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La Rue Réaumur, paire et impaire (Paris, France)
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Heure locale

 

Lundi 19 mars 2018

 

Sur dix-huit immeubles de la rue Réaumur, treize furent érigés à l'occasion du prolongement de cette artère vers la Bourse à partir de 1896. Le concours de façades qui sera organisé pour la circonstance par la Ville de Paris donnera un certaine cohérence à l'ensemble à travers une contrainte commune. Tous ces bâtiments à usage industriel et commercial profiteront alors de l'imagination libérée des architectes, permettant par exemple l'apparition d'oriels (fenêtres en baie) dès 1893. Cette rue Réaumur reste plus que jamais une grande voie haussmannienne et post-haussmannienne s'étendant d'est en ouest du square du Temple à la place de la Bourse.

C'est à une promenade que je vous invite maintenant, pour découvrir ces treize façades (dont certaines ont été primées) qui sont un compromis entre deux tendances, l'art de montrer ou d'habiller la structure de chaque édifice et celui d'afficher ou de déguiser la fonction industrielle et commerciale. Vous remarquerez la plupart du temps la superposition du rez-de-chaussée, de l'entresol, de trois niveaux largement vitrés, et d'étages supérieurs d'habitation situés en retrait. Et d'assister à un répertoire décoratif varié, avec un désir de grandeur et une certaine richesse des façades exprimant la volonté d'intégrer le commerce et l'industrie dans le tissu urbain. On découvrira également cinq autres bâtiments qui représentent les tendances extrêmes du temps, et ressemblant même à des curiosités de l'époque : le Félix Potin, le Palais byzantin, les grands magasins « A Réaumur », le Palais de la Presse et celui de l'acier.

 

S'élevant à l'angle Réaumur et Sébastopol, au N°51, l'ancien magasin Félix Potin (en photo ci-dessus) ressemble à une vaste rotonde avec alternance de travées courbes et travées en saillies, et ses terrasses indépendantes. On y relève une décoration polychrome et exubérante permettant d'apercevoir cornes d'abondances et caducée, attribut d'Hermès, le patron du Commerce. Les étages révèlent de profondes embrasures cintrées qui abritent de larges fenêtres. La travée d'angle, elle, porte l'inscription F.Potin tandis qu'un dôme à oculi coiffe l'ensemble tout en portant un lanternon couvert par un minuscule dôme campaniforme. Cet immeuble appartient à la série des magasins Félix Potin dont le plus connu est sans doute la succursale de la rue de Rennes qui fut bâtie en 1904 par Paul Ausher.

Au N°61-63 de la rue Réaumur (en photo ci-dessous) se dresse une pure imitation du gothique réalisée par les architectes Philippe Jouannin et Edouard Singery en 1900. Cette construction profonde et d'une seule travée apparaît comme un exemple réussi d'éclectisme. Le corps central ressemble à une façade d'église médiévale avec superposition d'un portail monumentale, de fenêtres géminées, de vitraux, de deux doubles lancettes tréflées, et d'une horloge-baromètre peinte et mosaïquée tenant lieu de rosace. Quant au programme iconographique, il est organisé autour du temps avec, à l'extérieur du cadran de l'horloge, douze panneaux mosaïqués correspondant aux douze mois de l'année. Plus bas, on distingue les signes du zodiaque puis, de part et d'autre, les personnifications des quatre saisons sur des médaillons. Sous la clef de voûte de l'entrée figurent les deux visages de Janus regardant chacun l'année passée et l'année à venir.

 

Quelques pas plus loin, au N°69, on aperçoit un immeuble industriel avec une large travée centrale se divisant en trois, tripartition située dans la partie basse de l'ensemble qui abrite une boutique encadrée de deux portes piétonnes donnant sur le rue. Les second et troisième étages offrent de larges baies métalliques de style classique au centre qui sont insérées dans le reste de la façade. Une vaste verrière forme un pignon et couronne l'édifice à la manière d'un fronton triangulaire. On devine encore quelques inscriptions à peine visibles qui indiquent la qualité de l'immeuble, sous les corniches des portes.

Les N°82-92 sont occupés par les anciens grands magasins « A Réaumur » (ci-dessous) qui furent inaugurés par le président Félix Faure le 17 avril 1897. L'édifice sera construit en deux étapes par François-Constant Bernard et le magasin cessera toute activité en 1961. En 1897, l'immeuble était organisé à partir de 19 travées identiques, très ajourées, qui entouraient un espace central éclairé par une verrière. Des dômes marquent l'angle des rues et à l'est, une pendule mosaïquée porte l'inscription « A Réaumur », nom peut être choisi pour inciter le client à la bonne humeur avec le jeu de mot « arrêt au mur ». Quant à l'immeuble poursuivi en 1926, il est la version simplifié de l'ancien magasin avec des parements lisses et sobres venant remplacer les supports et corniches ouvragés. On remarque juste des masques à feuillages qui peuplent la façade.

