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Funchal (4) Le village de Monte (Ile de Madère, Portugal)
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Heure locale


Dimanche 5 novembre 2017

 

Ce matin, le ciel est chargé de gros nuages gris au-dessus de Funchal. Ca tombe mal car j'ai décidé de me rendre aujourd'hui à Monte, un village situé en montagne, à 550 mètres d'altitude. C'est là que le consul britannique Charles Murray achètera une propriété au XVIII ème siècle, au milieu d'un écrin de verdure. Si l'endroit est idyllique, il faut tout de même y grimper et je choisis cette fois le téléphérique plutôt que la voiture. La station ne se trouve qu'à quelques minutes de marche de mon hébergement et il me sera alors facile d'admirer d'en haut la baie de Funchal. D'emblée, je suis déçu car on m'annonce que les voitures-paniers (carreiros) ne fonctionnent pas aujourd'hui. C'est dommage car j'avais prévu de redescendre par ce moyen de locomotion pour le moins original. Durant le trajet, je me concentrerai sur mes photos car ma voisine, une gamine de quinze ans, n'au aucune conversation et a vissé son casque sur les oreilles. Convivialité, quand tu nous tiens !

Le téléphérique est étonnamment silencieux, permet de dominer la situation et d'observer la vie en dehors de la ville : concert de chiens hurlant à la mort en ce matin pluvieux, maisons perchées et agrippées à la montagne, bananeraies poussant en terrasses.


 

Comme je vous le disais au début de cet article, Charles Murray fit l'acquisition d'une propriété à Monte, domaine qui deviendra la « Quinta do Plazer » (Maison du Plaisir). En 1897, cette propriété sera rachetée par Alfredo Guilherme Rodrigues qui, inspiré des châteaux bâtis au bord du Rhin, y fera ériger une grande maison qu'il baptisera l’hôtel de Monte Palace. Cet établissement deviendra très populaire grâce à la vue imprenable dont les clients jouissaient sur la baie de Funchal et la campagne environnante. Après le décès du propriétaire en 1943, les héritiers ne reprendront pas l'affaire et laisseront la demeure à l'abandon avant de la céder à une banque locale. Banque qui revendra à son tour la propriété en 1987 à un certain José Berardo, homme d'affaires madérien ayant fait fortune en Afrique du Sud avant de se consacrer entièrement à la protection de l'environnement. L'objectif était alors de replanter les jardins qui s'étageaient entre 475 et 570 mètres d'altitude autour de l'ancien hôtel de luxe (en photo ci-dessous).


 

Le résultat sera inattendu : plus de 10000 espèces de plantes en provenance des cinq continents et une incroyable jungle de sept hectares dans lequel le jardin oriental (en fait, deux jardins en un seul!) occupe une place de choix. J'y franchirai un pont japonais, y apercevrai une pagode, et de nombreux symboles nippons comme ces statues (photo ci-dessous) symbolisant l'arrivée des Portugais au Japon. Je resterai sur ma faim quant au fleurissement de la végétation mais nous sommes en novembre et la période de visite n'est pas la plus appropriée. Par exemple, la partie du parc consacrée à la flore de Madère ne me laissera pas un souvenir impérissable. On y trouve pourtant une flore indigène unique, dont la laurissilva, qui existait encore à Monte lorsque débarquèrent les premier colons. Une quarantaine d'espèces endémiques de l'île, mais également d'autres archipels environnants, se dispute les 5000 m2 de cette zone boisée.

Le musée Monte Palace offre quant à lui deux expositions permanentes : « Passion africaine » et « Secrets de notre mère Nature » (avec présentation d'une collection de minéraux comme des cristaux et des améthystes...). Je m'arrêterai quelques instants devant l'hôtel Monte Palace qui ne se visite malheureusement pas : la bâtisse en elle-même n'est pas de style madérien mais vaut le coup d'oeil. Edifiée en 1904, celle-ci accueillera de nombreux clients fortunés et des têtes couronnées jusqu'à la mort de son propriétaire en 1943. Ce « petit château » est aujourd'hui le siège de la fondation Berardo (voir infos pratiques).


 

Compte tenu de l'affluence de visiteurs, il est dommage que le petite village de Monte n'informe pas mieux les touristes. Pas un plan de situation, et juste une flèche indiquant la direction de l'église, comprenez l'église Notre-Dame (en photo ci-dessous). Le lieu de culte ne se trouve qu'à une dizaine de minutes de marche du jardin tropical. C'est depuis la route située en contrebas de cette église que partent habituellement les « carreiros » ou voitures-panier » qui transportent les touristes deux kilomètres plus bas. Cet étrange traineau en osier date du début du XIX ème siècle alors qu'il était utilisé comme moyen de transport public par les habitants. Il transportera aussi les riches Madériens et les étrangers propriétaires de « quintas » à Monte. Et même l'arrivée d'un petit train local à crémaillère en 1893 ne parviendra pas à convaincre les habitants d'abandonner ce drôle de moyen de transport, malgré tout un bon moyen pour se rendre rapidement à Funchal à cette époque ! Depuis, cette « voiture-panier » est devenue une attraction touristique de choix auprès des visiteurs. Le trajet débute en-dessous des marches de l'église Notre-Dame et s'achève deux kilomètres plus loin, en contrebas, c'est à dire à Livramento, un autre petit village de la banlieue de Funchal. Le tout à une vitesse moyenne de 38 km/heure par endroits, sur des routes raides et sinueuses.

