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L'Anvers du décor (Anvers, Belgique)
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Lundi 4 décembre 2017

 

Lors de mon passage en Belgique le mois dernier, je me suis rendu à Anvers, ville belge flamande, et deuxième ville peuplée du pays après Bruxelles. Née d'un petit port dotée d'une jetée alors habité par une population modeste et romanophone au VII ème siècle, Anvers sera également la plus grande ville des 17 Provinces et déjà l'une des plus grandes villes d'Europe lors de la Guerre de Quatre-Vingts ans. Sa situation fluviale stratégique le long de l'Escaut participera largement à son développement avec son essor démographique dès le XII ème siècle.

Un survol du centre-ville d'Anvers me permet de découvrir le Steen (en photo ci-dessous) : cet endroit est le plus ancien édifice de la ville, se dressant encore aujourd'hui sur les rives de l'Escaut, à hauteur de l'ancienne péninsule Werf. C'est là que s'établiront les premiers colons au IX ème siècle, derrière un rempart de terre. Et la construction de bientôt se métamorphoser en citadelle, avec l'érection d'une enceinte en pierre à la fin du XII ème- début du XIII ème siècle et la construction du Steen, l'une des trois portes de cette citadelle de huit siècles. Ce Steen sera transformé entièrement au début du XVI ème siècle sous Charles Quint, comme en témoignent les différences de couleurs sur la façade. Lorsque débuteront les travaux de redressement des quais fin XIX ème, le Werf disparaitra sous les flots. Le Steen reste à ce jour la dernière preuve de l'existence de cet ancien château fortifié anversois, après avoir été restauré et doté d'une aile de style néo-gothique en 1889-1890. L'endroit servira de prison jusqu'en 1832, puis servira quelques temps de lieu d'habitation, de scierie et même d'entrepôt de poisson, pour finalement abriter d'abord le musée d'antiquités, en 1862, puis le Musée de la Marine (dont les collections ont depuis été transférées au Muséum aan de Stroom).

 

A cinq minutes du Steen, se trouve la Grand-Place dont les façades (ci-dessous) respirent la riche histoire. Là, bat le cœur âgé de la ville. Deux des trois côtés de cette place triangulaire sont ornés de magnifiques maisons de guildes restaurées qui datent des XVI è et XVII è siècles. A cette époque, Anvers était déjà une ville au rayonnement international et au commerce d'objets d'art florissant. Le côté ouest de la Grand-Place est entièrement occupé par l'Hôtel de Ville (deuxième photo), un bâtiment classé depuis au Patrimoine mondial de l'UNESCO. L'architecture de cet hôtel est de style maniériste et fut dessinée par l'architecte Cornelis Floris de Vriendt, puis bâti entre 1561 et 1564. La section centrale de sa façade porte trois blasons : celui du duché de Brabant à gauche, celui du roi Philippe II d'Espagne au centre et celui de la marche d'Anvers à droite (surmonté d'un aigle). En levant la tête, on peut observer au-dessus de ces blasons une niche abritant une statue de la Vierge Marie, précédée autrefois d'une statuette de Brabo (légendaire soldat romain qui tua le géant Druon Antigone à Anvers). A noter que l'étage inférieur de l'Hôtel de Ville est composé de petites portes en bois, jadis utilisées comme commerces afin de financer la construction. A l'intérieur de l'immense bâtiment, on trouve notamment la salle Leys, salon d'honneur, la salle des mariages avec des fresques de Victor Lagye, la salle de Promenade qui comprend la robe que portait la reine Astrid lors de son entrée en 1935, la salle de la Milice et sa grande cheminée, la salle du Conseil où se réunissent les conseillers municipaux et le cabinet du bourgmestre.


 

Tout près, se dresse la Cathédrale Notre-Dame (ci-dessous). Cet édifice reste l'un des points de repère les plus connue de la cité et l'église la plus ancienne encore debout à Anvers. C'est en 1352 que débutera l'érection d'une église sur l'emplacement d'une chapelle du IX ème siècle consacrée à Marie. Il faudra attendre 169 ans de plus pour que la Cathédrale soit bâtie à son tour, alors plus grand édifice religieux de style gothique des Pays-Bas. L'endroit, qui comporte une nef à sept vaisseaux, a été construit sans plan et a donc évolué au fil des siècles et au fur et à mesure de sa construction. Logiquement asymétrique, elle ne présente donc aucune structure logique et permet de distinguer plusieurs styles architecturaux à l'intérieur comme à l’extérieur. L'église devait à l'origine recevoir deux tours identiques mais seule une d'entre elles a finalement été installée. Cela n'empêche pas la cathédrale d'être classée sur la liste du Patrimoine mondial de l'UNESCO, belle récompense après avoir subi incendies, pillages et même une tentative de destruction au cours de sa longue histoire. Il est dommage que l'entrée de ce monument soit payante et qu'il soit interdit d'y faire des photographies mais l'intérieur offre une collection unique d'objets d'art. On y trouve des chefs-d'oeuvre de Pierre Paul Rubens, des œuvres baroques comme par exemple L'Erection de la Croix, La Descente de croix, La Résurrection du Christ ou L'Assomption de la Vierge.

