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Funchal (1) Port et Quartier de la Cathédrale (Ile de Madère, Portugal)
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Jeudi 2 novembre 2017

 

Toujours de sortie, je m'apprête à passer une vingtaine de jours sur l'île de Madère (Portugal). J'ai embarqué tôt hier matin à bord d'un avion de la TAP (compagnie nationale portugaise) pour me rendre d'abord à Lisbonne. N'ayant qu'une demi-heure entre mon arrivée là-bas et le départ de mon avion pour Funchal, une hôtesse, qui m'attendait à la sortie de l'avion, m'a gentiment accompagné jusqu'à ma porte d'embarquement à l'aéroport lisboète. Et mon bagage de soute d'être immédiatement chargé sur mon second vol. Cà, c'est du service !

Une heure et demie après avoir quitté la capitale du Portugal, nous devions atterrir sur l'impressionnante piste d'atterrissage de l'aéroport de Funchal. Celle-ci, parallèle au rivage de l'île, est à flanc de colline et est partiellement supportée par des piliers en béton (voir photo ci-dessous). L'endroit est considéré comme l'un des aéroports les plus dangereux de la planète à cause des conditions climatiques propices aux fortes rafales de vent. Préparez votre appareil-photos puisqu'en arrivant de Lisbonne, l'avion remonte la piste (sur la droite) avant d'amorcer un virage à droite puis une descente rapide pour se poser. Sensation garantie !


 

Gentillesse, prix bas et efficacité sont bien présents ici. La chaleur aussi, bien que celle-ci ne soit pas étouffante en cette période de l'année. Et l'île de Madère d'attirer une foule d'Européens, dont de nombreux Allemands, Britanniques et Suisses généralement habitués à des températures moins clémentes. C'est donc Funchal qui me servira de pied à terre durant vingt jours en ce mois de novembre si clément ici. Chef-lieu de l'île de Madère, la ville fut fondée en 1421, mais ne gagnera son titre de cité qu'en 1508, grâce au roi Manuel 1er. Celui qu'on surnommait alors le Ventureux, le Grand ou le Fortuné était alors à la tête du Portugal. Funchal provient du mot portugais funcho, qui signifie fenouil, une plante qui poussait alors en abondance lorsque l'île de Madère fut découverte par les premiers Portugais au XV ème siècle. En 1566, la cité sera attaquée par le flibustier Peyrot de Monluc, fils cadet de Blaise de Monluc, le maréchal de France. Funchal sera alors mis à sac, ses habitants, massacrés, ses églises pillées et ses nonnes violées tandis que Peyrot de Monluc périra lors de la prise de la ville.

Funchal reste une petite ville de quelques 112000 habitants mais j'ai choisi de la visiter en plusieurs étapes. Je décide de parcourir aujourd'hui le port et le quartier de la cathédrale, ce qui me prendra quatre heures. Dès mon arrivée en ville au volant de ma voiture de location, je me suis rendu compte que les rues étaient plus adaptées pour les mulets que pour les automobiles. Certaines rues sont extrêmement pentues, d'autres très étroites et sans trottoirs pour les pauvres piétons qui sont condamnés à marcher sur la chaussée en frôlant les murs des maisons. C'est le cas de le Rua Bela de Santiago où se trouve la pension où j'ai choisi de résider durant mon séjour. Et je ne parle pas des difficultés pour se garer...Le port ne se trouve qu'à quinze minutes à pied et j'atteindrai ainsi l'Avenida do Mar (Avenue de la Mer) qui longe la côte. Depuis les années 1980, l'avenue est même devenue celle de tous les Madérois (ou Madériens) qui durent émigrer par milliers aux XIX et XX ème siècle. L'avenue fut toutefois aménagée dès les années 1930 avec le développement du tourisme local. Ce matin, le temps est au beau fixe et je longe la côte en suivant la promenade aménagée de jardins arborés et de zones gazonnées. Le port comprend deux parties : une marina réservée aux bateaux de tourisme et une zone plus éloignée accueillant les gros navires. Je pousse jusqu'au Cais, l'ancien môle où débarquaient autrefois les passagers des transatlantiques qui jetaient l'ancre à Madère. Et de découvrir sur place un ancien galion, le Santa Maria de Colombo (ci-dessous en photo) qui balade les touristes dans la baie. Autre curiosité de ce port : le plus ancien fort de l'archipel madérien, l'Ilheu de Sao José, qui est bien mentionné dans mon guide mais qui reste inconnu des quelques locaux interrogés au passage. C'est dommage car le royaume portugais, alors à court d'argent, avait vendu l'endroit en 1903 lors d'enchères « avec droit de pleine et entière souveraineté », ce que tente de faire valoir depuis son propriétaire actuel...


