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Exposition "Costumes espagnols, entre Ombre et Lumière" (Maison de Victor Hugo, Paris, France)
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Mercredi 21 juin 2017

 

A La Maison de Victor Hugo, l 'été sera espagnol ou ne sera pas. Cette nouvelle exposition « Costumes espagnols, entre ombre et lumière » fait en effet partie de la saison espagnole du Palais Galliera, saison qui a débuté il y a quelques mois avec « Balenciaga, l'oeuvre au noir » , dont nous avons déjà parlé sur le site. Victor Hugo, l'écrivain le plus hispanophile de France aurait aimé cette exposition qui accueille un remarquable ensemble de costumes traditionnels espagnols issu des collections du Museo del Traje, Musée du Costume et du Patrimoine ethnologique de Madrid (Espagne). Pour la première fois à Paris, il est possible d'admirer une quarantaine de vêtements et d'accessoires datant de la fin du XVIII ème jusqu'au début du XX ème siècle. Et ces objets, jadis catalogués de pures témoignages folkloriques, de révéler cette fois le savoir-faire et l'ingéniosité des artisans qui ont réalisé ces tenues, au point d'avoir inspiré les plus grands couturiers espagnols, dont Balenciaga, par leur finesse d'exécution et leur impressionnante variété.

C'est à un voyage à travers les provinces espagnoles que je vous convie cette fois: Canaries, Andalousie, Catalogne, Majorque, Aragon, Castille, Salamanque...sont ici représentées par leurs costumes, souvent emblématiques d'un métier, d'un groupe social ou culturel, d'un lieu d'origine ou de croyances religieuses.

 

La scénographie de l'exposition met cette collection de vêtements en miroir avec la superbe sélection de 39 photos de José Ortiz Echagüe, passionné de photographie. Notre homme sélectionnera, lors de ses nombreux voyages, les décors naturels qui serviront de toile de fond à ses compositions, contactant aussi les habitants des lieux pour se documenter. Il choisissait avec le même soin les modèles qui allaient porter les costumes traditionnels devant son objectif. Et la beauté des paysages, des monuments, des habitants et de leurs rituels de participer ainsi à l'éclat des costumes photographiés. Et, cerise sur le gâteau, un accrochage dans l'appartement de Victor Hugo évoque les liens forts de cet écrivain avec l'Espagne, depuis ses souvenirs d'enfance avec son père à Madrid, jusqu'à son voyage de 1843 avant la mort de Léopoldine. L'occasion de faire dialoguer gravures de Goya et dessins de Victor Hugo....

Les costumes acquièrent étrangement une singulière présence par l'exercice de broderie, de plissé, l'éventail des couleurs, la fantaisie des rubans et l'extravagance des chapeaux et des bijoux. Certaines de ces tenues richement décorées ne sont portées que lors d'occasions festives. On assiste ainsi sur place au cérémonial de la mariée dans la région de Tolède, tradition qui voulait que la jeune fille superpose jusqu'à cinq toilettes. Certains métiers requéraient des vêtements spécifiques comme les habits de bergers de la région d'Estrémadure, tenues réalisées dans des matériaux résistants, gros draps de laine ou cuirs souples, tannés à sec...L'exposition met ainsi en relief la valeur inestimable du travail des hommes et des femmes souvent modestes qui ont au fil du temps fabriqué ces costumes du quotidien.

 

Plusieurs régions sont représentées dans cette exposition, dont l'Andalousie : éloignée du costume à volants classique, le costume porté dans le sud de l'Espagne exprime des liens directs avec l'histoire de ce pays, en perpétuant aussi bien le costume castillan que le manto y saya (manteau et jupe) ou encore la cobijada de Vejer de la Frontera (province de Cadix) qui rappelle un peu le niqab musulman. Ce dernier costume traditionnel (en photo ci-dessous) est composé d'une jupe saya et d'un grand manteau, tous deux en fine laine mérinos de couleur noire. La cobijada se distingue par une grande cape, qui, ceinturée et froncée à la taille, forme une très longue capuche qui encadre le visage ou ne découvre que l'oeil gauche. Documentée depuis le XVIII ème siècle, cette tenue a pour prédécesseur le costume de manto y saya castillan, même si son allure évoque des réminiscences musulmanes.La seconde république espagnole l'interdira pour des raisons de sécurité, et ce costume est le seul qui ait été conservé à ce jour. Récupérée en 1976, la cobijada est désormais utilisée comme costume pour les fêtes religieuses du mois d'août.