 

Un autre bâtiment a été aussi remanié en 1926, celui du N°91 de la rue Réaumur : cette construction à large travée centrale n'a conservé que les deux premiers niveaux, avec, en partie basse, deux travées latérales correspondant à des portes piétonnes, celle de gauche étant désignée comme entrée. La façade a quant à elle gardé l'essentiel de la disposition de 1897 et les remaniements de 1926 ont surtout consisté à simplifier et unir l'ensemble, en supprimant des sculptures et des décorations ou en remplaçant chapiteaux et bossages par de simples bandes qui se recoupent à angles droits. Pour avoir une idée de l'apparence originale de cet immeuble, il suffira d'admirer celui du N°97 (en photo ci-dessous) : ce joli édifice éclairé par une large baie divisée en trois travées offre en sa partie basse trois arcades surbaissées ornées à la clef de mascarons barbus dans sa partie centrale, et des guirlandes, des masques et des médaillons sur les côtés qui encadrent l'entrée du bâtiment et l'accès à la station de métro Sentier. Des consoles à décor de stalactites supportent pour leur part les oriels des étages supérieurs. Les trois derniers étages laissent apparaître une tripartition atténuée avec des oriels ornés d'un bossage assurant la liaison esthétique avec la partie basse de la façade. On distingue enfin au quatrième étage un fronton interrompu qui couronne chaque oriel au niveau du balcon.

 

Le N°100 de la rue Réaumur (en photo ci-dessous, en 1941) fut le siège de nombreux journaux dont L'Intransigeant, le Pariser Zeitung sous l'Occupation, puis plusieurs publications issues de la Résistance et enfin France-Soir jusqu'en 1998. La façade est composée de sept travées largement ouvertes et surmontées de frontons triangulaires. Les bas-reliefs, eux, offrent typographe, correcteur, journaliste...autant de marques indiquant la destination de l'édifice. Les médaillons du portail principal décrivent également les différents moyens de communication de l'époque (voiture, train, avion, montgolfière...) et la mosaïque de l'entrée nomme le journal L'Intransigeant et schématise une presse.

 

Le N°101 (ci-dessous) fait quant à lui angle avec les rues Réaumur et de Cléry. Et sera cité par le jury au concours de 1897. Côté Réaumur, sa façade s'organise en huit travées dont celle de gauche appartient à la rotonde d'angle et celle de droite en légère saillie. Deux belles cariatides encadraient probablement autrefois une entrée monumentale qui a malheureusement disparu depuis. Au-dessus du rez-de-chaussée et de l'entresol, les trois étages qui étaient prévus pour abriter des bureaux et des ateliers sont généreusement éclairés grâce à de grandes baies vitrées séparées par des pilastres corinthiens, tandis que la rotonde d'angle donne à l'immeuble son aspect monumental et qu'on assiste à une démultiplication de cariatides, guirlandes, frises de palmettes et médaillons sur les fenêtres de style Renaissance.

 

Au N°105 (ci-dessous en photo), s'élève un autre immeuble en pierres de taille et structure métallique possédant une des façades les plus originales de la rue. On observe en effet de larges fenestrages sur les travées secondaires des quatre premiers niveaux, qui affirment la qualité industrielle et commerciale de l'endroit. Ces niveaux qui sont regroupés deux par deux, sont soulignés par de larges corniches ou des balcons continus. Les niveaux intermédiaires sont eux aussi marqués par les rambardes des fenêtres et les épaisses poutres métalliques correspondant aux planchers. Verticalement, les travées latérales et la travée centrale sont mises en valeur par un bossage alterné, et des arcades inscrites entre des colonnes surmontées de pilastres ou de guirlandes.

Juste à côté, le N°107, qui fut cité au concours de façades, est campé à l'angle des rues Réaumur et Montmartre. Côté Réaumur, la façade est constituée de quatre travées et l'entresol est ajourée par de larges baies sous arcs surbaissés, le tout étant couronné par un bel entablement saillant qui marque le premier étage. On retrouve un savant équilibre des lignes qui rend toutefois les étages supérieurs plus monotones. Une corniche ornée de panneaux à coquilles souligne la partie haute et un dôme carré coiffe la rotonde d'angle.

 

Le N°111 (ci-dessous) offre un immeuble qui fut primé au concours de façades de la Ville de Paris, à l'angle des rues Réaumur et Sentier. La partie basse de l'édifice, très décorée, contraste avec la partie haute qui fut sans doute remaniée. L'entrée est tout particulièrement mise en valeur avec une porte encadrée par un tore et couverte par un fronton triangulaire orné d'un bas-relief à l'antique sur lequel on peut admirer Cupidon et Vénus. Juste au-dessus, on aperçoit une fenêtre entre deux atlantes engainés représentant Hercule reposant sur des têtes de lion et soutenant le balcon central du premier étage. On notera également la présence de pilastres à bossages du pan coupé, ornés de médaillons incorporant la figure d'Hermès surmonté du caducé, son attribut.