 

En remontant l'Avenida do Mar, je tombe sur le Palais Saint Laurent (ci-dessous), une imposante bâtisse qui aligne ses volets verts face à la mer. Au XVI ème siècle, le lieu servit de maison aux capitaines-donataires, un titre conféré aux découvreurs de l'île de Madère et à leurs descendants. Jadis, représentant de la Couronne, le capitaine était celui qui administrait la justice au nom de l'infant et jouissait de privilèges. Le Palais Saint Laurent était aussi une forteresse qui veillait sur le port de Funchal et repoussait si besoin l'ennemi. Elle fut ainsi attaquée par les corsaires français en 1566. La séparation des pouvoirs civil et militaire qui intervint en 1836 entrainera la division de ce palais-forteresse désormais aménagé en deux parties, une aile réservée au commandement de la zone militaire de Madère et une autre qui accueille la résidence officielle du représentant de la République portugaise dans l'archipel. Il est possible de visiter ce dernier endroit mais les photos sont interdites à l'intérieur. Un musée militaire permet également aux visiteurs d'en apprendre plus sur les découvertes maritimes et l'expansion portugaise en Afrique, en Inde et au Brésil. Une autre salle aborde l'histoire plus récente comme la révolte de 1931 ou la chute de Goa après 451 ans de présence portugaise sur le sol indien.


 

Qu'on se le tienne pour dit, il existe deux douanes à Funchal, la nouvelle (Avenida do Mar N°26) et l'ancienne (Avenida do Mar, à côté de la Garde républicaine!). Cette dernière fut érigée à la fin du XV ème siècle, à l'initiative du gouvernement de Lisbonne, afin de percevoir des droits sur l'entrée et la sortie des marchandises (bois, sucre, céréales...) L’entreprise fut confiée à l'architecte de la cathédrale, Pero Anes, et la construction débuta en 1514. Les recettes s'avéreront si fructueuses que le roi du Portugal pourra couvrir toutes ses dépenses de guerre avec la seule perception des droits de ce bureau de douane. A ne pas manquer, la chapelle de Santo Antonio da Mouraria (en photo ci-dessous) qui fut bâtie dans le style baroque grâce au commerce du vin, en 1715. Cette chapelle peut être visitée quotidiennement, tout comme l'ancienne douane (devenue désormais l'assemblée législative) (voir infos pratiques).


 

Je remonte maintenant en direction de l'Avenida Arriaga où il était très chic de se promener jadis, le dimanche après la messe, à l'ombre des jacarandas. Là se dresse, sur une petite place, la statue de Joao Gonçalves Zarco, le découvreur officiel de l'île de Madère (ci-dessous). L'oeuvre est celle du sculpteur Francisco Franco, enfant de Funchal, qui la conçut pour l'Exposition Universelle de Séville en 1929. Notre artiste a même un petit musée qui lui est consacré. Juste en face de cette statue se dresse également la Banque du Portugal, ou plus exactement Banco de Portugal, une des filiales de l'établissement financier. On remarquera l'originalité de l'édifice (deuxième photo ci-dessous) et le contraste entre les encadrements de basalte gris et la blancheur immaculée des façades , œuvre de l'architecte Edmundo Tavares.


 

A deux pas de là, toujours sur l'Avenida Arriaga, j'observe sur ma droite le jardin municipal, créé en 1885 sur les ruines d'un ancien couvent de Franciscains. Il fut le premier parc de la ville et offrait autrefois une serre qui fut malheureusement remplacée par un café. L'endroit abrite cependant des espèces végétales tropicales et subtropicales, dont certaines essences plus rares. On y trouve aussi un « arbre à saucisses » dont les fruits pendent des branches et offrent la nuit une très mauvaise odeur. De l'autre côté de l'avenue, j'aperçois le théâtre municipal Baltazar Dias (en photo ci-dessous) qui fut inauguré en 1888. Des concerts y sont régulièrement donnés et l'endroit abrite une magnifique salle dotée de mascarons en bois doré et de peintures romantiques dues au décorateur italien Luigi Manini qui travailla à la Scala de Milan, salle à laquelle je ne pourrai pas accéder aujourd'hui (une visite guidée hebdomadaire permet d'admirer ce lieu, voir infos pratiques). Juste à côté du théâtre, je m'arrêterai quelques instants au célèbre café Le Ritz pour admirer les superbes azulejos retraçant la vie quotidien d'antan sur l'île de Madère (deuxième photo).