 

Le costume de femme d'Alosno (ci-dessous) se compose pour sa part d'une large saya (jupe) en laine et à motif géométrique, d'un pourpoint en brocart de soie à motif floral et au décolleté très profond, et d'une chemise bordée de dentelle et brodée de motifs noirs, selon une technique et des motifs décoratifs apparentés à l'école Fez, à l'instar de ces lions en vis-à-vis. L'ensemble est porté à l'occasion de différentes fêtes tout au long de l'année

En Aragon, le costume complet appelé basquina est typique de la vallée pyrénéenne d'Anso, située dans la province de Huesca. L'ensemble est fait de laine grossière et lourde, teinte sur place, de couleur verte ou noire, et est composé d'un patron à coupe sous la poitrine et d'une jupe plissée. Des manchettes garnissent la chemise brodée dont le col relevé et plissé rappelle le col Médicis. La femme se couvre d'une mantille blanche, pièce de vêtement utilisée pour se rendre à l'église. A noter que le costume de l'île d'Ibiza, la gonella, est apparenté à la basquina.

Dans la province d'Avila, on retrouve la coiffe en paille de seigle qui est caractéristique de nombreux villages comme Navalosa, Barco de Avila ou La Adrada. Cette coiffe est fabriquée selon les techniques de la vannerie. Ornée de cœurs et de grandes fleurs, elle se porte sur un foulard et complète la tenue typique régionale, à savoir un jupon de laine paré de tissus piqués aux couleurs contrastés, une chemise de corchados, avec broderies noir et bleu marine réalisées sur les petits plis du tissu. Cette tenue est portée lors de la fête de San Segundo, qui a lieu le 2 mai et qui commémore les restes du saint, patron de la ville, dans la cathédrale d'Avila en 1594.

Région très agricole, la Cantabrie vit surtout de l'élevage. L'accessoire indispensable du quotidien était le sabot (madrenas), chaussures grossières taillées d'une seule pièce dans du bois extrait des forêts des alentours, et renforcées par des tarugos (clous). Le costume masculin traditionnel, porté lors de la fête de Saint Mathieu, se compose d'un pantalon, d'un gilet et d'une veste ornée de boutons précieux en forme de pièce de monnaie. Une toque conique à bout pointu complète cette tenue aussi bien féminine que masculine. Dans la vallée del Pas, on trouve le costume dit « de la nourrice », tenue emblématique de la femme, qui allaitait jadis et dans tout le pays, les enfants de bonne famille. Sa singularité tient à ses parures, avec les amulettes pour le bon lait, et les bijoux protecteurs contre le mauvais œil.

Rendons-nous maintenant en Estrémadure et découvrons le costume de Montehermoso (province de Caceres), composé d'un foulard de soie multicolore porté sur la tête et d'une pièce croisée sur la poitrine avec des franges ondoyantes. Au niveau de la ceinture se superposent de volumineux guardapiés, jupes de laine grenat, orange et marron, dont le nombre s'élève jusqu'à sept pour les modèles les plus sophistiqués. Plus récemment, une coiffe en paille de seigle fut intégrée sur le foulard. Utilisée pour se protéger lors des travaux d'agriculture et d'élevage, cette coiffe artisanale est elle aussi élaborée à partir des techniques de la vannerie, et est tressée puis ornée de plusieurs éléments décoratifs. Celle de Monterhermoso remonte aux environs de 1888.

Autre costume d'Estrémadure, celui du berger de La Serena (Badajoz) : celui-ci (en photo ci-dessous) est composé d'une chemise, d'une veste en peau suédée, d'un tablier de protection en peau et d'un pantalon. La veste comporte des applications de tissu noir, tandis que le devant du gilet-tablier est orné de motifs de fleurs et de palmettes rose, jaune, violet et vert. Ce gilet-tablier protecteur en cuir ou zajon, indique le statut de berger de son propriétaiRendons-nous maintenant aux îles Baléares, en Méditerranée, une région caractérisée par un climat chaud et humide, avec une grande diversité de costumes. A Majorque, la tenue traditionnelle des payés (paysans) consiste en un pantalon court à rayures multicolores et un gilet orné d'arabesques jaunes et d'une ceinture verte. Un petit gilet court en laine noire est placé par-dessus. Cette tenue est portée lors des fêtes, notamment lors de la procession de la Beata, en septembre. A Ibiza, la gonella (en photo ci-dessous) est la tenue féminine par excellence, faite de laine noire, sans manches, avec un tablier brodé, des manchettes à boutons d'argent et une coiffe couverte par un large chapeau à bord plat. Quant aux bijoux en or épinglés sur la poitrine, ils représentent la dot de la jeune mariée, avec colliers de perles biconiques, chaines et Christ couronné qui complètent la parure. Le terme gonella suggère un italianisme qui pourrait rappeler la jupe italienne. Son origine remonte au XV ème siècle.