L'immeuble qui se trouve au N°118 de la rue Réaumur (deuxième photo) est l'une des plus remarquables façades de la rue, qui fut d'ailleurs primée lors du concours de 1897. Charles de Montarnal, l'architecte, réalisa ici une composition très originale avec un rez-de-chaussée et un entresol qui soutiennent une immense baie occupant toute la largeur du bâtiment. Cette façade est très influencée par l'Art Nouveau et comporte trois étages sertis dans un cadre en pierre et largement éclairés par la lumière naturelle. Cette baie « triomphale » est couverte par un bel arc surbaissé dont les impostes s'ornent de feuillages stylisés s'étalant jusqu'aux écoinçons. On note aussi l'existence d'un balcon de pierre ventru qui surplombe la porte. Quant à la division des étages, elle est élégante et laisse à peine voir les poutres, les fenestrages et les colonnettes métalliques aux chapiteaux ouvragés.


 

Le N°119 (ci-dessous) fut lui aussi primé en 1897 et s'harmonise parfaitement avec l'immeuble voisin N°121. Sa façade comporte cinq travées correspondant en partie basse à cinq arcades à bossage dont les piliers sont flanqués de consoles supportées par des têtes de lions. Des deuxième au quatrième niveaux, de larges baies sont là pour rappeler le caractère industriel due la construction. Par ailleurs, six pilastres à chapiteaux corinthiens marquent les travées et forment un ordre colossal, tandis que les travées latérales, elles, donnent à la façade son mouvement ondulé. Clou architectural, les pilastres, piliers engagés, balcons, rambardes ventrues, oculi et hautes lucarnes aux corbeilles goudronnées des trois derniers étages participent à l'esthétique d'ensemble.

Le magnifique bâtiment du N°121 (deuxième photo) forme l'angle des rues Réaumur et Notre-Dame des Victoires. Charles Ruzé, l’architecte, équilibrera la composition grâce à la verticalité d'une façade marquée par des ouvertures et des colonnes engagées séparant les travées dans oublier la multiplication de bandeaux aux étages. La façade donnant sur la rue Réaumur est formée de trois travées se traduisant par trois arcades en partie basse et par trois fenêtres au premier étage. L'architecte mit l'accent sur la travée centrale, plus « triomphale ». Quant à la rotonde d'angle, on assiste à la juxtaposition de trois travées à oriel identiques à la façade. L'ensemble qui est couronné par de hautes lucarnes est vraiment réussi.

 

L'immeuble sis au N°124 (ci-dessous) défraya la chronique au début de son existence à cause de son ossature apparente en acier riveté que l'on doit à l'architecte Georges Chedanne. Dès le départ, l'architecte avait, semble t-il, pris le parti d'offrir le maximum de clarté aux ateliers abrités dans le bâtiment. Cinq niveaux sont ainsi pleinement éclairés et ne laissent apparaître en façade que l'épaisseur des structures portantes. A noter que tous les étages sont en surplomb du rez-de-chaussée, où s'ouvrent trois portes vitrées dont les deux latérales dessinent des arcades. Les premier et deuxième étages sont identiques mais le troisième, lui, comporte des arcs surbaissés. Quant à la brique, elle n'apparait qu'au cinquième étage, là où se trouvent les habitations.

Au N°126, se dresse une réalisation originale grâce à la transposition métallique systématique d'un vocabulaire décoratif propre à la pierre comme l'emploi de l'ordre corinthien, ou la mouluration, les panneaux des linteaux...La partie basse de l'édifice est formée de cinq arcades à bossage qui intègrent rez-de-chaussée et entresol. Au-dessus, trois travées de trois étages forment six fenêtres.

 

L'immeuble qui fait l'angle entre les rues Réaumur et Cladel se trouve au N°130 (en photo ci-dessous) et sa façade monumentale est divisée en sept travées y compris les éléments latéraux. On note l'existence de sept arcades à bossage séparées par de grosses consoles au niveau des couvrements, au rez-de-chaussée. Les deux derniers étages, qui sont à peine en retrait, accroissent encore l'impression de grandeur. De son côté, la rotonde d'angle est traitée en tour-lanterne circulaire. On remarquera bien sûr les rambardes ventrues des lucarnes et les huisseries « modern'style » des fenêtres du quatrième étage.

Quant au N°134 (deuxième photo), il s'agit du véritable Palais de la Banque face à la Bourse, avec cet immeuble de six niveaux distribué de part et d'autre autour d'une horloge. Cette façade sera elle aussi primée en 1897. Chacune de ces façades sont distribuées en trois travées se traduisant au rez-de-chaussée par trois arcades à bossage surplombées par un lourd balcon lui-même supporté par des consoles. La tour-horloge, qui domine l'édifice est entièrement parée en bossage de la même façon que les tourelles d'escalier qui l'accostent et qui assurent la liaison avec les façades. Au rez-de-chaussée, l'entrée est encadrée par des colonnes jumelées qui soutiennent un balcon, et valorisent également l'accès principal. Quant au tympan, il est occupé par une grande horloge surmontée d'une tête ailée et deux atlantes en bas-relief soutiennent le cadran


 

INFOS PRATIQUES :

  • Le petit guide d'aide à la visite de la rue Réaumur est disponible à la boutique du musée de la Tour Jean sans Peur, 20 rue Etienne Marcel à Paris (2è). Tél : 01 40 26 20 28. Métro : Etienne Marcel (ligne 4). Ouvert du mercredi au dimanche, de 13h30 à 18h00.







 



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