Quant à la Groenplaats, qui s'étend à l'ombre de la cathédrale, elle accueille en son centre la statue de Pierre Paul Rubens. L'endroit, qui fut un cimetière jusqu'au XVIII ème siècle, offre désormais aux promeneurs des bancs pour leur permettre de se prélasser au soleil par beau temps. A noter que la façade néo-baroque qui dissimule l'hôtel Hilton était jadis celle du légendaire Grand Bazar du Bon Marché.

 

Dans le quartier, je croiserai l'ancienne Halle des bouchers, autrefois lieu de rassemblement des artisans en boucherie, où l'on négociait la viande depuis 1504. Depuis 1933, on y trouve un musée qui raconte (et qui joue!) 600 ans de musique.

Il est un autre endroit pittoresque appelé Vlaeykensgang (ci-dessous), que l'on atteint en franchissant le porche du 16, Oude Koornmarkt, pour déboucher dans une ruelle du XVI ème siècle. A cette époque, l'endroit était le domaine des cordonniers (qui servaient au besoin de renfort pour sonner le tocsin de la cathédrale toute proche). Là encore, la ruelle faillit bien disparaître à la fin des années 1960 pour être transformée en parking mais a finalement survécu : elle abritait jadis des gens très pauvres, des indigents comme le mentionne le recensement de 1755, qui rapporte que 42 habitants vivaient ici. Quant au nom Vlaeykensgang, il émane d'une pâtisserie implantée autrefois sur place, et évoque les galettes que les employés de la rizerie voisine fabriquaient avec leur ration de riz.

 

Sur ma route, je passerai devant le Palais de Meir, ancien palais royal de l'époque de Napoléon, malheureusement transformé depuis en galerie commercial. Ce palais rococo est composé de trois ailes autour d'une cour et fut érigé au milieu du XVIII ème siècle pour servir d'hôtel particulier à un riche négociant. Napoléon l'acheta en 1811, puis le fit transformer et aménager à son goût, d'où les salons et la chambre à coucher de style Empire. Plus tard, ce palais appartiendra successivement à Guillaume Ier et à la famille royale de Belgique. Les souverains y accueilleront leurs hôtes de marque tout droit arrivés du port. C'est Léopold II qui y effectuera les derniers grands changements en 1905 en ajoutant une galerie et une Salle des Glaces. Le roi Baudoin, lui, fera don de l'endroit au peuple en 1969 et le ministère de la Culture y aménagera un centre d'art contemporain. Le Palais fermera ses portes à la fin du XX ème siècle, pour des travaux de rénovation, puis rouvrira ses portes en 2010. Depuis, les touristes peuvent découvrir le Palais du Meir avec les appartements de Napoléon, le Salon Hollandais de Guillaume Ier et la célèbre Salle des Glaces, que Léopold II fit bâtir jadis histoire d'en imposer à ses invités !

Le peintre baroque flamand, Pierre Paul Rubens passa 25 ans dans la maison que je m'apprête maintenant à visiter (ci-dessous). Entouré de sa famille, le maitre y réalisera l'essentiel de son imposante œuvre, y recevra ses hôtes de marque, et y conservera son impressionnante collection d'art. Là, il travaillait dans son atelier avec ses élèves, assistants et collègues. Après sa mort, le 30 mai 1640, la renommée de notre artiste ne cessera de croitre avec le temps, quatre siècles durant. Et nombreux sont ses tableaux qui sont exposés depuis dans sa bonne ville : 52 peintures sont ainsi visibles à Anvers, non seulement dans cette maison, mais également dans d'autres musées et églises de la cité. Un petit livret (en français) m'est remis à la réception et me servira de guide lors de ma visite de la demeure de Paul Rubens. Une visite qui débute dans la cour intérieure. C'est en 1610 que le peintre et sa première épouse achetèrent une maison avec un terrain. Les années suivantes, Rubens fera ajouter à cette propriété une galerie de sculptures, un atelier, un portique en arc de triomphe et un pavillon de jardin. L'ensemble finit par ressembler à un petit palais italien et reflétait parfaitement les idéaux de l'artiste : l'art de l'Antiquité romaine et la Renaissance italienne. Et de rassembler peu à peu dans cette maison une collection de statues antiques et de tableaux jouissant alors d'une réputation internationale. Rubens travaillera ici jusqu'à son décès en 1640 et la maison conservera son aspect original jusqu'au milieu du XVIII ème siècle, avant d'être profondément transformée. Il ne reste en effet à ce jour que le portique et le pavillon de jardin pour symboliser ce que fut l'ensemble au XVII ème siècle. Et les œuvres du peintre, elles, d'être disséminées dans le monde entier.