 

Les îles Canaries sont, elles, situées dans l'océan Atlantique, loin de la péninsule, et sont assez isolées les unes des autres. Jouissant d'un climat tempéré et constant, certaines sont toutefois désertiques et volcaniques. On y cultive le ver à soie et la cochenille qui sert de teinture naturelle. Sur place, les tenues sont variées: jupons en laine et tissées sur métier, gilets et foulards tissés en soie des Canaries, chapeaux en paille de palmier, toques de divers types et vêtements en cuir de chameau. L'industrie de la dentelle et de la broderie sont les autres spécificités de ces îles car elles participent à l'ornement des jupons et des chemises de ces costumes traditionnels visibles lors de la fête de la Virgen de la Candelaria, principale fête des Canaries, le 2 février de chaque année. Sur la photo ci-dessous, on peut admirer un costume de femme de Santa Cruz de la Palma, composé d'un jupon brodé, d'une jupe de laine, d'un pourpoint de soie, d'une chemise, d'un foulard de lin et d'une toque en laine. A l'origine costume du quotidien, il est depuis devenu caractéristique de ces îles.


 

A l'ouest de la province du Leon se trouve la région de la Maragateria autour d'Astorga, une ancienne ville de commerce des marchandises jadis traversée par les caravanes d'animaux et de voyageurs qui suivaient la Via de la Plata. Personnage cité par Galdos, muletier et député à la cour de Madrid , El Maragato est resté célèbre pour sa tenue très caractéristique, avec son gilet brodé, le pantalon court ou la salopette, l'almilla (veste) à la ceinture brodée et le large chapeau. La ceinture brodée représente ici une allégorie de l'amour. Caractéristique d'une société marquée par l'absence de l'époux, cette coutume se retrouve aussi dans les costumes de noces.

A Madrid, le majismo désigne le goût de l'aristocratie pour les coutumes populaires. Celui-ci est un phénomène social qui a donné naissance à un style propre associé à la danse, au chant et à la tauromachie. Les personnages de ce style, les majos (ou encore les goyescos), sont apparus au XVIII ème siècle. La tenue féminine a évolué vers une silhouette à taille haute avec un boléro court, une basquina noire et une mantille en dentelle aux fuseaux. On y trouve des ornements de tissus, de passementeries, de franges, de houppes et d'arbouses. Quant à la tenue masculine, elle est constituée d'un costume trois-pièces à rabats coupés, tenue qui sera à l'origine de l'habit de lumières des toreros.

La Navarre, elle, cache en son sein la vallée du Roncal, au cœur des Pyrénées orientales. La tenue féminine locale est élaborée à partir de tissus typiques et se compose d'un pourpoint bicolore en laine, orné de velours, avec un décolleté prononcé brodé de paillettes et d'objets en pâte de verre, et de jupons bleu violet en laine. Pour aller à l'église cette tenue est complétée par une mantille de couleur vive agrémentée d'une muxkoko (frange) entre les sourcils. On observe ce costume traditionnel lors des fêtes de San Fermin célébrées du 6 au 14 juillet en l'honneur de saint Firmin, saint patron de cette communauté.


 

Le costume ci-dessus est celui de l'infante Isabelle de Bourbon « La Chata ». Il comprend un pourpoint, un élément de corsage, un fichu, un tablier et deux robes, et est caractéristique de la région de Campo Charro, en Salamanque. Brodé à l'aiguille de petites perles de pâte de verre coloré, de paillettes et d'éclats de miroir, les motifs floraux couvrent toute la surface du tablier. Typique de la région de la Sierra de Francia, ce costume traditionnel est porté pendant les fêtes populaires, notamment lors des mariages. La tenue de mariée de La Alberca (ci-dessous) se distingue par ses couleurs (marron, rosé, argenté et doré) et par l'accumulation de médailles, reliquaires, croix et amulettes. On retrouve ici l'esthétique baroque alliée aux vêtements traditionnels, avec une succession de colliers en corail et argent doré et des chaines appelées brazaleras. Cette imposante quantité de bijoux peut peser plusieurs kilos et représente la richesse de sa propriétaire. A l'origine, cette tenue avait une fonction protectrice qui mêlait symboles religieux et païens. On l'utilise aujourd'hui dans les célébrations de la Vierge de l'Assomption.