L'église Notre-Dame, elle, se voit de loin avec sa façade blanche de style baroque et ses deux clochers caractéristiques des églises portugaises d'outre-mer. Le tremblement de terre de 1748 rendra indispensable sa reconstruction totale. Le lieu de culte a aussi son pèlerinage, chaque 15 août, lors duquel des milliers de fidèles et de pénitents affluent pour prier et gravir à genoux les 68 marches de l'escalier ou pour porter en procession la statue de la Vierge, patronne de l'île, qui trône dans le tabernacle du maitre-autel.

L'autre point intéressant de cette église consiste en une des chapelles de l'endroit : une chapelle sur la gauche de l'édifice abrite en effet les restes de Charles de Habsbourg, dernier empereur d'Autriche sous le nom de Charles 1er, et dernier roi de Hongrie, sous le nom de Charles IV. Le petit-neveu de l'empereur François-Joseph (le mari de Sissi) épousera la princesse Zita de Bourbon-Parme le 21 octobre 1911, avant de devenir l'héritier du trône trois années plus tard, presque jour pour jour, puis prendra la succession de son grand-oncle à la mort de celui-ci le 22 novembre 1916. Son règne connaitra des moments plus ou moins heureux puisqu'à la fin de la première guerre mondiale, les Alliés rayeront ni plus ni moins de la carte l'Autriche-Hongrie. Et le souverain, qui verra tous ses biens confisqués, finira son existence en exil avec son épouse sur l'île de Madère. Il arrivera ici le 19 novembre 1921 à bord d'un croiseur anglais et s'installera à Funchal, d'abord dans une annexe du Reid's Palace mais, ruinés, ils ne pourront rester longtemps dans cet hôtel. Et de trouver refuge dans la maison de vacances Quinta do Monte, à l'invitation du banquier Luis da Rocha Machado. Au mois de mars suivant, Charles contractera une bronchite qui l'affaiblira énormément, et décédera d'une pneumonie le 1er avril 1922, dans la pauvreté. Son cercueil sera déposé dans une alcôve en-dessous d'un grand crucifix. Encore aujourd'hui, de nombreux Autrichiens et Hongrois font le voyage jusqu'à Monte pour se recueillir auprès de leur empereur tout en profitant du magnifique paysage. A noter que l'empereur sera béatifié à Rome par le pape Jean-Paul II le 3 octobre 2004.

La dévotion à la Vierge de Monte, elle, remonte à la fin du XV ème siècle et fera l'objet de nombreuses marques de sympathie au cours des siècles suivants, avec notamment l'afflux de nombreux pèlerins pour lesquels on construira la maison des confréries, qui existe toujours aujourd'hui. En fait, il existait autrefois plusieurs foyers d'accueil de ce type autour de l'église, des refuges tombés depuis en décrépitude. Je descends à présent un chemin pavé depuis la gauche de l'église (au pied de la maison des confréries) qui me conduira quelques instants plus tard à la Place de la Fontaine.


Cette place est la place principale de Monte.Son dôme de platanes et son kiosque à musique lui donnent un certain charme. A droite, se dresse une fontaine (ci-dessous) dédiée à la Vierge. Datant en réalité du XVI ème siècle, cette fontaine d'eau potable sera reconstruite en 1777 à l'initiative du consul britannique Charles Murray. Puis, la fontaine sera détruite lors d'une tempête en 1896 suite à la chute d'un châtaignier. La municipalité de Funchal la restaurera l'année suivante, en lui incorporant du marbre et dans le style Renaissance. On peut y admirer l'image de Notre-Dame de la Conception à l'intérieur d'une petite niche. L'endroit reste encore aujourd'hui l'une des lieux de pèlerinages les plus populaires de Madère.

 

INFOS PRATIQUES :

  • Téléphérique de Funchal, à proximité du musée de l'électricité, ouvert tous les jours de 9h00 à 17h45. Billet simple : 11€ et aller-retour 16€. Durée du trajet Funchal-Monte : 15 minutes. Site internet : http://www.madeiracablecar.com/
  • Jardin tropical de Monte Palace, Caminho das Babosas 4A, ou Caminho do Monte 174. Tél:+351 291 780 800. Ouvert tous les jours de 9h30 à 18h00. Entrée : 12,50€. (gratuit pour les enfants en-dessous de 15 ans s'ils sont accompagnés d'un adulte) Attention : l'entrée immédiate du parc située à côté du téléphérique ouvre plus tard que l'autre entrée situé à 5 minutes de marche plus bas (entrée principale). Plan de situation remis au guichet. L'entrée inclut une dégustation de vin local au bar. Et la visite du musée Monte Palace (qui ouvre de 10h00 à 18h00). Site internet : http://montepalace.com/desktop/

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  • Fondation José Berardo : https://www.berardocollection.com/

  • Carreiros de Monte : http://www.carreirosdomonte.com/v2/fr/index.php







 



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