 

Au bout de l'Avenida Arriaga se trouve la cathédrale (ci-dessous) de Funchal : d'apparence simple, l'architecture de cet édifice est beaucoup plus complexe qu'il n'y paraît. Sa construction, qui prit place au XV ème siècle, nécessita des années ne serait-ce que pour extraire les pierres du lit des rivières et les acheminer ensuite jusqu'en ville. Le résultat valait la peine puisqu'en 1508, date de l'achèvement des travaux, cette église sera la première cathédrale portugaise d'outre-mer. On doit cette œuvre à deux hommes, Gil Eanes qui dirigea les travaux et Pero Anes, le charpentier, à l'origine notamment de la construction des charpentes à entrelacs de style mudéjar, très élaborées et uniques en leur genre (deuxième photo). L'intérieur de la cathédrale, bien que sombre, impressionne malgré tout par le ruissellement d'ors de la chapelle du Très-Saint-Sacrement (troisième photo). Celle-ci est la plus éblouissante de toutes, et son décor en bois sculpté et doré à la feuille, se révèle aussi théâtral qu'exubérant, tout en étant caractéristique du baroque portugais. Le grand retable ne déçoit pas non plus les visiteurs, avec sa dizaine de panneaux encadrés par de fins pilastres dorés. L'ensemble est couronné par un baldaquin arborant en son centre les armes du roi donateur Manuel 1er. Cette œuvre daterait de 1512-1514 mais le mystère demeure entier quant aux détails de sa réalisation. A ne pas manquer non plus : les stalles (quatrième photo) qui fourmillent de détails sculptés et les azulejos de l'ancienne chapelle Nossa Senhora da Amparo, qui représentent l'Annonciation et l'Adoration des Rois.


 

Un peu plus haut que la cathédrale, se trouve la Place de la Mairie qui rassemble autour d'elle l'Hôtel de ville (en photo ci-dessous) et l'église du Collège des Jésuites (deuxième photo) : la place est le lieu de déroulement de concerts gratuits de temps à autre et l'endroit où l'on célèbre le carnaval annuel. Son sol est constitué d'une mosaïque de basalte gris et de marbre blanc. L'Hôtel de ville, lui, est un long palais de style baroque recouvert d'un crépi de couleur crème, qui aligne ses fenêtres encadrées de basalte. Edifié en 1758, il sera longtemps la propriété des comtes de Carvalhal, la plus riche famille de l'île. Au-dessus de la porte d'entrée se trouvent les armes de la ville composées des pains de sucre ayant contribué à la richesse de Madère au XVI ème siècle. En pénétrant à l'intérieur, on découvre une petite cour agrémentée d'une superbe fontaine évoquant un épisode de la mythologie grecque. Il me suffit de traverser la place pour atteindre l'église de l'ancien collège des Jésuites. Celle-ci fut bâtie au XVII ème siècle, d'après un plan très jésuite représentant une sorte d'église-rue à nef unique jalonnée de chapelles latérales et dotée d'un décor très riche. La chapelle des 11000 Vierges (troisième photo) se détache des autres avec son retable datant de 1654 et son reliquaire en bois doré composé de neuf bustes polychromes séparés les uns des autres par de petits reliquaires en forme de bras ou de pyramide. L'ensemble est dédié à Sainte Ursule qui aurait été massacrée à Cologne avec 11000 jeunes filles, alors qu'elles revenaient d'un pèlerinage à Rome. Quant au maitre-autel (quatrième photo), il est considéré comme un joyau. Véritable pièce montée ornée d'un torrent de dorures, attribué à l'atelier de Manuel Pereira, cette œuvre est constituée de statues représentant les quatre premiers jésuites canonisés : Saint Ignace de Loyola, Saint François Xavier, Saint François Borgia et Saint Louis de Gonzague. A ne pas manquer : la sacristie et la tour de l'église.


 

Je terminerai ma visite de Funchal par les Chais Saint François (ci-dessous), plus vieux chais de l'île de Madère et endroit idéal pour s'initier à ce vin particulier. Les bâtiments sont pratiquement identiques à ce qu'ils étaient du temps où ils servaient d’entrepôt à Nicolas de La Tuellièrie qui fut à la fois négociant en vins et consul de France. On traverse encore de nos jours la courette (deuxième photo) tandis que les bâtiments se visitent avec un guide. Ces derniers appartiennent depuis 1913 à la Madeira Wine Company et sont désormais utilisés pour la fabrication, le stockage, la commercialisation et l'exportation des nombreux labels. Un petit musée fort instructif clot la visite juste avant la dégustation du célèbre vin. On peut y observer le borracho, outil traditionnel madérien, constitué d'une outre en peau de chèvre d'une contenance de 70 litres de moût, que les hommes (borracheiros) devaient porter sur leur dos et descendre dans les vallées pour vinifier le précieux liquide.