 

A Lagartera, l'habit de fête porté lors de la célébration du Corpus Christi, se compose de pièces d'effilochés et de broderie fabriqués sur les balcons typiques de la ville. Ce costume de cérémonie est confectionné à partir de riches tissus de laine et de soie, travaillés avec des rubans de soie de Talavera et de Valence, et de bandes de dentelle aux fuseaux en fils métalliques. Le plus remarquable de ces costumes est celui de la mariée (en photo ci-dessous), une tenue complexe composée de plusieurs séquences et réunissant des éléments symboliques de l'amour comme l'oeillet, le cœur et le bouquet mis en valeur sur la poitrine. Ce costume comporte un grand nombre de pièces : à l'intérieur, on trouve de nombreuses broderies de qualité tandis que l'extérieur offre de multiples motifs décoratifs faits de rubans brodés, de galons de dentelle d'or et d'argent...On compte ainsi jusqu'à quatre vêtements superposés pour le cérémonial traditionnel très particulier qui dure jusqu'à quatre jours. Ce costume peut être également porté lors de diverses fêtes religieuses annuelles comme la fête Corpus Christi.


 

Les tissus, vêtements et bijoux de la région de Valence s'inscrivent dans l'histoire du costume du XVIII ème siècle et de la mode Empire, mais aussi dans celles des soieries dont l'industrie fut implantée par les Arabes. Le costume de huertano (maraicher) en reprend plusieurs éléments originaux comme les tissus espolinés, les pourpoints rigidifiés ou les tabliers et foulards de mousseline brodés d'argent et de paillettes, composant les robes-chemises des femmes. Les hommes, eux, portent le zaragüell, culotte courte en coton très pratique, là encore une réminiscence de la cohabitation avec les musulmans, et bien sûr les traditionnelles espadrilles artisanales en alfa. Le costume de femme de la Huerta de Valence (ci-dessous) montre une prédominance de tissus légers comme la soie décorée de petits paniers, de motifs floraux, d'oiseaux et de broderies au point de chainette. La tenue est composée d'un corsage, un corps à baleine, un fichu et une jupe coupée dans un tissu broché. L'ensemble est complété par une parure en or et perles d'eau douce.


 

Ce tour d'horizon ne serait pas complet sans cette cape masculine (ci-dessous) symbolisant la province froide de Zamora, région essentiellement constituée de terres d'élevage. Imposante et lourde, cette cape en laine de mouton se porte aussi bien au quotidien et dans les pâturages qu'à l'occasion des processions de la Semaine sainte et des cérémonies de baptême ou de mariage. L'étoffe se file, se tisse, se confectionne et se décore sur place. Son ornement est réalisé à partir d'un tissu de couleur noire portant des motifs géométriques coupés aux ciseaux et surpiqués, qui recouvre la pèlerine et la capuche. Certaines capes sont parées d'une petite broderie ou des initiales de leur propriétaire. A Aliste, celle-ci se porte avec une montera (toque) bicolorée à bord relevé. La cape présentée ci-dessous est une icône des terres de Zamora. Vêtement de laine lourde, elle offre une bonne protection pour les activités quotidiennes et le pâturage. Et sert aussi de tenue d'apparat lors des fêtes processionnelles. Outre la cape, cette tenue comporte une pèlerine et une capuche triangulaire ornée de tissu noir découpé selon des motifs de dentelle. Couleurs et franges correspondent à l'origine du propriétaire, tandis que la capuche comporte un motif nommé « a la honra » ou « chiva ».


 

INFOS PRATIQUES :

  • Exposition « Costumes espagnols, entre ombre et lumière », jusqu'au 24 septembre 2017, à la Maison de Victor Hugo, 6 Place des Vosges à Paris (4è). Tél : 01 42 72 10 16. Accès : métro Bastille, Saint-Paul ou Chemin vert. Entrée : 8€. Ouvert du mardi au dimanche de 10h00 à 18h00. Site internet : http://www.maisonsvictorhugo.paris.fr/
  • Site internet du Museo del Traje à Madrid (Espagne) : http://www.mecd.gob.es/mtraje/inicio.html;jsessionid=8C3373DF2D0FEE035A1CD368181646CF

  • Un grand merci à la Maison de Victor Hugo pour son aide et pour le prêt des photos.

  • Le catalogue de l'exposition, « Costumes espagnols, entre ombre et lumière » est en vente sur place (reliure toile, 96 pages, 50 photographies, 24,90€)

 

 



 



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