout en se faisant plus intemporel, un peu sur le modèle de la petite robe noire créée en 1926 par Chanel.

Le grand couturier adapte ses techniques à chaque étoffe choisie pour réaliser un modèle afin de conduire la matière à lui livrer le meilleur d'elle-même. Il coupe, drape, ou moule selon le poids, l 'épaisseur, le tombant ou la main du tissu, en usant des textures noires pour accentuer les jeux d'ombre et appuyer la ligne. Ainsi l'utilisation du pouf dissimulé sous les jupes accentue la cambrure de la silhouette des années 1880. Et le lainage noir mat dans lequel il est taillé dessine des contours d'ombre chinoise. Tout un art.

Les recherches et les expérimentations de Balenciaga l'ont conduit peu à peu vers une déconstruction des formes traditionnelles pour élaborer et inventer des figures toujours plus abstraites. Le vêtement devient alors indépendant du corps qu'il habille. Et le noir choisi par le couturier de matérialiser une géométrisation tranchée tels ces grands manteaux en lainage ou velours surmontés de hauts cols, semblables à des architectures cubistes. Le gazar et le zagar permettent au vêtement d'acquérir encore plus d'indépendance. Ces tissus furent créés respectivement en 1958 et 1964 tout spécialement pour le couturier par Gustave Zumsteg. A la fois aériens, amples et impétueux, ils sont imprévisibles et Balenciaga les travaillera tout en sensibilité, en leur impulsant une énergie et un mouvement qui permettront la naissance de figures inédites. Les modèles les plus emblématiques seront d'ailleurs conçus en noir, dans cette matière si vibrante.


 

Pour Balenciaga, les idées prennent forme sur une feuille de carnet ou sur le papier à lettre d'un hôtel. C'est ainsi que naissent des fragments de robes (construction d'un corsage, d'une simple manche ou disposition d'un empiècement) sous le trait de crayon du couturier. Des flèches indiquent alors le sens du tissu, avec quelques mots en espagnol pour noter les couleurs ou les détails qui s'imposent. Au studio, les assistants de Balenciaga traduisent plus tard ses intentions en croquis destinés aux ateliers où les couturières réaliseront les premières toiles. Une vue de dos, un détail ou un échantillon de tissu viennent ensuite compléter ce document de travail sur lequel est aussi mentionné le nom de la première d'atelier. On trouve aussi celui du mannequin qui, des essayages de la toile à la réalisation finale, portera le modèle et posera de face, de dos et de profil sur les photographies prises dans les salons de la maison située avenue Georges V ou dans les ateliers. Sans décor ni mise en scène, ces images sont réalisées par le photographe Tom Kublin dès 1957. Photographies de mode destinées à la presse tandis que les dessins, eux, sont réservés aux clientes.


 

La dualité entre ombre et lumière est inhérente à toute forme d'expression artistique en Espagne. Les deux qualités principales du noir sont désignées par le mot latin niger pour le noir brillant (élégance et apparat), et ater pour le noir mat (ténèbres et deuil). Aux surfaces sourdes et mates des lainages ou des velours d'encre profonds, le couturier oppose l'éclat des rubans de satin lisse et luisant ou les reflets soyeux d'un taffetas. Ces contrastes de matières noires ne révèleront leur qualité que dans la lumière et permettront de marquer discrètement la place d'une taille, d'animer la ligne d'une jupe droite ou de contrebalancer un volume. Les robes et les collets de la fin du XIX ème siècle qu'il collectionne lui suggèrent des brillances où le noir des broderies de perles et des paillettes s'embrase dans la lumière. Les brodeurs auxquels Balenciaga confie ce véritable travail d'orfèvre, Lesage, Rébé ou Métral, réinterprètent également pour lui les reliefs des ornements de l'habit de lumière avec torsades, tresses et glands en passementerie de soir noire brillante. Vinrent les années 1960 où le plastique remplaça le jais et le métal. Et le Lurex et le rhodoïd de recouvrir de leur ruissellement les robes droites et légères sous forme de paillettes fantaisie ou sequins.

Quant à la dentelle noire, elle tien bien sûr une place de choix dans l'oeuvre de Balenciaga car elle incarne à la fois la piété et le folklore espagnols sans toutefois jamais céder aux tentations du pittoresque, de la joliesse ou de la séduction facile. Travaillée de façon particulière, froissée, ou compressée, la noirceur de la dentelle amplifie alors les effets graphiques des plis et des déchiquetures.

L'oeuvre de Balenciaga tourne aussi autour du noir et des couleurs. Si les mutations du noir offrent à notre homme une gamme de tonalités infinie et changeante, il est aussi de coutume de répondre à son austérité par des ruptures ou des accents colorés. L'usage du noir et blanc est alors l'occasion d'opposer ces valeurs extrêmes. On retrouve ainsi le blanc uniforme et mat des parements aux contours nets et celui de la masse frémissante des cols en fourrure ou des franges de plumes. Sur le noir d'encre des étoffes, ces blancs évoquent les fraises en dentelle de l'austère costume des monarques espagnols ou bien les cols immaculés du costume bourgeois synonymes d'apparat et de retenue.

La couleur rose affectionnée par le couturier lui suggère, avec le noir, des accords tendres ou violents. Et le choix de la nuance audacieuse, piquante ou tendre d'être intimement lié aux matières employées. Le rose intense évoque celui des bas de soie et de la cape du torero, et intervient par petites touches. Les rubans de satin sont quant à eux d'une tonalité souvent plus douce, car leur brillance suffit à rendre plus intense la ponctuation. Et Balenciaga de réserver le rose opalescent, presque chair, à l'organza sur lequel il appose les dentelles de soie noire.


 

INFOS PRATIQUES :

  • Exposition « Balenciaga, l'oeuvre au noir », jusqu'au 16 juillet 2017, au Musée Bourdelle, 18 rue Antoine-Bourdelle, Paris 15ème. Tél : 01 49 54 73 73. Ouvert du mardi au dimanche de 10h00 à 18h00. Entrée: 10€. Métro: Montparnasse-Bienvenue ou Falguière. Site internet : http://www.bourdelle.paris.fr/
  • Merci à l'équipe du Service Presse du Palais Galliera pour son aide précieuse et le prêt des photos illustrant cet article.

  • Le catalogue de l'exposition (224 pages, 44,90€) est disponible aux Editions Paris Musée (http://www.parismusees.paris.fr)

 

 

 

 

 

 







 



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