 

Le petit livret qui m'a été remis à l'entrée comporte de précieuses informations sur l'ensemble des œuvres exposées à l'intérieur de la Maison Rubens. Je pourrai ainsi admirer des gravures de la célèbre demeure du peintre : ces deux gravures (en fait des fac-similés) sont les plus anciennes illustrations connues de cette maison et furent réalisées à la demande du propriétaire de l'époque (1684 et 1692), le chanoine Hendrik Hillewerve, qui souhaitait montrer le côté le plus imposant de la bâtisse. Les parties construites par Rubens sont mises en évidence tandis que le reste est littéralement laissé dans l'ombre. Au point d'escamoter sciemment le portique sur la seconde gravure. Ce sont pourtant ces gravures qui serviront de base à la restauration de la maison Rubens au cours des années 1940. Je passe de pièce en pièce (ci-dessous) et découvre à chaque fois des splendeurs : au début du XVII ème, il était de bon ton pour certains bourgeois anversois fortunés de constituer d'importantes collections d'art. La pièce où un collectionneur conservait ses plus belles pièces s’appelait un cabinet d'art. A son époque, la collection d'art de Rubens était alors la plus imposante des Pays-Bas. Et portait essentiellement sur la peinture italienne et flamande du XVI ème et XVII ème siècle. Notre homme possédait par ailleurs une grande collection de sculptures romaines. Autant de pièces qui représentaient pour lui un investissement et un bien commercial. Le magnifique meuble présenté ci-dessous (deuxième photo) est également un cabinet d'art et date des années 1640. On y conservait les petits objet d'une collection d'art ou de curiosités comme, par exemple, des pièces de monnaie antiques et des fossiles. Ce genre de meuble pour le moins ingénieux, était doté d'une multitude de tiroirs et de niches secrètes, souvent réalisés dans des bois précieux (ici, du chêne avec placage d'ébène). Anvers deviendra d'ailleurs au XVII ème siècle le premier centre international de facture de ce type de cabinets. Sur le cabinet d'art ci-dessous, on remarque que l'intérieur des deux petites portes frontales, le couvercle du rabat, les petits tiroirs et les compartiments sont ornés de scènes mythologiques empruntées pour la plupart aux Métamorphoses du poète romain Ovide et peintes par Victor Wolfvoet d'après des compositions de Rubens. Ce maitre anversois s'était en effet spécialisé dans la copie en petit format de compositions de Rubens.


 

Cette visite rapide d'Anvers s'achèvera à la gare centrale (ci-dessous), aussi surnommée cathédrale des trains. Tout commença en 1836 avec une baraque en bois et quatre voies de chemin de fer. La gare Borgerhout était née et Anvers disposait enfin de sa liaison ferroviaire, à l'extérieur des fortifications près de la porte de la ville. Il faudra attendre 1905 pour que la ville dispose de sa gare centrale qui domine encore aujourd'hui la Koningin Astridplein et De Keyserlei. Ce gigantesque bâtiment en pierre mélange plusieurs styles architecturaux mais l'ensemble attire l'oeil. A l'origine gare terminus, la gare centrale est depuis 2007 devenue une gare TGV passante, mais aussi la quatrième plus belle gare au monde, d'après la revue américaine Newsweek. Depuis mars 2007, les travaux d'aménagement des voies sur trois niveaux ont permis de créer une liaison directe vers les Pays-Bas via un tunnel ferroviaire sous la gare et la ville. Etablie à près de sept mètres d'altitude, la gare d'Anvers-Central est située au point kilométrique 43,80 de la ligne 25 de Bruxelles à Anvers, et au kilomètre O de la ligne 12 d'Anvers à Essen (frontière).

 

INFOS PRATIQUES :

  • Le Steen, Steenplein 1, à Anvers (Belgique). Tél:+32 3 202 83 80. Site internet : https://www.hetpaleis.be/over_hetpaleis/hetsteen/over_hetsteen/
  • Musée de la musique à l'ancienne Halle aux bouchers, 38 Vleeshouwersstraat, à Anvers (Belgique). Ouvert du jeudi au dimanche, de 10h00 à 17h00. Tél:+32 3 292 61 01

  • Hôtel de Ville, Grote Markt 1, à Anvers (Belgique) : https://www.antwerpen.be/nl/home

    . Ne se visite que lors de la promenade historique du dimanche

  • Cathédrale Notre-Dame, Groenplaats 21, à Anvers. Tél : +32 3 213 99 51. Ouverte du lundi au vendredi de 10h00 à 17h00, le samedi de 10h00 à 15h00 et le dimanche et jours fériés de 13h00 à 16h00. Entrée: 6€. Site internet : http://www.dekathedraal.be/fr/index.htm

  • Bienvenue à Anvers : https://www.visitantwerpen.be/fr/home

  • Paleis Op de Meir (ou Palais du Meir), Meir 50, à Anvers (Belgique). Tél:+32 3 226 31 85. Site internet : http://herita.be/over-herita/herita-1

  • Maison Rubens, 9-11 Wapper, à Anvers (Belgique). Tél:+32 3 201 15 55. Ouvert tous les jours sauf le lundi et les jours fériés, de 10h00 à 17h00. Entrée : 10€. Les sacs à dos doivent être déposés à l'accueil (mise à disposition de casiers en échange d'une pièce d'un € récupérable). Site internet :http://www.rubenshuis.be/fr

  • Gare centrale, 27 Koningin Astridplein, à Anvers (Belgique)

 



 



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