C'est la famille Blandy qui est à l'origine de cette magnifique entreprise, famille encore aujourd'hui aux commandes après plus de 200 ans d'existence : John Blandy (quatrième photo) arriva depuis Londres jusqu'à Madère en 1808, muni d'une lettre d'introduction. Trois ans plus tard, il fonda son entreprise dédiée au commerce du vin avec deux associés. Puis se lança dans la production de ce vin de Madère si particulier. C'est en effet au XVI ème siècle que le processus de maturation du vin de Madère sera découvert par hasard : à cause des difficiles conditions de voyage, de l'air marin et de la chaleur tropicale, on renforçait le vin à 20% d'alcool pour lui permettre de survivre lors des longues expéditions. Malgré cela, le tangage du bateau et le fait de traverser l'Equateur accélérait le processus de vieillissement au point de le faire trop chauffer et de permettre au breuvage de finalement développer des goûts inattendus. Vers 1794, la science prendra le relais pour tenter de reconstituer ce procédé empirique en utilisant la méthode de chauffe Estufagem autorisant la surchauffe du vin pendant trois mois à une température de 50°C. L'autre méthode traditionnelle, appelée Canteiros, consistait à stocker le breuvage entre 20 et 100 ans à la chaleur naturelle. Et le vin de Madère de gagner peu à peu ses lettres de noblesse auprès des grands de ce monde.

INFOS PRATIQUES :

  • Dès votre arrivée à l'aéroport Cristiano Ronaldo, sélectionnez Vinci Airports, tapez votre adresse de courriel puis surfez gratuitement sur internet ou passez vos premiers coups de fil par Skype.
  • Si vous n'êtes sur l'île de Madère que pour très peu de temps, appelez Daniel Teixeira, chauffeur de taxi à Santa Cruz (à côté de l'aéroport) au 00351 965 215 190 et offrez-vous une visite de l'île en voiture pour 130€ pour 4 personnes maxi, ou 140€ pour 7 personnes maxi en minibus.

  • Croisières à bord du galion Santa Maria de Colombo : informations au +351 291 220 327 et sur http://www.santamariadecolombo.com

  • Fort San José : http://www.fortesaojose.org/

  • MuseoCR7, à la gloire de Cristiano Ronaldo, Praça do Mar : https://www.museucr7.com/

  • Palais Saint Laurent, Avenida Zarco, à Funchal. Tél : +351 291 202 530. Visites gratuites et non guidées le lundi à 14h30, le mardi et le mercredi à 10h00, le jeudi à 10h00 et à 14h30 et le vendredi à 15h00. Le musée militaire est quant à lui ouvert du lundi au samedi de 10h00 à 12h00 et de 14h00 à 17h00. Entrée : 2€.

  • Ancienne douane Alfandega, Avenida do Mar, N°62. L'assemblée législative peut être visitée le vendredi à 15h00 (entrée : 3,50€). Durée : 1 heure. La chapelle est ouverte au public du lundi au vendredi à partir de 10h00, entrée gratuite.

  • Musée Francisco Franco, Rua Joao de Deus, N°13, à Funchal. Tél : +351 291 211 090. Du lundi au vendredi de 9h30 à 18h00. Entrée : 3,86€.

  • Théâtre Baltazar Dias, Avenida Arriaga, à Funchal. Tél : +351 291 215 130. Visite guidée le mardi à 10h00, sur réservation. Entrée : 3,50€.

  • Café Le Ritz, Avenida Arriaga N°33, à Funchal. Admirez sur ses façades les azulejos superbes consacrés à la vie de jadis à Madère, et son décor des années 1930.

  • Cathédrale, Rua do Aljube, à Funchal. Tél : +351 291 281 873. Les visites ne sont autorisées qu'en dehors des messes. Entrée gratuite.

  • Madeiran Heritage et ses étudiants bénévoles de différentes nationalités vous invitent à visiter Funchal en leur compagnie, sur réservation préalable au +351 291 705 060 ou par courriel (visit@aauma.pt). Site internet : http://www.madeiranheritage.pt

     

    L'intégralité des recettes de ces visites servent à financer des étudiants de Madère dans le besoin. Ainsi pourrez-vous visiter le Collège des Jésuites (samedi à 11h00 et à 12h30, entrée: 5€, durée : 1 heure), l'église du collège (du lundi au vendredi de 10h00 à 16h00 avec audioguide et du lundi au vendredi à 11h30 (visite gratuite, durée : 1 heure), ou l'Hôtel de Ville (du lundi au vendredi, à 11h00 et 15h00, entrée : 3,50€, durée : 1h30).

  • Chais Saint François de la Maison Blandy, Avenida Arriaga, N°28, à Funchal. Tél : +351 291 228 978. Ouvert du lundi au vendredi, de 10h00 à 18h30, et le samedi de 10h00 à 13h00. Visite guidée en français à 11h30. Entrée 5,90€ (dégustation de vin de Madère incluse). Durée : 45 minutes. Site internet :https://www.blandyswinelodge.com/

  • Merci aux Chais Saint François pour leur charmant accueil !

  • Pour surfer gratuitement sur internet : http://www.wifi-madeira.com/















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